‹ Campagne de la Loire en 1870-1871Chapitre 51 sur 185 · Instructions pour le 18 décembre · texte numérisé non relu

Instructions pour le 18 décembre

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cavalerie, ce genre de service s'improvise moins que tout autre.

La journée du 18 décembre se passa sans incident notable ; le temps très froid, sans neige, était redevenu favorable à la marche. Non sans fatigues^, les troupes purent atteindre les positions qui leur avaient été assignées la veille. Le soir, de son quartier général d'Ardenay, Chanzy donna les instructions suivantes. Le général Barry s'établirait provisoirement de Jupilles à Chahaignes et à la Chartre, de façon à se relier par sa droite aux troupes qui, sous les ordres de Feni- Pisani et de Curten, s'échelonnaient alors entre le Loir et la Loire. Quant à sa gauche, elle serait en relation avec le reste du 16* corps, qui s'établirait sur les crêtes dominant le chemin d'Ardenay à Ecommoy, son centre à Parigné-1'Evêque.

Le 17* corps prendrait position sur les collines à l'ouest d'Ardenay, à cheval sur la route de Vendôme au Mans, avec son quartier général à Saint-Hubert. Après avoir passé THuisne à Connerré et à Pont-de-Gennes, le 21® corps s'établirait aux environs de Montfort, à l'extrémité gauche du demi-cercle qu'allait dessiner Tarmée du nord-est au sud-est du Mans. En attendant qu'elle occupât ses emplacements définitifs, on engagerait tous les impedimenta sur les routes qui rayonnent autour de cette ville. Le 21* corps devrait même pousser les siens au delà de l'Huisne. Enfin toutes les compagnies du génie de l'armée seraient réunies au Mans, en vue des travaux défensifs à exécuter sur nos emplacements futurs.

Du côté de l'ennemi, la 12* brigade de cavalerie, en marchant sur Droué le 1 8 , ne rencontrait plus que des traînards dé la division Gougeard. La 13' atteignait laBazoche-Gouet, et la 11", Arville, sans aucun incident. Un bataillon de landwehr jeté sur la route de Mondoubleau refoulait encore à Saint-Agil un petit détachement de la même division.

1. Fatigues qui n'étaient pas toujours indispensables. Ainsi le 38* de marclie partit le 18, à S heures du matin, de Lavenay, pour aller s'établir au nord de la forât de Bersay. Il fit ainsi S5 l^ilomélres dans des chemins détestables (Historique du 38^ d'infanterie) .

En avant de Vendôme, Tavant-garde de la 20* division poussait jusqu'à la Braye sans trouver de résistance. Jugeant la poursuite suffisamment prolongée, le général von Voig^- Rhetz ramena l'infanterie et l'artillerie de cette avant-garde à Vendôme ; seule, la cavalerie resta à l'ouest pour couvrir cette ville.

D'après la nouvelle répartition du X' corps, 6 bataillons et demi, 10 escadrons et 4 batteries devaient occuper Vendôme ; 3 bataillons, 6 escadrons et 2 batteries étaient destinés à garder Blois. Le reste du corps d'armée se dirigea sur Tours, comme l'avait prescrit Frédéric-Charles et, dès le 18, son avant-garde* atteignit Saint-Amand. Nous verrons plus loin quels furent les résultats de ce mouvement.

Quant à TArmee-Abtheilung, le 18 elle conserva en général ses positions du 17 vers Lignières et Morée.

La retraite de notre armée 86 termina dans la journée du 19 décembre, la quatrième depuis le départ de Vendôme*. Dans ce pays accidenté, la difficulté des chemins, la rigueur de la saison et, par-dessus tout, les défaillances morales résultant des circonstances i:endirent ce mouvement fort pénible. Partant avant le jour, les colonnes s'allongeaient à l'infini, et leur allure était d'une extrême lenteur. Le 18, par exemple, le 30' mobiles (Manche), qui avait quatre lieues à faire de Mondoubleau à Semur, n'atteignit l'étape qu'à minuit, harassé de fatigue '. D'ailleurs, dans le désarroi général, on ne prenait pas toujours les précautions nécessaires pour éviter des erreurs de direction. Certains corps s'égarèrent, d'autres devancèrent l'armée avec intention et arrivèrent sur la Sarthe deux jours au moins avant elle.

Les souffrances endurées par la majeure partie des troupes étaient presque intolérables. Au 49" mobiles (Orne), plus de

1. Général von Lûderitz, 3 bataillons, 4 escadrons, i batterie.

2. Diaprés les historiques des corps ou certains récits de témoins oculaires, la 1'® division du 16^ corps bivouaqua le 19 à Test de Parigné ; le 5i« de marche {2^ du n^ corps), dans le bois d*Ardenay ; le 46^ de marche (8« du 17^ corps), à Soulitré ; la 2« division du il'' corps à Saint-Maizent et Lavaré ; la 4« division du 21^ corps, à Beillé.

S. H. de Mauni, Mémoires de l'armée de Chanzy.

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1,000 hommes, c'est-à-dire les deux tiers de l'effectif présent, n'avaient que des sabots, des moitiés de souliers ou des chiffons aux pieds. Presque tous, à moitié nus, faisaient usage de leur couverture coupée en deux pour remplacer des vêtements absents \

Aussi le nombre des fuyards était-il très grand. Beaucoup d'hommes quittaient les bivouacs où, malgré les ordres de Gambetta, on s'obstinait à les maintenir pendant les nuits glaciales de cette lugubre fin de décembre ; ils cherchaient un abri précaire dans les hameaux ou les fermes voisines. Des corps entiers rompaient les rangs pour se loger ainsi, à la volonté de chacun. Parmi les hommes qui se dispersaient de la sorte, beaucoup quittaient définitivement leur corps et prenaient les devants dans la direction du Mans, devenu leur contre d'attraction. Fantassins et mobiles couvraient ainsi les chemins, les sentiers se dirigeant vers l'ouest ; les pieds en sang, le ventre vide, ils doublaient les étapes pour trouver, sinon le repos, du moins un peu de répit et de bien-être relatif. Il fallut jeter de la cavalerie et les deux régiments de gendarmerie en avant de l'armée pour arrêter cette débandade, mais un grand nombre de traînards réussirent à traverser ce réseau protecteur et les rues du Mans furent bientôt pleines d'une foule affamée et en guenilles, de l'aspect le plus décourageant.

En arrière de l'armée, le spectacle n'était pas moins triste. Quantité de malheureux épuisés par la fatigue ou la maladie mouraient dans les fossés ou se laissaient docilement emmener en troupeau par des cavaliers ennemis, heureux d'échapper ainsi à tant de misères et ignorants du sort qui les attendait en Allemagne.

Les soldats demeurés à leurs corps ne souffraient guère moins. L'armée était pourvue de troupeaux de bœufs ^auxquels les intempéries, la mauvaise nourriture et les marches avaient donné l'apparence la plus famélique. Ils ne pouvaient suivre et, chaque jour, on abattait les plus fatigués, pour charger

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