‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 83 sur 165 · Enquête, tome IV, p. 162, déposition de Bourbaki · texte numérisé non relu

Enquête, tome IV, p. 162, déposition de Bourbaki

à approuver cette conception de Oambetta, lui présenta des objections sérieuses. La situation avait notablement changé depuis la fin de novembre : nous disposions sur la Loire de 100,000 hommes au lieu de 200,000 ; Orléans n'était plus à nous; on n'attendait plus la coopération de Ducrot et d'une armée victorieuse. Dès lors pourquoi reprendre un projet qui avait échoué une première fois? C'était courir les plus grands risques.

Quant à la diversion projetée dans le bassin de la Saône, elle serait confiée à nos troupes les moins consistantes ; on ne pourrait guère en attendre le succès.

Dans ces conditions, M. de Freycinet conçut une autre combinaison dont l'idée maîtresse était la réunion de la 1"^ armée et de nos forces de la Saône en une seule masse destinée à opérer dans l'Est. Il la soumit aussitôt à Gambetta, par l'intermédiaire de M. de Serres qu'il envoya à Bourges. « On renoncerait, quant à présent, à marcher directement sur Paris. On séparerait les 18® et 20* corps du 15* et on les porterait rapidement, en chemin de fer, jusqu'à Beaune. Ces deux corps, conjointement avec Garibaldi etCremeri seraient destinés à s'emparer de Dijon, ce qui semblait très réalisable, puisqu'on ferait agir 70,000 hommes environ contre 35,000 à 40,000 ennemis. Pendant ce temps, BressoUes et son armée (sic) se porteraient par chemin de fer à Besançon, où ils ramasseraient les 15,000 à 20,000 hommes de garnison. Cette force totale de 45,000 à 50,000 hommes, opérant de concert avec les 70,000 victorieux (sic) de Dijon, n'aurait pas de peine à faire lever, même sans coup férir, le siège de Belfort et offrirait une masse compacte de 110,000 hommes, capable de couper les communications dans. l'Est, malgré tous les efforts de l'ennemi. La seule présence de cette armée ferait lever le siège de toutes les places fortes du Nord et permettrait au besoin de combiner plus tard une action avec Faidherbe. En tout cas on aurait la certitude de rompre définitivement la base de ravitaillement de l'ennemi.

« Quant au 15* corps, séparé des 18' et 20% il aurait pour mifcsion essentielle de couvrir Bourges et Nevers, en se re-

ADOPTION D UN PROJET d'eXPEDITION DANS L EST. 137

tranchanidans les positions de Vierzon et en occupant solidement la forêt. Plus tard, quand le 24* corps serait suffisamment formé, il pourrait relever — comme il le fit en effet — le 15' corps de sa faction (sic) et lui permettrait de grossir, s'il y avait lieu, Tarmée de TEst.

« Pour le moment, la présence du 15' corps à Vierzon devait avoir un autre avantage. C'était de dissimuler le mouvement à l'ennemi \ . . »

Ce programme ne marquait que les traits généraux de Fentreprise et laissait le reste à l'initiative de Bourbaki. li était muet sur les opérations au delà de Dijon et de Besançon, qui dépendraient des événements. Lorsque Gambetta en reçut communication (19 décembre), le mouvement sur Montargis était déjà en voie d'exécution. Mais M. de Freycinet insista très vivement pour qu'il y renonçât. « Si mon plan vous paraît réellement bon, ne vous arrêtez pas, je vous en conjure, à ce que l'autre a commencé d'être mis à exécution ce matin. Qu'est-ce qu'un jour perdu en regard du résultat lui-même ? C'est avec une grande préoccupation, je vous l'avoue, que je verrais le plan du général' en voie de réalisation ; permettez-moi d'insister patriotiquement ; croyejzmoi, votre propre jugement vaut mieux que celui de vos généraux; suivez-donc votre impulsion et laissez-les dire. . . » Le même soir, M. de Freycinet revenait encore sur ce thème, conjurant Gambetta « par la place qu'il occuperait dans l'histoire » de ne pas laisser s'exécuter le plan dangereux adopté pour la 1'® armée '.

Mais déjà les projets de M. de Freycinet avaient trouvé un accueil favorable non seulement auprès de Gambetta, mais auprès du général en chef. Dans l'après-midi du 19, à Baugy, Bourbaki recevait la visite de M. de Serres et une complète entente se faisait entre eux. Toutefois le générai insistait sur la nécessité d'assurer sa ligne de retraite. M. de

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