CHAPITRE VII l'armée s'établit sur le loir
La ligne du Loir. — Ses avantages. — Nos positions an sud de Vendôme. — Ordres de Frédéric-Charles pour le 13. — Mouvement de notre armée. — Nos positions le soir du 13. — Instructions de Chanzy pour le 14. — Pointe de Bourbaki sur Yierzon. — Ordres de Frédéric-Oharles. — Instructions dn général de Moltke. — Emplacements des Allemands le soir du 13.
La 2" armée de la Loire allait prendre, de Montîgny-le- Ganneton au ravin de Chanteloup\ des positions s'étendant sur une longueur de 31 kilomètres à vol d'oiseau, mais beaucoup plus étendues en réalité. Presque partout elles étaient couvertes par le Loir.
D'Illiers à Château-du-Loir, la vallée de cette rivière, généralement étroite et profondément encaissée, est bordée de hauteurs assez accentuées, offrant de bonnes positions défensives, surtout contre un ennemi venant du sud-est. Le Loir, de profondeur variable, est partout un sérieux obstacle. Ses gués sont rares et faciles à rendre impraticables ; les principaux lieux habités, seuls, ont des ponts en bois ou des passerelles aisés à détruire.
En s'établissant derrière le Loir, la 2* armée menacerait le flanc droit de l'ennemi, s'il marchait vers Tours ; elle res-
1. Y compris la 4<» division du 21* corps, qui s*étendail le 18 de Prélevai à Cloyes sur le Loir et, sur le Droué, jusqu'au delà de Montigny. (Gougeard, Deuxième armée de la Loire, division de l'armée de Bretagne, p. 129 ; Rapport du lieutenant de vaisseau Coq ; de Kératry, L'Armée de Bretagne, page 185 ; Rapport de M, de la Borderie, dépulé, p. 275.)
terait à proximité de Chartres et de Paris, qu'elle pourrait atteindre par Châteaudun. Un simple changement de front en arrière suffirait et nous serions couverts sur nos flancs par le Loir et par THuisne.
D'ailleurs, dans les positions choisies par Chanzy, notre gauche devait être efficacement couverte par la forêt de Fréteval. Au cas où Tennemi nous déborderait vers Chartres, il nous serait facile de nous retirer sur la Sarthe. Mais l'éventualité contraire, celle dans laquelle les Allemands tourneraient notre droite et nous couperaient du centre de la France, était à la fois, nous le répétons, la plus vraisemblable et la plus à redouter.
Nous avons dit que la droite de l'armée, c'est-à-dire la colonne Camô et la division Deplanque réunies sous les ordres de Jauréguiberry, allait s'établir en avant du Loir. La position qu'elle occuperait avait pour principaux avantages de couvrir la ville de Vendôme *, importante au double titre de centre de population et de point de passage d'une voie ferrée, et de posséder des flancs bien appuyés aux ravins de Chanteloup et de la Houzée. En outre, une série de ravins s'étendant entre Sainte-Anne et Malignas lui servait de fossé naturel. Mais les hauteurs dominantes des Tuileries, au nord de Vendôme, auraient constitué une position plus sûre et plus avantageuse. Si l'amiral s'y était installé, sa retraite eût été complètement assurée, au lieu de s'opérer par des rampes rapides et des rues étroites et tortueuses. Surtout, il se serait relié plus sûrement au centre de la 2® armée. Les seuls défauts des positions des Tuileries étaient d'être situées à trop grande distance du Loir et de laisser en dehors de leur action la partie de Vendôme placée au sud des deux bras de cette rivière.
L'ensemble des considérations qui précèdent conduit à croire qu'il y aurait eu avantage à établir toutes nos troupes
1. Le Comitd de défense locale avait fait construire quelques travaux aux abords de cette ville. Mais la plupart étaient inutilisables en raison de leur situation, ceux de Moncé par exemple. Ceux de Bel-Essort, qui battaient la route d'Oucques, pouvaient môme être utilisés par Tennemi.
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sur la rive droite du Loir, sauf à détruire les ponts et à organiser la défense des gués. Mais Cbanzy crut indispensable de couvrir Vendôme et cette conviction le conduisit à occuper la sorte de tête de pont dont nous avons parlé, au sud de cette ville.
Les Allemands n'avaient pas tardé à se rendre compte de notre affaiblissement moral et matériel. Le grand nombre de traînards ramassés par leur cavalerie au sud de la forêt de Marebénoir, plusieurs milliers d'après leur relation officielle^, la quantité énorme d'armes, d'effets de toute nature, les voitures abandonnées qui couvraient les routes, les cadavres d'hommes et de chevaux épars dans les champs, enfin la masse des blessés entassés dans les villages, souvent sans nourriture et sans soins, tout cela indiquait que notre armée était beaucoup plus profondément atteinte que son attitude des jours précédents n'eût permis de le supposer. Mais ces indices de dissolution n'avaient pas encore été portés le 12 à la connaissance de Frédéric-Charles, alors à Beaugency. Aussi nous croyait-il disposés à lui tenir tête. Il ignorait même quel était l'axe de notre retraite, et il allait jusqu'à supposer que des forces importantes avaient pris la direction de Blois et du val de la Loire. Par suite, il jugea nécessaire d'arrêter la marche du grand-duc, qui aurait pu devenir dangereuse dans cette dernière éventualité. Il lui donna l'ordre de rester le 13 en position, sauf à continuer la poursuite au moyen d'avant-gardes seulement. L'Armee- Abtheilung éviterait avec soin tout engagement sérieux. Au contraire, le X* corps attaquerait Blois le 13 décembre, au besoin avec la coopération du IX'. Le IIP, dont certaines fractions étaient encore auprès d'Orléans, se rassemblerait sur sa tête de colonne.
Ces ordres avaient pour première conséquence de nous laisser une journée de répit, c'est-à-dire la possibilité de prendre position sur le Loir. Le retard qu'allait subir de ce
1. Beaucoup d^hommes recherchaient la captivité pour éviter les fatigues et les dangers de la campagne (Ghanzy).
chef Toffensive allemande ne pouvait qu'être le bienvenu. 11 faut le dire, rien ne resKemblait moins à une poursuite que la marche de Tennemi après la bataille de Josnes.
Grâce à son inaction et malgré une pluie continuelle, la 2^ armée poursuivit son mouvement, le 13 décembre, dans les conditions prescrites par Chanzy. Seule, une fraction du 17* corps, qui partait d^Oucques, fut inquiétée par la !?• brigade de cavalerie prussienne. Pour couvrir sa retraite, le général de Jouffroy avait laissé dans ce village le 1^' chasseurs de marche, une batterie et deux escadrons d'éclaireurs algériens. Ceux-ci, placés dans un pli de terrain en arrière, chargèrent la cavalerie allemande et la repoussèrent jusqu'à ce qu'une batterie, démasquée tout à coup, les eût obligés à la retraite. D'ailleurs l'apparition d'une colonne du 21* corps, qui débouchait de la forêt sur le flanc de l'ennemi, força bientôt celui-ci à se retirer *.
D'autres escarmouches avaient lieu à l'est de Villetrun, entre les éclaire urs algériens et l'avant-garde de la 17* division d'infanterie. Sur aucun point l'ennemi ne parvenait à entamer nos colonnes, mais il enlevait comme la veille un très grand nombre de traînards.
Dans la soirée, l'armée occupait les positions suivantes : sa droite formait une sorte de demi-cercle au sud de Vendôme. La colonne Camô s'étendait de la route deBlois, vers Malignas, au Loir, par Sainte- Anne et le ravin de Chanteloup; la division Deplanque bordait la Houzée jusqu'à la même route, par la ferme de Villemalin et Malignas^. Laissant sur la rive gauche du Loir, pour le service des avantpostes, quelques escadrons et les éclaire urs du capitaine Bernard, la cavalerie du 16* corps avait été cantonner autour de Courtiras.
Quant à la 1" division du 17* corps, elle s'était de même établie sur la rive droite, des Tuileries au Poirier ; mais