‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 69 sur 165 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DÉMONSTRATION 6UR YIEBZON

Ga'mbetta, M. d« Freydnet et Bonrbaki. — Chansj et Bonrbaki. — Démonitratioa ■ur Yierson. — La It« armée se reporte mr Orléans.

Cependant Gambetta s'était rendu à Josnes, auprès de Chanzy, pour l'encourager dans sa glorieuse résistance et lui porter les félicitations du Gouvernement. Il se rendait compte de la faiblesse relative des détachements allemands jetés au sud de la Loire, et réclamait de Bourbaki une sérieuse diversion « dans l'intérêt même de la 1'* armée ». En même temps, sa pensée se reportait vers Test de la France. Il recommandait de presser l'organisation des troupes de BressoUes, de renforcer Garibaldi et de les faire agir simultanément*.

Dans le même télégramme, Gambetta proposait pour l'étatmajor général de la l''* armée des modifications importantes.

1. Télégramme du lO décembre, minuit, à M. de Freycinet {Enquête, tome IFI, p. 245). Gambetta ajoutait : a II est nécessaire de donner un successeur au général des Palliôres. Voici ce que Je propose : on nommerait Borel commandant du 16« corps et le lieutenant-colonel Lepercbe. . . chef d*état*m8Qor général de la seconde (sic) armée. Il faudrait aussi sérieusement penser à Grouzat ou tout au moins le débarrasser de Varalgnc, son mauvais génie, le même qui a déjà perdu Gambriels. »

M. de Freycinet répondait (91^15 matin, 10 décembre; Enquête, tome III, p. 107) : « Je crois que ce qu*il y aura à faire sera de donner le commandement des trois corps à Billot, en laissant Borel chef d*état-mfy or général; c*est sa vraie place.

«Remplacer Borel par Feillet de Pllatrie {sic)..,,

« Supprimer Grouzat et Varaigne.

« Remplacer le premier par Bonnet, 8*11 est encore au 80« corps, avec le chef d'état-migor qu*il indiquera. Enfin, relever des Palliôres et môme, 8*il y a lieu, d*après ce que vous verrez de vos yeux, le faire passer au conseil de guerre et enlever son chef d'état-major des Plas, qui n'est qu'un Varaigne un peu plus intelligent.... » Cette dépêche est instructive sous bien des rapports. On voit que le Délégué ne connaissait môme pas la répartition de nos divisionnaires dans les 18« et 80« corps.

DÉMONSTRATION SUR VIEKZON. 115

M. de Freycinet les .trouvait encore insuffisantes; il eût voulu faire relever Bourbaki par le général iBîllot ; le remplacement du premier, surtout, lui tenait fort à cœur, ainsi que nous le verrons à plusieurs reprises.

En même temps, le Délégué insistait auprès de Bourbaki pour qu'il opérât une diversion en faveur de Chanzy. Il faisait ressortir le contraste inexplicable qu'offraient les attitudes de nos deux armées. Il demandait à quoi tenait la débandade du 15® corps, qui n'avait pas combattu sérieusement depuis le 4 décembre. Le désarroi du 20"^ corps lui semblait aussi peu explicable. Sans risquer un ordre positif, il conseillait à Bourbaki de rallier ses trois corps d'armée, de faire tête sur l'heure au détachement allemand qui suivait la route de Vierzon, et dont la force ne pouvait qu'être fort exagérée. Il le refoulerait au delà de Salbris et dirigerait une forte colonne sur Blois pour dégager Chanzy.

11 faut reconnaître que, malgré son inexpérience, M. de Freycinet était beaucoup mieux servi par son coup d'œil que Bourbaki. Dans l'échange de télégrammes qui commençait entre eux, et qui allait se prolonger durant plusieurs jours, le beau rôle n'est pas au brillant divisionnaire de la garde, trpp visiblement au-dessous de sa tâche. La dépêche qu'il adressait au ministre en réponse à la précédente (10 décembre) suffirait seule à le prouver. Il espérait, disait-il, que ses trois corps seraient ralliés, le 11, autour de Bourges. Mais il refusait énergiquement de tenter une diversion en faveur de Chanzy. «Si je marchais en ce moment vers Blois, vous ne reverriez probablement pas un seul des canons ni des hommes composant les trois corps dont vous m'avez prescrit de diriger les mouvements

« Chanzy a peut-être devant lui une partie de l'armée du prince Frédéric-Charles; mais il est certain que j'en ai une autre partie devant mon front et sur mon flanc gauche. En outre, un corps de 15,000 hommes menace Nevers. Si vous voulez sauver l'armée, il faut la mettre en retraite ; si vous lui imposez une offensive qu'elle est incapable de soutenir dans les conditions actuelles, vous vous exposerez à la per-

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lire. Dans le cas ou votre intention serait de prendre ce der^ nier parti, je suis si prc fondement convaincu des conséquences pouvant en résulter, que je vous prierais de confier cette tâche à un autre. . • '

«Les armées du prince Frédéric -Charles, du duc de Mecklembourg et du général de Werder comptent plus de 200,000 hommes opérait dans les directions de Bourges, Blois, Nevers. C'est le double de ce que nous pouvons sup^ porter. . . » Et Bourbaki insistait encore sur le peu de conr» sistance de ses troupes, sur la nécessité de se retirer à Saint- Amand. Si Tune des qualités essentielles du général en chef est de savoir deviner les projets de Tennemi, la répartition de ses forces sur le vaste échiquier où elles opèrent, il faut convenir que Bourbaki ne la possédait pas. Il accroissait à plaisir Peffectif des troupes allemandes, surtout de celles opérant au sud de la Loire. II prêtait gratuitement à Werder l'intention de marcher de Dijon sur Nevers. Ainsi seulement s'explique son insistance à vouloir abandonner Bourges pour se retirer à Saint-Amand. ^

Pendant que notre commandement suprême était livré à ces incertitudes, les Allemands exécutaient sans difficulté les ordres de Frédéric-Charles. Le 9 décembre, la 6* division de cavalerie faisait sauter le pont-viaduc de Vierzon et constatait -notre retraite vers Bourges, Quant au III* corps, laissant à Gien un détachement*, il s'était mis en marche sur Orléans-. Son avant-garde atteignait Bray le eoir du 9; la !'• division de cavalerie était encore à La Bussière. '

Après avoir reçu du grand -duc le compte rendu de la journée du 8, Frédéric-Charles lui prescrivait de se borner à maintenir ses positions, en poussant sa cavalerie vers Mer et Morée. Toutefois, il renverrait à Orléans leP' corps bavarois, qui avait un urgent besoin de repos et qui serait chargé djB garder cette ville. Le X* corps, qui avait occupé Orléans jusqu'alors, recevait Tordre de se porter dans la direction de Beaugency et dé Mer, en se ralliant au IX* corps, alors au

i: 1 bataillon, i rt^giment dé cavalerie, 8 piècoâ, i peloton de pionniers.

DâMONSTKATION SUR VIERZON. 117

sud de la Loire. Enfin, une brigade de la 6* division de cavalerie, jetée dans la vallée du Cher, relierait le IX* corps au reste de la division, en observation vers Bourges.

Ces ordres furent incomplètement exécutés, La résistance de la 2* armée fut si énergique que le grand-duc ne put renvoyer à Orléans le P' corps bavarois. Après lui avoir permis de conserver une brigade d'infanterie et six batteries, Frédéric-Charles dut Pautoriser à garder sous ses ordres tout le corps d'armée jusqu'au 12. A cette date du 10, le X* corps seul était à portée d'intervenir contre Chanzy; le III® corps n'avait pas dépassé Saint -Denî^-de-rHô tel, et la 1'* division de cavalerie Saint-Benoît.

Au sud de la Loire, le IX* corps avait poussé son avantgarde jusqu'à Vienne, le faubourg de Blois; la 3* brigade de cavalerie était à Bracieux ; la 15* brigade arrivait de Vierzon à Romorantin, après avoir dispersé plusieurs centaines de fuyards ; la 14*, en exploration vers le sud, avait trouvé Mehun et La Chapelle-d' Angillon occupés-, tout en constatant de nouveau notre retraite sur Bourges. Ainsi, au moment même où Bourbaki se préparait à rétrograder vers Saint-Amand, sous la pression de forces auxquelles il se croyait incapable de résister, il n'avait devant lui qu'une brigade de cavalerie en exploration dans les environs de Vierzon et un faible détachement stationné à Gien.

Sur les entrefaites, il recevait un télégramme de Chanzy, daté de 5 heures du matin (11 décembre) et réclamant son intervention dans les termes les plus pressants. Après lui avoir indiqué, à peu près exactement, la répartition des forces allemandes, le général ajoutait : « Ma position est des plus critiques, et vous pouvez me sauver. » Cette dépêche poignante changea ses résolutions. Avec une promptitude qui lui fait honneur, il télégraphia au ministre qu'il arrêtait son mouvement de retraite, malgré l'épuisement de tous, hommes et chevaux. Des renseignements — singulièrement exagérés — qu'il avait reçus, il résultait que 70,000 hommes avaient passé les ponts d'Orléans pour se diriger vers Bourges; 20,000 hommes occupaient « la forêt voisine de La Cha-

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pelle* », et 15,000 la route d'Orléans. Cette situation rendait difficile une diversion vers Blois. D'ailleurs, il faudrait huit jours pour Teffectuer, et Cbanzy ne pourrait être soutenu en temps opportun, s'il se. maintenait dans ses positions actuelles. Le mieux serait qu'il se mît en retraite.

Néanmoins Bourbaki ne refusait pas de tenter un mouvement offensif, si les renseignements qu'il prenait en montraient la possibilité.

A regard de Cbanzy, auquel il télégraphiait le même jour ^ Bourbaki était moins encourageant encore. 11 lui donnait sous une forme affirmative . les renseignements qu'il avait communiqués à la Délégation pour ce qu'ils étaient, c'est-àdire douteux. 11 rengageait à se retirei: de nuit sur Vendôme et le Mans, ou sur Blois et Tours.

Malgré l'indécision qui perçait dans sa dépêche, M. de Freycinet s'en montra très satisfait : « Le Gouvernement est heureux de la résolution que vous avez prise de porter secours à Cbanzy. Il sait que nul mieux que vous n'est capable de mener à bonne fin une entreprise qui exige à la fois de son chef une grande énergie et un rare prestige* ». Un peu plus tard, le Délégué jugeait à propos d'engager Bourbaki à s'éclairer au loin dans son mouvement vers l'Ouest, « car il fallait prévoir le cas où une partie des forces ennemies circulerait effectivement sur la rive gauche de la Loire'». Il était évidemment combattu entre le désir de dégager Cbanzy et la crainte de voir Bourbaki se compromettre. Les encouragements qu'il prodiguait à ce dernier font un singulier contraste avec Je ton des dépêches qu'il allait adresser quelques jours plus tard à Gambetta.

Cependant les 15* et 20* corps avaient passé la journée du 11 au bivouac autour de Bourges. Le 18* corps s'était

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