‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 50 sur 165 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

COMBAT DE KUIT8 (18 décembre)

Oombats sous Langres. — Situation au ind de Dijon. — Reconnaissanee des Allemands yers Nuits. — Combats de Nuits. — Résultats. — Retraite de Cremer.

Le général v, der Goitz avait reçu Tordre de se porter sur Langres, afin d'observer étroitement cette place, comme le voulait le général de Moltke*. Il se mit en route le 14, en deux colonnes, par Thil-Châtel et Is-sur-Tille. Le 16, à Longeau, il se heurtait à une reconnaissance partie de Langres et forte de 2,000 hommes environ, avec quatre pièces, sous les ordres du chef de bataillon Kock, Elle était repoussée après un vif combat qui nous coûtait 8 tués, 16 blessés, dont le commandant, 64 prisonniers et 2 pièces*.

Le 18 décembre, v. der Goltz passait à Touest de Langres et s'élevait vers le nord, en refoulant de nouveau une partie de la garnison. Il occupait alors Tespace compris entre la Marne et la Suize, pour couvrir la route d'étapes de la II* armée ; puis il s'étendait vers l'Est, afin de protéger celle du XIV® corps. De ses reconnaissances, des renseignements fournis par les prisonniers échangés, il concluait qu'un bombardement opéré par trente pièces de siège amènerait promptement la capitulation de Langres*. Il demandait le matériel

1. Avec la brigade d'iufanterie prussienne, 2 régimenis de cavalerie el S batteries.

2. Kos 4 pièces étaient attelées par un détachement à pied du 12« régiment. Les 2,000 hommes appartenaient au 6u« de ligne et au 5tj« mobiles (Haute- Marne) [Langres pendant la guerre de 1870-1H71]. V État -major prussien, tome IV, p. 724, porte nos perles à 200 tués ou blessus et 80 prisonniers.

Les pertes des Allemands furent de 4 tués et 14 blessés.

En décembre, la garnison de Langres était de 16,100 hommes environ: armée active, 2,500 hommes; 8,600 mobiles, 4,000 mobilisés (Rapport du médecin aide-major Claudot),

3. Les forliûcalions de Langres étaient dans le plus mauvais état au début

nécessaire et prenait des mesures préparatoires. En attendant, il refoulait encore la garnison jusqu'aux ouvrages avancés (23 décembre).

Cependant Werder continuait à préparer un mouvement offensif sur Dôle. Le 14, il recevait, par le télégraphe, de Tétat-major du roi, l'autorisation d'évacuer temporairement Dijon, en vue de l'opération qu'il projetait. Aux yeux de Werder, cet abandon présentait d'autant moins d'inconvénients que la disparition de nos troupes entre Nuits et Beaune paraissait être confirmée. Il en avait informé le grand quartier général, ajoutant que nous avions dû, de nouveau, nous reporter vers l'ouest. Cette indication amena le général de Moltke à élargir la tâche du XI V** corps ^ Tandis que Zastrow «e rapprocherait de la Loire, pour arrêter au besoin un mouvement offensif de Bourbaki sur Montargis, Werder ferait occuper Nuits-sous-Ravières et Semur, afin de couvrir les voies ferrées en arrière. Le gros de son corps d'armée demeurerait concentré à Dijon, en attendant qu'il prît l'offensive. Il conserverait la ligne ferrée de Gray, Auxonne, Dijon, Chagny, Nevers, en détruisant toutes les autres vers le sud.

Mais Werder ne tarda pas à se ccm vaincre de l'erreur où il était tombé. Nos troupes reparurent au sud de Dijon, montrant plus de ténacité dans les escarmouches journalières. -Ce redoublement d'activité, après une longue période d'inaction, parut aussi inexplicable que celle-ci. On crut y trouver la confirmation des bruits d'après lesquels, après avoir reçu des renforts, les troupes de Cremer et Garibaldi comptaient respectivement 30,000 et 20,000 hommes. Aussi, Werder décida -t- il de prendre l'offensive au sud de Dijon et de disperser les troupes qui paraissaient y être cou-

de la guerre. Ses deux forts détachés, Peigney et la Bonnelle, étaient inache- Tés. On les organisa tant bien que mal et on en improvisa deux autres, Buzon et la Marnotte, ainsi que plusieurs redoutes.

1. État-major prussien, tome IV, p. 725. Cette dépêche arriva dans la nuit du 16 au 16 à Dijon. Elle était surtout provoquée par le mouvement d'un détachement français de Briaro sur Gien (15 décembre). — Voir, à ce sujet, notre Campagne de la Loire de 1870-1S71. Josnes, Vendôme, Le Mans, p. m.

centrées*. Il s'attendait si peu à une vive résistance, qu'il détachait deux nouveaux bataillons (4* division de réserve) au corps de siège de Belfort; de plus, il laissait à Dijon une brigade d'infanterie, un régiment de dragons et trois batteries, c'est-à-dire beaucoup plus qu'il n'était nécessaire pour garder la ville. Le général v. Gl limer dut marcher sur Nuits avec le reste de la division badoise (deux brigades d'iufanterie, sept escadrons, six batteries).

Par suite de divers retards, cette opération, prévue pour le 17, fut ensuite reportée au 18. Les dispositions suivantes furent adoptées : La colonne principale dut suivre Titinéraire Longvic, Saulon-la-Rue, Epernay, à travers la plaine boisée qui s'étend à l'ouest de la route de Lyon'. Son flanc droit, le plus exposé en raison du voisinage des montagnes, était couvert par une colonne latérale, celle du général v. Degenfeld. En réalité, elle se subdivisa en trois détachements formant autant de colonnes distinctes. Le premier, major Unger, marcha sur Vougeot, par la grande route ; le second, lieutenant-colonel Arnold, sur Concœur; le troisième, sous les ordres directs de Degenfeld, sur Curley et Villars-Fontairie. Ces deux derniers devaient traverser la région montagneuse et boisée qui domine, vers l'ouest, la route et le chemin de fer de Lyon.

Ainsi, les douze bataillons, les sept escadrons et les six batteries de l'ennemi jbrmaient quatre colonnes, couvrant de Curley à Epernay un front très étendu, dix kilomètres environ ; de plus, la liaison entre les trois groupes de droite n^était rien moins qu'assurée.

1. État-major prusnen, tomo IV, p. 725. La partie du présent ouvrage qui traite du combat de Nuiîs a été surtout établie nu moyen d'une étude (commandant Palat) parue en 1894 dans le Journal des sciences militaires.

2. Avant-garde: colonel v. Willlson: i régiment d'infanterie, X escadron, .1 batterie, i section de pionniers.

Gros: général prince de Bade : 6 bataillons, 5 escadrons, 4 batteries, 8 sections de pionniers. Les généraux v. Werder et v. Glùmer marchaient avec le gros.

Colonne Unger : i bataillon, i peloton de cavalerie.

Colonne Arnold : i bataillon, 2 pelotons.

Colonne Degenfeld: 2 bataillons, i peloton, i batterie.

^ Les troupes de Cremer étaient moins concentrées qu'il n'eût convenu. Dans la matinée du 18 décembre la masse principale (7 bataillons, 2 batteries, 1 compagnie du génie, 3 compagnies de francs-tireurs) occupait Nuits et ses abords immédiats; trois bataillons, une batterie, une compagnie du génie étaient répartis dans Comblanchien, Corgoloin, Premeaux et Quincey *. Enfin, le 57" de marche n'avait pas encore quitté B.eaune.

Tandis que Werder dirigeait de Dijon sur Nuits les quatre colonnes dont nous avons parlé, Creiûer prescrivait une reconnaissance de Nuits dans la direction de Dijon. Le 3*^ bataillon des mobiles de la Gironde partait à 4 heures du matin pour aller, par Morey, occuper les crêtes à Touest de Oevrey. Il s'y installait vers 6 heures et couvrait à gauche la marche de deux bataillons et d'une batterie, chargés de la reconnaissance proprement dite, sous la conduite personnelle de Cremer.

Ces dernières troupes atteignirent Gevrey vers 9 heures et, peu après, Tennemi était signalé au nord. En même temps, les Volontaires libres du Rhône, établis à Test de la route de Lyon, annonçaient l'approche d'une forte colonne venant de Saulon- la-Rue. Puis des dragons badois tombés dans une embuscade près de Gevrey donnaient à Cremer des renseignements sur Tensemble du mouvement des Allemands. Il quittait aussitôt Gevrey et repliait ses troupes vers Nuits (9 heures et demie). De leur côté, les mobiles de la Gironde, ayant aussi constaté Fapparition des colonnes de gauche de Degenfeld, se retiraient également sur Nuits, en laissant une compagnie à Concœur. Enfin, le maire de TEtang-Vergy annonçait la marche de l'ennemi sur Villars-Fontaine, fait qu'une reconnaissance partie du plateau de Chaux confirmait peu après (vers 10 heures). Ainsi, malgré son manque pres-

1 . 32« régiment de marche ; 3« baUiillon des mobiles de la Gironde; i" légion du Rhône, sa batterie, sa compagnie du génie; ii^ batterie du 9» régimient; S compagnies de chasseurs volonlaires du Rliône, à Nuits; 2^ lôgion du Rhône, sa compagnie du génie, et 22« batterie du 12® régiment à Comblanchien et Corgoloin (i*r bataillon), Preraeaux (2« balaillon), Quincey (3^ bataillon).

74 NUITS, VILLEBSEXEL.

que complet de cavalerie, Cremer recevait, un peu tardivement, il est vrai, des renseignements précis sur le mouvement de ses adversaires.

Nuits est une petite ville de 3,500 habitants, à 21 kilomètres de Dijon et à 15 kilomètres de Beaune. Elle a la forme d'un triangle, coupé parallèlement à sa base par la route de Dijon à Lyon. Un ruisseau d'assez fort débit, le Meuzin, la traverse du nord-ouest au sud-est. Elle est entourée de jardins clos de murs ; vers le nord et Test , ses abords présentent l'aspect d'une plaine ondulée, découverte ; ils sont coupés, à 500 mètres environ de la lisière est, par la ligne ferrée de Dijon à Lyon. Elle est en tranchée «ur une étendue supérieure à deux kilomètres et forme ainsi, en avant de la ville, un fossé naturel qui atteint jusqu'à 3'",50 de profondeur*. Au delà, vers l'est, le village de Boncourt occupe le sommet et les pentes sud d'une croupe. Ses dimensions restreintes et le voisinage de plusieurs bois lui laissent peu de valeur défensive. Au contraire, la ferme, que l'on nomme aussi le château de Li Berchère, plus proche du chemin de fer, est très facile à défendre. Ses bâtiments dessinent un rectangle dont le quatrième côté est formé par un mur très élevé, parallèle au chemin de Boncourt à Dijon. Des fossés secs, profonds de deux mètres et larges de quatre, entourent cet ensemble.

La plaine et les coteaux voisins de Nuits sont plantés de vignes que leurs échalas et leurs fils de fer transversaux rendent impraticables à la cavalerie ou à l'artillerie. Même pour l'infanterie, la marche y est pénible, circonstance encore aggravée , le 18 décembre 1870, par le dégel qui avait commencé depuis plusieurs jours. Plusieurs pièces allemandes s'enfoncèrent dans le sol jusqu'au moyeu des roues ; des assaillants y perdirent leurs bottes*.

1. D*après Lôhlein, cette tranchée aurait éiô organisée dofensîvement sur plus de 700 mètres. Mais les documents d'origine française ne contiennent rien qui puisse confirmer ce détail, et un témoin oculaire nous assure qu'il est inexact.

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