‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 92 sur 165 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

l'armée est transportée sur la SAÔNE

liO 15« corps le reporte sur Bonrget. — Embarquement de la 1» armée. — Défaut d'organisation des transports par voies ferrées. — Manqae de matériel. — La Compagnie de Lyon. — Désordre. — Résultats.

Ainsi qu'il avait été convenu, l'armée marcha le 20 décembre sur La Charité et Nevers. Par suite d'une négligence inexplicable, le 15* corps ne fut pas avisé en temps opportun de la modification survenue dans les ordres de Bourbaki, de sorte qu'il suivit le reste de l'armée et alla bivouaquer autour de Brécy. Le 18* s'établit à l'ouest de La Charité, sur les bords du canal latéral à la Loire , et le 20* vers Cuffy, à l'ouest de l'Allier.

Le lendemain, le 15® corps commençait son mouvement rétrograde, non sans murmures de la part des troupes, qui se plaignaient avec raison qu'on leur imposât des fatigues inutiles. L'artillerie seule revint à Bourges le 21 décembre; le reste du corps d'armée demeura autour de Brécy. Quant au IS** corps, il passa la Loire à La Charité et s'établit dans les bois qui avoisinent Mouchy. Enfin, le 20* corps traversa l'Allier sur le pont suspendu et le pont-canal du Guétin. Il marchait vers Nevers, lorsque le général Clinchant le porta sur le plateau à l'est de Saincaize.

Le 21 décembre, le 15* corps termina son mouvement sur Bourges et bivouaqua ^ dans les environs immédiats. Quant au reste de la 1'* armée, il conserva ses emplacements de la veille. Toutefois, une alarme passagère se produisait au 18* corps. Un régiment de ligne arrivant d'Afrique, le 92% le dernier de notre vieille armée, avait pris part à la dé-, monstration de Briare le 15 décembre*. Il se dirigeait sur

1. La grande majorité des troupes bivouaqua les 20 et 21 décembre sans aucune nécessilé et en dépit des ordres de Gambetta.

2. Il fit partie de la 2<^ division du 18* corps à dater du 2S décembre.

l'armée est TKANSPORTEE sur la SAÔNE. 1Ô3

NeverSj quand on signala rapproche d'une colonne venant d'Auxerre à Cosne pour lui couper la retraite. La 2* division du 18^ corps et la brigade de cavalerie Charlemagne prirent les armes, mais des nouvelles plus rassurantes arrivèrent de Cosne et ces troupes regagnèrent leurs bivouacs.

L'embarquement de l'armée commença dans la matinée du 22 décembre et, la nuit suivante, la brigade de réserve arrivait à Chalon *. De même, le 92* débarquait à Chagny, où il précédait le reste du 18* corps. Â la même date, le général Carré de Busserolle prenait le commandement des groupes stationnés antérieurement dans le bassin de la Saône, la division Cremer comprise. Il reportait à Beaune les fractions concentrées à Chagny; ses avant-postes, àLaDoix, Savigny, Bessey , se reliaient à ceux de l'armée des Vosges vers Blignysur-Ouche.

Les quelques jours qui s'écoulèrent entre le 19 décembre et l'embarquement de nos troupes furent funestes à leur solidité. Brusquement un froid excessif succédait de nouveau à un temps pluvieux et doux. Pourtant, malgré les ordres formels et répétés de Gambetta, la plupart des corps furent maintenus constamment au bivouac, sans aucun motif, sinon une aveugle routine. Les suites furent déplorables. Dès la nuit du 21 au 22, par un froid de 18®, des cas de congélation se produisirent. Dans la 2* division du 18* corps, seule, 300 malades entrèrent aux ambulances du 19 au 25*. Au 20' corps, l'eflfectif décrut encore plus vite. De 26,000 hommes le 14 décembre , le corps d'armée n'en comptait plus que 22,000 à Chalon^. Mais ce n'est pas tout. Des officiers, en trop grand nombre , abandonnèrent les bivouacs pour se réfugier dans les villages, et cet exemple fut contagieux, surtout parmi les mobiles. C'étaient les indices d'une décomposition qui devait aller en s'accentuant jusqu'à la fin de la campagne*. Les fâcheuses conditions dans lesquelles

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