‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 93 sur 165 · Beaunis, p · texte numérisé non relu

Beaunis, p

s'accomplit le transport de Tannée contribuèrent àJ'accélérer.

On sait trop qu'avant la guerre de 1870 il n'existait aucune organisation sérieuse des transports militaires par voies ferrées. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, le maréchal Niel essaya de réagir contre nos habitudes routinières. Il fit même créer le 15 mars 1869 une commission centrale des chemins de fer, qui devait servir d'intermédiaire entre le ministère de la guerre et les compagnies. Mais sa mort prématurée amena l'abandon de cette organisation naissante et, au moment de la déclaration de guerre, on y substitua purement et simplement le régime du « débrouillez- vous ».

Pendant la campagne, on se rendit compte de l'inéluctable nécessité d'une réglementation précise. Gambetta fit même plusieurs tentatives dans ce sens, mais sans qu'elles fuirent suffisamment méditées. C'est le 28 janvier 1871, lors de l'agonie de l'armée de l'Est, qu'un décret organisa près du ministre une commission d'agents des chemins de fer, chargée de régler les questions relatives aux transports militaires. En même temps, il plaçait à l'état-major de chaque armée un agent des Compagnies, préposé à l'exécution. Mais cet organisme, d'ailleurs insuffisant, n'existait pas à la fin de 1870, et il fallut compter sur la bonne volonté et l'entente de tous. . Dès le soir du 18 décembre , M. de Freycinet invitait les directeurs des Compagnies de Lyon et d'Orléans à se rendre sans délai à Bourges, pour s'entendre avec M. de Serres en vue de mouvements dont il laissaitprévoir l'importance. Une réunion eut donc lieu le matin du 20. L'intendant en chef Friant, qui y prit part, s'opposa vainement au transport des troupes par voie ferrée. La distance minima qu'elles devaient franchir, de Saincaize à Chagny, était de 173 kilomètres seulement, et l'intendant jugeait qu'il y aurait avantage à faire prendre la voie de terre, du moins à une partie d'entre elles. En efi^el, les convois du grand quartier général, partis le 25 de Nevers par les routes, arrivèrent le 30 à Chalon avant une fraction de l'armée.

Cette opinion ne fut pas admise ; on convint que le maté-

l'ARMÉK est transportée SïTR la SAÔNE. 155

riel de la Compagnie de Lyon servirait à transporter le 24* corps; celui de la Compagnie d'Orléans, les 18% 20* corps et la réserve générale*. Le service public serait suspendu sur diverses lignes pendant toute la durée des transports, qui commenceraient le lendemain 21, c'est-à-dire à une date beaucoup trop rapprochée. Mais les dépêches ordonnant cette suspension n'atteignirent Clermont et Bordeaux qu'avec des retards considérables, douze et même vingt heures. La journée du 20 fut entièrement perdue*. De plus, les Compagnies avaient dû immobiliser une grande partie de leur matériel. C'est ainsi qu'entre Moulins, et Ne vers, grâce à la désastreuse généralisation des magasins roulants préconisés par l'intendant Friant, il y avait 1,804 wagons de vivres sans destination. Ils encombraient les gares et toute la seconde voie de la ligne du Bourbonnais, de Saincaize à Saint-Imbert.

D'autre part, le préfet du Rhône, M. Challemel-Lacour, avait eu l'idée au moins singulière d'employer, au camp de Sathonay, quantité de voitures de l'Est et de Lyon pour le logement permanent des troupes'. Enfin, comme il était convenu, la Compagnie de Lyon réservait son matériel au transport du 24* corps. Un contre- ordre retard^ de huit jours le départ de celui-ci, mais déjà un grand nombre de voitures étaient concentrées à Dijon. Il résulta de ces circonstances que le matériel fit défaut dès le premier jour; le 23 seulement, la Compagnie d'Orléans put fournir 200 wagons vides. Aussi l'embarquement des troupes ne se poursuivit-il qu'avec une extrême lenteur.

Les Compagnies de chemins de fer, celle de Lyon surtout, ne firent point preuve de toute l'activité indispensable. Elles cherchèrent à maintenir, le plus longtemps possible, la circulation commerciale. A Chalon, où M. de Serres arriva

1. La disproportion est évidente entre l'importance des réseaux et celle des troupes à transporter.

2. Voir divers télégrammes [Enquête, t. III, p. 199) et une note du directeur Audibert, de la Compagnie de Lyon {Enquête, tome III, p. 196).

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