‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 15 sur 165 · Lôhlein · texte numérisé non relu

Lôhlein

CAlIPAaNB DB L*£ST. -^ I. 2

18 NUITS, YILLEBSBXEL.

nance et les AllemancU durent se replier sur rOgnon sans avoir pu les déloger V

C'est à ce maigre résultat que crut devoir se borner Werder. Le 23 octobre, pendant que Cambriels ramenait la majeure partie de ses troupes à Besançon, et qu'il laissait seulement la colonne Perrin à Cbâtillon-le-Duc, le XIV' corps opérait des reconnaissances qui, vers Dole et Anxonne, le mettaient en contact avec des détachements de « l'armée des Vosges » en formation sous les ordres de Garibaldi, Persuadé de l'inutilité d'une tentative sur Besançon, même au prix de fortes pertes, Werder résolut de se reporter sur la Saône, puis de reprendre sa marche vers Dijon. Ce mouvement rétrograde commença le 24 octobre*.

Non sans une juste entente de la situation, Garibaldi jugeait indispensable de retenir le plus longtemps possible l'ennemi entre l'Ognon et la Saône. On retarderait ainsi son mouvement sur Dijon, ce qui permettrait peut-être de sauver cette ville. Quoiqu'il disposât alors de 4,000 hommes à peine, il en porta le gros vers Pesmes. D'accord avec lui, le président du comité de défense de la Côte-d'Or, docteur Lavalle, iit occuper l'un des passages les plus importants de la Saône, Pon tailler. En même* temps , Garibaldi demandait à Cambriels sa coopération. Mais, aux yeux de ce général, ses troupes étaient trop jeunes, trop faiblement organisées, trop éprouvées par les événements récents, pour qu'il les risquât loin de Besançon. Il craignait même d'être attaqué sur sa gauche, dans l'intervalle de cette place à Dôle, et demandait à Garibaldi de porter par chemin de fer quelques bataillons sur la droite de l'ennemi. Aucune raison sérieuse ne motivait alors ce renversement des rôles.

L'offensive des Garibaldiens n'eut d'ailleurs aucune suite.

1. Kotre effectif atteignit 8,ooo hommes et 8 pièces à la ûu du jour seulement ; l'ennemi disposait de forces triples. 11 perdit 120 hommes ; le colonel Perrin eut 150 tués ou blessés et 200 prisonniers (Dumas, ouvrage cité).

2. Les communications du XI V» corps étaient encore silnal assurées que des télégrammes du général de Mollke envoyés les 23 et 24 octobre n'atteignirent pas Werder avant le 3 novembre. La ligne télégraphique avait été coupée prés de Luxeuil (Lôhlein).

LES COMBATS SUR l'OGNON/ 19

Ils se replièrent i^r Dôlé, après un échec à Pesmes (22 octobre). Garibaldi les concentra sur les positions du*mont Bolland; puis, apprenant que Tennemi semblait menacer Besançon, les dirigea vers cette ville. Mais la démonstration de Werder n'ayant pas été poussée à fond, les troupes de l'armée des Vosges se reportèrent sur Dote.

Cependant la réorganisation du corps de Cambriels, favorisée par le mouvement de l'ennemi vers l'ouest, progressait plus rapidement qu'on aurait pu s'y attendre. Dès le 25 Octobre , le général songeait à prendre prochainement l'offensive. Il prescrivait aux commandants de Belfort et de Langres « de se tenir prêts à faire d'ici trois ou quatre jour» une sortie qui s'avancerait à deux ou trois journées de marche ». A ses demandes concernant l'effectif disponible, le colonel Denfert- Rochereau répondait (28 octobre) que la garnison comptait 14,360 hommes , non compris 1,235 francs-tireurs détachés. Mais ^investissement de Belfort allait survenir (4 novembre). Quant à la garnison de Langres, elle avait subi des modifications incessantes depuis le début de la guerre , Vette place ayant surtout servi de centre d'organisation et de ravitaillement à nos troupes. Il y restait 15,000 hommes (29 octobre); 8,000 en étaient déjà partis, laissant les ressources de la ville et du pays beaucoup diminuées. Les cartouches Chassepot, les munitions d'artillerie, les fusées faisaient défaut. L'armement ne comportait pas une pièce mobile pour les sorties. Des 15,000 hommes de la garnison, 3,000 mobilisés de la Haute-Marne , exercés depuis quelques jours , ne savaient pas tenir un fusil; 3,000 hommes observaient les routes du nord et de Test; la garde des forts, de la citadelle et de l'enceinte en exigeait 8,500 environ. On ne pourrait donc consacrer à une sortie que 2,500 hommes à peine , et leur dénuement les empêcherait de passer plus ^e deux jours loin de la placée

En somme, les ressources disponibles étaient fort restreintes à Langres et à Belfort ; Cambriels ne pouvait guère compter

1. Mppoi^t du général commandant la place de Langres (Dumas, ouvrage cilé).

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sur elles. Il n'en poursuivit pas moins la préparation du mouvemant qu'il avait en vue. La colonne Perrin, renforcée le 27 d'un bataillon, était le 29 à Baume-les-Dames. De là elle se portait sur Mélisey,. au nord de Lure, où elle arrivait le 2 novembre*.

Une autre colonne, celle du colonel Varaîgne, se dirigeait le 27 sur Ougney, pour couvrir la droite de Garibaldi au nord-est de la forêt de la Serre. Elle conti*ibuait également à « donner de Tair » aux troupes de Besançon.

 ce moment, l'armée de l'Est comptait deux divisions organisées, 20,000 hommes ignviron, non compris la colonne Perrin et une réserve de 1,Ô00 hommes. Les éléments d'une 3* division commençaient à se grouper sur la rive gauche du Doubs, sous les ordres du capitaine de vaisseau Rolland. Dans une dépêche au ministre de la guerre (28 octobre), Cambriels affirmait que l'organisation de ces troupes était suffisante pour qu'elles pussent prendre part à des opérations actives. II était temps qu'elles cédassent leur place à d'autres destinées, ^lles aussi, à s'y organiser. Le général ajoutait, fort justement : « . . . .Tout avantage remporté. . . . par l'armée de Besançon aura une influence capitale sur les opéra* tions des autres armées, parce qu'un succès dans l'Est peut compromettre la retraite de l'ennemi et mettre dans l'em* barras les troupes mêmes qui n'ont pas pris part à l'action, tandis qu'une victoire, même aux environs de Paris, ne peut désorganiser que les corps d'armée.... ayant pris part au combat. ...» On voit s'affirmer dans cette dépêche, une fois de plus, l'idée maîtresse de l'expédition de Bourbaki.

Mais le général Cambriels ne devait pas mener à bien ces projets. Sa blessure s'était rouverte, mettant sa vie en danger; il fut contraint de réclamer son remplacement. La Délégation, qui parut voir cette demande avec regrets, ne crut pas devoir en ajourner la solution. Le commandant de la cava-

1. A rapproche des troupes allemandes qui allaient investir Belforf, celte colonne se reporta sur Clerval et l'Isle. Elle fut disloquée le 9 novembre el répartie entre la 3« division et la réserve de Tarmée de l'Est (Brisac, Journal de marche du S* bataillon de la garde nationale mobile de la Meurlhe).

LES COMB'ATS &UR L'OGNOlf. 21

lA-ie du 16* corps, Michel, fut désigné pour remplacer Cambriels, et le général Crouzat prit le commandement par intérim (28 octobre).

En quittant Besançon, Cambriels adressait à Oaribaldi la lettre à laquelle nous avons fait allusion; elle lui fait le plua grand honneur, car elle montre comment il faisait taire ses légitimes susceptibilités devant les exigences de la défense du pays (29 octobre). Après lui avoir donné l'explication de son départ de Besançon dans les termes les plus corrects, presque affectueux, il ajoutait : « Laissez-moi vous demander en grâce, mon cher Général, d'user auprès de Gambetta de l'influence que votre nom et votre expérience vous donnent. Pas de petits paquets, pas de groupes sans cohésion, pas de folle et téméraire aventure, mais concentration puissante par le nombre, et le résultat que vous obtiendrez sera décuplé. Je sais que ce sont là vos idées, mon Général, et je suis heureux de m'être rencontré avec vous. Mais faites que ce soit bien celles du ministre, et notre cause que Vous venez servir avec tant de dévouement ne pourra qu'y gagnera ...» Il était impossible de parler, plus sagement. Mais notre malheur voulut que les successeurs de Canibriels, et surtout Bourbaki, n'imitassent pas son abnégation.

Le général Crouzat, qui le remplaça provisoirement, adopta ses projets d'offensive. Dès le 29 octobre, il télégraphiait au nûnistre pour solliciter l'autorisation de marcher sur Gray. Il comptait se mettre en mouvement vers le 3 ou le 4 novembre, avec 20,000 hommes et 40 pièces de canon. La réponse de Gambetta fut affirmative (30 octobre) * , mais une désastreuse nouvelle, celle de la capitulation de Metz, mît fin à tous ces projets. La disparition de l'armée du Rhin rendait à l'état-major du roi de Prusse la libre disposition des I" et II® armées. Le général de Moltke allait renoncer à porter le XIV® corps sur la Loire , où sa présence serait rendue inutile par l'arrivée prochaine de Frédéric -Charles.

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