‹ Campagne de l'est en 1870-1871Chapitre 98 sur 165 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Bonrbaki, M. de Freyelnet et le 15« corps. — ÉTaeaation de Dijon par l'ennemi. — Projeta de Bourbaki. — Renforts pour la li« armée. — Les mobilisés. — Bonrbaki et Garibaldl. — Situation an SI décembre.

Pendant que s'opérait le transport des trois corps d'armée de Bourbaki, les premiers renseignements provenant de l'ennemi paraissaient très favorables. De leur ensemble il résultait que la concentration allemande s'opérait plutôt à l'ouest qu'à l'est d'Auxerre. M. de Freycinet faisait même remarquer que nos adversaires montraient une tendance constant**, à se renforcer autour de Montargis, comme s'ils s'attendaient à nous voir déboucher dans cette direction*. Nous avons vu que tel était le cas, en effet.

Cette situation, connue de Bourbaki, était faite pour le délivrer de toute inquiétude immédiate au sujet de sa ligne de retraite. Cependant, ceîle-ci ne cessait pas de l'occuper, ajuste titre, et ce fut Toccasion de nouveaux dissentiments entre la Délégation et lui. Dès le 23 décembre, il demandait que le 15* corps fût dirigé sans retard de Vîerzon sur le bassin de la Saône. Il revenait sur cette demande le lendemain 24, ne paraissant pas se rendre compte des services indirects que ce corps lui rendait dans ses emplacements actuels. II croyait que, joint aux deux autres, il accroîtrait notablement des chances de succès que le morcellement de l'armée ne pourrait qu'affaiblir.

MM. de Freycinet et de Serres étaient d'accord pour repousser cette proposition. Aux yeux du second, la présence du 15' corps à Bourges ou en tout autre point situé entre les deux armées de la Loire, avait pour résultat d'immobiliser

i. Enquête, tome III, p. 254, télégramme à MM. de Serres, Gambelta, Bourbaki (23 décembre).

KÉOCCUPATION DE DIJON. 161

chez Tennemi des forces au moins égales. En outre, rien n'empêcherait de le jeter un peu plus tard au delà de Besançon ou du Mans, selon les nécessités du moment \ M. de Serres allait jusqu'à prêter au général Bourbakî des sentiments indignes de lui : c Entre nous, celui que vous savez veut simplement des forces pour lui, que tout le reste soit compromis plutôt que le piédestal qu'on lui a fait; je sens cette pensée, non seulement dans chacun de ses actes, mais

dans chacune de ses paroles » Et il insistait de nouveau

pour le maintien du 15* corps vers Bourges, conseillant de le donner plutôt à Chanzy qu'à Bourbaki, s'il devenait nécessaire*.

M. de Freycinet se prononçait à peu près de même. Ne voyant dans la proposition du général qu'un moyen détourné de fuir des responsabilités trop lourdes, il demandait que la situation fût nettement tranchée, c Si le général Bourbaki ne croit pas devoir, au dernier moment, se charger d'exécuter un plan qu'il avait d'abord approuvé. . . , qu'il se démette purement et simplement de son commandement ; j'en serai pour ma part enchanté, car j'ai toujours pensé et dit que Bourbaki n'est pas l'homme qu'il faut...». Le même jour, après entlnte avec Gambetta, M. de Freycinet' demandait au général si, oui ou non, il acceptait d'exécuter le projet d'opérations dans l'Est, tel qu'il avait été convenu, c'est-àdîre le 15* corps restant vers Bourges. Dans le premier cas, il devrait indiquer quelles modifications il réclamait pour le programme adopté*.

M. de Freycinet espérait sans doute que, devant cette brutale mise en demeure, Bourbaki jugerait de sa dignité d'abandonner son commandement. Quant à M. de Serres, il dissimulait de moins en moins sa pensée à l'égard du général. Faisant allusion au décret de révocation dont il était porteur, il télégraphiait au Délégué : « Je n'ai qu'une crainte,

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