‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 114 sur 185 · La ir« brigade de la 2^ division du 2i^ corps · texte numérisé non relu

La ir« brigade de la 2^ division du 2i^ corps

s. Ce combat coûta une quinzaine d'hommes aux Allemands.

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1" et la 2* division, qui venaient de Beaumont, allèrent à Saint-Remy-de-Sillé et Ségrie ; la 3* à Neuville -la-Lais et la réserve à Sillé-le-Guillaume \

Ainsi toute Tarmée, découvrant entièrement Alençon, était répartie à Touest de la Sarthe. Grrâce à l'inaction de Tennemi, notre retraite, commencée dans les pires conditions, continuait d'une façon un peu moins désastreuse. Toutefois il était indispensable de gagner la Mayenne le plus tôt possible, afin de hâter notre réorganisation derrière cette rivière. Du moins Chanzy en jugea d'abord ainsi, comme le montrent ses premières instructions du 13 au soir.

En raison de la fatigue des troupes, on parcourrait le 14 une très courte étape, dix à douze kilomètres au plus. Le 16* corps, qui suivrait la route de Laval, porterait son quartier général à Saint-Denis-d'Orques ; le 17® corps irait à Sainte-Suzanne par Parennes et Neuvillette; le 21" corps marcherait sur Assé-le-Bérenger, en suivant la ligne ferrée du Mans à Laval. De Sillé-le-Guillaume, le grand quartier général se rendrait à Evron.

Ces instructions, complétées par les recommandations ordinaires au sujet des fuyards et des convois, étaient à peine expédiées qu'elles durent être modifiées. Comme il le télégraphiait (13 janvier), Gambetta jugeait indispensable qu'on disputât le terrain pied à pied, au lieu de se retirer le plus tôt possible à l'abri de la Mayenne*. Dans l'état de nos troupes, ce conseil était au moins aventuré, ainsi que la suite le fit voir. Pourtant Chanzy crut devoir y déférer. Il suspendit la retraite sur Laval et prescrivit que toute l'armée demeurerait en position, en se bornant à rectifier ses emplacements et à s'établir en cantonnements, s'il était possible.

1. D'après des Moutis, ouvrage cité, la 2« brigade de la 2® division, arrivée le 13, à 10 heures du soir, à Bcaumont, y slationna 2ott/e la nuit, sut la route couverte de 40 centimètres de neige, et n'arriva à Ségrie que le 14, à lO lieures du matin.

2. Chanzy, ouvrage cité, page 339. Le général ne marque aucune séparation, page 344, entre les instructions envoyées à deux reprises le 18, mais l'existence de ces instructions distinctes résulte sufUsamment de la lecture des pages

343, 344 et 345.

La cavalerie légère se reporterait en avant pour éclairer jusqu'à la Sarthe; l'amiral Jauréguiberry appellerait à lui Curten, que l'on supposait être vers la Suze. Le quartier général de Chanzy resterait à Sillé, ainsi que celui du 21* corps ; ceux des 17* et 16* corps seraient à Parennes et à Joué-en- Chamie.

Dans les voitures qu'ils avaient capturées ou aux archives du télégraphe du Mans, les Allemands avaient trouvé les copies des premiers ordres de. Chanzy pour la retraite. Frédéric-Charles prescrivit donc au XIIP corps de poursuivre le 2V corps jusqu'à Alençon et de rester ensuite en observation dans cette ville. La colonne von Schmidt continuerait à suivre les routes de Sillé-le-Guillaume et de Laval. Le IX* corps demeurerait au nord du Mans, entre Coulaines et Château-Chapeau, et la 2* division de cavalerie à Montfort. De même, le IIP corps et le reste du X* garderaient leurs cantonnements du 12.

Comme le voulait Chanzy, les IV et 21* corps consacrèrent la journée du 14 à rectifier leurs positions, ce qui eut lieu sans incident. La 1" division du 2V corps s'établit à Saint- Remy-de-Sillé ; la 2®, à Montreuil-le-Chétif, qu'elle allait quitter dans la nuit du 14 au 15 pour se rendre à Sillé-le- Guillaume ; la 3*, au sud de Sillé-le-GuillaumC; à cheval sur la route du Mans. Enfin, la division de Bretagne était à Mont-Saint-Jean et la réserve du corps d'armée à Sillé. Le 17* corps, fort disséminé le soir du 13, eut grand'peine à s'établir derrière la Vègre, de Saint-Symphorien à Eouez ; sa 2* division avait pris les devants jusqu'à Sainte-Suzanne; elle dut se reporter à Tennie; la 3"^ division, qui encombrait Sillé-le-Guillaume depuis la soirée du 12, allait à Rouez. Ces faux mouvements achevèrent la dislocation des troupes, dont la démoralisation, comme l'épuisement, étaient extrêmes. De nouveau le temps devenait très froid; la neige continuait à tomber. Les cantonnements étaient insuffisants; les convois que l'ennemi n'avait pas encore capturés ne parvenaient pas à suivre les troupes ; les distributions étaient l'irrégularité même. Vêtus de haillons, marchant sans cesse

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avec de brusques à-coups et des haltes interminables \ mal chaussés, constamment mouillés, les soldats présentaient le plus lamentable aspect. Les malades étaient innombrables. Partout retentissaient des accès de toux déchirante. Les traînards qui suivaient nos colonnes ou s'efforçaient de les devancer étaient si hâves, si défaits, de mine si lamentable qu'on n'osait leur reprocher d'avoir quitté les rangs. Quant aux chevaux, leur état défiait toute expression. Quantité d'animaux morts couvraient les routes; d'autres, respirant encore, étalaient des maigreurs de squelette et des plaies hideuses.

Cependant des rencontres assez sérieuses se produisaient aux deux ailes de l'armée. Le grand-duc avait reçu pendant la nuit l'ordre de marcher sur Alençon. Il prescrivit à la 22* division de pousser son avant-garde jusqu'à la Hutte, et son gros au nord de Ballon. La 17' division suivrait la même direction ; la 4* division de cavalerie cantonnerait le long de la route de Ballon à Mamers.

Beaumont et ses abords sud étaient occupés par une partie des 9,000 mobilisés de la Mayenne. C'est à eux et sans doute à des traînards du 21' corps qu'allait se heurter l'a vant-garde de la 22® division. Dès 6 heures du matin, elle dirigea trois compagnies par Maresché sur Beaumont et une autre, au sud, sur Teille et Saint-Marceau. Vers 8 heures, les premières rencontrèrent un détachement de mobilisés au sud de la Sarthe et l'attaquèrent aussitôt ; il se dispersa en perdant trois cents prisonniers, deux cents têtes de bétail et des voitures de vivres. Cependant, comme des masses nombreuses semblaient occuper la route entre Saint-Marceau et Beaumont, ainsi que la lisière sud de cette ville, les Allemands ne firent tout d'abord aucun effort pour traverser le pont de la Sarthe*.

1. Le 14, par exemple, le 30« mobiles fui en route durant il heures pour faire deux lieues. En arrivant au gîte, il dut bivouaquer sans vivres, ni bois (R. de Mauni).

2. Ce dernier n*avait pas été détruit malgré la curieuse dépêche suivante du préfet de TOrne au maire de Beaumont (18 janvier): a Je vous préviens que si, à la réception de celte dépêche, vous n*avez pas fait sauter les deux ponts

Cependant le reste de Tavant-garde arrivait et deux pièces tiraient quelque temps sur le pont. Les mobilisés lâchaient pied aussitôt; après une faible tentative de résistance dans la ville, ils s'enfuyaient vers le nord, sous les obus. L'ennemi les suivit jusqu'à Piacé, où il s'arrêta en se couvrant d'avantpostes établis à la Hutte.

Durant cette escarmouche, la compagnie dirigée sur Saint- Marceau s'emparait de 380 prisonniers et de 48 voitures, chargées surtout de munitions. Le pont de la Sarthe restait également à l'ennemi, qui avait fait environ 1 ,400 prisonniers dans ces petits combats ; ses pertes totales s'élevaient à neuf hommes.

Le gros de la 22* division s'établit à Beaumont en se couvrant vers Sillé-le-Guillaume et Fresnay. La 4* division de cavalerie poussa jusqu'à Dangeul, à l'est, et la 17* division jusqu'à Saint-Marceau et Ballon. DeBellême, la 12* brigade de cavalerie s'était avancée sur Mamers, que les mobilisés de la Mayenne et les corps-francs de Lipowski avaient évacué pour se concentrer vers Alençon. Sur les instances de Chanzy, le ministre prenait le même jour des dispositions pour transporter dans cette ville les deux premières divisions du 19* corps*. Mais le mouvement du grand-duc allait empêcher l'exécution de ce projet, d'ailleurs irréalisable dans les conditions où il fut conçu.

A l'autre aile de notre armée, la retraite du 16* corps s'é-

de Beaumont, celui du chemin de fer et celui de la route, et les autres, s*il en existe, vous serez immédiatement saisi, traduit devant une cour martiale et fusillé sur-le-champ. » (Enquête, tome IV, page 458.) Il est presque inutile d*ajouter qu'on ne détruisit pas les ponts et que les jours précieux du maire de Beaumont n*on furent pas moins épargnés.

Le préfet de TOrne, plus tard ministre, M. Antonin Dubost, était plus accommodant pour lui-môme que pour ses administrés. Il avait succédé en janvier à M. Albert Christophe ; dés le 7, il se faisait expédier M. Durand-* Savoyat, sergent au i^^ bataillon du 27^ mobiles (Isôre), pour en faire un conseiller de préfecture [Enquête citée). 1. Le Ministre à Protais, citent général de la Compagnie de l'Ouest : « Les deux divisions du id« corps s*embarqueront à Carentan demain jeudi, à 5 heures du soir, et seront expédiées sans interruption de jour et de nuit sur Alengon, de manière que rembarquement total soit terminé en 48 heures... » Il s'agissait de 80,000 hommes, avec 12 batteries, a de la cavalerie et des accessoires ». (Chanzy, ouvrage cité, page 587.)

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tait accomplie jusque-là avec un ordre relatif, en dépit des difficultés présentes. Depuis le 13, Jaiiréguiberry avait son quartier général à Joué-en-Charnie ; la division Barry le couvrait à Chassillé, où elle était protégée elle-même par Le Bouëdec, en position à Longue avec 1,100 hommes d'infanterie, un escadron, deux mitrailleuses, deux sections du génie*. Quant à Curten, arrivé le 13 à la Flèche, il y recevait un'télégramme de Chanzy l'invitant à marcher sur Sablé pour rallier l'amiral le plus rapidement possible. Il s'y rendit en effet le 14.

Avant même d'arriver à Coulans, l'avant-garde de von Schmidt (un bataillon, un escadron, deux pièces) fut arrêtée par une fraction de la colonne Le Bouëdec, embusquée dans un chemin creux. Malgré un feu vif, mais rendu très incertain par le brouillard, les Allemands poussèrent aisément jusqu'à Longue, après avoir enlevé deux compagnies, du 40*^ de marche qui défendaient les abatis de la route du>. Mans. Le gros de Le Bouëdec ne tint guère plus longtemps^ et se replia sur Chassillé (vers midi *), où Barry avait pris position, derrière la Vègre. Le combat recommença vers 2 heures, et deux mitrailleuses arrêtèrent quelque temps l'ennemi, mais leur feu fut bientôt éteint par celui des pièces allemandes. Fuis un bataillon ennemi marcha sur la Bretonnière et la Plante, pour déborder Barry ; un autre poussa di-

1. La brigade Ribell (37^, 62« de marche et 33® mobiles) avait quitté Chauffour le 13 à 9 heures du matin. Elle alla bivouaquer à Joué-en-Charnie, où elle resta jusqu'au 14, à 2 heures du soir. A ce moment elle prit ses positions de combat, qu'elle garda jusqu'à 9 heures. Puis elle cantonna à Joué, mais reprit presque aussitôt ses positions de la journée. Elle se remit en marche la même nuit et arriva le 15 à 8 heures du matin près de Saint-Joan-sur-Erve (de la Touanne, ouvrage cité).

9. Il aurait perdu 16 tués et 97 blessés (Mallet, la Bataille du Mans). Le S6« de marche eut 4 tués et 87 blessés à Chassillé, et le 88« de marche une soixantaine d'hommes hors de combat {Historiques des 36' et 38').

Les Allemands firent 430 prisonniers dans ces deux affaires ; ils perdirent 1 officier et 17 hommes.

La brigade Lalande avait pris les devants; elle était le 14 à Évron, se rendit à Laval le 16 et repartit pour Rennes, où elle arriva le 18. Elle fut ensuite dispersée en Bretagne, non sans force tiraillements entre le Ministre, qui l'envoyait aux lignes de Garentan, Marivault, qui la réclamait pour achever son instruction, et Chanzy, qui la trouvait indispensable sur la Mayenne.

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rectement sur Chassillé. De nouveau, nos troupes tinrent à peine; Chassillé fut enlevé et la Vègre franchie. Après un retour ofifensif du 3P de marche, sans aucun résultat, nous nous repliâmes en désordre sur Montreuîl, à deux kilomètres de Joué-en-Chamie (vers 4 heures).

Tandis que von Schmidt cantonnait dans Longue et Chassillé, tout le 16* corps suivait le mouvement de retraite de Barry. Quelques cavaliers ennemis ayant paru vers Vallon et Loué, Jauréguiberry craignit d'être tourné sur sa droite*. Dans rétat de démoralisation où étaient tombées nos troupes, il ne crut pas devoir vérifier ce rapport et se mit en retraite vers Saint-Jean-sur-Erve. Il fit même filer ses impedimenta au delà, sur Laval. Les débris de son corps d'armée n'atteignirent TErve que vers minuit, après avoir encore perdu du peu qui leur restait de force morale et physique. Les extraits suivants d'une lettre écrite, le soir même, à Chanzy par Jauréguiberry, disent assez quel était leur état : « Quelques régiments ont opposé une vigoureuse résistance ; d'autres, et c'est le plus grand nombre, se sont débandés. La cohue des fuyards est inimaginable ; ils renversent les cavaliers qui s'opposent à leur passage; ils sont sourds à la voix des officiers. On en a tué deux et cet exemple n'a rien fait sur les autres.... Je trouve autour de moi une telle démoralisation que les généraux du corps d'armée m'affirment qu'il serait très dangereux de rester ici plus longtemps.... Si je n'avais pas avec moi un matériel considérable qu'il faut essayer de sauver, je m'efforcerais de trouver une poignée d'hommes déterminés et de lutter même sans espoir de succès. Mais ce serait, il me semble, insensé de sacrifier huit batteries pour n'arriver, en résumé, à aucun résultat utile. Je ne me suis jamais trouvé, depuis trente-neuf ans que je suis au service, dans une position aussi navrante... '. »

1. ChaDzy dit môme que le commandanl Picory, qui avait été poussé vers Loué avec deux escadrons de chasseurs d'Afrique, y trouva de l'infanterie allemande qui le suivit malgré la nuit. Ce fait parait invraisemblable, car von Schmidt n'avait que de la cavalerie dans cette direction.

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