Thiébault
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GABIBALDI SE POBTE A AUTUN. 45
quels des vieillards de 80 ans; enfin, une contribution d'un million fut imposée à Châtillon.
Quant à Riccîotti^ il regagnait par Montbard et Semur Arnay-le-Duc où il était le 23 novembre, prêt à prendre part à l'attaque que Garibaldi préparait contre Dijon.
La nouvelle du départ de l'armée de l'Est pour Gien avait produit à Lyon une émotion voisine de l'affolement. Il faut dire que le ministre contribuait à l'accroître. Le 16 novembre , en informant le général BressoUes, qui commandait la 8* division militaire, de sa résolution au sujet des troupes de Orouzat, il lui recommandait de faire inonder les routes en amont de Lyon : « Vous pourrez avoir l'ennemi sous vos murs dans huit jours», ajoutai t-iP. Une pointe de Werder sur la seconde ville de France, fortifiée, pourvue d'une garnison de 30,000 hommes, sans la garde nationale, était d'une criante invraisemblance. Néanmoins BressoUes enchérit encore sur les recommandations du ministre. Il prescrivit par télégramme « d'achever tous les travaux de coupure et d'inondation com • mencés sur les routes et chemins de Saône-et-Loire, d'interrompre la circulation , excepté par la grande route de Paris et par le chemin de fer, tout en préparant les moyens d'interrompre même cette route et cette voie ferrée*». Avec grande raison, Garibaldi interdit l'exécution de ces travaux dans l'étendue de son commandement ; il empêcha de même la destruction du tunnel de Chagny, qu'avait fort mal à propos ordonnée Crouzat.
Cependant, à Lyon, l'émotion allait croissant, comme il arrive toujours dans une grande ville habitée par une population nerveuse, mal contenue dans ses démonstrations et crédule à l'excès. BressoUes, auquel le sang-froid manquait autant qu'aux Lyonnais eux-mêmes, les représentait comme « terrifiés » par la retraite de Crouzat. Il réclamait des renforts au plus vite, sans quoi il ne répondrait plus de rien.
1. Enquête, tome III, p. 241. Lyon avait alors 15,000 hommes de garnison, qui furent portés à 30,000 par les renforts venant de Chagny.
2. Marais (sous-préfet d'Autun en 1870-1871), Garibaldi et l'armée des Vosges, p. 48.
L'autoritaire préfet du Ehône, M. Challemel-Lacour, s'exprimait avec moins de réserve encore. Enfin, Bressolles réclamait la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains, « en conséquence du siège probable de Lyon, ou du moins de son investissement * » .
On conçoit, sans qu'il soit besoin d'insister, combien ces exagérations, ces tendances constantes à généraliser la défense locale compliquaient la tâche de la Délégatioti. Elle réussit pourtant à donner satisfaction à Bressolles et à M. Challemel-Lacour, en faisant refluer à Lyon 15,000 hommes venant de Chagny et même quelques troupes empruntées provisoirement à l'armée de la Loire. D'ailleurs, un mince cordon de gardes mobilisés continuait à fermer la vallée de la Saône, sans que l'ennemi dirigeât contre lui aucune tentative sérieuse. La 2'* légion du Doubs occupait la ligne du Doubs, de Dole à Navilly (17 novembre). La 1" légion du Rhône était plus à droite, de Dole à Besançon. Le corps franc des Vosges (colonel Bourras) opérait en avant de ces mobilisés*. Mais, derrière ce frêle rideau, la vallée de la Saône était à peu près inoccupée, et le ministre devait inviter par deux fois Bressolles à porter des troupes à Chagny®. On y concentra plusieurs milliers de mobilisés
1. Enquête, tome IV, p. 493, télégrammes des 16 et 17 novembre. M. Challemel-Lacour, très cassant dans ses rapports avec les généraux Mazure et Bressolles, ou môme avec le ministre, était infiniment plus réservé vis-à-vis des agitateurs de profession, fort nombreux à Lyon. C'est ainsi qu'il toléra la présence du drapeau rouge sur la préfecture. L'autorité' militaire l'ayant fait disparaître d'une redoute en construction, il protesta en termes peu mesurés. Plus lard, il alla jusqu'à enlever des officiers de mobiles à Bressolles, pour les verser dans les mobilisés du Rhône, sans même en avertir le général (Enquête, tome VI, p. 413, déposition Bressolles). Il convient d'ajouter que le ministre lui avait notifié dans ces termes la nomination de Bressolles : « D'après votre demande, M. le général Bressolles est mis d votre disposition pour commander provisoirement la 8® division militaire.... » (Télégramme du 9 octobre. Enquête, tome IV, p. 84.)
2. 2^ légion du Doubs, 8 bataillons bientôt portés à 4; !'« légion du Rhône, 3 bataillons, 1 batterie Armstrong de 9 livres, i compagnie du génie. Elle était armée de chassepots, tandis que les bataillons du Doubs n'avaient que des fusils à piston.
Le corps Bourras comptait alors 2,000 hommes d'infanterie, 30 cavaliers et 8 pièces de montagne.