‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 117 sur 165 · COMBATS AU SUD DE VESOUL · texte numérisé non relu

COMBATS AU SUD DE VESOUL

Lea Allemands et le mouvement de Bourbaki. — Combats d'Écheaoz, de Velle^ndry, de Yelle-le-Ghàtel. — Werder constate la présence de l'armée au sud de Vesonl. — Dispositions prises par de Moltke. — Le terrain au sud de la route Vesoul-Belfort. — lÉventualités prévues par Werder.

On se rappelle que le général de Moltke, se tenant pour assuré que Bourbaki était encore au sud de la Loire, avait invité Werder à se reporter sur Dijon (l*" janvier). Le même jour, le commandant du XIV* corps répondait que la situation n'était point assez claire pour qu'il pût prendre ce parti, qui se conciliait mal avec sa tâche principale : couvrir le siège de Belfort. D'après des nouvelles venues de Suisse dans la journée, la circulation privée était encore interdite pour deux jours sur les lignes de Dôle et de Lons-le-Saulnier à Besançon ; un millier d'hommes étaient réunis vers Pont-de- Roide ; on signalait de grands rassemblements à Besançon et au.sud.

Ces renseignements cadraient très peu avec ceux de l'étatmajor du Roi, et il en résultait une grande incertitude. Mais, pendant la nuit du 1" au 2, la 4* division de réserve annonçait que les Français élevaient des fortifications à Clerval et à Autechaux. Werder en déduisait que notre intention n'était pas de prendre l'oflFensive et décidait de se reporter au delà de TOgnon, jusqu'au Doubi? (2 janvier).

A peine cette décision prise, les nouvelles affluaient pour la déconseiller. Zastrow annonçait de Montbard que Cremer était à Dijon avec 12,000 hommes et 16 pièces ; on constatait le débarquement à Besançon de 20,000 à 30,000 hommes arrivés les jours derniers par voie de fer. On évaluait, d'une façon positive, à 62,000 hommes l'eflFectif déjà concentré autour de cette place. Enfin, le représentant de l'Allemagne du Nord à Berne télégraphiait que 25,000 hommes marchaient

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à Test du Doubs et que 4,000 avaient atteint Blamont. Ce dernier renseignement était confirmé par le combat d'Abbévillers, dont nous avons parlé. Plus à l'ouest, à Avilley, sur la route de Rougemont à Baume, on constatait la présence de régiments démarche appartenant aux 24* et 26* corps*. La vraisemblance d'un mouvement sur Belfort en était accrue. Aussi Werder dirigeait-il vers cette place une fraction de ses troupes ; le 3 janvier, la brigade v. der Goltz portait de Lure sur Héricourt un fort détachement (3 bataillons, 1 batterie, 2 escadrons, colonel Nachtigal*). Le gros de la 4* division de réserve marchait sur Arcey, un peu à l'ouest; le reste de la brigade v. der Goltz allait à Villersexel. Enfin la division badoise, restée autour de Vesoul, recevait Tordre de reconnaître vers Rioz et Montbozon.

De son côté, le général v. Tresckow portait à Dampierre, près de Délie, le détachement qui avait jusqu'alors occupé Arcey (3 bataillons, colonel v. Bredow).

Le .3 janvier, on ne remarquait aucun mouvement de notre part au sud de Belfort. Mais v. der Goltz annonçant que 20,000 hommes étaient attendus à Rougemont, au sud-est de

1. Le 61*, de la 2« division du 24»corp9, et le 85% de la s« division' du 26* (Lôhlein). Ce dernier détail est évidemment faux, car le 26« corps, formé vers Poitiers, ne dépassa jamais la Loire.

2, Répartition des troupes allemandes le !•' janvier {État-major prussien, tome IV, p. 105):

Division badoise : A Vesoul et aux environs, 8 brigades d'infanterie, 2 escadrons, 8 batteries;

Entre Vesoul et Port-sur-Saône, i brigade de cavalerie;

A Neuvello-lôs- la- Charité et Fresnes- Saint- Mamès, i brigade d'infanterie (Keller), 2 escadrons, i batterie.

Brigade v. der Goltz .•* A Veâoul et à l'est jusqu'à Talmoutier, i régiment d'infanterie, 1 régiment de dragons de réserve, i batterie ;

A Lure, 1 régiment d'infanterie, i régiment de hussards de réserve, 9 batteries.

4^ division de réserve : A Villersexel et à l'est, l régiment de landwehr, 1 bataillon de landwehr, i bataillon d'infanterie badoise, 3 escadrons, S bat* teries de réserve;

A Rougemont et aux environs : i régiment d'infanterie prussienne, i régi ment de cavalerie de réserve, 2 batteries de réserve.

Détachement v, Schack (Troupes d'étapes) : A Port-sur-Sa(&ne, 1 batailloa d< landwehr, l escadron de réserve, i batterie de réserve.

Entln, 2 compagnies de chasseurs et i batterie de réserve arrivaient le s Vesoul (major v. Paczinskl-Tenczia).

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Vesoul, Werder prescrivait de se concentrer vers cette ville. Le 4, deux des brigades badoises seraient réunies, Tune à Vallerois-le-Bois, l'autre à Esprels. Le gros de la 4* division de réserve et le détachement Nachtigal marcheraient sur Saint-Ferjeux; la brigade Keller s'établirait au sud-est de Vesoiil, vers Neurey-les-la-Demie \

Ces mouvements furent exécutés le 4, non sans une rencontre sur la route de Rioz, près de Vellefaux, entre un détachement du 18* corps et des Badois. Rougemont n'était pas occupé et les troupes françaises semblaient s'être retirées sur le Doubs. Dans la soirée, le XIV* corps se répartissait de ISTeurey-les-la-Demie à Saint-Ferjeux, sur un front de 25 kilomètres. Notre supériorité numérique était très grande; si nous avions pris l'offensive le 5 sur Vesoul, ce n'eût pas été sans des chances de succès. Mais la concentration de l'armée n'était pas terminée, et Bourbaki ne comptait attaquer les Allemands que le 6 ou même le 7.

Werder s'était rendu sur la route d'Esprels pour reconnaître en personne les directions de Rioz et de Montbozon. Vers 9 heures du matin, une reconnaissance badoise dirigée vers Rioz annonça qu'une ligne d'avant-postes occupait la lisière du bois de la Boulay et qu'on distinguait derrière elle de grosses masses au bivouac. Feu après, plusieurs bataillons s'avançaient d'Authoison vers la route de Rioz à Vesoul; d'autres occupaient LeMagnoray. Des prisonniers assuraient que 20,000 hommes étaient dans le voisinage.

A ce moment, Echenoz-le-Sec et Vellefaux étaient occupés par deux bataillons badois; une compagnie alla s'établir dans le cimetière au nord d'Echenoz et une autre en soutien. Les six compagnies restantes prirent position aux abords de Vellefaux, et Werder y appela le gros de la division badoise (V et S** brigades). Avec sa brigade et celle du colonel v. Wechmar (2* badoise), le général v. der Goltz reçut Tordre de se porter sur Darapierre-les-Montbozon; le gros de la 4* division

1. v. Treakow faisail réoccuper Arcey par «es troupes après le départ du détachement Nachligal.

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de réserve marcha vers Vallerois-le-Bois. Enfin, rai*tillerie de corps gagna la route de Rîoz par Villers^le-Sec.

Cependant la V^ armée continuait son mouvement sur Vesoul ; le quartier général de Bourbaki était à Voray ; le 18* corps avait sa 1" division à Mailley, la 2® à Rosey, la 3* en réserve à Grandvelle ] la division de cavalerie formait Textrême gauche vers la Saône. Quant au 20* corps, après avoir traversé TOgnon à Voray, il s'était échelonné au nord de Rioz, sur la route de Vesoul. Son avant-garde, la 2* brigade de la 1" division, devait cantonner à Echenoz-le-Sec. Vers midi, par une forte tombée de neige, sa pointe apparut devant ce village, mais pour être proraptement rejetée par le feu d'une batterie badoise. Puis, un peu après 1 heure, le 4* bataillçn des mobiles de Saône-et-Loire* occupait Echenoz sans difficulté, tandis que le reste de la brigade prenait position vers Le Magnoray. Nos mobiles tentèrent vainement de débusquer les Badois du cimetière. Ils ne furent pas soutenus et se replièrent sur Echenoz avec une perte de 40 prisonniers. Peu après, le général de Polignac faisait évacuer ce village.

Sur la route d'Auxonne, le général Feillet-Pilatrie avait établi le 9® chasseurs de marche, les 19* et 73® mobiles en réserve à Mailley. Le 44*^ de marche occupait la route entre le cimetière de Mailley et la ferme Baloiseau. Quant au 42® de marche, il avait son 3® bataillon sur la hauteur de Burney, le 2*'aux moulins Lancrenon et Millardet. Le 1" bataillon devait s'établir à Lévrecey. A peine arrivé, il y fut attaqué par deux bataillons venant de Vellegundry. Malgré d'assez fortes pertes, ils le délogèrent (vers 5 heures) ; il perdit 10 tués, 21 blessés, dont 2 officiers, et 92 prisonniers ^

Un autre engagement avait lieu le même jour entre Vellegundry et Mailley. Le 3® escadron du 3® lanciers de marche, refoulé de Vellegundry, était recueilli par le 2® bataillon

1. Lôhlein dit 3 bataillons de Saône-et-Loiie ; or, il n'en existait qu'un seul dans tout le 20® corps.

2. Historique du 42® de ligne; État-major prussien, tome IV, p. 1056.

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du 42'. Enfin, deux batteries* avaient été désignées pour cantonner à Velle-le-Châtel avec deux bataillons du 4* zoua> ves de marche. Elles prirent lés devants, fort imprudemment^ et, vers 8 heures du soir, tombèrent sous le feu d'un bataillon qui occupait ce village. Les chevaux de la première pièc» de 4 furent tués et celle-ci versée en cage. Pourtant la section de tête des mitrailleuses, vigoureusement conduite par le lieutenant de Malet, se mit en batterie et contînt Tennemi, tandis que les autres faisaient demi-tour. Puis les deux batteries rejoignirent à Quenoche la réserve du 18' corps ; leurs pertes étaient insignifiantes^. Mais les deux bataillons de zouaves prenaient Tofifensive, délogeaient les Badois de Velle-le-Châtel et les refoulaient sur Mont-le-Vernois. La poursuite, opérée parle clair de lune, ne prenait fin que vers 11 heures; le 2' bataillon du 4' zouaves était arrivé à 300 mètres de Mont-le-Vernoîs.

Plus à l'ouest, à Traves- sur -Saône, les troupes d'étapes du major v. Schack avaient un autre engagement avec la division de cavalerie du 18* corps. De même, des escarmouches se produisaient à l'est de la route de Rioz à Vesoul. La brigade V. der Goltz délogeait deFilain et de Vy-les-Filain une partie de la cavalerie du 20* corps. Au contraire, le 24" corps poussait sans combat jusqu'aux abords sud de Rougemont et de Montbozon.

Ces combats nous faisaient peu d'honneur; nous nous étions engagés à l'aventure, sans objectif arrêté, sans faire aucun usage de notre supériorit'é numérique. Les Allemands avaient perdu une centaine d'hommes (5 officiers, 93 hommes de troupe). Mais ils avaient fait plus de 500 prisonniers^ et, des interrogatoires recueillis, il résultait la preuve

1. La 23« du 15« régiment (mitrailleuses, réserve du 18« corps) et une batterie de 4 {Historique de la 23® batterie).

8. 1 cheval tué et l homme blessé. Les hisloriquos des lô*» d'artillerie el S* zouaves indiquent à tort, pour ce combat, la date du 6.

3. D'après v. der Wengen, Die Kàmpfe vor Be'.fort im Janiiar 1871, on conslalait que ces prisonniers manquaient de vêtements el de vivres Les cavaliers, mal montés, chaussés en grande partie on sabots, avaient un si pileux aspect que leur arrivée excitait toujours la plus grande hilaiilé parmi les Allemands.

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certaine que les 18% 20*, 24' et peut-être 15* corps étaient en marche sur Vesoul. Werder le télégraphia sans retard au général de Moltke, qui s'obstinait encore à croire Bourbaki aux environs de Bourges. Si insignifiants qu'ils fussent, les combats du 5 janvier eurent donc les plus graves conséquences.

Pendant que ces événements se succédaient sur la Saône, Frédéric-Charles ramenait la II* armée vers le Loir. Derrière lui, la 25* division était restée à Orléans; le 3 janvier on apprit dans cette ville l'évacuation de Briare par nos troupes ; on en conclut que, pour Tinstant, il n'y avait aucun mouvement oflFensif à redouter vers le Loing. D'ailleurs le YIP corps était sur TArmançon, et le IP en marche sur Montargid% tous deux à portée de se jeter à la rencontre de notre armée.

A cette même date, la 25* division détachait en Sologne un régiment de cavalerie soutenu par un bataillon de chasseurs. Un fort détachement établi au faubourg Saint-Marceau devait les recueillir en cas de besoin. L'abandon de ce faubourg et de la tête de pont, construite au sud d'Orléans, était prévu; on se serait borné à défendre la rive droite.

C'est sur les entrefaites que survint à Versailles le télégramme de Werder annonçant les résultats de la journée du 5 janvier. Le général de Moltke croyait encore l'armée de Bourbaki répartie entre Nevers et Bourges. Aussi, le soir du 5, recommandait-il à Werder de concentrer le XIV' corps et de prendre l'offensive contre les troupes en marche vers Belfort; Langres devait être, non seulement investi, mais attaqué. On voit combien les suppositions du chef d'étatmajor du roi étaient éloignées de la vérité ; mais il faut lui rendre cette justice que, s'il avait montré peu de pénétration jusqu'alors, il sut réparer sa faute avec la plus grande rapidité. Les II* et VII* corps étaient, le 6, à Montargis et à Auxerre ; tous deux reçurent, par le télégraphe, l'ordre de

1. Le Ilo corps se mit en mouvement le 2 par Melun et Fontainebleau; son ayant-garde était le 5 à Montargis et le 6 il se concentrait autour de cette ville {État-major prussien).

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