‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 29 sur 31 · XII. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

XII. — CONCLUSION

Les preuves déduites des monuments, de la tradition et de l'histoire, malgré leur nombre accumulé par son immense savoir, ne lui paraissant pas suffisantes, M. Faillon s'appuie, pour s'en faire un bouclier contre la critique, sur cette insuffisance même, en accusant les Sarrasins de la destruction de tous ces titres.

<( On ne saurait rejeter la tradition de Provence, dit-il, « par le seul défaut de monuments écrits, les Barbares « ayant tout détruit dans ce pays jusqu'au X'' siècle ; car « ce ne serait pas l'absence, mais la perte de monuments a qu'on invoquerait»

« Comment conclure, par exemple, qu'il ne s'est passé « d'autres événements en Provence pendant les dix pre-

(1) Essai sur les origines et les développements du Christianisme dans les Gaules^ Tailliar-Busset , In Monumental ^ aniïée 1866; n* 5, p. 550.— Ex Rostan, LeUre à-M. de Caumont^ Aix. 1868, p. 13.

« miers siècles que ceux dont notre hisloire fail inen- « lion (1)? »

Quelque spécieux que fût ce raisonnement, on pouvait à la rigueur l'admettre, parce qu'il était corroboré par la haute antiquité du culte de Marthe ; mais aujourd'hui que cette ha<30 fondamentale lui manque, nous sommes autorisé à répondre qu'on ne peut fournir une preuve logique d'un argument tiré de la négative, car s'il suffisait de dire que la preuve contraire d'un fait n'existe pas, pour prouver qu'il existe, à quelles suppositions ne pourrait-on pas se livrer?

M. Faillon était bien .mieux dans le vrai lorsque, dans une précédente étude, il disait : « qu'on pourrait rejeter a la tradition de Provence, si l'on montrait qu'il existe u des monuments relatifs à cette partie de l'histoire de la « Provence (2), »

Or, ces monuments existent ; ils n'ont pas été détruits par les Sarrasins, mais ils prouvent... l'opposé de ce qu'on espérait, ce que pensait M. de Beaujeu; que sainte Marthe est la prophétesse de Marins et de Plutarque ; qu'elle est le fait primordial auquel toute la légende est rattachée, et que, celui-ci faisant défaut, tout l'édifice croule, affaissé sur sa base.

L'authenticité des monuments des Baux nous parait inattaquable; car leur existence, signalée par un évêque, un irlésien , n'a jamais été un mystère pour personne. Quant à notre interprétation, elle nous parait à l'abri de toute attaque , puisqu'elle confirme l'histoire aussi bien que la légende.

(1) Mon. inéd., t. !•', p. 390 et 391.

(2) Monuments de l'église de Sainte-Marthe, p. 130.

Aux critiques de Launoy, basées sur des textes tronqués, falsifiés ou interpolés, H. Paillon opposait avec quelque raison Tuniversalité de la croyance appuyée sur une série de monuments plus ou moins antiques, et enfin la tradition qui, pour le culte de Marthe, se perdait dans la nuit des temps; et, de ce faisceau réuni, résultait un ensemble de probabilités qui pouvait à la rigueur contrebalancer ces critiques.

Mais les termes du problème sont aujourd'hui changés : les monuments chrétiens ont disparu devant les stèles de Marins , la tradition d'Arles devant celle des Baux, et la légende devant l'histoire ; il faut donc que M. Paillon ou ses successeurs cherchent de nouvelles armes.

Paut-il se plaindre ou se réjouir de ce que toutes les preuves manquent également a la légende ? Rieiï n'est plus regrettable, sans doute, car aucune n'était plus sympathique; mais au point de vue religieux, rien n'est fâcheux comme Terreur, qui engendre tôt ou tard le doute et l'incrédulité, et ce n'est pas la vérité qui fera pâlir le flambeau du christianisme.

Marthe, Marie-Madeleine et Lazare ne sont donc pas venus en Provence; c'est en Béthanie qu'ils ont vécu et qu'ils sont morts ; c'est dans le caveau de leurs pères que leurs reliques ont été ensevelies.

Devons-nous, parce qu'il en est ainsi, renoncer à leur culte, démolir leurs sanctuaires, renier ce que nous avons vénéré I

Évidemment non I Ce n'est pas uniquement parce qu'ils auraient évangélisé nos contrées, qu'ils y auraient vécu et y seraient morts, que nous honorons ces saints personnages, mais bien parce qu'ils ont vu et connu le Christ, qu'ils ont entendu sa parole et vécu selon son cœur.

Les saints qu'ont vénérés nos pères, qu'ont chantés tous les poêles, que tous les artistes ont reproduits, recevront donc toujours nos vœux et nos hommages ; nous leur conserverons loujoiirs notre foi et leurs sanctuaires, car l'esprit deTÉvangile est en eux

Mais nous rendrons aussi à Marins ses monuments et ses triomphes, et Rome chrétienne n'apprendra pas sans un tressaillement d'orgueil, que le saint dont elle a protégé l'image, dont elle a conservé le culte, c'était un de ses enfants des premiers âges ; le terrible consul, qui, avant de ravoir fait trembler par ses proscriptions, avait sauvé Home et rilalie de la fureur des Barbares qui précédaient Attila.

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