‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 21 sur 185 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

BATAILLE DE VILLOBCEAU (Troisième journée, 10 décembre)

Reprise d'Origny et de Villejouan par le 17« corps. — Combat de Montigny. — :Échec de Villemarceau. — Perte de Villejouan. — Défense de Blois. — Résultats de la journée. — Situation des deux armées. -~ Réflexions. — La .1*^ armée. — Ghansy se décide à la retraite. — Ses instructions pour le 11. — Instructions de Frédéric-Oharles.

On se souvient qu'à la suite de la retraite précipitée de la 2® division du 17* corps, von Wittich avait pu occuper Villejouan, Origny et Villemarceau, en s'enfonçant comme un coin dans notre ligne de bataille, entre Ourcelle et Grand- Taupanne. Dans ces trois hameaux il ne laissa qu'un régiment ; encore, à la suite d'une erreur, une grande partie de ce corps se dirigea-t-elle vers le centre de rassemblement de la division. Seules quatre compagnies demeurèrent en position, dont deux à Origny.

C'est dans ces conditions que se produisit le 10 décembre,, vers 7 heures du matin, l'attaque ordonnée par Chanzy. Le général Guépratte ^ avait confié à sa 3* division le soin de reprendre Origny et Villejouan, tandis que la 2* resterait en deuxième ligne. Cette action, très bien conduite par le général de Jouffroy d'Abbans, qui commandait provisoirement la division, réussit entièrement. Origny fut enlevé malgré une vive résistance, et une grande partie des Allemands qui l'occupaient tomba entre nos mains. Le reste tenta de se réfugier dans Villejouan, qui fut pris presque aussitôt. Malgré le voisinage de l'ennemi, le général de Jouffroy resta d'abord dans la possession incontestée de ces deux points, et même il se produisit un long temps d'arrêt dans le combat.

Cependant la 43* brigade d'infanterie prussienne avait

i. Commandent provisoirement le 17« corps.

pris position à Cernay et la 44' à Gravant; la 4* brigade bavaroise était à Villechaumont ; la 2*, à Layes et à Beau vert ; la 3', en réserve à Beaumont. La 1", destinée à tenir garnison dans Orléans, s'était déjà mise en marche sur cette ville, laissant un bataillon seulement et trois batteries à Launay.

De notre côté, le général Colin (2* division du 21' corps) savait par ses reconnaissances que l'ennemi occupait en force la ligne de Gravant à Montigny et au château du Goudray. Dès 7 heures du matin, il dirigea le 10* bataillon de marche d'infanterie de marine et deux pièces de 4 sur Villermain; des tirailleurs marchèrent sur le Goudray dont ils s'emparèrent*. Déjà le combat avait commencé entre la division Golin et les fractions ennemies établies de Gravant à Montigny. Les trois batteries du général Colin, renforcées d'une partie de la réserve d'artillerie du 21' corps, avaient forcé les Allemands à mettre six batteries en action. A l'annonce de notre mouvement sur Montigny, la 2' brigade bavaroise porta en ligne tous ses bataillons disponibles, ainsi qu'un bataillon venant de Beaumont. Ils s'étendirent largement vers Montigny, Jouy et même le Goudray. D'ailleurs, sept nouvelles batteries appuyaient cette mince ligne d'infanterie et lui permettaient de résister sans désavantage. Enfin elle recevait à midi de nouveaux renforts : quatre batteries du X* corps venant de Gravant s'établissaient au sud de Montigny. Deux heures après, les deux batteries de la 4* division de cavalerie prenaient de même position vers le Goudray.

Ainsi dix-neuf batteries allemandes agissaient de Gravant au Goudray contre la 2' division du 21' corps. Malgré la supériorité numérique de notre infanterie, elles parvinrent d'autant plus aisément à maintenir leurs positions que le 21' corps montrait une très grande timidité. Tout le jour sa 2' division se bornait à entretenir un combat d'artillerie sans résultat positif; la 3' poussait un bataillon de fusiliers marins, deux

1. Diaprés Chanzy, p. 149. L^état-major prussien ne fait aucune mention de cefait.

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bataillons de mobiles et une batterie (21* du 12' régiment) jusqu'à une crête entre Poisly et Villermain. Ils y demeuraient quelque temps, puis marchaient sur Villermain et Mézières, soutenus par le reste de la division. En même temps, le général Rousseau (V division du 21' corps) s'avançait jusqu'à Vallière et dirigeait une forte reconnaissance vers Ouzouer- le -Marché. Quelques cavaliers allemands évacuaient ce village à son approche.

En effet, toute cette partie du champ de bataille n'était observée que par la 4® division de cavalerie. Le prince Albert, qui la commandait, pouvait se convaincre par ses patrouilles que notre gauche ne tentait nullement de déborder les Bavarois, comme il eût été si facile. Vers la fin du jour, il se borna à rassembler au Coudray le gros de sa division. Déjà la très grande supériorité de l'artillerie ennemie avait forcé la nôtre à occuper des positions plus en arrière (vers 3 heures) et les mouvements offensifs de notre infanterie ne pouvaient avoir qu'une portée restreinte.

A la gauche allemande, l'avant-garde de la 3' division s'était établie de Beaugency aux Grolles, par Clos-Moussu, en face des troupes de Tri part et de Deplanque, qui demeuraient immobiles à l'ouest du ravin de Tavers. Dès que le combat commença sur le front de von Wittich, deux bataillons et deux batteries de la 17* division se portèrent sur Villemarceau et le reste sur Villorceau.

Ce mouvement coïncidait avec celui qu'avait entrepris la 3® division de notre 17® corps: de fortes lignes de tirailleurs lui appartenant essayèrent d'enlever Villemarceau, comme elles avaient fait pour Origny et Villejouan. Mais quatre batteries prussiennes les couvrirent d'obus, en les obligeant à se retirer au sud-ouest. En même temps l'avant-garde de la 17* division se portait vers Loynes, tandis qu'un fort détachement du X"* corps la remplaçait au sud-ouest de Beaugency'.

Cependant notre présence à Villejouan, sur son flanc droit,

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