‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 125 sur 165 · L ARMEE SE DEROBE VERS L EST · texte numérisé non relu

L ARMEE SE DEROBE VERS L EST

centrer de Port-sur-Sciône à Frotey, derrière le Durgeon'. La brigade v. der Goltz restait seule en position au sud-est de Vesoul, pour observer le flanc droit de Bourbaki.

Cette résolution de Werder nous était fort avantageuse, car elle eût permis de le gagner en vitesse dans la direction de Belfort. Il est vrai que la présence de Tennemi à Vesoul nous aurait empêchés de suivre la route d'Esprels à Lure et à Belfort, trop exposée à une attaque de flanc ; mais il restait la route de Villersexel à Héricourt, par Arcey; celle de Baume-les-Dames à Montbéliard, par Onans et Ârcey ; celle de Baume à Montbéliard, par la vallée du Doubs, et enfin celle des plateaux de la rive gauche du Doubs. On peut donc admettre que la position de Vesoul ne couvrait nullement le siège de Belfort. Werder aurait eu tout avantage à se reporter sans retard derrière la ligne Lure- Villersexel. Il fût resté une menace pour Bourbaki , au cas où ce dernier eût persisté à marcher vers le nord. Si, au contraire, notre armée avait obéi à Tattraction de Belfort, Werder eût été, mieux encore qu'à Vesoul, à même de la gagner de vitesse \

Contrairement à son attente, la journée du 6 se passa sans attaque. On ne remarqua même aucun mouvement de notre part. Il devenait indispensable de se rendre compte de ce qui se passait à l'abri de nos avant-postes. Werder prescrivit que la 2* et, au besoin, la 3* brigade badoise opéreraient, avec la cavalerie et l'artillerie de corps, une reconnaissance oflFensive dans la direction de notre gauche supposée. De son côté, V. Tresckow, qui avait dirigé, le 5, un détachement sur Villersexel (3 bataillons, 1 batterie, 1 escadron, colonel V. Ostrowski), lui prescrivait de s'arrêter à Arcey. Ostrowski constatait, le 6, que l'Isle- sur -le -Doubs continuait d'être occupé. Les gens du pays annonçaient la marche d'un corps français sur Belfort.

1. Obéissant à sa constante préoccupation, dissimuler le plus possible les erreurs allemandes, l'état-major prussien cherche à établir le contraire, mais dans l'ouvrage impartial qu'il a consacré à ces opérations, v. der Wongcn reconnaît la faute commise par Werder.

Au sud du Doubs, les Allemands ne remarquaient aucun mouvement le 6 janvier. Cependant Tavant-garde du détachement Debschitz avait une escarmouche à Bondeval contre une fraction du corps Bourras. Mais, dans la nuit du 6 au 7, on constatait l'affaiblissement de la gauche de nos avantpostes, et Werder prenait le parti de limiter le mouvement de sa droite*. L'état-major du Roi approuvait (7 janvier) cette reconnaissance offensive, mais il recommandait à Werder de se retirer, en cas d'insuccès, sur TAlsace. Au cas où Bourbaki menacerait les communications allemandes par Langres, le XIV* corps devrait s'attacher à lui pour ralentir son mouvement. Le général de Moltke annonçait en même temps la concentration à Châtillon du VIP corps, soutenu par le IP, pour arrêter de front l'offensive de Bourbaki.

Dans la matinée du 7, les troupes de Werder poussaient des reconnaissances dans plusieurs- directions. Grâce à notice complète inaction, elles constataient que notre objectif n'était pas Vesoul et que nous opérions un mouvement de flanc vers Belfort. Bonnal, sur l'Ognon, était occupé par des mobiles et des francs-tireurs ; des paysans armés se montraient vers Villersexel, indice certain de l'approche des troupes françaises. Enfin, de Baie, on télégraphiait, de source sûre, que Bourbaki, de concert avec l'armée des Vosges et celle de Lyon, était en marche sur Belfort, la Haute- Alsace et le pays de Bade, à la tête de 150,000 hommes^. Sur les entrefaites, le général de Moltke définissait à nouveau, pour Werder, la mission du XIV* corps. Après lui avoir confirmé

1. Lôhlein. Toute cotte partie des opérations est défigurée par rétat-major prussien, qui laisse à peine soupçonner les perplexités de Werder pendant la période du 5 au 9 janvier. D'après v. der Goltz (Die Operationen der If. Armée an der Loire)^ Frédéric-Charles recevait dans la nuit du 7, à Vendôme, un télégramme de Versailles daté du soir du 6 et portant que Bourl^akî s*était dirigé avec le i9^ corps sur Dijon, en laissant 20,000 hommes à Vierzon, tandis que Ghanzy avait reçu ordre de prendre l'offensive vers Nogent-Ie-Rotrou. Le général v. Werder avait déjà reconnu la présence devant lui des 18* et 20® corps.

Au contraire, à Vendôme, on conslalait dans les combats du 6 janvier la présence de fractions des 15«, 16«, 17« et ?0® corps.

On voit quelle incertitude régnait encore à celte date, dans les états-majors allemands, sur la constitution de nos armées.

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