COMBATS DE LAKQLOCHÈBE ET DE KES8A
MouTements de 1» 8« division de cavalerie et de la 17* division. — Combat de Langlochére (7 décembre). — Prise de Folnard et de la Bmére. — Intervention des divisions Deplanqne et Boqnebrone. — Le !«* corps bavarois. — * Retraite de Oamô et de Deplanque. — La 4fi division de cavalerie et le 21« corps. — Retraite de Barrj. — Résal tats de la journée. — Instructions pour le 8 décembre.
Dans la matinée du 7, le général zu Stolberg rassemblait à Saint- Ay deux des brigades de la 2" division de cavalerie* et les deux régiments de cuirassiers bavarois. Puis il dirigeait les premières sur Château-Préfort et la troisième sur Meung, par la grande route. Avant même d'avoir atteint cette petite ville, l'avant-garde bavaroise se heurtait à la cavalerie de la colonne Camô. Le gros de celle-ci, placé comme nous Tavons dit au sud-ouest de Meung, ouvrait un feu d'artilleye sur les patrouilles allemandes et paraissait même disposé à prendre l'offensive. Les cuirassiers de zu Stolberg se bornaient donc à occuper une position d'attente au sud-ouest de Saint-Ay, en attendant l'entrée en ligne de la 17" division d'infanterie et du I" corps bavarois, engagés comme eux sur la ligne d'Orléans à Meung.
De son côté, Gamô faisait prévenir Jauréguiberry de l'approche des Allemands. Aussitôt (vers midi) l'amiral portait de Villorceau à Messas la !'• division (général Deplanque) de son corps d'armée '. Au moment où elle débouchait du Mée, les Allemands, renforcés, venaient de prendre eux-mêmes l'offensive* L'avant -garde de la 17' division pénétrait dans Meung^ que Camô n'avait pas réoccupé, et
1. La S" opérait sur la rive gauche de la Loire, avec la 85" division d*ia< fanterie.
2. Le 6 décembre, Tamiral Jauréguiberry avait été nommé au commandement du 16" corps, et le général de Colomb à celui du 17".
Tun de ses bataillons prenait position sur la lisière sud de cette ville. En poussant au sud-ouest, les dragons mecklembourgeois se voyaient presque aussitôt arrêtés par des tirailleurs d'infanterie. Deux batteries allemandes placées à Touest de Meung ouvraient le feu sur notre ligne, et un second bataillon menaçait de tourner notre gauche. Nous nous retirions sur la position formée par les hameaux de Langlochère, de laBruère, de Foinard et par le village de BauUe, normalement à la route et à la Loire.
L'artillerie de Camô entrait alors en lutte contre les douze pièces allemandes, bientôt renforcées des quatre autres batteries delà 17® division, mais sans pouvoir arrêter les progrès de Tennemi. Celui-ci poussait un bataillon jusqu'à 500 mètres de la Bruère, lorsqu'un mouvement opéré de Langlochère sur sa droite^ par le 16® chasseurs de marche, l'obligeait à s'arrêter. Toutefois cet arrêt n'était pas de longue durée : un bataillon, que le général v. Tresckow avait détaché sur le flanc droit de sa division, poussa énergiquement vers Langlochère et s'en empara presque aussitôt ; mais il ne put gagner du terrain à l'ouest, car nous occupions encore la Bourie et la Bruère, sur chacun de ses flancs. Deux des six batteries établies à l'ouest de Meung vinrent ensuite prendre position aux abords de Langlochère, lorsque l'artillerie de Camô eût été réduite au silence.
Cependant, à l'extrême gauche allemande, six compagnies soutenues par une batterie s'avançaient par BauUette sur Baulle, qu'elles trouvaient évacué, puis sur Foinard. Un bataillon attaquait ce hameau par la route et s'en emparait ainsi que de la Bruère. L'une des batteries de Camô était même contrainte d'abandonner une pièce aux abords de Foinard ^
A ce moment, toute la ligne ennemie gagnait du terrain, en refoulant les troupes de Camô. Déjà elle dépassait Langlochère de plusieurs centaines de mètres, lorsque se produisit vers Messas l'intervention de la division Deplanque.
1. D'après Chanzy, ouvrage cité, p. 115, la Bruère et Foinard n'auraient pas été occupés par les Allemands. Le contraire rôsiilte de l'ensemble des documents français çt allemands.
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Camô put alors jeter le 59* de marche et le 88® mobiles (Indreet-Loire) sur Langlochère, avec plein succès. Ce hameau fut repris, BauUe et Foinard complètement dégagés. Mais les progrès de notre droite s'arrêtèrent bientôt devant l'apparition au Grand-Châtre de la 1" division bavaroise.
Dès le début du combat, le grand-duc de Mecklembourg avait fait déboîter le P' corps bavarois de la grande route, en lui assignant la Challerie comme objectif. L'intention dû grand-duc était de déborder la gauche de notre ligne, qu'il croyait beaucoup moins étendue qu'elle ne l'était réellement. Vers midi, la 2® division de cavalerie, qui précédait les Ba- Vcirois, atteignit le passage de la Mauve à la Challerie. Au delà elle rencontra des patrouilles appartenant à la cavalerie du général Camô *. Leur feu suffit pour l'obliger à se retirer sur la Renardière, en remontant la Mauve. De là elle reprit la direction du Bardon, d'où ses deux batteries à cheval dé*^ logèrent une partie des escadrons de Camô (3 heures).
La 1" division bavaroise d'infanterie avait suivi le même itinéraire. L'une de ses brigades, la l""®, se porta ensuite du Bardon vers la Bourie, et ses trois batteries ouvrirent le feu sur cette ferme. A ce moment la division Deplanque se déployait entre Messas et Beaumont, et son intervention arrêtait aussitôt les Bavarois. D'ailleurs, pour appuyer le mouvement offensif du 16® corps, Chanzy avait porté en avant la division Roquebrune (l" du 17® corps), restée jusqu'alors entre Villevert et Villechaumont. Du Grand-Châtre et de Beaumont elle menaçait le flanc droit des Bavarois. La 1'* brigade de von der Tann était contrainte d'exécuter un changement de front et de faire face au nord-ouest, avec ses trois batteries et celles de la 2® division de cavalerie. La 2® brigade bavaroise prolongeait sa gauche en face de la division Deplanque.
Un violent combat commençait alors sur tout le front de^ Bavarois et de la 17* division. Les bataillons de Roquebrune soutenaient résolument le choc de l'ennemi et prenaient
1. L*état-major prussien dit des tirailleurs frauçais, ce qui parait fort improbable, nos troupes d'infanterie les plus rapprochées étant alors à Langlocliére, c'est-à-dire à 5 kilomètres en droite ligne.
même roffensive à la baïonnette. Au sud de la Bourie, Tune de ses batteries, la 19^ du 7^ régiment^ un instant entourée par deux compagnies bavaroises qui venaient de s'emparer du hameau, était sauvée par Ténergie de son capitaine, Rouvillois. Il la défendait avec ses servants et donnait ainsi le temps d'accourir à la 4^ compagnie du 1 1** chasseurs de marche. Celle-ci le dégageait en faisant une vingtaine de prisonniers* Une autre batterie, la 19® du 15® régiment, qui s'était aventurée à la suite d'indications inexactes, tombait inopinément au milieu dos tirailleurs ennemis. Elle se mettait néanmoins en batterie, et son tir à mitraille tenait l'adversaire en respect jusqu'à l'arrivée de la 3" compagnie du 11® chasseurs, qui la dégageait complètement (4 heures et demie) \ Enfin, après plusieurs alternatives de succès et de revers, les Bavarois se mettaient en retraite sur Baccon, mais sans être poursuivis au delà du Grand-Châtre.
Cependant Chanzy ne jugeait pas possible de maintenir Roquebrune sur les positions conquises. A sa droite, comme nous allons le voir, Camô et une partie de la 1'® division du 16® corps avaient dû se porter en arrière. Ce mouvement entraînait celui des autres troupes de Jauréguiberry. De plus, la nuit, très obscure, faisait craindre des surprises. Chanzy prescrivit à Roquebrune de se replier sur ses emplacements du matin.
A notre extrême droite, la division Deplanque et la colonne Camô avaient été non moins vivement engagées; malgré l'obscurité croissante, le combat se poursuivait avec des alternatives diverses. L'une. des batteries de Camô, assaillie par des tirailleurs allemands, aurait été enlevée sans l'énergie de ses servants et d'une fraction du 16® chasseurs de marche.
Enfin, devant de nouvelles attaques, Camô était contraint
1. Chanzy, ouvrage cité, p. li6, Historique du il* chasseun ; État-major prussien, 2« parlie, p. 642 ; ▼. Helwig, cuvrage cité, p. soi. Ces derniers ne sont pas du tout d*accord avec Chanzy au sujet de cette affaire ; suivant les Allemands, ils ne seraient entrés ni dans Gravant, ni dans Beaumont le 7 décembre ; leurs avant-postes seuls auraient été au Grand-Chfttre.
Diaprés Chanzy, au contraire, ils auraient occupé Gravant et Beaumont, et en auraient été délogés. La version allemande parait la plus vraisemblable.
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de so replier. D'ailleurs il craignait d'être débordé sur ses deux flancs et, en même temps, d'être pris à revers de la rive gauche de la Loire. Il ramena ses troupes à Test du ravin de Vernon, en avant de Beaugency ; elles y passèrent la nuit *. A leur gauche, le 33® mobiles (Sarthe) et le 37® de marche, qui faisaient partie de la division Deplanque, se retiraient également pour se soustraire au tir très précis de Tartillerie ennemie.
Tandis que la droite de l'armée résistait ainsi aux attaques allemandes, son centre et sa gauche étaient peu ou point engagés. Le 21® corps exécutait les mouvements prescrits ; vers midi, sa 2® division était en position à Poisly et à Lorges, avec une brigade en chacun de ces points; elle y restait inactive. Quant à la 3®, elle avait à repousser une simple reconnaissance ennemie.
Dans la matinée, la 2^ division bavaroise d'infanterie s'était rassemblée à Huisseau et avait pris la direction de Baccon. Puis la 3® brigade se portait par Gléneau sur Vilocry, au nord du Grand- Châtre, d'où elle canonnait des colonnes du 17® corps qui se dirigeaient sur Gravant. Elle se remettait en marche vers l'est, pour gagner ses cantonnements, quand se produisit le mouvement deKoquebrune sur le Grand-Châtre. La 3® brigade bavaroise se reporta de nouveau à Vilocry, mais elle y arriva trop tard pour prendre part à l'action. Elle se borna donc à établir des avant-postes de Launay aux Blanchets, où elle se reliait à la 22® division d'infanterie, alors à Ouzouer-le-Marché.
La 4® division de cavalerie, qui précédait cette dernière vers Binas, avait rencontré le matin une partie des escadrons du général Guillon ^, établis à MaroUes et à Vallière. Derrière eux la 3® division du 21® corps occupait la lisière de la forêt de Marchénoir. Une batterie à cheval prussienne, qui ouvrit
1, Camô, ouvrage citJ. A ce moment, le général Camô était déjà décidé à opérer le lendemain un mouvement rétrograde à l'ouest de Beaugency. Bien qu'il afiBrme le contraire, la retraite de Barry semble n'avoir eu aucune influence sur la sienne (Voir l'Historique du 38^ de ligne).