Chanzy, Rapport du général Barry, p
2. Une aulre balterie de Barry, la 6^ du IS^^ régiment, quittait Blois pour Uerbault le jour môme.
3. Du 22« mobiles, commandant provisoirement la i'« brigade de Barry (81^ de marche et 22® mobiles). Une partie de ces troupes opéra sa retraite par la rive gauche.
Gambetta partit le soir môme de Blois, laissant à Barry un ordre ainsi libellé : « La ville de Blois est mise en état de siège. Vous tiendrez jusqu'à ce que le général Chanzy vous ait autorisé à céder, s Malgré cet ordre précis, Barry télégraphiait à Chanzy, dès 8 heures du soir : « La ville ne veut pas se
d'appeler ce dernier à Blois, tandis que Tartillerie et les troupes de Morandy passeraient sur la rive droite à Amboîse. Toutefois Desmaisons s'était déjà replié sur Tours quand cet ordre lui fut adressé.
Ainsi, en dépit de tant de défaillances, nous occupions encore Blois. Mais on devait craindre que les Allemands ne parvinssent à rétablir le pont ou à en jeter un nouveau, malgré les glaçons que charriait la Loire. Dans ce cas, la 2* armée aurait été prise à revers par le IX' corps, au moment même où, sur son front, le grand-duc recevait d'importants renforts. Il était trop évident qu'une situation. aussi dangereuse ne pouvait se prolonger.
Malgré cette circonstance, la journée nous avait été assez favorable. Nous avions subi, il est vrai, de fortes pertes, surtout à la 3® division du 17* corps. Mais l'ennemi avait été refoulé devant notre gauche ; partout ailleurs, il s'était borné à maintenir ses positions de la veille. En outre ses pertes étaient considérables, et il laissait entre nos mains environ quatre cents prisonniers. Du 8 au 10 décembre, le grand-duc avait perdu 154 officiers, 3,237 hommes et 440 chevaux ^ Ces pertes étaient surtout sensibles pour le P' corps bavarois, déjà fort éprouvé avant le 5 décembre. Un seul régiment de
défendre et le préfet se dispose à partir en parlementaire. Que faut-il faire ? » On ne sait ce qu'il faut le plus admirer en cette occasion, du patriotisme de Blois ou de Ténergie du général Barry.
Le 10 décembre, M. de Freycinet avait adressé à Qambetta, à Josnes, le télégramme suivant : « Les dépêches qui m*arrivent ici de Peytavin, Morandy et Michaux sont écœurantes. Je vous engage à les faire passer en conseil de guerre... faites de même pour des Pallières dont le corps se désagrège à vue d*œil. » (Enqmte, tome II, page 67.)
1. État-major prussien : X® corps, 6 hommes de troupe ; I«r corps bavarois, 90 officiers, 1,980 hommes ; i?^' division, 33 officiers, 518 hommes ; 22« division, 29 officiers, 717 hommes.
Total, y compris les pertes (insignifiantes) des 2^ et 4« divisions de cavalerie : 154 officiers, 3,237 hommes, dont i officier et 779 hommes disparus.
Quant à nos pertes, elles ne sont que très imparfaitement connues. D*aprôs Chenu, nous aurions eu 400 hommes hors de combat le lo décembre, mais ce chifTre est évidemment trop faible. Du 7 au lO, l'un des corps les plus éprouvés, le 51^ de marche, eut 3 officiers tués, 5 blessés, s disparus, 103 hommes tués, 875 blessés et 414 disparus. La 20^ batterie du is^ régiment eut, le lO, i officier tué, 2 blessés et 6 hommes blessés; la 22« du is*» n'aurait perdu que 6 chevaux dans toute la campagne de la 2« armée ; la 20« du 12<^ n'eut aucune perte le 10.
BATAILLE DE VILLORCEAU. 57
deux petits bataillons avait perdu 18 officiers et 342 hommes. Du 1" au 10 décembre, les pertes de ce corps d'armée s'étaient élevées à 245 officiers et 5,506 hommes de troupe, soit plus de moitié des officiers et un tiers des soldats de l'infanterie. Le 11 décembre, sa 2' division ne comptait plus que 3,999 combattants d'infanterie, dont 1,996 hommes de remplacement ayant moins de trois mois de service. Un bataillon du 12® régiment comptait en tout 3 officiers, dont 2 de la landwehr, 15 sous-officiers et 224 soldats. Les chevaux de la cavalerie bavaroise étaient complètement épuisés, surtout ceux des cuirassiers. Toutes les pièces de 4 étaient hors d'usage et celles de 6 manquaient entièrement de munitions. Le 11 décembre, l'ensemble de la U* armée disposait de moins de trois colonnes de munitions (2,3/4), appartenant au III® corps. Les autres troupes en étaient réduites au contenu des coffres de leurs batteries.
La situation était moins grave pour les deux autres divisions d'infanterie du grand-duc ; pourtant toutes les pièces de la 22® étaient inutilisables.
Ainsi on peut admettre que, si nos troupes avaient beaucoup souffert depuis le 1" décembre, celles de l'ennemi étaient durement éprouvées, elles aussi. L'entrée en ligne du 21® corps et de la colonne Camô avait d'ailleurs plus que compensé nos pertes numériques ; sans l'approche de la majeure partie de la II' armée, nous aurions eu des chances sérieuses de succès en continuant la lutte.
La direction incertaine imprimée aux troupes allemandes contribuait à ce résultat. Comme Frédéric-Charles, le grandduc nous croyait complètement abattus après la bataille d'Orléans. Aussi le front de marche qu'il donna à l'Armee- Abtheilung au début de son mouvement vers l'ouest était-il beaucoup trop étendu. Malgré les événements des jours suivants, il eut peine à croire à la durée de la résistance de Chanzy. Il se borna donc à prescrire chaque jour la reprise générale de l'offensive sur tout son front, sans chercher à mettre à profit la faiblesse de notre droite et le voisinage du IX' corps sur la rive gauche. Il finit même par com-
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mettre une faute évidente, le 10, en faisant relever le P' corps bavarois devant l'ennemi, alors que la situation n'était rien moins qu'éclaircie. Lors de la reprise d'Origny et de Villejouan par nos troupes, il fallut arrêter le mouvement de ce corps d'armée pour le reporter en ligne, non sans danger, ni perte de temps.
En ce qui nous concerne, Tévacuation de Beaugency par le général Camô, regrettable en elle-même, n'eut pas toutes les fâcheuses conséquences que certains historiens^ se sont plu à lui attribuer. Nos nouvelles positions sur le plateau de Rougemont, celles du ravin de Tavers présentaient de réels avantages. Une faute beaucoup plus grave est celle que commit Jaurès en laissant inactive la majeure partie de ses quatre divisions d'infanterie, au lieu de percer le mince rideau de cavalerie qu'il avait devant lui et de prendre en âanc la ligne de bataille ennemie^. Ainsi entendue la défensive nous aurait donné des résultats beaucoup plus marqués. Il faut ajouter que la responsabilité première de l'immobilité de notre gauche incombe à Chanzy, qui ne fit rien pour l'en faire sortir.
Quoi qu'il en soit, nous ne voulons conclure, à l'égard du général en chef, que par l'appréciation suivante, peu suspecte puisqu'elle vient d'un adversaire, en même temps un juge compétent®: « En tous cas, l'acharnement avec lequel l'armée ennemie tint tête pendant quatre jours est une preuve de l'extraordinaire énergie et de l'activité vivifiante de son chef, le général Chanzy. On s'en rend compte surtout, si l'on songe à quels obstacles il dut se heurter, en raison de la démoralisation d'une partie de ses troupes et de l'insuffisance de leurs cadres. » Il n'est rien qu'on puisse ajouter à ce jugement, sans risquer d'en affaiblir la portée.
Cette attitude de lion blessé qu'avait Chanzy faisait un douloureux contraste avec celle des généraux des Pallières