‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 11 sur 185 · V. Wittich, Aus meinem Tagebuche · texte numérisé non relu

V. Wittich, Aus meinem Tagebuche

26 JOSNESy VENDOME, LE MANS.

minuit. Le tir bien réglé de ses pièces faisait taire plusieurs batteries bavaroises établies à Test de Gravant ; le matériel des Allemands avait beaucoup à soufinr.

Remarquant Texistcnce d'une trouée dans la ligne allemande, entre la 22* division et le I"' corps bavarois, Chanzy voulait y pousser la division de cavalerie du 17* corps. Une série de dépressions allant du château de Serqueu au moulin 4e Cernay aurait permis de s'approcher à couvert de l'ennemi. Toutefois, avant d'aventurer ainsi ses escadrons, le général en chef jeta en avant les éclaireurs algériens. Ils se trouvèrent en face de masses importantes d'infanterie et d'artillerie qui débouchaient entre Gravant et Beaumont : c'était la deuxième division bavaroise arrivant du Grand- Ghâtre. Obligé dé modifier ses projets, Ghanzy porta aussitôt la 2* division du 17® corps en avant de Gemay et de Villechaumont. Mais cette tentative ne fut pas heureuse. Le 3* bataillon du 5 P de marche, qui se dirigeait sur Gravant, soutenu par les deux autres, fut accueilli par un feu des plus violents, auquel il ne sut pas résister. Après avoir perdu son commandant et plusieurs officiers, il se réfugia en désordre au delà de Cernay, poursuivi par l'ennemi qui entra un instant dans ce village. Heureusement le 10® chasseurs de marche, jusqu'alors en deuxième ligne, se porta en avant sans en attendre l'ordre et chassa les Allemands de Gernay.

Plus à l'est, deux des batteries de la division, demeurées sous la garde du 2® bataillon du 51®, subissaient des pertes considérables ; presque toutes leurs pièces étaient démontées \

Vers la fin du jour un mouvement de recul sensible se produisait donc sur tout le front des 2® et 3® divisions du 17* corps. Elles occupaient une ligne presque perpendiculaire à leur front primitif, de Villechaumont au nord de Prénay. La droite de la 2® division finit même par évacuer Villechaumont sans combat. Au contraire, sa gauche se reporta vers minuit d'Ourcelles dans le pli de terrain entre Gernay et Villorceau ; elle y bivouaqua.

1. Historiques des 5P de ligne et iO^ chasseurs; Chanzy, ouvrage cité, p. 126,

BATAILLE DE VILLORCEAU. 27

L'intervention d'une partie du P*" corps bavarois avait suiB pour changer notre situation, assez bonne au début. Ce corps d'armée if était rassemblé au Grand-Châtre, en se couvrant vers Beaumont de deux bataillons et de cinq batteries. En face de ces troupes, la !'• division du 17* corps, général de Roquebrune, s'avançait de Villemarceau, par Villevert et Villechaumont, vers la route de Beaugency àChâteaudun. Celle-ci, qui passe par Cravant et le Mée, était à peu près parallèle à notre front ; elle allait dessiner une partie de celui de l'ennemi.

La première attaque de Roquebrune était aisément repoussée par les cinq batteries bavaroises, et il ramenait sa division vers Villechaumont. Son artillerie établie entre ce point et Villevert ouvrait un feu vif sur Beaumont (vers 10 heures) et, bientôt après, la 3* division du 17« corps commençait l'attaque de Cravant, tandis que la 2^ dépassait Cernay. L'amiral Jauréguiberry prescrivait alors à Roquebrune de reprendre son mouvement offensif contre Beaumont. Cette fois, la !'• division du 17* corps, vigoureusement enlevée, repoussait les bataillons et les batteries établies le long de la route \ Seul le Mée restait au pouvoir de l'ennemi, qui se retirait sur Beaumont (vers 1 heure et demie), non sans désordre. Un instant même, nous menacions ce village. Mais V. der Tann portait cinq batteries de sa réserve entre Cravant et Beaumont; cinq autres renforçaient les douze pièces déjà à l'est de ce dernier point, tandis que la 2* brigade d'îittfanterie bavaroise dirigeait un bataillon sur Cravant et les autres sur Beaumont ; les cuirassiers bavarois se portaient vers Messas.

A ce moment, trois faibles brigades allemandes, comptant à peine 6,000 fusils, garnissaient les 4,000 mètres compris entre Cravant et le Mée. Leurs seules réserves étaient les 2,000 hommes de la !'• brigade, encore au nord de Beaumont, et les cuirassiers bavarois. L'espace compris entre le

1. 5 bataillons et demi, dont i au Mée, et 5 batteries. Voir le récit de l'étatmigor prussien et l'ouvrage déjà cité, de v. Helwig.

Mée et Messas n'était gardé par aucune troupe ; le reste de la longue ligne de Tennemi n'était plus qu'une mince chaîne de tirailleurs. Si elle avait été enfoncée sur un point, la retraite eût été inévitable.

Pourtant la très grande supériorité de l'artillerie allemande et les feux rapides de l'infanterie obligeaient encore une fois la division Roquebrune à se retirer au delà de la route. Nos batteries, écrasées par celles de l'ennemi, allaient s'établir au sud de Villemarceau, avec de fortes pertes (vers 2 heures). La 19" batterie du 15' régiment laissait sur place deux pièces démontées ; elle n'avait pas moins de 2 tués, 18 blessés, dont son capitaine, et 17 chevaux tués\

Cependant la retraite de la division Roquebrune s'effectuait lentement. Mais Villechaumont était repris par l'ennemi, avec l'aide de la l'* brigade bavaroise et de trois nouvelles batteries portées à la gauche de sa ligne d'artillerie. Nos troupes s'arrêtaient dans un pli de terrain allant de Villevert au Mée et, appuyées par la division Deplanque (1'* du 16* corps), qui intervenait à leur droite, refoulaient de nouveau leurs adversaires jusque vers Beaumont. Villechaumont était repris ; cinq des batteries allemandes placées entre Gravant et Beaumont se retiraient, après avoir subi des pertes extraordinaires. Il ne restait plus au I*"" corps bavarois que deux compagnies en réserve ; sa situation était des plus graves.

Cependant nous ne tirions aucun parti de ce retour de fortune ; notre offensive sur Beaumont ne dépassait pas la route et, la nuit tombant peu après, nous abandonnions sans combat Villechaumont et le Mée : triste résultat de toute une journée de lutte.

A droite, le général Deplanque avait, dès le matin, déployé sa division de Villevert au Grand-Bonnevalet. Son artillerie ne tardait pas à être obligée de se retirer devant celle des Bavarois. Vers trois heures, au moment où Roquebrune était refoulé au delà de Villechaumont, l'amiral Jau-

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