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Des renseignements confus et contradictoires que lui faisaient parvenir sa cavalerie et les autorités civiles, il déduisait que le grand-duc concentrait des troupes vers Alençon et que Frédéric-Charles restait au Mans, derrière des avant-postes passant par Soulgé et Bazougers. Mais il fallait prévoir le cas où ce prince sortirait de cette inaction apparente. Aussi dès l'arrivée de Gambetta à Laval, Chanzy lui exposa Tétat de ses troupes, leurs besoins et ses projets pour l'avenir.
Ses inquiétudes étaient vives : il avait à couvrir Tespace de 200 kilomètres situé entre la Loire et rembouchure de rOrne. Il avait été renforcé du 19* corps, mais ses eflfectifs s'étaient réduits de plus de moitié depuis six semaines; le moral de ses troupes avait souffert encore davantage. Dans ces conditions, il était naturel qu'il craignît de nouveaux échecs.
En ce cas, la retraite sur la Bretagne aurait permis d'utiliser plusieurs lignes successives de défense. Mais une fois la Vilaine perdue, les Allemands pouvaient masquer les. lignes de Carentan, s'emparer de Nantes et de la Basse-Loire, en menaçant même Bordeaux et le sud-ouest. Chanzy croyait préférable de se retirer sur le Cotentin. Il courrait, il est vrai, le risque d'y être aisément investi, de ne plus pouvoir prendre part aux opérations actives. Mais il s'éloignerait ainsi beaucoup moins de Paris ; il couvrirait la Normandie le plus longtemps possible et pourrait, au besoin, se reporter sur la Seine. Seulement, dans ce cas, il fallait organiser la défense de la Bretagne d'une façon indépendante ; on pourrait faire appel aux ressources locales, en tirant parti de la configuration du sol, si appropriée à la guerre de partisans.
Chanzy voulait y consacrer les mobilisés bretons, qui, jusque-là, n'avaient été que d'une faible utilité, en dépit de leur bonne volonté constante. II réussit à faire approuver ces idées par Gambetta et par M. de Freycinet. Sur sa demande le grand orateur affirma éloquemment, devant les officiers généraux réunis, la nécessité de combattre, non dans un mesquin intérêt de parti, mais pour la patrie elle-même. Il annonça l'intention de confier à Charette et à Cathelineau,
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l'armée s'installe sur la MAYENNE. 327
en dépit de leurs opinions politiques, le commandement de troupes destinées à défendre la Bretagne. Chacun d'eux, nommé général au titre auxiliaire, recevrait 15,000 mobilisés qu'il réunirait à ses corps francs. Le reste des gardes nationaux bretons serait réparti entre les généraux Béranger, qui commandait alors les mobilisés de la Loire-Inférieure, et Lipowski, qui viendrait s'établir à l'extrême gauche de Chanzy.
Mais après le départ de Gambetta pour Lille (nuit du 21 au 22 janvier), diverses influences intervinrent pour retarder l'exécution de ces projets. Il fut définitivement admis entre Chanzy et M. de Freycinet qu'en cas de retraite on prendrait la direction des lignes de Carentan\ La répartition proposée pour les mobilisés bretons rencontra plus de difficultés. On craignit Faction politique que ce commandement donnerait à Charette età Cathelineau*. D'autre part, le général de Marivault prétendit s'opposer à l'envoi de ses mobilisés sur la Mayenne, et il dut être relevé de son commandement par le télégraphe (22 janvier)'. Après plusieurs jours
1. Le commandement de ces lignes, d*abord atlriimé an général d*Âurelle^ puis au général de Blois après le départ du 19^ corps, élait exercé provisoirement le 24 par le général Sée. On espérait porter sous peu à 90,000 hommes Teffectif de ses troupes (Enquête, tome III, p. Sii).
2. «... Quant à l'affaire Charette, je vous prie de faire savoir à qui de droit que ridée de ce grand commandement régional no me paraît pas réalisable.
« Je veux bien que Ton pense à donner à M. de Charette un corps de mobilisés à commander, mais non à l'investir d'une autorité aussi vaste que celle dont on m'a parlé. Vous avez dû voir déjà certaines dépêches du préfot d'Angers qui s'effraye du commandement donné à Cathellneau ; jugez de ce que seraient les réclamations. Écrivez en ce sens. La commission que M. de Charette a reçue do vous est d'ailleurs suffisante. » (Dépêche de Gambetta à M. de Freycinet, 22 janvier, Enquête, tome IV, p. 188.) Une dépêche du 24 est conçue dans le môme sens.
Le préfet d'Angers était M. Maurice Engelhard, que Ton désignait familièrement, dans l'entourage de Gambetta, sous le nom de Maurice Angevin. Nous avons déjà parlé de cette remuante personnalité à propos du général Ferri- Pisani.
S. Le 20 janvier, le Ministre lui prescrivit d'envoyer 18,000 mobilisés au général de Noue, commandant la subdivision de la Loire-Inférieure, 7,000 à Careulan, 5,000 à Ghàteau-Gonlier et de réunir le reste en un ou deux points à l'ouest de Rennes.
Le 21, la dernière partie de cet ordre fut modifiée; il ne s'agissait plus que de répartir le reste des mobilisés entre les départements bretons.
Le même jour, Marivault protesta en ces termes : « Je tiens à vous répéter... qu'aucun de ces bataillons n'est capable d'aucun service en campagne, qua
perdus à échanger des dépêches, on ne fut d'accord sur l'organisation des troupes de Bretagne que le 27 janvier, à la date même où était signé l'armistice.
Malgré ce contre-temps, Chanzy poursuivait la réorganisation de Tarmée. Il donnait des ordres pour qu'on achevât l'instruction des soldats les plus récemment incorporés. Beaucoup n'avaient jamais pris part à aucun exercice de tir, et il leur fit brûler quelques cartouches. Nos batteries recevaient un grand nombre d'auxiliaires venant de l'infanterie ou de la garde mobile ; on hâtait également l'instruction de leur personnel.
La voie ferrée de Laval à Mayenne avait dû être abandonnée lors de notre arrivée sur la Mayenne ; elle fut remise en exploitation le 22 janvier, à la suite de la réoccupatîon de Louvemé et de Chapelle-Anthenaise ; le ravitaillement de notre gauche en devint plus facile.
Cependant le grand-duc de Mecklembourg semblait prononcer un mouvement d'Alençon vers le nord-est ; en même temps des troupes allemandes parties du Mans se montraient dans la direction àe la Flèche et du cours inférieur de la Loire. Les vraies intentions de l'ennemi demeuraient encore obscures. Néanmoins, l'évacuation d'Alençon, l'inaction relative de Frédéric-Charles vers le Mans paraissaient indiquer que certaines préoccupations rappelaient vers Paris une partie des forces allemandes *. Dans cette prévision, Chanzy, qui avait déjà fait réoccuper Argentan, poussa sur Briouze la partie du 19* corps demeurée à Domfront et porta la division Gougeard d'Ambrières à Couteme (22 janvier). Elle fut relevée dans ses positions par la division Villeneuve, qui venait de Mayenne. Les francs-tireurs de Lipowski étaient
les armes sont pires que nulles.... que les mettre devant Tennemi, avant que chaque homme ait eu quinze jours d'instruction, avec une arme qui parte, ne sera que répéter le sacrifice inutile et criminel que vous avez fait au Mans. » (Enquête, tome II, p. 361 ; la Borderie, rapport cité.)
Toute celte affaire du commandement des mobilisés bretons fut encore compliquée par Tenvoi en mission dans les Gôtes-du-Nord d*un certain général Le Loyer, ancien capitaine (?), qui mit au jour les idées les plus extravagantes et finit par être révoqué.