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LE 7* CORPS DE L’ARMÉE DU RHIN

qui s’emparent de nous au lendemain de Reichslioffen et les soins impérieux que réclament les travaux de défense de la place de Belfort, désignée, par sa position, aux attaques de l’ennemi.

Après la retraite du maréchal Mac-Mahon, nous quitterons Belfort pour Châlons; puis Châ-

lons pour Reims; puis Reims pour . Paris? —

Hélas, non! Après Reims, nous marcherons à cet abîme vers lequel la fatalité dirige notre course hésitante . vers Sedan!

Là , nous nous recueillerons pendant quelques heures. Au sein d’une nuit partagée entre les souvenirs du passé et les appréhensions de l’avenir, nous nous préparerons pour la journée sinistre du lendemain.

Le 1er septembre, dès quatre heures et demie du matin , le sourd grondement du canon se fera entendre : la lutte, — sans espoir pour nous, — commencera terrible, acharnée; voilée pendant quelque temps par une brume épaisse , comme si la main de Dieu eût voulu cacher au ciel les sanglantes folies des hommes !

Puis elle deviendra générale. Pendant plusieurs heures, 300,000 hommes ne se lasseront pas de s’entre-tuer, mille bouches à feu vomiront la mort sans relâche !

LE 7e COUPS DE L’ARMEE DU RIIIN.

Au son mat des balles qui tuent, se mêlera le sifflement lugubre des obus , faisant leurs trouées sanglantes , ou mettant le feu à nos ambulances qui s’effondrent dans les flammes, aux cris des blessés et des mourants ! D’autres , tombant au milieu des caissons d’artillerie, provoqueront des détonations et des malheurs effroyables!

Nous toucherons enfin à ce terrible moment où notre résistance vient à faiblir; où, écrasés parle nombre, nous succombons!

Puis, après la défaite, sonnera encore, pour ceux qui sont restés debout, le glas de l’humiliation !

Quand nous aurons montré comment, au milieu de quelques défaillances, tant de braves gens ont fait leur devoir, comment nul effort de l’armée française, acculée à Sedan, n’eût pu rompre le cercle de fer et de feu formé autour d’elle, nous aurons tout dit ; oui, tout, car la plume est impuissante à exprimer les vœux que nous formons pour le salut, la grandeur, la prospérité de la France.

BELFORT

Dans les premiers jours du mois de juillet 1870, une question, nouvelle en apparence, mais en réalité plus vieille qu’on ne le croyait généralement, mettait en rumeur la presse et les esprits : un Hohenzollern laissait poser sa candidature à la couronne d’Espagne. On se demanda aussitôt ce qu’il y avait de sérieux dans cet incident ; s’il ne cachait pas un piège ; si le comte de Bismarck, croyant le gouvernement français en quête d’un prétexte de guerre, ne cherchait pas à pénétrer toute sa pensée, en faisant servir, aux projets de la Prusse, la question espagnole.

Laisser poser la candidature d’un prince. prussien, c’était sans doute soulever les réclamations de la France, mais c’était aussi fournir à la Prusse l’occasion de donner satisfaction aux légitimes susceptibilités du gouvernement impérial et permettre au chancelier d’afficher un

BELFOI1T.

empressement pour la conciliation que le gouvernement français pouvait prendre pour de la timidité, mais que l’Europe, avide de paix, ne manquerait pas de considérer comme un acte de modération.

En tout cas, se concilier les sympathies des puissances à la veille peut-être d’une grande guerre, c’était assurément de la saine politique.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement français réclama, non sans une certaine vivacité; le prince de Hohenzollern fit connaître, le 12 juillet, par l’ambassadeur d’Espagne, le désistement du prince, son fils; bref, le différend parut tranché.

En réalité, cette solution n’apportait qu’un temps d’arrêt dans ce duel diplomatique; les deux cabinets restaient sur la défensive, pressentant la guerre et la désirant peut-être l’un et l’autre.

Ce n’est pas que le chancelier considérât une lutte avec la France comme un jeu; loin de là, chacun la redoutait en Allemagne : nous avons pu nous en convaincre pendant notre captivité. Mais on peut admettre que le comte de Bismarck, regardant la guerre comme le moyen le plus rapide pour fonder à tout jamais l’unité allemande, fut disposé à en affronter les hasards.

Quant à l’Empereur, à le voir risquer une pa-

BELFORT

veille lutte au lendemain d’une victoire plébiscitaire inespérée, on était autorisé à penser que, par la préparation de son armée, aussi bien que par celle de ses alliances, il croyait le moment venu d’arrêter la Prusse dans cette extension de puissance qui semblait menacer la France. Effectivement l’Empereur comptait sur l’alliance de l’Autriche et de l’Italie ; et c’est aujourd’hui une opinion très-répandue que, malgré les efforts de l’Angleterre pour maintenir l’Europe dans une stricte neutralité1, ces deux puissances auraient

1 « Cari. Granville à lord Lyons.

» Foreign Office, 10 août 1870.

» M y lord,

» L’ambassadeur de Prusse m’a plusieurs fois entretenu de » divers bruits sur lesquels il a cherché à se renseigner auprès » de moi.

>» Le premier est qu’un traité aurait été conclu entre la » France et l’Italie, en vertu duquel cette dernière devrait » fournir à la France 100,000 hommes et aurait obtenu le » droit d’occuper Rome après la paix.

» J’ai dit au comte de Bernstorff que je ne croyais pas à l’exis- « tence d’un pareil traité; que le gouvernement italien avait « communiqué à celui de la reine qu’il avait reçu une telle » demande de la France, et qu’il désirait obtenir l’aide du gou- » vernement de Sa Majesté Britannique pour résister à cette « pression; que sur la réponse que, quoique ce ne soit pas la » politique actuelle de l’Angleterre de prendre des engagements » positifs pour une neutralité combinée, cependant elle serait » disposée, si par là elle pouvait aider l’Italie à résister à cette

BELFOIIT.

prêté le concours de leurs armes à la France, si celle-ci avait encore attendu six semaines avant

,, pression extérieure, à s’accorder avec l’Italie pour que ni „ l’une ni l’autre n’abandonnent la neutralité sans un échange » d’idées, et sans s’annoncer réciproquement tout changement » de politique. Le gouvernement italien a donné chaleureuse- ,, ment son assentiment à cet arrangement.

» Un autre bruit était la négociation d’une alliance entre la « France et l’Autriche combinée avec une organisation armée » de la Gallicie. J’ai annoncé au comte de BernstorlF que j’avais » déjà cru nécessaire d’avertir (warn) le gouvernement autri- « chien que beaucoup de circonstances avaient créé des soup- » çons sur sa neutralité dans l’esprit des gouvernements russe » et prussien, mais que j’avais reçu du gouvernement autri- » chien l’assurance qu’il était libre de tout engagement et qu’il » serait prêt à se concerter avec le gouvernement de Sa Mail jesté pour une neutralité combinée.

» Quant au troisième bruit d’un traité secret signé à Vienne « entre la France, l’Autriche, l’Italie et la Turquie pour se » garantir mutuellement leurs territoires et pour se réunir à la » France dans le cas de revers essuyés par cette dernière, je » ne pouvais que dire que je n’en avais aucune connaissance, » et que je ne croyais pas qu’un tel traité eût été signé.

» Le comte de Bernstorff a aussi appelé mon attention sur le » Danemark, que la Prusse craint de voir engagé dans cette » guerre par la pression de la France; le roi de Danemark » désire être soutenu contre cette pression, et le cabinet de « Saint-Pétersbourg désirait faire de concert avec l’Angleterre » une démarche en commun à Paris à cette fin. Mais j’ai rap- » pelé à Son Excellence que je lui avais déjà trois fois suggéré » combien il serait désirable que la Prusse enlevât au Dane- » mark par un arrangement amiable la tentation de céder aux » sollicitations de la France ; et j’ai ajouté que la semaine der-

BELFORT

de déclarer la guerre. C’était le temps que F Autriche et l’Italie auraient demandé pour terminer leurs préparatifs.

La vérité est que le plus habile fut le chancelier ; il attendit 1 . Ce fut le ministre des affaires étrangères de France qui rompit le silence.

» nière, j’avais obtenu l’autorisation du cabinet de faire dire » au baron Brunnow que je serais prêt à me concerter avec » lui, sur le temps et la manière de faire une représentation à » la France pour l’engager (urging) à ne pas pousser le Dane- « mark à une politique tellement contraire aux intérêts de c » pays.

» Je suis, etc., etc.

» (Signé) Granville. »

Extrait du Cahier Bteu.

1 Dans le Mémoire présenté au Roi de Prusse, sur sa demande, par le comte de Bernstorff, 29 janvier 1831, et que nous trouvons dans le Portfolio , ou Collection de documents politiques relatifs à l'histoire contemporaine, traduit de l’anglais, nous lisons :

« Mais, dans le cas où la guerre deviendrait inévitable,

« Votre Majesté doit encore placer l’ennemi dans la nécessité » de commencer l’attaque. »

( Mémoires du comte de Bernstorff.)

Et dans un autre passage de ce curieux Mémoire :

« Plus les esprits, même vulgaires, comprennent qu’il est de »> l’intérêt de tous de défendre les frontières contre l’étranger,

BELFORT

Il insista auprès du Roi de Prusse pour qu’il déclarât que, « si la couronne était de nouveau » offerte au prince de Hohenzollern, il ne l’auto- » riserait plus à l’accepter *.«»

Le Roi Guillaume refusa de prendre cet engagement. L’avantage restait à M. de Bismarck. Le cabinet français devait sentir qu’il avait poussé trop loin ses prétentions, et que déclarer la guerre

» plus ils s’aperçoivent que les efforts du Gouvernement vers » ce but sont sérieux, et plus ce dernier peut compter sur un » appui efficace de la part de ses subordonnés. Aussi me sem-

* ble-t-il être de la plus haute importance qu’on adopte ou

• suive un système politique qui, dans le cas où la guerre de- ?» viendrait inévitable, tende à faire considérer par tous les » Allemands sa nécessité absolue comme un fait constant. Cela » n’aurait pas lieu, par exemple, pour une guerre de prin- » cipes, guerre qui, dans le sein de l’Allemagne, armerait » les partis les uns contre les autres; mais on obtiendrait » avec certitude le résultat désiré si L'attaque, eu venant » de C ennemi, dissipait tous les doutes sur la nécessité » de la guerre et rendait superflues les déductions politiques » dont il est à souhaiter qu’on puisse complètement se dis- » penser. »

Le Portfolio renferme des documents saisis par les conjurés polonais, lors de la révolution de Pologne en 1830, dans le cabinet du grand-duc Constantin Paulowitz, alors vice-roi de ce pays. Cette publication, faite par un diplomate anglais, a été complétée plus tard par de nouveaux renseignements diplomatiques très-intimes.

1 Communication du duc de Gramont au Sénat, 15 juillet 1870.

BELFORT

à la Prusse pour un refus aussi légitime, c’était assumer vis-à-vis de la France et de l’Europe une grave responsabilité. D’autre part, il s’était trop avancé pour pouvoir reculer. C’est alors qu’on fit intervenir les dépêches du comte Benedetti l, dont on fit si grand bruit, et qui rendirent la guerre inévitable.

Le 15 juillet, M. le Ministre des affaires étrangères , au Sénat , le Garde des sceaux , au Corps législatif, annonçaient que » le Roi de Prusse avait » notifié à l’ambassadeur de France qu’il ne le » recevrait plus. »

«Après une pareille déclaration, — ajoutait » M. de Gramont, — tenter davantage pour » la conciliation eût été un oubli de dignité et » une imprudence. » Et M. Ollivier d’exprimer au Corps législatif la même pensée en ces termes :

« Est-ce qu’à de tels actes nous devions ré- » pondre par l’abstention et le silence? » — C’était assez ; annoncer à la France qu’on l’avait offensée dans la personne de son ambassadeur, c’était lui dire : « Lève-toi. » C’était faire bondir le cœur dans la poitrine des moins exaltés ; c’était entraîner le pays, c’était allumer entre lui et l’Allemagne cette guerre qui, depuis Sadowa, grondait sourdement à l’horizon, et à la préparation de

1 Ma mission en Prusse , par le comte Benedetti.

BELFORT

laquelle, depuis de longues années, la Prusse travaillait sans relâche.

La France avait-elle eu cette prévoyante sagesse? — Non!

Cependant, il faut le dire, au gouvernement seul ne doit pas incomber toute la responsabilité du triste état dans lequel se trouvait l’armée au moment de la guerre.

Il est vrai que le gouvernement, responsable au premier chef, ne s’était pas mis suffisamment en mesure d’assurer ses besoins, et l’Histoire le jugera peut-être avec sévérité, mais elle condamnera certainement les adversaires du pouvoir pour les doctrines malsaines 1 qu’ils professaient à la tribune et répandaient dans la presse.

1 C’est en se payant de mots creux, de phrases sonores telles que celles-ci ( Moniteur officiel , décembre 1867) :

« — Il n’y a qu’une cause qui rende l’armée invincible,

» c’est la Liberté. »

« — L’excessive discipline tue le citoyen dans le soldat. »

« — Au lieu d’une armée imbue de l’esprit militaire, nous » voulons une armée de citoyens qui soit invincible chez elle,

» et hors d’état de porter la guerre au dehors. »

« — Les armées permanentes en théorie sont jugées et con- » damnées. L’avenir appartient à la démocratie armée. »

“ — Il n’y a qu’une bonne organisation, la levée en masse. »

“ — Les alliances avec les gouvernements n’ont pas de va- » leur ; les alliances avec les peuples sont seules utiles. »

« — Le militarisme est la plaie de l’époque. »

BELFORT

Aveugles dans leur système, ils avaient poussé à la réduction de l’armée, au renvoi de 10,000 hommes dans leurs foyers ; ils avaient combattu à outrance le budget de la guerre, et, inconscients de ce qu’ils faisaient, ils avaient travaillé à l’abaissement de la France, alors que, de l’autre côté du Rhin, aucune dépense n’arrêtait, aucun effort ne coûtait !

Cependant un homme, détaché en ce moment de crise aigue de toute passion politique, éclairé seulemeiit par l’image de la France menacée, proteste contre la « légèreté » avec laquelle on va se jeter dans cette guerre.

C’est M. Thiers qui, depuis sa rentrée à l’Assemblée législative, n’a pas cessé de donner les preuves les plus éclatantes de sa clairvoyance, et qui, au milieu de la confusion générale, élève sa voix éloquente et patriotique.

Un autre homme aussi , depuis longtemps effrayé de la désorganisation de l’armée, et qui n’a pas cessé de la signaler, le général Trochu, va trouver le Ministre de la guerre pour lui dire :

« — Les rivières, les montagnes, les forteresses ont fait » leur temps.... »

a — La vraie frontière, c’est le patriotisme.... «

C’est en se payant, disons-nous, de pareils mots, qu’on a atteint le triste résultat de désorganiser l’année, de tuer l’esprit militaire et la discipline.

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« La France n’est pas en état cle faire la guerre, » vous la conduisez à sa perte. »

— Nous sommes prêts, — répond le Ministre

La guerre est déclarée le 19 juillet 1870.

Pauvre France! elle n’était ni prête, ni armée. L’Allemagne, immobile, attendait derrière ses forteresses.

Le lendemain de la déclaration de guerre, près de 500,000 Prussiens se massaient non loin de la frontière nord-est de la France et, derrière eux, une ligne non moins formidable se formait.

Que peut opposer la France à ce flot allemand ? Sept corps d’armée; environ 220 à 230,000 combattants ! Encore est-il juste de dire que le 7e corps, devant être composé de troupes envoyées du Midi et d’Italie, ne sera pas prêt avant le 15 ou le 20 août, et que le 6e, dont on s’occupe au camp de Châlons, est encore à former.

Aussi, le 4 août, jour oû commencent les hostilités, l’armée française ne comptera pas plus de 190 à 200,000 hommes en état de combattre. Et qui ne sait que ces têtes de colonnes de la France furent réunies et équipées au milieu d’une hâte extrême, d’un désordre et d’une imprévoyance sans précédent dans l’histoire de nos armes?

Pendant que les 1er, 2e, 3e, 4e et 5e corps s’éche-

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lonnaient le long cle notre frontière nord-est, au lieu de se concentrer, le 7e se réunissait à Belfort sous les ordres de son chef, le général Félix

C’est le 28 juillet que le général vint prendre son commandement. Les forces dont il disposait à cette date se composaient : de la division Conseil-Dumesnil (lre), réunie à Colmar, ville désignée dans le principe pour être notre quartier général; de la division Liébert (2e); d’une brigade de cavalerie et de plusieurs batteries divisionnaires établies à Belfort.

Les troupes encore absentes étaient : la division Dumont (3e), attendue d’Italie; la 2e brigade de cavalerie casernée à Lyon, et 3 batteries.

Le général éprouva une grande déception en arrivant à Belfort : ses troupes n’avaient, pour la plupart, ni tentes, ni marmites, ni ceintures de flanelle , ni cantines médicales ou vétérinaires , ni médicaments, ni forges, ni entraves à chevaux; — elles étaient sans infirmiers, sans ouvriers d’administration , sans train. — Quant aux magasins, ils étaient vides.

Et cependant F aide-major général, répondant aux secrètes anxiétés du général, l’avait assuré, le 27 juillet, dans la gare de l’Est, que « les magasins de la place de Belfort étaient abondamment pourvus! »

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Était-ce la faute de l’intendant du 7e corps? — Non certes. Il trouvait là l’imprévoyance des hommes qui avaient mission de préparer la guerre !

Écrire au Ministre au milieu de cette bagarre et des réclamations de tous les corps de l’armée, en face de cette manie de centralisation qui ne permettait pas qu’une marmite sortît du campement sans le visa de M. l’intendant général, c’était illusoire.

Il fallait aller se pourvoir au magasin même de Paris; seule, une démarche de cette nature pouvait faire sortir nos troupes de la triste situation où elles se trouvaient.

Le général envoya donc à Paris un officier de son état-major pour qu’il expliquât la situation au Ministre de la guerre; et il lui adjoignit un officier et plusieurs hommes par corps, chargés de rapporter tous les objets dont on avait le plus impérieux besoin.

Le 29 au matin, nous fîmes une reconnaissance sur Huningue. A Saint-Louis, dernière station du territoire français avant d’arriver à Bâle, nous acquérions l’assurance qu’aucune concentration sérieuse de troupes n’était signalée dans la Forêt- Noire, ni à Lorrach; et à Huningue, où se trouvait le dépôt du 45e de ligne attendant, avec impatience, l’ordre d’évacuer cette vieille place

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démantelée, nous apprenions que les mouvements des troupes allemandes s’opéraient vers le • Nord.

Dès que ces renseignements furent pris, on se hâta de rentrer à Belfort. Le soin de surveiller cette partie de la frontière fut confié au 4° régiment de hussards, et les travaux de défense de la place furent poussés activement.

Belfort a joué, de tout temps, un rôle défensif. Lorsque cette place fut cédée, en 1648, par l’Autriche à la France, elle n’était qu’une petite forteresse. Son château, assis sur un roc, que Vauban a fortifié depuis, était connu sous le nom de Beau- Fort; d’où le nom de Belfort resté à la ville actuelle, qui s’élève au pied du château, sur la rive gauche de la Savoureuse.

Après 1815, cette place prit une importance considérable ; l’invasion étrangère s’étant, en quelque sorte, assuré une entrée en France par ce côté de la frontière, on pensa que Belfort, avec son vieux château, ses hauteurs couronnées par les forts de la Justice et de la Miotte, ceux-ci reliés entre eux, ainsi qu’avec le château et l’enceinte de la place, par des lignes qui constituent le camp retranché; protégée sur la rive droite de la Savoureuse parle fort des Barres, pourrait, en étant défendue par un corps d’armée, sinon arrêter

l’envahisseur, tout au moins tenir en échec une

BELFORT

de ses armées. On songea, en un mot, à fermer l’importante « trouée de Belfort » .

Il y avait certainement lieu de croire, en 1870, que, depuis cette époque, le système de défense de cette place avait été très-perfectionné, etqu on s’était surtout préoccupé de la portée nouvelle de l’artillerie. Cependant la place de Belfort était loin d’être en état de supporter le siège quelle soutint, avec énergie, quelques mois plus tard.

A la vérité, au moment de la guerre, des travaux jugés indispensables avaient été ordonnés, à 1 est, sur la position des Perches d’où l’on plongeait dans le fort des Barres, au sud , sur la position de Bellevue qui dominait la ville. Mais les ouvrages étaient à peine ébauchés, et les travaux qu’il fallait exécuter aux Perches, dans le roc, allaient nécessiter la mine et demander beaucoup de travailleurs et de temps. Il n’y avait pas un moment à perdre : on se mit donc à l’œuvre avec les faibles moyens dont on disposait.

Pendant que ces ouvrages s’exécutaient sous la direction du général Doutrelaine, qui les avait fait commencer avant notre arrivée, le commandant du 7e corps s’occupa d’établir les troupes autour de la place dans de bons campements; de donner de la vie à ses différents services ; de faciliter les approvisionnements de l’intendant en

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affranchissant ses opérations d’entraves administratives peu en rapport avec la situation; d’ordonner l’organisation d’un équipage auxiliaire de 500 voitures de réquisition, pour remplacer les moyens de transport réguliers qu’on n’avait pas.

On venait de constater qu’il manquait 30,000 pièces de rechange indispensables au service du fusil, modèle 1866. Il fallut envoyer en toute hâte à Paris M. Garo, capitaine d’artillerie, pour prendre d’urgence les ordres du ministre de la guerre. « En dépouillant les magasins, en vidant » tous les ateliers de Paris et de la banlieue, — » écrit le capitaine Caro , dans une intéressante » brochure qu’il a publiée1, — on put, au bout » de la journée, réunir 5,500 aiguilles et 12,000 » obturateurs qu’on livra avec désespoir; c’était » le départ de cinq bataillons de marche qui était » retardé de huit jours, faute d’armement. »

C’est au milieu de ces occupations que le commandant du 7e corps apprend, par ses reconnaissances, que de forts mouvements de troupes ont lieu derrière la Forêt-Noire, dans la direction du sud au nord.

Jugeant alors que la position de Belfort est excentrique par rapport à celle du maréchal Mac-Mahon, sous les ordres duquel il se trouve

1 Histoire de L'armée de Châlons, par un volontaire de l’armée du Rhin.

BELFORT

placé, et avec qui, par conséquent, il peut être appelé à opérer d’un moment à l’autre , le général Douay prend la résolution de se concentrer à Mulhouse. De ce point où il continue à couvrir Belfort, il pourra se rendre aussi rapidement, par la voie ferrée, à l’appel du maréchal, que franchir le Rhin.

Le mouvement commença dès le 4 au matin, — avant qu’on sût rien de ce qui se passait à Wissembourg, — par la lre division (général Conseil-Dumesnil) , qui était à Colmar.

Ce jour même, à midi, le général Conseil-Dumesnil arrivait à Mulhouse , avec une brigade de sa division. Sa 2e brigade suivait à un jour de distance. Mais une dépêche du maréchal Mac- Mahon, datée de Reichshoffen, 4 août, arrivant à Belfort le soir même à six heures, changea toutes ces dispositions :

« Nous sommes attaqués par des forces supé- » rieures , — télégraphiait le maréchal , — en- » voyez à Ilaguenau une division. »

Nous venions d’être surpris et écrasés à Wissembourg, malgré une défense héroïque; et le général Douay1 (Abel), frère du nôtre, y avait

1 Douay (Abel) était le second frère que le commandant du 7e corps perdait devant l’ennemi , le deuxième nom de cette famille que la France inscrivait à la page de son histoire, consacrée aux braves tombés pour sa défense.

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été tué, en recevant avec le 1er régiment de tirailleurs, les 50e et 78e de ligne, le choc de plus de 50,000 Prussiens !

Bien que la dépêche du maréchal ne parle pas de Wissembourg, elle a, dans son laconisme, quelque chose de grave, qui fait pressentir un événement capital. On sent qu’il faut se hâter. Aussi télégraphie- 1- on, sans perdre un instant, au général Conseil-Dumesnil l’ordre de se rendre dans le plus bref délai, avec sa division, à Haguenau; et, afin de ne pas retarder ce mouvement pour la 2e brigade de cette division, qui est à Colmar, on adresse directement à son commandant le même ordre, par la même voie.

En même temps, F administration du chemin de fer est requise de se mettre en mesure d’enlever pendant la nuit, en trois trains, les deux brigades de la division Conseil, pour les transporter à Haguenau.

Dès que l’exécution de ces mouvements est bien assurée, une dépêche en donne avis au maréchal.

Le 5 , en effet , à deux heures du matin , la lre division du 7e corps arrive à Haguenau, d’où elle est immédiatement dirigée sur Reichshoffen.

C’est également dans cette même matinée que nous. arrive la nouvelle officielle du combat de Wissembourg. Cette triste nouvelle, qui complète

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la dépêche du maréchal, reçue la veille, confirme notre général dans l’idée que son concours peut, d’un instant à l’autre, devenir nécessaire au 1er corps, et elle lui fait hâter le départ des troupes du 7e corps, restées à Belfort.

Dans la journée du 5 et dans l’après-midi du 6, les sept bataillons de la 2e division (Liébert), 60 pièces d’artillerie divisionnaire et de réserve, et une brigade de cavalerie (13 escadrons : 8 de lanciers, 5 de hussards), arrivent à Mulhouse et vont camper en avant de la ville. Notre journée se passe dans une anxiété fébrile et douloureuse; nous ne doutons pas qu’on n’en soit venu aux mains à Reichshoffen , et il nous semble que là-bas on doit avoir besoin de nous.

Dès le soir, les rumeurs les plus contradictoires commencèrent à circuler le long du fil télégraphique. Des dépêches nous arrivèrent de tous côtés ; l’une d’elles parlait d’une grande victoire du maréchal Mac-Mahon. C’est la seule; elle avait sans doute été écrite pendant que le 1er corps, encore debout, contenait, avec une division du 7e, l’effort d’une armée entière, et qu’on s’attendait à voir entrer en ligne le général de Failly.

Jusqu’à trois heures de la nuit, aucune nouvelle positive ne vint éclaircir nos incertitudes et nos angoisses ; mais à mesure que les dépêches se succédaient, leur langage devenait de moins en

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moins rassurant. Enfin, à trois heures et demie, une dépêche de Bâle faisait connaître la défaite du 1er corps.

Le 7, à sept heures du matin, le maréchal télégraphiait au général Douay la fatale issue de la lutte :

« J’ai été attaqué dans mes positions par des » forces supérieures ; j’ai perdu la bataille et fait » de grandes pertes. Je prends les ordres de » l’Empereur ; je vous les ferai connaître.

» Mac-Mahon. »

Une heure après, l’Empereur télégraphiait au général Douay :

« Jetez, si vous pouvez, une division dans » Strasbourg, et avec les deux autres, couvrez » Belfort.

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