‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 109 sur 185 · Lecomte, ouvrage cité, tome 4, p · texte numérisé non relu

Lecomte, ouvrage cité, tome 4, p

préparant à livrer une bataille défensive, comme c'avait toujours été son intention.

En elles-mêmes ces lignes étaient assez bonnes, mais trop étendues, et nous exagérâmes encore ce défaut en poussant nos troupes bien au delà, du moins à l'ouest de THuisne. D'ailleurs leur occupation se fit à la hâte, dans de mauvaises conditions; la défense du Chemin-aux-Bœufs, la partie la plus menacée, fut confiée à un véritable ramassis des troupes les plus disparates ; des éléments déjà affaiblis par plusieur§i échecs, par une série de marches pénibles, tels que les colonnes Jobey et Marty, y coudoyaient les mobilisés bretons, plus embarrassants qu'utiles, des brigades Lalande et Lebrun. Entre ces fractions des trois divisions du 16^ corps, de la prétendue armée de Bretagne, des 1'" et 3* divisions du 17* et même du 15* corps, il n'y avait aucun lien commun, aucune organisation d'ensemble. Enfin le véritable centre des positions de la rive gauche de l'Huisne, la Tuilerie, fut confié aux moins solides de ces troupes improvisées, aux moins capables de tenir un fusil. Cette circonstance, le désordre causé par la rentrée précipitée de l'amiral Jauréguiberry, le retard de la division Curten, expliquent surabondamment la perte de la Tuilerie. Comme le décousu de nos mouvements du 6 au 11 janvier, cet échec tient, avant tout, à l'envoi des colonnes mobiles ; il est aisé de s'en convaincre.

D'ailleurs, le colonel Lecomte le dit justement, l'énergie et la confiance de Chanzy dépassaient de beaucoup celles de ses subordonnés. Quand les meilleurs éléments d'une armée, les régiments de gendarmerie du général Bourdillon, n'ont d'autre rôle que celui de maintenir les autres au feu, il faut désespérer du succès. En janvier, nos troupes ne montraient plus rien de Penthousiasme qui, un instant, les avait galvanisées au commencement de novembre. Trop de souffrances, trop de désillusions, dont certaines auraient pu être évitées, les avaient éprouvées. Depuis les premiers jours de décembre, nous ne nous battions plus que pour l'honneur. Le nombre des partisans de la « lutte à outrance » se restreignait toujours davantage.

Nous avons dit que Chanzy avait Tintention de se retirer vers le nord, de manière à s'établir entre Alençon et Prez-en- Pail. Au besoin, s'il était trop vivement poussé, il s'abriterait derrière les lignes de Carentan, sinon il referait son armée et la renforcerait du 19® coi'ps. Puis il pivoterait sur sa gauche, avec les éléments réellement résistants de ses forces et marcherait rapidement sur Dreux et Evreux, par Argentan, en appuyant sa gauche à la Seine. Il forcerait ainsi le passage de l'Eure dans la partie qu'il croyait le plus abordable et se dirigerait ensuite sur Versailles.

Ainsi, notre défaite n'avait pu affaiblir l'indomptable énergie de Chanzy. A peine chassé du Mans, il reprenait l'idée d'une marche vers Paris, telle qu'il l'avait exposée avant les échecs des derniers jours. Sans doute, l'idée même de cette retraite latérale était heureuse ; nous évitions d'abandonner à l'ennemi une nouvelle zone de territoire : nous restions à

proximité de Paris ; nous gênions les progrès de nos adversaires beaucoup plus qu'en nous retirant sur Laval. La retraite vers Alençon était celle d'un maître ^, la plus difficile à exécuter, mais la plus profitable.

Toutefois Chanzy ne persista pas dans cette première idée . Il dut y renoncer sur les représentations de Gambetta * qui craignit pour l'armée, dont la retraite pouvait être compromise, pour Rennes et Nantes qui seraient à découvert. Dans les circonstances présentes, la marche sur Paris devait nécessairement être ajournée*. D'ailleurs la vue des milliers de fuyards qui couvraient les routes ne tarda pas à convaincre Chanzy de son impuissance. Le soir même du 12 janvier, il changea la direction de notre retraite. Le 16* corps suivrait

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