‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 25 sur 185 · Maréchal de Moltke, Histoire de la guerre de 1S · texte numérisé non relu

Maréchal de Moltke, Histoire de la guerre de 1S

8. Le capitaine von Heiwig, auteur de l'ouvrage sur le I®"" corps bavarois que nous avons fréquemment cité.

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et Bourbaki, qui dirigeaient la retraite de la 1^* armée depuis le départ de d'Aurelle. Quoique les 18* et 20* corps n'eussent pas été sérieusement engagés depuis Beaune-la- Rôlande (28 novembre) et que le 15* fût, à tout prendre, dans un état beaucoup moins précaire que le 16«, nidesPalliëres, ni Bourbaki ne songèrent à faire tête à Tennemi.

Pourtant ils n'avaient devant eux, sur la rive gauche de la Loire, que de la cavalerie et quelques bataillons d'infanterie. Au lieu de s'arrêter derrière la Sauldre, comme l'aurait voulu d'Aurelle, Bourbaki ne crut la 1" armée en sûreté qu'à Bourges. Encore ne trouvait-il pas qu'elle y fût assez loin de l'ennemi.

Aussi le moral de ses troupes s'affaiblit-il beaucoup plus vite que celui de la 2* armée. Les fuyards, les déserteurs se multiplièrent dans d'énormes proportions. Au 20* corps, en arrivant à Bourges, les 2,600 mobiles des Deux-Sèvres étaient réduits à 500 ; le bataillon de la Savoie comptait 50 hommes au lieu de 1,200, le tout sans avoir combattu *. La démoralisation gagnait de proche en proche. Entre Romorantin et Vienne, trois hussards de la 6* division de cavalerie rencontraient dix gardes mobiles bien équipés et armés de chassepots neufs. Ils se dirigeaient sur eux au galop, sur quoi nos mobiles s'empressaient de livrer leurs armes, sans ombre de résistance. Bien plus, les hussards leur ordonnaient d'aller se constituer prisonniers à Romorantin, et ils s'y rendaient, seuls, sur l'heure ! Deux mobiles rencontrés plus loin avaient le même sort. D'autres groupes plus nombreux laissaient passer les trois cavaliers prussiens, sans chercher à les arrêter. Enfin à Cour-Chévemy, qu'ils traversaient au pas, le maire courait à leur poursuite, armé d'un drapeau blanc, et protestait des intentions pacifiques de ses administrés*.

C'est en vain que Gambetta et M. de Freycinet cherchaient à réagir contre cet affaissement général. Ils invitaient Bourbaki à marcher au secours de Chanzy, et cela dans les termes

1. Capitaine do vaisseau Aube, Le 30- corps à Varmée de la Loire.

2. Monographies historiques de l'état-major prussien : Les Opérations de la 6^ division ds cavalerie dans la Sologne,

les plus pressants : « Laissez à Bourges la partie de vos forces qui est incapable démarcher et, avec toute la partie mobile, mettez-vous immédiatement en marche sur Blois, de manière à couper court à tout mouvement des Prussiens sur la rive gauche et à jeter dans le fleuve la colonne qui s'y trouve engagée. .. Il n'y a pas un instant à perdre si vous devez le faire \ »

De son côté, Chanzy télégraphiait à Gambetta et à Bourbaki, le soir du 10 décembre, leur demandant instamment de porter la 1'* armée de Bourges sur Vierzon et Blois, de façon à couper d'Orléans les Allemands engagés dans la direction de Tours. Si cette diversion était exécutée, la 2® armée pourrait tenir sur la rive droite.

Mais en arrivant à Bourges, où il s'était rendu dès son retour de Josnes, Gambetta avait trouvé la 1^* armée beaucoup plus affaiblie qu'il ne s'y attendait. Il fit connaître à Chanzy qu'elle était hors d'état d'entreprendre une opération importante. Le général en chef se vit donc acculé à la nécessité de la retraite ; il prit sans tarder les dispositions nécessaires.

Le matin du 10 décembre, il avait prescrit que si un mouvement rétrograde devenait nécessaire, l'armée pivoterait autour de sa gauche jusqu'à la ligne Poisly, Lorges, Briou, la Motte-Potain, Concriers, Villegonceau, Avaray, de façon à s'établir obliquement à la Loire. Les convois et les parcs s'engageraient à l'avance sur les voies conduisant vers Vendôme, en évitant de s'enchevêtrer. Le général Tripart tiendrait à Mer assez longtemps pour permettre Tévacuation des approvisionnements qui y avaient été réunis *.

1. Télégramme du Délégué en date du 10 décembre. Le môme jour, M. de Freycinet télégraphiait à Gambetta pour rengager à donner le commandement du 15« corps au général Billot, en conservant Borel comme chef d*état-major général, et à remplacer Billot par Feillet-PUatrîe, et Crouzat par Bonnet. Il lui conseillait enfin de relever des Palliôres de son commandement, de le faire au besoin passer en conseil de guerre et d'éloigner le colonel N., son chef d*état-major, « qui n'est qu'un X... un peu plus intelligent». Enquête, tome IV, page 69.

2. Le général Jaurès aurait ses réserves à la Motte-Potain ; la 3<^ division du 17® corps serait en avant de Concriers ; la 2«, entre Concriers et Séris ; la i" aurait son centre à Séris. La V^ division du 16« corps serait à Touest de Lussay et les troupes de Tripart la relieraient à la Loire. La cavalerie du 16" corps serait à Bourlchard, et celle du 17« à l'ouest de Séris. Dans l'ouvrage de dhanzy, l'orthographe de plusieurs de ces noms est plus ou moins altérée.

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Ces dispositions, prévues pour le cas d'une retraite dans la journée du 10, ne furent pas exécutées, l'ennemi s'étant tenu sur la défensive. Mais Chanzy les maintint pour le lendemain, en les complétant. Le matin du 11, l'armée occuperait les positions qui lui avaient été assignées le soir du 9, en détachant vers l'ennemi les reconnaissances ordinaires. Si, à 10 heures, les Allemands n'avaient fait aucun mouvement offensif, chacun de nos corps d'armée se mettrait en retraite, en se conformant aux instructions de la veille^. La direction générale à suivre serait celle de Fréteval pour le 21* corps, d'Oucques pour le 17* et de Pontijou - Selommes - Vendôme pour le 16®. Enfin, jusqu'à nouvel ordre, l'amiral Jauréguiberry conserverait le commandement des troupes du général Tripart et des fractions de divers corps d'armée réunies à Mer.

Quant à Frédéric-Charles, après avoir prescrit, comme nous l'avons vu, que le !•' corps bavarois se dirigerait sur Orléans, il décidait d'abord qu'une brigade d'infanterie et six batteries de ce corps d'armée resteraient provisoirement attachées à l'Armée- Abtheilung. Fuis, dans la nuit du 10 au 11, il informait le grand-duc que le départ du corps bavarois tout entier était ajourné au 12.

En effet, le 10, le m* corps prussien n'avait pu encore dépasser Saint-Denis-de-l'Hôtel, et la l"' division de cavalerie, Saint-Benoît. En attendant l'entrée en ligne de ces troupes, les Allemands allaient se borner à conserver leurs positions actuelles.

A l'extrême droite de l'Armee-Abtheilung, la 5' division de cavalerie occupait Evreux et Pacy-sur-Eure depuis le commencement de décembre. Le 10, elle reçut du général de Moltke l'ordre de s'établir à Chartres, tout en maintenant un détacheiaent à Dreux. Du premier de ces points elle garderait le flanc droit de Frédéric- Charles et du grand-duc dans leur mouvement sur Tours.

1. Toutefois la Motle-Potain était remplacée par Roches dans la ligoe à occuper.

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