‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 110 sur 165 · Lôhlein, p. lii · texte numérisé non relu

Lôhlein, p. lii

Les Allemands évacuèrent Dijon dans la matinée du 27, en abandonnant 433 malades ou blessés non transportables. Le même jour, Tavant-garde de la division badoise atteignait Gray, où Werder portait son quartier général'. Tous les renseignements reçus dans la journée confirmant la marche d^une armée française de Lyon vers Besançon, Werder décidait de continuer la retraite sur Vesoul. Une forte anûèregarde, laissée à Gray *, aurait mission de s'assurer avant tout de la direction suivie par le gros des troupes françaises. Le reste du XIV* corps, aussi concentré que possible, dut s'établir à Vesoul, sa droite à Port-sur-Saône. La 4® division de réserve se porterait au sud de Vesoul, à Villerdcxel, pour s'opposer à un mouvement direct de Besançon vers Belfort. Enfin , la brigade v. der Goltz se dirigerait sur Vesoul, par Combeaufontaine et Port-sur-Saône,

Le soir du 28 décembre, le quartier général de Werder était à Vesoul. Mais de nouveau la situation semblait s'obscurcir. Tresckow signalait Tarrivée de renforts français à Pont-de-Roide et Voujeaucourt, ainsi que des préparatifs d'offensive dans toute la région au sud de Belfort. Au contraire, les patrouilles dirigées sur l'Ognon annonçaient la retraite de nos troupes au delà de cette rivière. Le général Rôder télégraphiait de Berne que de grands transports de troupes s'opéraient de Lyon vers le Nord, mais que ceux dans la direction de Besançon n'avaient commencé que le 27'.

Les jours suivants on annonçait la destruction d'une partie des ponts de l'Ognon, fait en contradiction avec nos projets supposés d'offensive. Le 30, des patrouilles trouvaient encore rompu le pont de l'Isle-sur le-Doubs ; mais, plus au sud, vers Baume -les -Dames, elles rencontraient une forte colonne d'infanterie et de cavalerie. On constatait d'une façon positive la présence à Besançon de troupes arrivant de Lyon. De

1. LôIileÎQ siguale la difficulté exlréme de ces mouvomeats sur des routes que le froid et les passages conlinuels des troupes couvraient de verglas. Le quartier génùrul seul perdit 16 chevaux de Gray à Vesoul.

2. 5 bataillons, 3 uscadrous, i batterie, général Keller (Lôhleiu, p. 145).

3. L'état-major du Roi télégraphiait le 28 que Zastrow serait le 30 à Aiseysur-Seine au sud de Chat i lion.

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même on signalait l'apparition vers Gray de lanciers inaperçus jusqu'alors dans la région. Les interrogatoires des déser^ leurs ) les renseignements d'autre source concordaient à indiquer que des troupes aux ordres du général Bressolles avaient quitté Besançon le 28.

De cet ensemble de faits, Werder déduisait la nécessité de se concentrer davantage vers TEst. Il ramenait le gros du XIV® corps au sud de Vesoul et les trains au nord de cette ville. 11 donnait à la brigade Keller, encore à Gray, Tordre de se rapprocher de lui. Le 1" janvier, elle était àNeuvellelès^la-Charité ^ Mais le général de Moltke télégraphiait dans la soirée du 30 que, selon toute probabilité, Tarmée de Bourbaki était encore à Bourges et à Nevers ; il n'y avait à Besançon que de nouvelles formations. Aussi le Vil' corps avait- il reçu Tordre de suspendre son mouvement vers TEst et s'étaitil arrêté entre Nuits-sous-Ravières et Montbard.

De même, dans la nuit du 31 au 1", Werder télégraphiait au grand quartier général que, d'après les renseignements recueillis le 31 décembre, il y avait peu de troupes à Baumeles-Dames, Clerval, Tlsle-sur-le-Doubs. Tous les ponts voisins, rompus auparavant, n'avaient pas été rétablis. Par contre, Dijon et Mirebeau étaient occupés.

Joints à d'autres renseignements venant de la Loire, ceuxci engagèrent de nouveau le général de Moltke dans la voie la plus fausse. Persuadé que nous avions eii vue seulement des opérations défensives entre Besançon et Belfort, il invita Werder à réoccuper Dijon et à faire de nouveau observer Langres. Peut-être suffirait-il de laisser autour de Belfort la 1"* division de réserve et le détachement Debschitz ? Toute la 4' division pourrait alors marcher vers TArraançon avec le XIV* corps. Sur ce point particulier, le général de Moltke laissait Werder maître de sa décision. Dans tous les cas,

1. La brigade Keller évacua Gray dans Taprôs-midi du 31 décembre. Celle évacualioQ se lit si vivement qu*ua poslo de huit hommes fut oublié aux Ferriéres. Se voyant abandonnés et entourés d*une foule hostile, les huit Badois jetèrent leurs armes en implorant la vie sauve. Le conseil municipal, trop prudent, s*cmpressa de les faire reconduire aux avant-postes allemands {Presse grayloise du 8 novembre 1890).

le Vn* corps suivrait le mouvement du XIV® et se reporterait au sud-ouest.

Ainsi, malgré toutes les fautes commises, les circonstances nous favorisaient singulièrement. Non seulement les Allemands n'avaient soupçonné que tardivement le mouvement vers la Saône , mais le général de Moltke montrait un défaut de pénétration peu ordinaire, en s'obstînant à relier tous les renseignements recueillis à une prétendue reprise de TofiFensive par la vallée du Loîng. Il n'y a guère eu de preuve plus évidente, durant toute la campagne, qu'avec ses qualités incontestables, sa science des détails, sa puissance de travail, sa force exceptionnelle de volonté, le général de Moltke manquait de quelques-uns des dons supérieurs qui font le chef d'armée, et, notamment du sens spécial grâce auquel il lit dans le jeu de ses adversaires. Chef d'état-major incomparable, il resta au-dessous des grands généraux, même de second ordre, et Ton peut dire que, dans les succès inouïs des armées allemandes, les fautes de leurs adversaires eurent plus de part que ses facultés, si hautes qu'elles fussent.

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