‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 36 sur 185 · Télégramme de Chanzy au ministre, 13 décembre · texte numérisé non relu

Télégramme de Chanzy au ministre, 13 décembre

2. L*arrôlé de Gambetta autorisant le cantonnement des troupes pour la durée de la campagne d*hiver est du is décembre. Il est triste de penser que, jusque-là, aucune prescription légale, ni môme réglementaire, n*avait été édictée à cet égard.

3. Grand quartier générai à Vendôme ; quartier général du 16® corps au Temple ; du 17^ au château de Moncé ; du 2i«, au château de Prélevai.

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suffisantes et avec assez de régularité, grâce à l'activité de rintendant général Bouché. Pourtant beaucoup d'hommes souffraient de la faim, les uns parce qu'ils avaient quitté leur corps, volontairement ou non, les autres parce que leurs officiers n'apportaient qui une attention insuffisante aux distributions, ce service d'une importance vitale en campagne. Enfin, trop souvent, avec l'imprévoyance habituelle au soldat et surtout au Français, ils abandonnaient au bivouac des monceaux de biscuit ou de viande, pour se dispenser d'avoir à les transporter \ A ce moment, il était bien difficile de porter remède à une situation résultant des circonstances autant que de l'extrême jeunesse de nos troupes.

Cependant, après plusieurs jours d'hésitation, Bourbaki se décidait à opérer la démonstration qu'avait réclamée Gambetta. De Bourges, il poussait une partie de la !'• armée à Meh un-sur- Yèvre. Le 12, des détachements de cavalerie poursuivaient jusqu'aux abords immédiats de Vierzon les patrouilles allemandes qui battaient les deux rives de cette rivière. Le 13, pendant que la population ouvrière de la ville prenait une attitude menaçante, plusieurs bataillons français apparaissaient simultanément au sud et à l'est. D'autres occupaient la forêt au nord-est, et les 3* et 4'' escadrons de notre 7® hussards pénétraient audacieusement dans Vierzon. Le capitaine Charles surprenait ainsi à la gare un poste, auquel il prenait ou mettait hors de combat une vingtaine d'hommes. Le colonel von dcr Grôben, qui occupait la ville avec quatre escadrons seulement, se hâtait de gagner Salbris, non sans pertes. La 4' brigade de cavalerie s'y rassemblait dans la journée, tandis que les 3* et 15* brigades de cavalerie se tenaient plus à l'ouest, dans la vallée du Cher.

La 1'® armée de la Loire n'avait devant elle qu'un mince rideau, et une simple démonstration avait suffi pour le trouer. Cependant Bourbaki croyait son avant-garde fort compromise à Vierzon. Il allait même jusqu'à annoncer l'intention de se

1, Clmnzy.

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retirer Bur Saint-Amand, à 40 kilomètres au Bud de Bourges. Il fallut que Gambetta insistât auprès de lui, dans les termes les plus énergiques, pour Vy faire renoncer \ Pourtant Tiniportance de Bourges était de nature à frapper tous les yeux.

De ces tiraillements entre la Délégation et le commandant en chef de la l*"^ armée, il résultait que la confiance de Gambetta en Bourbaki était fortement ébranlée. Il se demandait même s'il n'y &yait pas nécessité absolue à lui retirer son commandement. M. de Freycinet continuait à l'y encourager dans les termes les plus énergiques: c .... A votre place, lui télégraphiait-il, je n'hésiterais pas un instant à remplacer Bourbaki par Billot. Avec Bourbaki vous immobilisez, clair et net, la moitié de l'armée de la Loire. Comment pouvezvous faire fond encore sur Bourbaki, après tout ce qui s'est passé dans cette campagne et auparavant dans le Nord? C'est le fétichisme des vieilles gloires militaires qui nous a perdus.

€ Je sais bien que, si j'étais le maître, il y a longtemps que j'aurais rompu avec ce préjugé. »

Pourtant, malgré l'insistance du Délégué, Bourbaki devait rester à la tête de la l" armée, au grand détriment de la défense nationale.

Nous avons vu que, le 12 décembre, les Allemands étaient encore fort indécis au sujet des mouvements de Chanzy. Le 13 seulement, vers 9 heures du matin, le X* corps rendit compte à Frédéric-Charles que, la veille au soir, ses patrouilles avaient trouvé Blois évacué. De tous les indices recueillis, des lettres abandonnées dans nos bivouacs, il résultait que la droite de notre ai'mée s'était retirée vers le Loir comme son centre et sa gauche.

Dans ces conditions, il n'y avait plus d'objections à soulever contre un changement de front à droite de l'Armee- Abtheilung et de la II® armée. Vers midi, Frédéric-Charles prescrivit au grand-duc de porter le 14 sa droite surMoréeet

1. Enquête, tome IV, p. 74, dépêches de Gambetta à Bourbaki et à M. de Freycinet. Le 13 décembre, ce projet de retraite sur Sainl-Amand n'était pas encore obandonaé.

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sa gauche sur Oucques. Puis, à la nouvelle que le IX* corps avait occupé Blois et que ses bataillons les pi as avancés bordaient le Cher, le prince ordonna au X* corps de pousser son avant-garde sur la Cisse, c'est-à-dire à hauteur de la gauche du grand-duc, tandis que des patrouilles se dirigeraient vers Herbault et vers Tours. Quant au IIP corps et à la Indivision de cavalerie, ils s'avanceraient le 14 jusqu'à Maves. Enfin le IX* corps et la 6® division de cavalerie demeureraient en face de Blois jusqu'au rétablissement du pont de la Loire. En attendant, un pont de bateaux serait jeté à Saint-Dié ^

Ainsi, grâce à l'extrême circonspection montrée par Frédéric-Charles après la bataille de Villorceau, sa droite, seule ^ allait être le 14 en contact avec nos troupes ; le soir, son centre et sa gauche seraient à 15 ou 20 kilomètres de nos positions. Il est évident que nous n'aurions pu souhaiter mieux.

Les ordres qui précèdent étaient à peine lancés que survenait un important télégramme du général de Moltke. Le chef d'état -major du roi y déterminait l'objectif à viser par Frédéric-Charles. Il s'agissait avant tout, disait tardivement le grand stratège (12 décembre), de mettre hors d'état decombattre, par une poursuite acharnée, les troupes de l'armée de la Loire, et surtout celles placées sous les ordres de Chanzy.

Toutefois, cette poursuite ne devait pas être prolongée au delà de certaines limites, dans les deux directions du sud et de l'ouest, du moins avant la chute de Paris. Outre le danger d'étendre outre mesure le territoire à garder, il y avait à prévoir celui d'accroître les fatigues des troupes allemandes, déjà fortement éprouvées. Aussi le général de Moltke indiquait^il comme une ligne extrême, que l'on devrait éviter de dépasser sans nécessité urgente, celle passant par Tours,. Bourges et Nevers. Dans son esprit, la surveillance de ces trois directions devait être confiée à la II* armée dont le grosserait à Orléans. Vers l'ouest, la protection des lignes d'in-

1. État-major prussien, p. 674. Un pout de bateaux, établi à Beaugency dans la nuit du il au la, fut replié dés le 12.

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▼eatissement pourrait être confiée uniquement aux troupes du grand-duc; du moins le général de Moltke en jug^eait ainsi, et il leur assignait comme centre d'action les environs de Chartres. Le voisinage de Paris permettrait au besoin le relèvement de certaines fractions ou même de rArmee- Abtheilung tout entière.

D'ailleurs le chef d'état-major du roi paraissait n'attribuer à l'armée de Chanzy guère plus d'importance qu'aux troupes du camp de Conlie. Au contraire, une attention particulière lui semblait indiquée à l'égard de Bourbaki. Aussi Frédéric- Charles devrait-il s'entendre avec le général von Zastrow ^ pour les mesures à prendre en commun contre son armée , et des renforts étaient envoyés à ce dernier (13 décembre).

Il est assez malaisé de résumer ces instructions, dont la clarté n'est pas la qualité dominante. Pourtant il semble que la pensée maîtresse du général de Moltke ait été la nécessité de ne pas étendre outre mesure le territoire occupé par les Allemands. Il croyait que les troupes du grand-duc, renforcées de la 5' division de cavalerie ', sufiiraient pour mettre Chanzy hors d'état de reprendre l'offensive, et il prêtait à la 1'' armée, ou plutôt à son chef, une attention peu justifiée. Une appréciation plus juste des caractères de ces deux généraux l'aurait conduit à penser qu'un seul d'entre eux exigeait à ce moment tous les efforts des Allemands : Chanzy. Comme nous l'avons vu, bien loin de songer à marcher en avant, Bourbaki voulait alors « mettre trois autres étapes entre lui et l'ennemi ' ». Au lieu de l'observer et de se préparer à lui tenir tête, il eût été plus naturel d'achever la dislocation de l'armée de Chanzy. Dans l'état où l'avait mise sa retraite sur Vendôme, on peut croire qu'elle n'aurait pas longuement résisté à l'ensemble des forces de Frédéric-Charles.

1. Le général von Zastrow, commandant du VU* corps, avait été chargé de la surveillance de la zone comprise entre la Saône et la Loire. On lui envoyait (13 décembre) 2 régiments d'infanterie à Châtillon-sur-Seine.

2. Le 18 décembre cette division avait son gros à Chartres ; elle envoyait vers Chàteaudun la 12» brigade, qui était forcée de se retirer devant des fractions d'infanterie du 8i« corps (brigade Collet et division Gougeard).

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