CROUZAT SE PORTE SUR GIEN
Orouzat, qui avait ordre « de tenir grand compte de ses précieuses indications » . Dans la pensée de Gambetta et de M. de Preycinet, c'est à Garibaldi et au colonel Bonnet que reviendrait le soin de défendre le Morvan et de couvrir Nevers, ville à laquelle ils attachaient une haute importance, non sans raison. L'armée de l'Est devrait coopérer à cette défense, mais sans découvrir Lyon sous aucun prétexte \
Il y aurait beaucoup à dire sur ce projet, qui confiait la vallée de la Saône à trois groupes isolés, dans l'intervalle desquels opéraient des corps secondaires, également indépendants, comme celui de Bourras. Il manquait un centre à ce cordon défensif, qui allait de Chagny à Belfort. Aucun de nos généraux ne possédait une autorité incontestée sur les autres. Comment travailler ensemble à la tâche commune ?
Le mouvement de l'armée de l'Est commençait le 8 novembre, par les routes, mais Crouzat ne l'exécutait pas sans répugnance. H n'espérait pas d'arriver à Chagny en temps opportun; même dans ce cas, il s'attendait à être bientôt obligé de se retirer sur Lyon. Selon lui , l'armée aurait dû rester autour de Besançon, en se tenant prête à se jeter par Belfort sur les communications de l'ennemi. Sa ligne de retraite eût été par Lons-le-Saulnier, au besoin par Pontarlier*. Mais nous avons vu pourquoi la Délégation ne pouvait admettre ce plan séduisant.
Au moment où elles se mirent en marche, les troupes de Crouzat comptaient 30,000 hommes et 40 pièces. Leur mouvement était couvert par les Garibaldiens à Dôle, par le corps franc des Vosges (colonel Bourras) et par des gardes nationaux mobilisés répartis le long du Doubs. Pendant qu'il s'opérait sans obstacles, Werder demeurait à peu près immobile. De ses 21,500 hommes, avec 72 pièces, répartis de Dijon à Vesoul, ainsi que de Vesoul à Epinal et à Belfort, 10,500 et 36 pièces étaient à Dijon. Pour prendre l'offensive, comme
1. Télégrammes du 7 novembre au général commandant à Besançon et à Garibaldi.
s. Télégramme du 8 novembre au ministre.
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il en avait Fintentioii, il serait nécessaire d'évacuer momentaoément cette ville. Mais son importance pour les Allemands était surtout d'ordre moral. Aussi son abandon n'offrait -il aucun inconvénient grave.
Werder comptait porter la masse du XIV® corps entre Besançon et Dôle, de façon à couper les unes des autres les troupes de Michel et de Garibaldi, puis à les battre isolément. Mais avant de se mettre en marche, il voulait attendre des nouvelles positives de Belfort, dont l'investissement était à peine opéré (4 novembre). Il se borna donc à préparer un coup de main sur Auxonne et une attaque de Saint-Jean-de- Losne, comme préliminaires de l'offensive projetée (6 novembre). A ce moment, certains indices lui firent craindre un mouvement de notre part sur Gray , et il en renforça la garnison.
Le 9 seulement, les Allemands commencèrent à se rendre compte de la marche que Crouzat opérait vers l'ouest ; Werder donna des ordres pour une opération sur Dôle (10 novembre). Le XIV* corps, abandonnant Dijon, mais continuant d'occuper fortement Vesoul, serait le 13 au sud de l'Ognon. Cependant les troupes de Crouzat continuaient leur mouvement et, le 13, elles étaient concentrées à Demigny, Chagny et Nolay. Avec les 25,000 hommes et les 22 pièces de Bonnet, tout récemment placés par le ministre sous ses ordres, il disposait de plus de 55,000 hommes, avec 62 pièces. En y comprenant les garnisons des places, notre effectif dans l'Est atteignait environ 125,000 hommes. L'ennemi était en force moindre de moitié, 63,000 hommes, mais sa supériorité d'organisation lui permettait de nous tenir en échec.
Le 12 novembre, Werder apprenait que notre concentration s'achevait vers Chagny ; il décidait de forcer le passage de la Saône à Saint-Jean-de-Losne et d'attaquer Dôle le 14, en se bornant à observer Auxonne. La Saône fut franchie, en effet, mais à Pontailler au lieu de Saint- Jean-de-Losne, par suite d'une fausse interprétation des ordres donnés, et on reconnut que Dôle venait d'être complètement évacué par Garibaldi. Werder ordonna donc pour le 13 une ten-
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tative sur Auxonne, Mais on constata que cette place ne pouvait être prise par un coup de main. On ne parvenait pas davantage à couper le chemin de fer de Besançon à Lons-Ie- Saulnier.
Le 14 novembre, le gros du XIV* corps était concentré vers Dijon; Tun de ses détachements s'emparait de Saint-Jeande-Losne, après une escarmouche ; Wcrder pouvait donner suite à ses projets d^oflfensive. Des difficultés d'exécution Vy firent renoncer. La Côte-d'Or, avec ses collines isolées à flancs abrupts, couronnées par des villages qui forment autant de citadelles naturelles, lui parut d'une défense trop facile. En outre, il eût été nécessaire de consacrer deux brigades à garder Dijon, à observer Besançon, Auxonne et Langres. Les deux autres n'auraient sans doute pas suffi pour marcher sur Chagny.
C'est ainsi que Werder ajourna de nouveau cette opération jusqu'à l'arrivée de la 4** division de réserve. Celle-ci avait été rendue disponible, le 10, par la capitulation de Neuf-Brisach. Elle marchait alors vers la Saône, après avoir laissé un détachement seulement au corps d'investissement de Belfort\ Les troupes de Werder continuaient donc à demeurer à peu près inactives, et cette situation allait se prolonger durant quelques jours.
De notre côté, nous gardions la même attitude. Le colonel Bonnet ayant proposé une attaque concentrique sur Dijon, qui serait exécutée à la fois par CroUzat, par lui et par l'armée des Vosges, M. de Freycinet parut approuver ce projet et le communiqua à Crouzat. Mais celui-ci préférait achever l'organisation de ses troupes que de risquer de les compromettre. D'ailleurs, il craignait lui-même (13 novembre) une marche de l'ennemi vers Lyon par la rive est de la Saône et se proposait de se porter à Chalon, si le fait était vérifié*. Puis, sur la nouvelle que Dijon était à peu près évacué par l'ennemi, le ministre l'autorisait à réoccuper cette ville, s'il