‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 2 sur 185 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

COMBAT DE MEUNQ

Situation générale le 5 décembre. — Formation de la 2* armée. — Le 21« corps et la co^ lonne Cainô. — Chanzy arrête son mouTement de retraite.— Instmctions du 5 décembre. — Ordres de Frédéric-Charles. — Combat de ICeung. — Instructions dn 6 décembre.

L'armée de la Loire venait d'échouer dans le mouvement qu'elle avait entrepris pour la délivrance de Paris. Battue à Loigny et à Poupry le 2 décembre, elle avait été refoulée sur le camp retranché et la forêt d'Orléans. Une série de combats livrés les 3 et 4 décembre ne lui avait pas été favorable. Le 5, elle était coupée en trois tronçons, dont deux suivaient des directions tout à fait divergentes. La plus grande partie du 15" corps, les généraux d'Aurelle et des Pallières se retiraient sur Salbris et Vierzon ; les 18® et 20" corps avaient passé la Loire ou allaient la franchir en amont d'Orléans, et suivaient une direction à peu près parallèle à la précédente, vers le sud ; enfin les 16® et 17® corps,

CAMPAONB DR LA LOTRR, II. l

avec une fraction du 15®, marchaient sur Blois par les deux rives du fleuve, surtout par la rive droite.

L'intention du général d'Aurelle était d'appeler à lui les deux ailes de son armée, dont Tune avait remonté la Loire tandis que l'autre la descendait. Il voulait réoccuper le long de la Sauldre, à hauteur de Salbris, les positions du 15® corps en octobre. Il espérait qu'en peu de jours l'armée serait reconstituée et prête à couvrir Bourges ou même à reprendre l'offensive. Cette manière de voir ne fut pas celle de la délégation de Tours. Depuis le milieu de novembre des dissentiments sérieux s'étaient élevés entre elle et le général en chef; les tristes événements des derniers jours n'avaient fait que les accroître. Bien que la responsabilité de ceux-ci fût loin d'incomber tout entière à d'Aurelle, la Délégation décida de lui retirer son commandement. Le 5 décembre un télégi'amme l'informait que la constitution de l'armée en trois groupes était maintenue, telle que l'avaient imposée les événements. Le commandement en chef de l'armée de la Loire disparaissait, et d'Aurelle recevait, en échange, celui des lignes de Carentan. Cette compensation parut, à bon droit, insuffisante au général, et il s'empressa de la décliner.

Ainsi l'armée de la Loire était coupée en trois fractions, bientôt réduites à deux. Sous les ordres de Bourbaki, la V armée allait compter trois corps, les 15% 18® et 20% groupés dans la direction de Bourges ; la 2®, commandée par l'ancien chef du 16® corps, général Chanzy, comprenait les 16® et 17®, c'est-à-dire la gauche de la primitive armée de la Loire, et le 21®, que la Délégation avait dirigé sur la forêt de Marchénoir pour couvrir Tours et soutenir d'Aurelle *.

Pour la 2® armée, la situation était particulièrement grave le soir du 5 décembre. Des trois divisions du plus solide de ses corps d'armée, le 16®, celles des généraux Barry et Mo-

1. De Freycinot, La Guerre en Province, p. 188. Avec un peu d*exagi5ralion sans doute, l'ancien délégué à la guerre évalue à 120,000 et à 100,000 hommes les efifeclifs de ces deux armées quand les fuyards eurent rejoint, et que les vides furent comblés. La môme évaluation se retrouve dans une dépêche de M. Crémieux aux membres du gouvernement de Paris, en date du 17 décembre.

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vides M. Cr

rand/ (2® et 3*), considérablement affaiblies, avaient continué leur retraite sur Mer et même Blois, malgré les ordres exprès de Chanzy. La 1" division, celle de Tamiral Jauréguiberry, à laquelle il restait plus de cohésion, était établie à Test de Lorges. Le 17® corps occupait l'espace compris entre ce point et Poisly, à l'angle sud-est de la forêt de Marchénoir. Enfin trois des divisions du 21® corps gardaient cette dernière ; la 4®, celle des mobilisés bretons du général Gougeard, était encore à Touest de Saînt-Calais.

Afin de mieux couvrir Tours, M. de Freycinet avait dirigé vers Beaugency toutes les troupes disponibles sur la Loire. Ces 15,000 hommes environ, sous les ordres du général Camô, étaient simplement détachés à la 2® armée, dont ils devaient faire partie tant que Chanzy le jugerait utile. Mais cette subordination n'était pas assez nettement spécifiée pour qu'aucun malentendu ne pût se produire, et nous en verrons plus loin les conséquences *.

Les positions de la division Camô et celles des 16®, 17®, 21® corps formaient un front à peu près continu de la foi'êt de Marchénoir à la Loire.

Ces troupes de nouvelle formation représentaient un effectif considérable, environ cent mille hommes ; mais il s'en fallait beaucoup qu'elles fussent complètement organisées. Au 21® corps, par exemple, l'artillerie était attelée au moyen de chevaux de réquisition, pourvus de harnais improvisés ; une partie des conducteurs conduisaient leurs attelages en main, faute de selles. Les cavaliers, coiffés les uns de képis, les autres de casques, quelques-uns portant le devant d'une cuirasse seulement, n'avaient pas une apparence plus régulière. Beaucoup de gardes mobiles étaient sans guêtres, ni capotes ; un grand nombre manquaient de couvertures. Au 49® mobiles (Orne), 300 hommes étaient en sabots*.

La présence du Gouvernement à Tours et l'importance

1. La plus grande partie de la colonne Camô fut versée ensuite au 19® corps. Le télégramme la mettant aux ordres de Chunzy est du 6 décembre (général Chanzy, La deuxième armée de la Loire, p. 487 j.

8. Lieutenant- colonel des Moulis, le 49^ régiment des mobiles de l'Orne, p. 92.

même du val de la Loire faisaient prévoir que l'ennemi donnerait à sa poursuite deux directions divergentes au moins. Il jetterait des troupes au sud du fleuve et du Loiret, vers Vierzon et Bourges, tandis que d'autres marcheraient sur Tours par la rive droite, peut-être par les deux rives. On ne pouvait songer à continuer la retraite dans Tétat actuel de la 2® armée •, les lourdes pertes qu'elle avait subies et surtout la dépression morale résultant des deux journées précédentes l'auraient exposée à une dissolution complète. De plus, il était difficile d'abandonner Blois, Tours et la vallée de la Loire, sans laisser au Gouvernement le temps d'en préparer l'évacuation. Avec une grande justesse de coup d'œil Chanzy prit le parti le plus énergique, en même temps le plus sage ; il décida de faire tête à Tennemi en appuyant sa droite à la Loire et sa gauche à la forêt de Marchénoir. Si les circonstances le permettaient, il pourrait ainsi reformer son armée. La plaine découverte, faiblement ondulée, qui s'étend au nord du fleuve entre Orléans et Blois, présente peu de positions défensives d'une certaine étendue. Chanzy fit choix de celle qui va de Poisly à Beaugency^ en prolongeant la lisière est de la forêt de Marchénoir, elle-même perpendiculaire à la Loire. Son principal inconvénient résultait de son étendue, environ 30 kilomètres. Mais la plus grande partie de son front, occupé par la forêt, était difficilement abordable. Quant à la trouée de 11 kilomètres comprise entre la forêt et la Loire, elle ofifrait certains avantages pour la défensive ; deux vallons aboutissant à Beaugency, une suite de villages, de hameaux ou de fermes, constituaient d'assez bons points d'appui sur un terrain aussi découvert. Dans les parties voisines de la Loire et exposées au midi, le sol est planté de vignes qui rendent difficiles les mouvements de l'artillerie ou de la cavalerie. Partout ailleurs il est consacré à la culture des céréales ou des plantes industrielles : c'est dire que la vue et la marche n'y sont aucunement gênées, surtout en hiver. D'après les instructions que Chanzy donnait à la 2® armée, le soir du 5 décembre, les 16® et 17® corps devaient terminer le lendemain le ralliement de leurs éléments encore dispersés.

COxMBAT DE^ MEUNG. O

En attendant, ils continueraient d'occuper les positions indiquées dans la soirée du 4, celles de Poisly à Beaugency, par Ourcelles. La brigade Paris, demeurée provisoirement à Binas, rejoindrait le 17® corps. Quant au 2V corps, il garnirait la lisière est de la forêt de Marchénoir, d'Écoman à Poisly par Saint-Laurent-des-Bois. Sa réserve serait à Marchénoir, à Touest de la forêt, et Tune de ses brigades, celle du colonel Collet, à Morée. Enfin sa 4® division garderait Vendôme.

Des dispositions défensives seraient prises sur ces positions. On les couvrirait par des avant-postes et des reconnaissances poussées à 10 ou 15 kilomètres vers Test. Quant aux troupes, elles cantonneraient, de façon à se refaire le plus tôt possible. Seules les grand'gardes seraient sous la tente et les petits postes au ]?ivouac. En cas d'attaque, Tarmée prendrait une formation sur deux lignes, couvertes elles-mêmes par une double chaîne de tirailleurs. De fortes réserves seraient constituées.

La colonne Camô laisserait établis de Beaumont àMeung, c'est-à-dire en avant des positions des 16® et 17® corps, les détachements qui y étaient déjà. Le soin de couvrir le reste de Tarmée était confié aux éclaireurs algériens et aux francstireurs de Paris. Les premiers, soutenus par l'escadron d'éclaireurs du capitaine Bernard, devaient se porter à Gravant et éclairer le front des 16® et 17® corps. Quant aux francstireurs de Paris, ils étaient provisoirement rattachés au 21® corps et recevaient mission d'occuper les débouchés de la forêt de Marchénoir, de Poisly à Saint-Laurent-des-Bois, en se couvrant vers Villesiclaire * .

Dès le matin du 5 décembre, Frédéric-Charles avait prescrit à ï Armée- Abtheilunff^ de s'étendre jusqu'à Beaugency en descendant la Loire, tandis que le III® corps remonterait ce fleuve jusqu'à Saint-Denis-de-l'Hôtel, également par la rive droite, et que l'avant-garde du IX® corps pousserait sur la rive gauche jusqu'au Loiret. Les premières nouvelles par-

1. Inslruclions du 5 décembre soir, Chanzy, ouvrage cité, p. 104.

2. l««" corps bavarois, I7«.et 22« division» d'infanterie, 2® et 4® divisions de cavalerie, sous les ordres du grand-duc de Mecklerabourg. (Voir aux annexes.)

venues dans la journée du 5 confirmèrent Thypothèse qui avait dicté ces ordres, et d'après laquelle Tarmée de la Loire opérait sa retraite à la fois dans les trois directions de Blois, Vierzon et Gien. Comme le supposait Chanzy, Frédéric- Charles se proposait de jeter simultanément des fractions de la IP armée vers Gien et vers la Sologne, tandis que TArmee- Abtheilung marcherait sur Tours. Une fois cette ville évacuée , ce qui se produirait sans doute dès l'arrivée des Allemands à hauteur de Blois, l'intention du prince était de pousser les trois corps prussiens vers le sud, en prenant pour base la ligne Vienne, la Ferté Saint- Aubin, Gien\ C'est d'après ces données générales qu'il arrêta ses ordres pour la journée du 6 (5 décembre, 7 heures du soir). Le IIP corps, couvert à gauche par la 1" division de cavalerie, ^'avancerait jusqu'à Châteauneuf-sur-Loire. La cavalerie du IX" corps explorerait la Sologne, pendant que la 18® division d'infanterie, demeurée jusqu'alors au nord de la Loire, relèverait la 25* dont les avant-postes étaient déjà sur le Loiret. Après cet inexplicable chassé-eroisé, la 25® division serait adjointe à l'Armée- Abtheilung, dont elle suivrait le mouvement sur la rive gauche du fleuve, avec une brigade de la 2® division de cavalerie. Le grand-duc recevait mission de marcher vers le sud-ouest, en étendant son front de la Loire à la route d'Orléans à Châteaudun.

Les premiers ordres de Frédéric-Charles portaient au 6 le début de cette double opération. Mais en raison de la fatigue des troupes, le prince crut devoir accorder à l'Armée- Abtheilung un deuxième jour de repos. Seules ses deux divisions de cavalerie se mettraient en marche dès le matin du 6*. Ce retard devait puissamment aider Chanzy dans la reconstitution deson^armée.

Le 6 décembre, au matin, nos troupes occupaient les emplacements suivants. La colonne mobile de Tours avait à

1, V. der Goltz, Die OpercUionen der II. Armée an der Loire. C'est dans ce but que le III« corps commença le 7 le rélablissement du pont de Sully.

2. Der deutsch'franzôsische Krieg i870i87i, par Tétat-major prussien, a« parlio, p. 637.

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