Jacqmin
l'armée s'installe sur la MAYENNE. 325
leur étaient devenues étrangères. Malgré la profondeur de leurs plaies, la confiance revenait peu à peu parmi elles. Mais ces bonnes apparences auraient-elles persisté avec la reprise des opérations actives ?
Pendant que Chanzy cherchait ainsi à refaire son armée, le Gouvernement ne restait pas inactif. Des renforts, des vivres et des munitions étaient envoyés journellement sur la Mayenne. On faisait les plus grands efibrts pour diminuer l'encombrement des voies ferrées, qui avait pris des proportions inouïes entre Laval et Rennes. Vers le 15 novembre, le ministre du commerce avait prescrit la concentration à Laval d'une quantité de bestiaux destinés au ravitaillement de Paris. Leur nombre, d'abord fixé à 2,500, fut ensuite porté à 3,500. Le 2 décembre, 1,175 furent envoyés à Orléans en vue de la sortie du général Ducrot. Ils revinrent à Laval ou à Mayenne six jours après, sans avoir pu être débarqués, et presque morts de faim.
Le 12 janvier, quelques cas de typhus se montrèrent parmi eux et on les expédia aussitôt sur Landemeau, par terre et par voie ferrée. Partout sur leur passage ils propagèrent la peste bovine. A Landemeau ils moururent par centaines; 400 hommes de troupe étaient en permanence occupés à les enfouir. On finit par embarquer ce qui restait sur deux navires qui furent coulés à coups de canon au large d'Ouessant. Cette expérience avait coûté 30 millions.
Elle avait aussi contribué à l'encombrement des lignes ferrées. Celles-ci étaient suivies par deux courants inverses: d'une part, le ravitaillement de l'armée et l'envoi de renforts, de l'autre, le transport des denrées réunies à Laval et à Mayenne en vue du ravitaillement de Paris et que le ministère du commerce voulait mettre en sûreté. Le ministère de la guerre dut envoyer un délégué qui prit la haute main sur tous les services (18 janvier). La situation ne s'améliora qu'à dater du 22 ^
L'attitude de l'ennemi demeurait énigmatique pour Chanzy.