Major Kunz, Gefechi bei Nuits
Vers l'ouest, Nuits est dominé de 150 mètres environ par le plateau de Chaux, qui dessine, dans sa proximité immédiate, un quadrilatère irrégulier, limité vers le nord et Test par des pentes très rapides. Un chemin sinueux en assez mauvais état le reliait à Nuits.
Au nord, ce plateau est longé par le ruisseau du Meuzin, « qui coule dans un ravin profond. Un autre petit cours d'eau, le Raccordon, qui vient s'y jeter au sud de Villars-Fontaine, prolonge le Meuzin à l'ouest et forme avec lui un fossé naturel, dirigé normalement à la direction générale suivie par l'ennemi. Enfin, au nord du Meuzin, le plateau de Concœur s'élève symétriquement à celui de Chaux, qu'il commande légèrement. Il est dominé lui-même par la longue croupe du bois de Mantuan, au pied de laquelle est situé Villars-Fontaine, vers l'ouest.
C'est sur ce terrain qu'allait s'engager le combat de Nuits ; les Allemands devant aborder nos positions surtout par la droite, vers Saulon- la-Rue, nous serions conduits à établir notre première ligne à l'est de Nuits, en considérant le plateau de Chaux comme le réduit de nos positions.
Avant même la rentrée de Cremer à Nuits, son chef d'étatmajor, colonel Poullet, y avait appelé les deux bataillons (2« et 3* de la 2' légion du Rhône) et la batterie (22^ du 12' régiment) cantonnés à Premeaux et à Quincey ; le bataillon qui était à Corablanchien et à Corgoloin (1" de la 2* légion), se porta sur le plateau de Chaux. Enfin, le 57* de marche reçut par télégramme l'ordre de se porter de Beaune à Nuits.
Au début du combat, la répartition de nos troupes était la suivante: trois compagnies du 32* de marche, bientôt renforcées du reste du 2* bataillon, occupaient Boncourt; une compagnie des mobiles de la Gironde était à La Berchère. Le 2* bataillon de la 1" légion du Rhône avait pris position en deuxième ligne, le long de la tranchée ; trois compagnies des mobiles de la Gironde s'établirent à sa droite. Plus au sud, Agencourt fut occupé par la majeure partie des corps francs de Cremer. Nos deux obusiers lisses de montagne (des
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chasseurs volontaires du Rhône) étaient au sud du chemin de Boncourt à Nuits, près de La Berchère ; mais ils n'avaient à tirer que 40 coups chacun, et leur rôle fut presque nul. Il n'en devait pas être ainsi pour une section de la 22" batterie du 12® régiment, placée près de la station de Nuits. , Les troupes précédentes, qui formaient notre droite, étaient sous les ordres du lieutenant-colonel Graziani, du 32* de marche. Quant à la défense du centre de nos positions, sur la route de Dijon, elle fut confiée au colonel Celler, de la 1'* légion du Rhône. Il avait à sa disposition les deux bataillons (1" et 3**) qui revenaient de Gevrey.
A gauche, le plateau de Chaux était déjà occupé par un bataillon (!*' du 32" de marche) et deux pièces de 4 (22* batterie du 9* régiment) établis près de la Bergerie. On y porta trois compagnies des mobiles de la Gironde, le 3® bataillon du 32® de marche et des fractions* de la 1'® légion du Rhône. Le tout était sous les ordres du colonel Poullet.
Ainsi, la masse principale de Tennemi, huit bataillons, allait porter son effort contre notre droite, trois bataillons seulement, dont deux de mobiles ou de mobilisés. Au contraire, le plateau de Chaux, qui devait être attaqué par trois bataillons, serait défendu par deux bataillons, tous deux de l'armée active. Cette disproportion tenait à deux faits : Cremer ignorait la direction que prendrait l'attaque principale, et il voulait, très justement, faire du plateau de Chaux le réduit de ses positions.
Cependant Favant-garde du colonel v. Willisen avait aisément refoulé de Saulon-la-Rue les Volontaires libres du Rhône. Ils furent repoussés de même au passage de la Vouge, et la résistance ne prit une certaine vivacité qu'à Boncourt (vers 11 heures et demie). Ce village était défendu par le 2® bataillon du 32" de marche et par les francs-tireurs refoulés de Saulon-la-Rue. Ils arrêtèrent un instant Tennemi. Mais celui-ci établit une batterie dans une clairière du bois de Souzières et porta un bataillon à l'attaque de Boncourt.
1. Une ceiitaino d'hommes avec le chef de bataillon Valentin.
Suivant les ordres de Cramer, le lieutenant-colonel Graziani évitait de prolonger la défense de ce poste avancé et repliait sur La Berchère le bataillon du 32*. A ce moment, il était mortellement atteint, mais n'en gardait pas moins le commandement jusqu'à ce que ses forces Teuesent entièrement abandonné.
Ainsi, notre droite perdait son chef dans le moment le plus critique*.
L'ennemi occupa Boncourt sans difficulté. A La Berchère, la résistance ne fut pas plus vive. Un second bataillon badois attaqua cette ferme par le nord, pendant que deux compagnies venues de Boncourt l'abordait vers l'est. La Berchère fut enlevée vers 1 heure, et les assaillants y firent 60 prisonniers. Mais ils ne purent en déboucher pour gagner du terrain à l'ouest. En effet , cette ferme est séparée de la ligne du chemin de fer par un terrain complètement nu, un véritable glacis qui monte en pente douce dans cette direction. Le bataillon établi dans la tranchée dont nous avons parlé (2® de la l'*' légion du Rhône) battait entièrement de son feu l'espace qui la sépare de La Berchère. Les tirailleurs ennemis cherchèrent en vain à s'y aventurer.
De même, un troisième bataillon badois, porté vers Agencourt, en délogeait aisément les corps francs de la division, mais pour être bientôt arrêté par le 2* bataillon du 32* et les quatre compagnies de la Grironde qui formaient notre extrême droite. La section de 4 (22* batterie du 12* régiment, lieutenant de Dartein), établie près de la station, intervenait très efficacement dans ce combat.
Ainsi, l'avant-garde allemande, alors déployée tout entière, était arrêtée dans son offensive. L'artillerie de la colonne principale, cinq bataillons, entra successivement en ligne de chaque côté du chemin de Boncourt à Nuits , sans
1. Vers 11 heures, au moment où le feu prenait une certaine intensité, les combattants purent voir un ballon portant une grande flamme tricolore passer lentement à un kilomètre au-dessus de leur tête. C'était le Davy, parti de Paris te jour miôme à 5 heures du malin. Il alla tomber à Fussey, à quelques kilomètres du champ de bataille (Grenest, V Armée de l'Est, p. 53).
parvenir à nous déloger de la voie ferrée *. D'ailleurs, elle fut plus efficacement combattue par la nôtre que ne semblait devoir le permettre la disproportion des forces. Dès le début de l'action, Cremer avait porté sur le chemin de Nuits à Chaux une section de la batterie Armstrong, tandis que les deux autres s'établissaient sur la route de Nuits à Premeaux. La première ouvrit le feu à 3,000 mètres ; son tir très précis gêna sensiblement l'artillerie allemande de La Berchère et obligea même plusieurs pièces à changer d'emplacement. D'ailleurs, elle fut presque aussitôt renforcée de six pièces de 4 (4 de la 22« batterie du 12* régiment et 2 de la 22* du 9*) qui continuèrent avec elle, jusqu'à la fin du combat, un feu très intense et très bien dirigé '. L'ennemi ne parvenait pas à observer ses coups courts, masqués par les maisons de Nuits ; malgré sa très grande supériorité numérique , il ne pouvait triompher de la résistance de nos dix pièces.
A l'est de Nuits, nos adversaires gagnaient donc très lentement du terrain ; au nord, sur la route de Dijon, leurs progrès étaient beaucoup plus rapides. Les 1*"^ et 3* bataillons de la 1'* légion du Rhône se bornaient à défendre Vosne quelques instants seulement ; puis ils prenaient position un peu au sud, derrière la Bomue. Cependant les deux colonnes de droite de l'ennemi marchaient sur Concœur et sur Villars- Fontaine. Devant la première, la compagnie de la Gironde restée en grand'garde à Concœur se repliait vers le ravin du Meuzin, sous la protection de Ja section de 4 établie à la Bergerie (22* batterie du 9* régiment^,., lieutenant Legoux). Derrière elle, quatre compagnies (3 de la Grironde, 1 du 32* de marche) et des fractions de la 1'* légî^du Rhône garnissaient le bord du plateau de Chaux. Enfiii, ^n bataillon (1" de la 2* légion du Rhône) arrivait de CombBwichien et de Corgoloin, pour s'établir en réserve à côté de^ celui qui y était déjà (3* du 32* de marche).
1. I)*aprô8 le major Kunz, Tartillerie badoise o'avait pas de shrap^^» ^^^^ de projecliles qui eût rendu de grands services en cette occasion. ^S^
2. Lôlilein signale la précision bis dahin nicht bekannu (jusqu'alors J^^connue) du tir de notre artillerie.
Dievant ce déploiement, la colonne du lieutenant-colonel Arnold renonçait à franchir le Meuzin. Elle descendait même du plateau de Concœur et se rabattait vers la route de Dijon, par un ravin défilé à nos vues\ Elle devait ensuite prendre part, comme nous le verrons, à Tattaque dirigée au nord de Nuits par la colonne venant de Vougeot.
Cependant, à Textrême droite allemande, le général V. Degenfeld débouchait de Villars- Fontaine vers midi et attaquait la croupe du bois Poînsot, qui s'allonge à Pouest du plateau de Chaux. Mais un bataillon (P' du 32* de marche) et quatre pièces de 4 (22® batterie du 2" régiment), établies dans une clairière à l'extrémité nord-ouest du plateau, suffirent pour arrêter ses progrès, grâce à leur position très dominante. Malgré sa supériorité numérique, il ne put même pas rester à Villars-Fontaine sous le feu de nos quatre pièces ; sa batterie, établie au nord-est de Meuilly, se reporta, elle aussi, plus au nord. Elle nous infligea de fortes pertes ; toutefois, au travers de ce pays accidenté, couvert de bois, Degenfeld n'était aucunement relié aux autres colonnes allemandes. Le vent, qui soufflait de l'ouest, et la longue croupe du bois de Mantuan l'empêchaient d'entendre la canonnade qui retentissait à l'est. Dans ces conditions, il crut devoir se borner à cette inoffensive démonstration et ramena sa colonne à Perrigny, à cinq kilomètres seulement de Dijon. L'attaque du plateau de Chaux avait entièrement échoué'.
Vers 2 heures, l'offensive des Allemands était arrêtée sur tout leur front. A ce moment, le gros du général v. Glumer atteignit Boncourt ; les deux bataillons qui combattaient sur le chemin de Boncourt à Nuits furent renforcés par deux autres* Celui qui opérait vers Agencourt, contre notre extrême droite, fut également soutenu par un second bataillon.
1. La compagnie Moanier, des mobiles de la Gironde, se reporta à sa suite sur les hauteurs de Concœur et ne reçut pas Tordre do la retraite. Elle no regagna le plateau de Chaux que le 19, vers 8 heures du matin, et ne rallia son bataillon que vers 8 heures à Bsaune (Pouliet, Appendice cité).
S. Le 4» régiment badois, dont faisaient partie les a bataillons de la colonne Degenfeld, perdit en tout 7 officiers et 74 hommes {État-major prtusien), ce qui n'indique pas qu'ils aient poussé bien vivement leur offensive.
80 NUITS, VILLE BSEXEL.
Enfin, deux compagnies prolongèrent la droite allemande et cinq escadrons la gauche, dans la direction de Quincey. Six bataillons et demi, soutenus par cinq batteries et cinq escadrons, attaquaient donc la tranchée du chemin de fer, alors défendue par moins de trois bataillons (2" du 32® de marche, 2® de la 1'" légion du Rhône, 4 compagnies des mobiles de la Gironde et des francs-tireurs). Malgré cette disproportion, les progrès des Allemands furent très lents et leurs pertes considérables. Les généraux v. Glumer et prince Guillaume de Bade furent blessés; le colonel v. Renz, qui remplaçait ce dernier, était presque aussitôt mortellement atteint. L'ennemi ne parvenait à gagner du terrain que par des bonds très courts, opérés sous une pluie de projectiles. D'ailleurs, nous recevions des renforts. Les 2® et 3' bataillons de la 2* légion du Rhône, qui venaient de Premeaux et de Quincey, avaient atteint Nuits entre 1 et 2 heures et demie. Cremer les dirigea sur notre ligne de combat ; mais le bruit et la vue des projectiles de rartillerie allemande avaient déjà aflfecté leur moral; on eut grand'peine à en déployer une partie. Lé commandant Mouton, avec deux compagnies, se porta au nord de Nuits, où il renforça les fractions de la 1'® légion qui combattaient sur la route de Dijon. D'autres compagnies allèrent s'établir derrière la tranchée ou à la station ; le reste garnit la lisière de Nuits, vers Test, s'abrita dans les caves de la ville ou même prit la fuite vers Beaune \
A notre extrême droite, la démonstration tentée par la cavalerie allemande vers Quincey fut presque aussitôt arrêtée
1. Pour la répartition de ces 2 bataillons, nous avons suivi la version du comntandant Mouton, Récil historique des opérations de la 2« légion du Rhône» D'après le colonel Ferrer, Historique de la 2® légion du Rhône, le Sî« bataillon ■combattit sur la route de Dijon ; le 3®, arrivé à 3 heures, détacha ses 4®, ô®, 6e compagnies en soutien du a*» bataillon, et les F®, 2®, 3<? compagnies vers la voie ferrée, à notre droite.
Dans son ouvrage, p. 246, le capitaine Dumas cite l'extrait suivant d'une lettre de Cremer à Bressolles : v La 2® légion du Rhône s'est horriblement mal montrée. Je n'ai pu faire sortir 2 bataillons de la ville, malgré Tardeur du colonel Chabert et du commandant Mouton, qui en pleuraient de rage. De ma personne j'ai dû conduire des hommes et môme un oIBcier à l'ennemi, avec un revolver sous le menton. Cette légion, quoique engagée la dernière, a presque immédiatement lâché la ligne du chemin de fer et la gare. Presque tous les prisonniers sont de la 2® légion et étaient restés dans les cavea de Nuits ».
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par la section de 4 du lieutenant de Dartein (22* du 12® régiment) qui, dès Tapparition des escadrons ennemis, se porta audacieusement à 400 mètres en avant de la station et les cribla de projectiles. Elle les obligea ainsi à se reporter plus au sud, où ils furent bientôt rejetés de même par une partie du 57® de marche.
Au centre, sur la route de Dijon, la colonne allemande venant de Vougeot, renforcée par celle qui descendait de Concœur, pressait vivement les fractions des deux légions du Rhône qui combattaient dans cette direction. L'ennemi ne tarda pas à aborder la lisière nord de Nuits, en menaçant la retraite de celles de nos troupes qui défendaient encore la tranchée du chemin de fer.
Malgré cette circonstance, vers 4 heures, à la tombée de la nuit, le combat devenait moins vif. Les résultats de Fattaque principale des Allemands étaient encore si incomplets que, d'accord avec Werder, le général v. Gliimer prit la résolution d'arrêter l'action et même de se replier sur Quihcey et La Berchère*. C'eût été pour nous un résultat inespéré. Mais à ce moment, une panique se produisait parmi les fractions de la 2® légion postées à l'est de la ville. En même temps, les tirailleurs allemands, faisant un suprême eflEbrt, atteignaient la tranchée si longtemps défendue. Toutefois, ils ne parvenaient pas à s'en emparer sans une lutte corpa à corps, qui prenait sur plusieurs points le caractère d'une mêlée furieuse. Enfin, notre première ligne se retirait rapidement vers Nuits, où elle était recueillie par des fractions de la 2* légion du Rhône. Derrière elle, une batterie allemande s'avançait à l'ouest de la voie ferrée, une autre derrière la tranchée. Malgré de grosses pertes, ces douze pièces couvraient d'obus les masses qui refluaient en désordre dans la ville. De plus, un nouveau bataillon badois entrait en ligne. Mais la lisière est de Nuits était défendue avec vigueur. Cremer et le colonel Celler tentaient même plusieurs
1. Lôblein. Le major Kunz donne le texte môme de cet ordre, qui fut réellement lancé. L*état-major prussien ne fait aucune mention de ce fait.
CAMPAGNU DB L*£8T. — I. 6
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retours oflfensifs, pendant Fun desquels Celler était mortellement blessé ^ II en résultait un nouvel arrêt dans la marche du combat. Un bataillon badois dirigé, par la station, sur la partie sud de la ville, ne parvenait pas à y pénétrer grâce à la résistance de quelques fractions du 57' de marche.
On se souvient que ce régiment était encore à Beaune le matin du 18 décembre. Le lieutenant-colonel Millot reçut à 10 heures et demie le télégramme l'appelant à Nuits. Il y a de cette ville à Beaune une distance de 15 kilomètres, qui aurait pu être aisément franchie en trois heures. Le 57' eût débouché vers 2 heures sur le théâtre de l'action. Au contraire, suivant les ordres antérieurs de Cremer, le colonel PouUet prescrivit au 57* de faire ce trajet en chemin de fer. Dans cette prévision, la Compagnie de Lyon avait été requise de tenir en permanence trois trains prêts à partir. En réalité, il fallut attendre qu'ils fussent formés, et le premier ne se mit en marche qu'à 2 heures et demie. Il emportait le 1" bataillon et trois compagnies du 2'*, On l'arrêta en pleine voie vers 2 heures et demie, aux abords de Corgoloin, à huit kilomètres seulement de Beaune. Il fut impossible de débarquer les chevaux et le matériel. Sur un ordre verbal envoyé par Cremer, quatre compagnies (1 du 1*' bataillon et 3 du 3®) se portèrent vers Nuits, par la route de Dijon, sous le commandement du lieutenant-colonel Millot. Le reste (5 compagnies du 1" bataillon) marcha sur le bois du Vemot, dans la direction d'Agencourt; il était' sous les ordres du commandant Champcommunal. Comme nous l'avons dit, ce détachement arrêta la démonstration des dragons badois, lorsqu'ils cher-
1. Le colonel Coller avait dans l'armée active le grade de capitaine d'étalmajor. Il dut recourir à une répression sévère pour établir dans la i" légion une certaine discipline. Nous tenons d'un témoin oculaire qu'il mourut avec la conviction qu'il avait été tué par l'un de ses mobilisés. Ce bruit courut avec persistance dans l'armée de l'Est.
2. Le reste du $^ bataillon ne débarqua à Corgoloin que vers 8 heures 30. Le 3^ bataillon ne put môme pas s'embarquer et atteignit les abords du champ do bataille après 6 heures du soir, par voie de terre (Historique du 57" de marche).
chaîent à traverser le Meuziii\ De plus, il obligea l'ennemi à reporter deux bataillons vers Agencourt, au moment où il exécutait son attaque générale.
Quant aux compagnies du lieutenant-colonel Millot, elles arrivaient en vue de Nuits vers 3 heures et demie et recevaient Tordre d'opérer un retour offensif entre la Grand'Eue et la station. Déjà Tennemi s'était emparé de la tranchée du chemin de fer. Le détach'ement du 57® traversa le pont du Meuzin,puis tourna à droite pour s'engager dans la rue de la Gare. Mais les Badois avaient pris position dans les maisons, et une grêle de balles brisa notre élan. On dut revenir s'abriter derrière le pont. Un deuxième effort resta encore inutile; le capitaine adjudant-major Santelli, qui le difigeait, fut blessé, ce qui ne l'empêcha pas de se reporter en avant une troisième fois. Il parvint seulement à s'emparer d'un pâté de maisons entre la Grand'Rue et la rue de la Gare, et à s'y maintenir '.
Cependant les obus badois affluaient dans Nuits; déjà Cremer avait dû reporter sur le plateau de Chaux le 2* bataillon du 32* de marche, les compagnies de la Gironde et les fractions de la 1" légion du Rhône qui venaient d'être refoulées de la tranchée. Vers 5 heures, il prescrivit Tévacuation de la ville; les quatre compagnies du 57' de marche se retirèrent lentement vers Premeaux, couverte par une arrièregarde sous les ordres du brave Santelli, qui déploya « dans cette mission difficile une valeur, un sang-froid au-dessus de tout éloge* ». Quant aux autres défenseurs de Nuits, ils gagnèrent peu à peu le plateau de Chaux sans être inquiétés
1. D'après Tappeadice déjà cité du colonel Poullot, ce dëlachement du 57<> se serait emparJ de 115 cavaliers démontés. Or, suivant rélal-major prussien, les pertes de la cavalerie badoise, le 18 décembre, se boméreut à il hommes et 84 chevaux. Il faut sms doute considérer ce chitTre de 115 prisonniers comme de pure fantaisie.
a. Historique du 57« de marche ; Cremer et Poullet, ouvrage cité ; Poullet, appendice à Touvrage cité.
3. Historique du 57* de marche. Le capitaine Santelli avait proposé au colonel Millot de marcher directement sur la station, en évitant de s'engager dans la ville, au risque de voir notre mouvement ralenti, et peut-être arrêté, puisque les Allemands étaient déjà dans Nuits. Le colonel se borna à détacher une section sur son flanc droit.
84 NUITS, VILLERSBXEL.
dans ce mouvement. Vers 6 heures et demie, la ville était entièrement occupée par Tennemi, qui y ramassaient plusieurs centaines de prisonniers, des fusils, des cartouches, dés objets d'équipement en grand nombre. Il faisait nuit noire ; les bataillons entrés dans Nuits s'installèrent au bivouac sur la place du Marché, en se couvrant de compagnies entières portées vers Chaux et Premeaux. Le reste des troupes badoises alla bivouaquer à La Befchère et à Boncourt.
De notre côté, les compagnies du bV qui revenaient de Nuits recueillaient dans leur retraite deux compagnies du 32* et beaucoup d'isolés ^ Vers 8 heures, elles recevaient de Crémer Tordre d'aller s'établir à La Doix, sur la route de Beaunfe. Elles y ralliaient quatre pièces de la batterie Armstrong et neuf autres compagnies du 57® de marche, arrivées trop tard pour prendre part au combat.
Quant au gros de la division, il évacuait le soir même le plateau de Chaux et se repliait aussi vers Beaune, par Magnjr et La Doix, qu'il atteignit vers 10 heures et demie*. Un moment, Cremer avait eu l'intention d'opérer sur Nuits, le lendemain matin, un retour offensif, mais le manque de munitions de réserve'* et surtout les pertes qu'avaient subies deux de ses régiments, l'y firent renoncer. 11 fut décidé à la retraite par la nouvelle de la marche d'une colonne allemande sur Bligny, dans son flanc gauche, nouvelle dont l'absence de cavalerie ne lui permit pas de vérifier la fausseté.
1. Cette retraite fut si peu généo par l'ennemi, que le capitaine Sanlelli proposa au colonel Millot de tenir ferme au sud de ^uils. On ferait sonner la marche du régiment pour rallier les hommes dispersés. « Si rènuemi avance, on sera en force pour se défendre ; au besoin, on meurt sur place et le lendemain on est grand homme » (Cremer et PouUet).
2. Suivant VHisiorique du 57® démarche, Cremer aurait reçu, vers lO heures et demie du soir, à La Doix, du commandant Champcommunal resté à Agencourt avec ses cinq compagnies, un rapport faisant connaître que les Allemands étaient en retraite sur Dijon. L'évacuation de Nuits aurait éta confirmée à 2 heures du malin. Cette version est contraire à celle de Tétat-major prussien, d'après laquelle la retraite des Badois eut lieu seulement dans la matinée du 19. De plus, elle est on contradiction avec le mouvement rétrograde que Cremer exécuta sur Beaune et Ch«gny.
3. D'après Cremer et Poullet, nous n'avions plus que 40 cartouches par homme et 18 coups par pièce. Ces chiffres paraissent trop faibles (Dumas).
C'est ainsi que se terminait le combat de Nuits, Tun des plus sanglants de la guerre de 1870. Les troupes badoises représentaient un effectif total de 10,000 à 11,000 combattants* (12 bataillons, 7 escadrons, 36 pièces). Quant à Cremer, il ne mit en ligne que douze bataillons, tifois pelotons de cavalerie et vingt pièces, c'est-à-dire 12,000 hommes environ. Il y avait donc à peu près égalité numérique entre les deux adversaires. Mais il en est autrement, si Ton tient compte uniquement des fractions qui prirent part à l'action réelle, celle qui se déroula de Boncourt à Nuits. Nos troupes y furent, durant tout le combat, dans une très sensible infériorité numérique '.
Des deux parts les pertes furent considérables. D'après Tétat-major prussien, les Allemands eurent 55 officiers, 885 hommes et 82 chevaux hors de combat, c'est-à-dire près du douzième de Peffectif engagé*. En ce qui nous concerne, la proportion est encore plus forte ; le nombre total des hommes hors de combat atteignit environ 2,360 dont un millier de
1. Lôhlein. Le major Kunz dit 8,000 à 9,000 combatlants d'inranterie, et le capitaine Dumas (p. 244), 15,000 hommes. Ces derniers chiffres paraissent être loul à fait inexacts (commandant Palat, étude citée).
a. L'effectif de la division Cremer était de 1^,459 rationnaires, le 17 décembre, d'après un télégramme de Cremer à BressoUes.
Au contraire, suivant le colonel Poullet (appendice cité), il aurait été le suivant à la date du 16 décembre :
1'- légion du Rhône 2,600 hommes.
2« légion du Rhône 1,972 —
32* régiment de marijhe i,920 —
57e régiment de marche (moins 9 compagnies
qui ne furent pas engagées) 930 —
Mobiles de la Gironde 810 —
Francs-tireurs 330 —
Total 8,562 hommes.
Le colonel Poullet évalue à 2,500 hommes Teffectif de la 2« légion. Mais lo commandant Mouton donne dans son historique le chiffre de 1,972, relevé d'après un bon de distribution du 17. On voit que ces chiffres, comme tous ceux relatifs à nos effeclifs pendant la 2^ partie de la guerre de 1870, comportent une forte part d'incertitude.
3. Il est à peine nécessaire d'ajouter que les chiffres de 3,500, de 5,000 et môme de 7,200 Allemands hors de combat, donnés par le colonel Poullet (appendice cité), sont de pure fantaisie. Pourtant ils sont journellement reproduits. (Voir les journaux de Paris, au moment de l'inauguration du panorama du combat de Nuits, à Lyon en 1894.) Ainsi, la légende trouve plus de croyant» que l'histoire véritable.
disparus ^ Les Allemands firent prisonniers 16 officiers et 633 hommes ; le reste étaient des fuyards, dont la majeure partie rejoignit les corps pendant la retraite. En somme, nous avions perdu plus du quart de TefFectîf engagé, dont plus d'un htîitième (0,15) en tués ou blessés. La l'* légion du Rhône était réduite de 46 p. 100 le soir du combat. C'est une proportion anormale, mais qu'expliquent assez l'acharnement de la lutte et la jeunesse de nos troupes. Malgré certaines défaillances, on peut dire que le combat de Nuits fit le plus grand honneur au général Cremer et à sa division improvisée. Ce fut sans conteste un échec moral pour leurs adversaires.
1. P^ légion du Rhône : il officiers tués, dont le colonel Geller, 18 blessés et 4 disparus; 704 hommes tués ou blessés, et 460 disparus; total, 38 officiers et 1,164 hommes hors do combat.
2« légion du Rhône : lO officiers tués, 4 blessés et 4 disparus ; 280 hommes tués ou blessés et 485 disparus ; total, 9 officiers et 765 hommes.
32^ de marche : 125 hommes hors do combat, dont le lieutenant-colonel Graziani, blessé mortellement, et 2 lieutenants tués.
57^ de marche: 8 officiers blessés, 160 à 170 hommes tués ou blessés.
Mobiles de la Gironde: 18 tués, 20 blessés et 30 disparus.
î^2« baUerie du 9^ régiment: i officier blessé, 8 hommes tués et 12 blessés.
22® baUerie du iî^ régiment : 2 tués, 2 blessés, i disparu, 6 chevaux hors de combat.
Les chiffres qui précèdent et qui proviennent des historiques des corps ne comprennent pas les perles des francs-tireurs. Ils ne peuvent, en outre, ôlrecVune exactitude absolue. Pour les légions du Rhône, le nombre dos tués et blesses est sans doute exagéré aux dépens de celui des disparus.