‹ Campagne de Marius dans la Gaule: Suivie de Marius, Marthe, Julie devant la légende des SaintedChapitre 4 sur 31 · I. — FOS · texte numérisé non relu

I. — FOS

Le camp de Fos, castrum ou campus de Fossîs (1), fut ainsi nommé parce qu'il était la station militaire la plus rapprochée des Fosses-Mariennes , dont les eaux couvraient les immenses marais qui Tentourent de toutes parts.

Placé sur un mamelon de calcaire coquiller miocène, qui forme le cap le plus avancé de la Crau vers la mer, le village de Fos, quoique n'étant qu'à + 33 d'altitude, a cependant un relief considérable, qui est rehaussé par les marais, les salines et les étangs, qui sont tous, à peu de chose près, au niveau tle la mer.

Ce relief seul est la preuve certaine, malgré l'opinion généralement admise, que Fos n'a jamais pu être le point

(1) Gallia Chtistiana^ carte de Nolin, t. l"etS^a*., t. 2, p. 924.

d'arrivée ni le port des Fosses-Mariennes, puisque diaprés Strabon, a l'entrée du canal est difQcile à cause du peu « d'éléyation du sol qui est tel, que par un temps obscur, a on ne Taperçoit pas même à petite distance. »

Malgré ce texte si précis, M. Desjardins croit que le port des Fosses-Mariennes était à la pointe Saint-Gervais(1}, au sud de Fos, et il s'appuie sur une tra(Htion populaire pour affirmer qu'on voit au fond de Teau les restes de l'ancien port de la vignette de la table de Peutinger, comme le palais des Ptolomées à Alexandrie (S).

N. SaureU qui a longtemps habité ees lie«Lx et qui pour nous montrer le peu d'importance des ruines qui restent au-dessus du sol nous ^n -donne le dessin \Pl. 3), a répondu d'avance à cette vieille tradition.

c On doit renoncer, dit-il, à l'espoir de retrouver des tt fondations quelconques dans les terrains qui avoisinent c les murs baignés par fa mer. Le terrain ayant été dé- « foncé n'a ri«n produit que quelques médailles frustes ; a quant aux vestiges que l'on voit sous les eaux, il faut a croire que ceux qui les ont vus avaient de bien meil- « leurs yeux que moi (3). »

La pointe Saint-Gervais, pas plus que celle de Saint-Biaise qui est au S.-E de la précédente et à laquelle on donne communément le nom de Stomalimné ou bouche de l'es-

(1) Saint-Sauveur et Saint-Protais, qui devint plus tard Saint-Gervais et Saint-Protais ; il dépendait sous Gharlemagne de rarchevéque d'A.rlés Stat., t. 2, p. 926 et Gallia Christiana, t. !•', p. 600 et 601.

« Monasterum sanctorum Gervasii et Protasii subtus castrum de Fossis in diœces, Arelatensi, monachorum ordiniis Benedict. » An 1071. Gallia ChrisHana, t. 1", p. 548.

(2) Mot. hist, p, 44— Rh. et' Dan,, p. 29.

(3) Saurai, p. 42,

tontôc (1 ), n'ont jamais été des ports, mais de simples approches, et s'il existe an tond de la mer quelques débris de construction, ce dont nous doutons fort, après le récit de M, Saurel (qui s'est mis à l'eau pour s'en assurer), ces débris ne peuvent provenir que de la démolition du Dianium (2), des habitations romaines ou des établissements reli^eai qui étaient sur la terre ferme, et qui ont été démolis de main d'homme, ou, comme c'est visible, par la \ague seule qui, prenant les fondations en sous-œuvre, a enlevé la terre qui les soutenait, laissant à nu la molasse qui leur servait de base.

Mais si Fos n'était pas le port des Fosses-Mariennes, il est à peu près certain que cette station fut, avant l'établissenent de ce canal , un des principaux camps de Marins, très probablement celui où débarquaient ses approvisionnements , car son nom y est resté populaire comme dans tous les lieux où il a séjourné.

Les navires y accostaient les deux pointes dont nous venons de parler, et de là les approvisionnements de l'armée étaient transportés dans les camps du mont Gaie bu Maïé fCaii Marti) (3) qui sont au nord de ces deux stations, à deux kilomètres environ de la plage, à proximité par conséquent des lieux de débarquement.

Ces camps étaient eux-mêmes alimentés d'eaux potables par deux immenses citernes jumelles de belle et bonne construction romaine qu'on voit sur le flanc sud-est de la colline, et qu'on nomme aujourd'hui la Gourdes Maures.

Un aqueduc à double rang d'arcades, de 498 mètres

(1) Quelqueg-uns la nomment : Maritima avaticorum,

(2) Stat, t. 2, p. 224.

(3) Saurel, pi. 1 et 2, p. 85.

de long, devait amener plu» tard dans ces citernes les eaux des collines voisines par des canaux sooterrains venant de la Mérindole, dont on voit partout les traces ; mais ce dernier ouvrage est de construction moderne ;• il na jamais été terminé dans toute sa longueur ni dans toute sa hauteur (1), et c'est ce qui explique la largeur des 4)ieds droits qui devaient, après un retrait, supporter un second rang d'arcades.

Les pointesSaint-Gervais et Saint-Biaise n'ont donc jamais été que de^ approches où accostaient les navires qui augmentaient le camp de Marius ; mais elles n'étaient pas plus le port où aboutissaient les Fosses-Hariennes que le camp de Fos ne fut le camp où Marius attendit les Barbares (2).

Car, entouré de marais de toutes parts, ce camp aurait été fort insalubre; adossé à la Crau^ il aurait manqué de toutes les ressources que l'armée trouvait en abondance dans les plaines fertiles de. la Provence, et, contrairement aux récits de Plutarque, il aurait été fort éloigné du Rhône et de la route que devaient suivre les Barbares, qui ne se seraient pas exposés à traverser l'aride désert de la Crao^ pour aller à la recherche d'un ennemi qui se cachait dans cette impasse.

Il faut donc chercher ailleurs qu'à Fos, nous ne dirons pas le portt quoique^ tous les géographes lui donnent ce nom, nvfis l'embouchure des Fosses-Mariennes, puisque nous ne découvrons aucuns vestiges qui puissent faire soupçonner rexislence d'un établissement pareil à celui que ferait supposer la vignette de la table de Peutinger (3).

(1) Stat., t. 2, p. 255, 56, 59, 303 et 924.

(2) Stat., t. 2, p. 255.

(3) Aperçu Mst.^ pi. V.

Page 1