Sans doute la forêt d'Yvoy près La Chapelle-d'Angillon
3. Enquête, tome III, p. lio, télégramme du lO décembre, 10*»20 du soir. Le télégramme auquel répond ce dernier s*é(ait croisé avec un autre, daté également du il, et dans lequel M. d-e Freycinet laissait Bourbaki libre de continuer sa retraite dans la direction qu*il choisirait.
i. Enquête, tome III, p. lio, il décembre, minuit 06.
DÉHONSTRATIOK SUR VIERZON. 119
rendu de Henrichemont aux Aix-d'Angillon^, à 20 kilomètres au nord-est de cette ville. Ainsi, Bourbaki avait à peu près terminé la concentration qu'il projetait au début de la retraite. Le lendemain il commençait le mouvement en sens inverse que Chanzy et Gambetta réclamaient de lui. Il portait son quartier général à Mehun, où allait également le lô* corps; le 20* bivouaquait à AUogny et le 18* à Saint- Martin-d'Auvigny, Notre cavalerie ne rencontrait des patrouilles allemandes qu'à Vignaux-sur-Barangeon, entre Mehun et Vîerzon, Le même jour, Gambetta arrivait à Bourges et sa première impression, à la vue des troupes, était un découragement profond. « Je laisse se prononcer le mouvement sur Vierzon, télégraphiait-il à M. de Freycinet, mais je Tarrêterai là, car les 15% 18" et 20* corps sont en véritable dissolution ; c'est encore ce que j'ai vu de plus triste. »
Ce n'était point ce qu'attendait M. de Freycinet. Déjà il croyait constater un mouvement de recul de l'ennemi, qu'il attribuait à la démonstration de Bourbaki. Aussi réclamait-il à plusieurs reprises (12, 13 décembre) la continuation de sa marche vers Tours*.
De son côté, Gambetta, se rendant compte de la difficulté qu'éprouverait la 1" armée à se porter dans cette direction, agitait de nouveau le projet d'une grande diversion dans l'Est. Il s'en ouvrait à M. de Freycinet le 12 décembre, et la réponse de ce dernier montre assez les incertitudes de la
Délégation : « Je crois qu'il ne faut pas encore décider
que l'amiée de Bourbaki opérera dans l'Est. Si, comme je l'espère, BressoUes est prêt dans quelques jours, il pouiTa y avoir encore plus d'avantage à agir dans l'Ouest, de concert
1. La 8« division partit à 5 lieures du mutin en arrière-garde ; sa marche fut si fort retardée qu'eUe atteignit son bivouac à i heure seulement. Elle avait parcouru 5 kilomètres en 8 heures (Penhoat).
2. D*aprôs le premier de ces télégrammes (12 décembre, ii'»,20 malin, Enquête, tome III, p. 110), M. de Freycinet croyait que Bourbaki avait devant lui ■ un corps d*une quinzaine de mille hommes, étoffé sans doute par une nombreuse cavalerie ». Ainsi, M. de Freycinet, lui aussi, s^exagérait les forces des Allemands au sud de la Loire.
120 KUITS, VILLER8BXEL.
avec Clianzy. En tout état de cause, peut-être ferez-vous mieux de réserver la question avec vos généraux *. »
Le 18 décembre, dans la matinée, M. de Freycinet insistait de nouveau pour que Bourbaki poussât un peu plus loin, jusque vers Romorantin, sa pointe sur Vierzon'. Mais le général en était fort éloigné. Après avoir annoncé dans un télégramme Toccupation probable de cette ville, il faisait part à Gambetta de son intention de se retirer le 14 sur Saint- Amand, ainsi que le ministre Vy avait autorisé verbalement le 13. A l'appui de cette résolution, il revenait encore sur la présence prétendue du gros de Tennemi au sud de la Loire, affirmant sans motifs que la retraite de Chanzy était assurée. Il réclamait du repos pour ses troupes, dont les eflTectifs avaient si fort décru que la division Martineau (2* du 15* corps). Tune des plus fortes de l'armée, ne comptait guère plus de 6,000 combattants; il manifestait le désir de connaître le plan général adopté pour la défense nationale. Jusqu'alors la Délégation avait omis de le lui faire connaître, sans doute par la très simple raison qu'il n'existait pas ; on s'était contenté de courir au plus pressé, sans établir aucune relation entre les mouvements de nos armées.
Sous la pression de M. de Freycînet, Gambetta se hâtait de rappeler à Bourbaki que le désir du général Trochu était que Ton occupât Gien et surtout que l'on conservât toujours Bourges. Il lui faisait remarquer, fort justement, que prolonger jusqu'à Saint-Amand la retraite de troupes déjà épuisées serait un singulier moyen de les remettre de leurs fatigues. Il le suppliait d'examiner encore la possibilité de le» réorganiser sur place.
Cette lutte constante entre le général en chef et la Délégation ne pouvait se prolonger. Gambetta était sur le point d'y couper court, en relevant Bourbaki de son commandement, mesure qui eût été préférable au parti adopté en dernier lieu : le laisser à la tête de l'armée, sans avoir
1. Enquête, tome III, p. iio, télégramme du la décembre, 5^40 soir. s. Enquête, tome III, p. 246.
DÉMONSTRATION SUR YIERZON. ]2t
une foi suffisante dans ses talents militaires et dans son énergie*.
Depuis le 10 décembre, l'attention de Frédéric-Charles s'était à peu près concentrée sur l'armée de Chanzy. De son attitude dans la journée du 11, il concluait qu'elle avait abandonné toute idée d'oflfensive, mais qu'elle persistait à se défendre entre la forêt de Marchénoir et la Loire. Il décidait d'attendre l'entrée en ligne du IIP corps pour opérer une attaque d'ensemble contre elle. Sur la rive gauche du fleuve^ le IX* corps se maintiendrait à hauteur de Blois, jusqu'à ce que le reste de l'armée fût arrivé à sa hauteur. Puis, la nouvelle de notre retraite sur Vendôme ou sur Blois s'étant confirmée, il prescrivait, pour le 12, un mouvement général d'offensive au sud de la forêt de Marchénoir. Mais, ce même jour, la 14® brigade de cavalerie, qui était restée en flèche à Vierzon, voyait paraître devant ses avant -postes de l'infanterie en formation régulière et de la cavalerie. La population ouvrière de la ville prenait une attitude menaçante. Puis, le 13, plusieurs bataillons (du 15* corps) se montraient au sud et à l'est, ou même dans la forêt au nord. Le colonel V. d. Grœben se hâtait de rassembler les quatre escadrons qui ocupaîent Vierzon et les dirigeait sur Salbris. Toutefois^ les 3* et 4* escadrons de notre 6'' hussards, jetés dans la ville par le général Dastugue, parvenaient à enlever le poste de la gare. Après cette escarmouche, qui lui coûtait une vingtaine d'hommes, la 14* brigade se ralliait à Salbris, presque sans avoir été poursuivie,
Frédéric-Charles avait prescrit au grand-duc de Mecklembourg de rester en position le 13 et de se borner à jeter des avant-gardes à notre poursuite. Au contraire, le X* corps, soutenu au besoin par le IX*, attaquerait Blois ; enfin le III* corps se porterait à hauteur des deux autres. La retraite de Chanzy
1. Gambetta annonçait à M. de Freycinet le 18 décembre la nomination des généraux Borel an lô» corps, Billot au is» et Clinchaul au 2j«. Il ajoutait
«... .en gardant momantanément Bourbaki Je ne peux pas déterminer Bour-
haki, malgré mes instances, à garder ses positions et à ne pas* se retirer sur Saint-Amand. Je n'ai pas encore pris de parli décisif. Jo délibère encore ».
Bur le Loir laissait le champ libre aux Allemands, en- sorte que tous ces mouvements s'opéraient aisément. Blois était occupé sans combat et Frédéric-Charles prescrivait pour le 14 la reprise générale de la marche vers le Loir.
Dans la même journée (13 décembre) il recevait un télégramme du général de Moltke daté du 12 et traçant les grandes lignes de la conduite à tenir sur la Loire. Après Téchec définitif des tentatives faites pour la délivrance de Paris, il fallait mettre les armées de province hors d'état de reprendre leurs opérations actives. Une poursuite énergique est indispensable, disait tardivement le grand stratège, et rien n'avait été fait dans ce sens à l'égard de l'armée de Chanzy. Cependant il fallait éviter une trop grande extension pour la zone d'occupation des troupes allemandes, ne fût-ce que pour ne pas les épuiser sans raison urgente. Sauf exception motivée, on ne devrait pas dépasser une ligne passant par Tours, Bourges et Nevers ; le principal point d'appui de la II* armée serait Orléans.
Frédéric-Charles était donc invité à porter, dès la fin de la poursuite, l'Armée -Abtheilung à Chartres, dans une position intermédiaire entre Paris et la Loire. Mais il consacrerait une attention constante et toute particulière aux troupes concentrées autour de Bourges. Il pourrait même s'entendre avec Zastrow pour prendre en commun TofiFensive contre elles*.
Ces instructions ne modifiaient pas encore les intentions de Frédéric-Charles; il se bornait à prier Zastrow d'occuper au plus tôt un emplacement d'où il pourrait s'opposer à une marche de nos troupes de Gien vers Paris (14 décembre). Puis, tous les renseignements recueillis indiquant que Chanzy allait de nouveau faire tête derrière le Loir, le prince prescrivait pour le 15 la concentration de la IP armée devant nos positions. On éviterait tout choc sérieux jusqu'à nouvel ordre.
1. Le général v. Zastrow, commandant le VII« corps, était alors à Chàlillonsiir-Seine; il recevait, le 18, un renfort de deux régimeots dUnfanterie venus de Paris.
DÉMONSTRATION SUR VIÉRZON. 123
Sur les entrefaites, Frédéric-Charles recevait à peu près simultanément de graves nouvelles de Vierzon et de Gien. On a vu comment la cavalerie allemande (14* bri^affe), chassée de Vierzon le 13, s'était reportée sur Salbris. Le 14 elle était à Romorantin, laissant ouverte devant Bourbaki la routé de Vierzon à Orléans. De même le détachement de Gien était menacé par des troupes venant du sud\ Ces deux faits semblaient indiquer un mouvement entrepris de Bourges vers Montargis et Fontainebleau. Pour s'y opposer, Frédéric-Charles ne disposait que du P' corps bavarois, du moins tant que Chanzy n'aurait pas été refoulé au delà du Loir. Aussi donna-t-il à von der Tann Tordre d'occuper au besoin une position défensive au nord du canal du Loing, tout en continuant de tenir Orléans. De même, Zastrow était invité à se porter au plus tôt sur Auxerre et Clamecy (nuit du 15 au 16 décembre).
Mais la situation s' éclaircissait bientôt sur le Loir. On constatait de nouveau la retraite de notre armée au nord-ouest. Frédéric-Charles pouvait disposer d'une partie de la sienne pour la reporter vers Orléans. Il le fit d'autant plus volontiers qu'il avait appris, le 16, l'évacuation de Gien par ses troupes et leur retraite sur Ouzouer. Par contre un régiment de uhlans venu d'Orléans avait battu l'estrade jusqu'au Cher sans rencontrer un détachement français.
Le TX* corps venait d'atteindre La Chapelle-Vendômoise ; il reçut l'ordre de faire demi-tour et de se porter le soir même à Beaugency et le 17 à Orléans. Puis, vers 4 heures, laretraite de Chanzy s'étant confirmée, le IIP corps était invité à suivre le IX*, de façon à atteindre le 17 Mer et le 18 Beaug^ency. La 6® division de cavalerie se porterait vers l'Est par Séris et Coulmiers. Le X* corps et l'Armée- Abtheilung continueraient seuls de poursuivre Chanzy avec la 4* division de cavalerie*.
1. Fraclious du corps du général de Pointe de Gôvigny, commandant la subdivision de la Nièvre. Cette démonstration avait sans doute été prescrite par. le ministre, qui voulait accroître TelTet de la diversion de Bourbalîi.
i. État-major prussien, tome IV, p. 688 et suiv.
124 NUITS, VILLËBSEXËL.
Ainsi nos diversions sur Vierzon et sur Gien avaient pour résultat de dégager entièrement notre 2® armée. Si, dans sa retraite sur le Mans, elle eût été talonnée par Tensemble des forces de Frédéric-Charles, elle n'aurait pas atteint la Sarthe sans de nouveaux échecs, peut-être sans un désastre.
Fendant que les Allemands exécutaient leur double mouyement sur Orléans et à la poursuite de Chanzy, le général de Moltke adressait aux T* et II' armées allemandes de nouvelles instructions précisant les précédentes. Il établissait tout d'abord l'impossibilité de nous poursuivre jusqu'à nos derniers points d'appui, tels que Lille, Le Havre et Bourges, ou d'occuper des provinces éloignées comme la Normandie, la Bretagne et la Vendée. Il pourrait même être nécessaire d'abandonner les points importants tels que Dieppe ou même Tours, pour se concentrer davantage. On chercherait à rayonner autour de centres peu nombreux, par l'envoi de colonnes mobiles qui détruiraient les francs-tireurs et arrêteraient toute velléité d'offensive par des coups rapides et décisifs. Dans l'intervalle, les troupes pourraient se refaire. M. de Moltke engageait donc Manteuffel à concentrer la I'* armée à Beauvais ou même à Creil ; de même l'Armee- Abtheilung irait à Chartres dès qu'elle aurait terminé sa p3ur8uite. Frédéric- Charles maintiendrait le gros de la II* armée à Orléans, en faisant explorer vers le Cher et en occupant, sinon Tours, du moins Blois et Gien. Les troupes de Bourbaki continuaient à attirer surtout l'attention du chef d'état-major du Roi. Aussi transmettait-il à Zastrow l'ordre de porter le Vil* corps à Auxerre. De ce point il pourrait rapidement gagner Montargis. afin d'arrêter, de concert avec la IP armée, un mouvement tenté vers Paris*.
L'état-major du Roi et Frédéric-Charles avaient donc pris toutes les mesures nécessaires pour s'opposer à une seconde marche sur Fontainebleau. Mais ils ne tardèrent pas à se convaincre qu'elles étaient inutiles, du moins pour l'instant. Le 18 décembre, Frédéric-Charles arrivait à Orléans, où