‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 22 sur 165 · CROUZAT SB PORTE SUR QIEN · texte numérisé non relu

CROUZAT SB PORTE SUR QIEN

le Jura et la Haute-Saône. Cette mesure eût rendu plus diflSciles «08 opérations ultérieures d^ns cette région. Son .exécution n'en avait pas moins commencé, sans Tassentiment du ministre, et le général de Prémonville, commandant la 7' division militaire, demandait seulement Tautorisation de la poursuivre. M. de Freycinet intervint, mais les ponts en amont de Besançon étaient déjà détruits, ce qui devisiît grandement compliquer nos mouvements de troupes en janvier 1871.

En même temps, M. de Freycinet cherchait à rendre confiance au général Michel, lui assurant qu'il s'exagérait TinsuflSsance de Besançon^ En y maintenant 15,000 à 16,000 hommes, la défense pourrait s'opérer dans des conditions satisfaisantes. Il suflSrait de prélever 5,000 à 6,000 hommes sur les 30,000 hommes que comptait alors l'armée.

Celle-ci se porterait sur Chagny, point que la Délégation considérait avec raison comme d'une extrôtaie importance et que Michel devrait défendre, de concert avec Garibaldi. Si nous ne pouvions y tenir, nous nous retirerions peu à peu sur Lyon, objectif final de la retraite. Une division, 10,000 hommes et 18 pièces, en formation à Chagny, sous les ordres du colonel Bonnet, se replierait au contraire sur Nevers, car elle était destinée à faire partie du 18® corps, alors rattaché à l'armée de la Loire \

Le général Crouzat, qui commandait l'une des divisions de Michel, ne partageait pas sa manière de voir. Il croyait possible de terminer rapidement les travaux du camp retranché, ce qui nous donnerait pour l'avenir une base certaine, avec une ligne de retraite passant par Pontarlier, Saint- Claude, Le Bugey, celle même dont Clînchant devait tenter de faire usage.

Les travaux de Besançon terminés, on prendrait l'offensive sur Gray, appuyé à gauche par Garibaldi, qui marcherait surPesmes. En même temps, les troupes de Chagny se

1. Télégramme au général Michel, 5 novembre. Le commandant nominaC des troupes de Chagny était le général de la Serre.

porteraient sur Dijon. Enfin, Làngres tenterait une diversion. ' . . ^

A défaut de cette opération, on pourrait aussi diriger Tarmée de l'Est stir Chagny, puis sur Dijon, après l'avoir renforcée des troupes du colonel Bonnet, pendant que Garibaldi irait de Dole vers Auxonce*.

Mais CQS projets ne cadraient pas avec les intentions actuelles de la Délégation ; elle songeait beaucoup plus à renforcer Tarmée de la Loire qu'à prendre l'offensive sur la Saône. D'ailleurs, Michel exagérait de plus en plus la note de ses inquiétudes. Il allait jusqu'à craindre de ne pouvoir quitter Besançon en temps opportmi. Il Lii faudrait cinq heures pour traverser la ville, et les Allemands étaient, croyait-il, à dix kilomètres. Il pourrait y être canonné pendant le défilé des troupes, malgré rartillerie de l'enceinte et des forts*. Aussi insistait-ii de nouveau (5 et 6 novembre), pour obtenir l'ordre de la retraite, qu'il ne voulait pas donner sous sa propre responsabilité. En dépit des instructions si claires du ministre, il en sollicitait de nouvelles.

Avec grande raison, M. de Freycinet coupa court à cette correspondance, en l'invitant à se rendre sans délai près de lui, afin de développer ses projets. C'était un rappel à peine déguisé , mais le général ne parut pas comprendre que sa place n'était plus à la tête de Tarmée, et le Délégué dut lui intimer à plusieurs reprises l'ordre de se rendre à Tours, après avoir laissé le commandement à Crouzat*.

En même temps (7 novembre), le ministre informait Garibaldi de sa résolution d'abandonner le Jura ; il lui donnait mission de défendre le Morvan en s'appuyant au colonel Bonnet, à Chagny. Il le priait enfin de se concerter avee

1. Rapport du général Crouzat au général Michel, 5 novembre (Dumas).

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