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L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 237 cendit en Italie par cette route, il reconnut tout de suite l'importance de la position de Pastrengo et la fit fortement occuper; il devint ainsi impossible aux Piémontais, malgré le succès incontesté d’une première attaque, de s'établir sur la rive gauche et de s'emparer de la route.
L'armée piémontaise assiégeait alors Peschiera et campait sur les collines de la rive gauche du Mincio, du haut desquelles la vue s'étend sur Vérone : il était difficile de attaquer de front et il importait de sauver Peschiera ; il fallait donc tourner ses positions. L'armée autrichienne, d'après le plan du général de Hess, approuvé par le maréchal Radetzky, quitla Vérone le 28 mai dans la nuit, et, marchant en bataille sur trois routes presque parallèles, pour être prètes à recevoir l'attaque des Piémontais, auxquels le moindre indice aurait pu trahir ce mouvement, qui s'exécutait presque sous leurs yeux, elle entra à Mantoue et força le lendemain, 29 mai, la ligne ennemie appuyée au Mincio et aux villages fortifiés de Curtatone et de Montanara. Le 50, elle se porta par deux routes sur les communications de l'armée piémontaise, dans le but de lui faire lever le siège. de Peschiera. La tête de colonne du corps qui remontait la rive droite dur Miricio étant arrivée, vers les trois heures de l'après-midi, devant Goïlo, Benedeck, alors colonel, attaqua cette petite ville; mais il y trouva une forte résistance, et la nuit arriva avant qu'il eût pu s en emparer. Le jour suivant, l’autre corps, commandé par le sénéral d'Aspre, qui était resté à Ceresara, allait venir coopérer à l'attaque, lorsqu'une pluie diluvienne fit déborder tous les canaux. Pendant trois jours, toute marche étant devenue impossible, Peschiera, qui n'avait pas été munie de vivres parce qu'on ne pensait pas avoir quelque chose à craindre des Piémontais, fut forcée de capituler. Le général de Hess, voyant alors ce mouvement sur les communications des Piémontais devenu inu : tile, conçut un de ces plans hardis dont l’histoire des guerres fournit peu d'exemples. Le maréchal Radetzky l'ayant approuvé, l'armée retourne à Mantoue et détache une brigade sur Vérone, destinée à faire croire aux Piémontais qu’elle y est rentrée tout entière. Pendant ce temps, elle marche sur Vicence, passe l’Adige à Legnago, attaque par les hauteurs la ville surprise, la force à capituler, se remet le soir même, sans perdre un moment, en marche sur Vérone, et y arrive à temps pour soutenir l'attaque des Piémontais qui, avertis enfin que la ville était sans défenseurs et ne pouvant croire à un si rapide retour, se promettaient une conquête facile. Cette attaque infructueuse sur Goïlo, ce passage de l'Adige, cette marche sur Vicence, c'était Bonaparte ne pouvant vaincre de front à Caldiero, rentrant à Vérone, passant l'Adige à Ronco, l'Alpone au pont d'Ar-
cole, et forçant à la retraite l'ennemi surpris.
Quelques semaines après la prise de Vicence, ce fut encore par l'avis du général de Hess, qui prévalut dans le conseil, que l'armée ennemie fut attaquée à Gustoza et à Somma-Compagna. On sait le résultat de cette bataille, à la suite de laquelle les Piémontais repassèrent le Tessin et l’armée autrichienne rentra à Milan, où le baron de Hess, retiré sous les beaux ombrages de la Villa-Reale, médita le plan de cette courte et brillante campagne qui, peu de mois après, se termina à Novare. Le baron de Hess devait être moins heureux contre la France de 1859.
L'Empereur repassant à travers Milan, y visita de nouveau les blessés, distribuant, dans les salles de l'hôpital militaire, des croix et des médailles. Le souvenir de ces glorieux mutilés de la guerre ramène la pensée vers les utiles et modestes services du corps des officiers de santé. M. Champouillon a publié sur le rôle des médecins militaires en campagne d'intéressants détails qu'il est juste de placer dans ce chapitre.
« Toutes les fois qu'une rencontre avec l'ennemi est concertée ou prévue, dit M. Champouillon, le commandant de l’armée réunit tous les chefs de service, et, sans livrer plus qu’il ne convient le secret de ses vues, 1l prend avec eux les dispositions nécessaires pour assurer dans loutes ses parties le succès de l’entreprise. Pour ce qui le concerne, le médecin en chef des ambulances procède immédiatement à la recherche et au choix des locaux les plus propres à recevoir et à abriter les blessés. On affecte de préférence à cette destination les couvents, les usines, les églises, les fermes, les châteaux, que l’on découvre au voisinage du lieu où le combat sera livré. Un drapeau rouge placé sur le point le plus élevé de ces habitations y signale la présence d’un personnel d’ambulance. Cette recherche se fait souvent au moment même de l’action ; à mesure que l'ennemi recule, on s’installe dans les retranchements, les maisons, les forts, qu'il occupait, de manière qu'aucun blessé ne reste sans secours immédiat.
« Il est prudent néanmoins pour la sécurité du médecin et pour celle des malades, de ne pas suivre de trop près les mouvements des combattants, parce qu'un retour offensif et une surprise de la à de Leo ue sont toujours à craindre.
« À mesure que les hommes sont frappés dans les rangs, ils se rendent d'eux-mêmes aux ambulances volantes, quand ils ne sont que légèrement altemts, et, dans le cas contraire, ils y sont transportés au moyen de brancards ou de cacolets, espèce de fauteuils fixés de chaque côté du bât d'un mulet. On appelle ambulances volantes celles qui suivent d'aussi près que possible les colonnes engagées dans un combat. Chaque régi:
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 259 ment a la sienne, laquelle fonctionne soit séparément, soit conjointement avec celle qui fait partie du quartier général de chaque corps d'armée. Les unes et les autres, ouvertes plus particulièrement aux blessés qui ont besoin de secours immédiats, sont établies à proximité du champ de bataille, sous un abri quelconque, souvent même devant un simple repli de terrain. C’est là que se fontles opérations et les pansements urgents, tels que ligatures et amputations.
« Les hommes en état de marcher, ceux qui ont été pansés ou opérés sont évacués sur les ambulances de seconde ligne, © ‘est-à-dire plus en arrière de l'armée, et ordinairement établies dans une ville ou un village, en un lieu sûr. Là les blessés sont soumis à un nouvel examen; là se complètent les opérations improvisées au milieu du tumulte des arrivages ; là enfin, après une bataille sanglante, il se fait plus de chirurgie en un seul jour qu’à Paris dans un an. Comme il est de la plus srande importance d'éviter l’encombrement et de pouvoir toujours donner asile à de nouveaux blessés, des évacuations journalières refoulent les malades disponibles jusque vers les hôpitaux sédentaires, où s'achève leur guérison, confiée aux soins des médecins spécialement désignés pour ce service.
« Tels sont, sauf les modifications subordonnées aux événements, les rôles attribués aux officiers de santé en campagne. Ainsi leur cadre se compose :
« 1° D'un personnel mobile, militant ;
« 2° D'un personnel hospitalier, sédentaire.
«A ceux-ci la chance des épidémies, à ceux-là le risque des projectiles ou de la captivité. Tous ont montré, durant la guerre si courte et si glorieuse que nous venons de soutenir, que leur dévouement à besoin plutôt d’un frein que d'un éperon. »
On sait l’admirable dévouement des sœurs de charité dans la campagne de Crimée; ce dévouement s’est renouvelé dans la campagne d'Italie. Mais cette fois il a été secondé par le patriotisme des dames italiennes, qui ont uni leurs soins les plus tendres aux soins si touchants de ces filles de Dieu. Elles veillaient au chevet du soldat aussi bien qu'au chevet de l'officier, et, par des attentions d'une exquise délicatesse, allaient au-devant de la douleur des familles, se chargeant avec une pieuse sollicitude de leur apprendre la mort des braves qu’elles devaient pleurer.
Ainsi Étienne Cros, tisserand, d’Augmontel, soldat de l'armée d'Italie, est mort à l'hôpital de Crémone des suites de blessures reçues à Solferino. Une dame italienne qui, transformée en sœur de charité, avait veillé au
chevet du pauvre soldat, et avait adouci ses derniers moments en 4 parlant de son pays et de sa famille, écrivit à à la mère désolée d’ Étienne Cros cette lettre admirable :
e Crémone, le 30 août 1859.
« Madame, F5, 14
« Ne me remerciez ae d'avoir rempli mon devoir de femme chrélienne, ne me remerciez pas d'avoir fermé les yeux à votre fils bien-aimé.
« Qui pourra jamais compenser tant de larmes, tant de douleurs et tant de Jeunes existences, moissonnées avant l’âge pour délivrer notre belle et malheureuse patrie !
« J'ai écrit sur mon livre de prières la date du jour où votre fils est monté dans le ciel et chaque jour, à la messe, j'unis mes prières aux vôtres.
« Le 42 juillet, à neuf heures du matin.
« Agréez, madame, l'assurance de"mon bien sincère et bién affectueux dévouement:
« Charlotte Roncnt. »
À côté des médecins, auprès des sœurs de charité, la religion a placé les aumôniers, qui sont les consolateurs de l'âme. On peut juger de la grandeur de leur tâche et de l'utilité de leur mission par la lettre suivante écrite à l’un d'eux, l'abbé Blanc, de Nancy, par le général de division Trochu.
« Quartier général de la deuxième division du troisième corps, Stradella, le 2 août 1859.
« Monsieur l'aumônier,
«€ Au moment où la division que je commande, séparée des divers services que l'état de guerre avait réunis autour d'elle, va rentrer en France, c’est un devoir pour moi de vous remercier du concours dévoué que jai trouvé en vous pendant celte glorieuse campagne.
« Vous m'avez efficacement aidé à faire prévaloir parmi mes soldats les principes de. morale, d'ordre, de dignité professionnelle qui ont donné à cette division, devant les populations qu'elle traversait, une attitude particuhère à laquelle j'attachais le plus haut prix, el qui a toujours été le but de mes eflorts dans le commandement.
« L'idée religieuse résume tous ces principes. Elle y ajoute, au milieu des épreuves dela guerre, des sentiments de résignation et d'espérance
| L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 24 dont vous avez été, pour nos malades et pour nos blessés, l’apôtre convaincu.
« A ces divers litres, monsieur l’aumônier, vous avez dignement et utilement accompli parmi nous votre saint ministère, et j'ai la confiance que vous en recevrez le témoignage avec autant de plaisir que j'en ai à vous l'adresser.
« Je veux y ajouter l'expression des vœux que je forme pour vous et de ma considération la plus distinguée.
« Le général de division, commandant la deuxième division d'infanterie,
« Trocau, »
Parmi les faits de guerre qui ont signalé en si grand nombre la journée de Solfermo, en voici un, choisi entre mille, que j'emprunte à une lettre écrite de Valeggio au Moniteur de l'armée.
D'après cette lettre, l’armée autrichienne, certaine d’un succès et voulant jeter les Français sur Milan, n’avait pas de havre-sacs. Nos soldats, au contraire, avaient les leurs, qui sont très-lourds, et ils étaient nécessaires pour qu'on pût se maintenir et bivaquer dans les positions que l’on prendrait. Aussi, dans les charges à la baïonnette, les Autrichiens, plus allégés, prenaient-ils tout de suite l'avance. Ce même motif est cause qu’au moment de leur retraite ou de leur fuite on n’a pu leur faire que sept mille prisonmiers. |
Le lendemain, à trois heures du matin, la division Vinoy partait pour opérer le passage de la rivière en face de Valeggio. Le Mincio est trèsrapide et large de cinquante mètres à peu près; la rive est très-escarpée, et du haut de Valeggio les neuf pièces qui étaient placées encore la veille auraient fait bien du mal aux alliés ; mais rien, pas même un coup de fusil. Le général Vinoy a pris toutes les précautions possibles ; il a fait passer par un point couvert deux escadrons de chasseurs à cheval, chaque cavalier ayant un chasseur à pied en croupe. Ceux-ci se sont déployés en
tirailleurs, ont fouillé le terrain, couronné la hauteur et surpris quelques
habitants qu'ils ont questionnés. Quand on a eu la certitude que l’ennemi s'était retiré, le pont fut jeté. Deux heures après, les Français entraient à Valeogio, ville pillée à ne pas croire. On n’a pu trouver dans toute la ville un verre de vin pour le général Vinoy. Heureusement les Français ont pu recevoir leurs bagages vers le soir. L’ennemi, avant de se retirer, avait laché les robinets des tonneaux et fait couler tout le vin dans les caves. Un autre soir, la grand'garde d’un régiment de la même division avait envoyé quatre hommes à l’eau dans une ferme voisine; ils se sont trouvés, | II. 91
sans armes, avec dix Autrichiens qui venaient armés pour le même motif. Les soldats français, ayant leurs grands bidons et pas de fusil, auraient dû se sauver. Point du tout : avec une audace toute nationale, ils les ont sommés de se rendre ; six se sont sauvés ; les quatre autres ont remis leurs armes. Les soldats français leur firent puiser de l'eau pour eux, et, l’arme autrichienne sur l'épaule droite, ils accompagnèrent leur corvée jusqu'au . campement de la grand'garde.
Des renseignements tout-nouveaux ont fait connaître le nom du grenadier qui a été signalé comme ayant escaladé le premier le parapet de la redoute de Magenta, et s'étant tenu sur la crête, son bonnet à poil au bout de son fusil. C’est le grenadier Albarède, qui a été tué dans la journée du 4 juin. On cite aussi le grenadier Pollet, qui a pris part à l’attaque des maisons de Ponte Nuovo di Magenta : l'ennemi était en pleine retraite; les cartouches manquaient; s'adressant tout à coup à l'officier qui était à côté de lui : « Mon lieutenant, lui dit-il, je voudrais bien avoir la permission de m'asseoir. »
Dans le cours de cette attaque, Pollet avait reçu trois balles dans le corps, et, sans s'émouvoir des acclamations de ses camarades, il se mit à étancher le sang qui coulait de ses blessures, assis entre des cadavres ennemis étendus à ses pieds.
Le lendemain: du combat de Palestro, un jeune. officier de cavalerie, attaché à l'armée sarde, chargé d’escorter le transport des prisonniers, se présenta devant le colonel de Chabron pour recevoir le dépôt de ceux qu'avait faits le 3° régiment de zouaves. Le colonel de Chabron, ayant remarqué son accent français, lui demanda quel était son régiment.
— Je suis Français. | + |
— Votre nom?
— De Chartres, mon colonel.
Et comme, en entendant prononcer ce nom, le colonel regardait le jeune sous-lieutenant avec attention :
— Je suis le fils du duc d'Orléans, ajouta simplement celui-cr.
Et, saluant le colonel, dont il avait reçu les ordres, il s'éloigna.
Le 3° de zouaves faisait originairement partie de la division d’Autemarre, attachée au cinquième corps. On sait que cette division resta en Piémont pendant que le reste du Ki cs corps se rendait en Toscane. Dès le début de la campagne, le 3° de zouaves avait, à son tour, agi séparément, disjoint, pour ainsi dire, de la division d’Autemarre, et mis à la disposition du roi de Sardaigne.
Mais tout d'abord le 3° de zouaves fut chargé d'une expédition dans la vallée de la Trebbia. Dans la journée du 13 mai, le colonel de Chabron
reçut de-la bouche même de Sa Majesté les instructions les plus précises : «occuper Bobbio de vive force, si l'ennemi y est déjà; le repousser s il se présente. » Le prince Napoléon donna aussi au colonel des zouaves des instructions personnelles, et dans la soirée le régiment fut averti de se tenir prêt à partir le lendemain.
Le 14 mai, à la première heure du jour, le camp était levé.
A sept heures, le prince Napoléon vint passer la revue du régiment en tenue de route. Il tombait une pluie torrentielle.
Après le défilé, pendant lequel les zouaves firent reténtir les plus chaleureuses acclamations adressées à la fois au souverain de la France et au chef qui les commandait, le prince Napoléon réunit les officiers autour de lui et leur adressa quelques paroles chaleureuses. |
«Des observations m'ont été faites, dit-il en terminant, sur les grandes difficultés de la route; mais j'ai répondu que depuis longtemps le 5° zouaves savait passer par tous les chemins. Allez donc, officiers et soldats, et rappelez-vous que l'Europe entière est attentive aux grands événements qui se préparent. »
C'est au retour de son expédition de Bobbio que le 5° de zouaves fut dirigé sur Palestro. :
On sait que les alliés ont pris aux Autrichiens quarante canons : parmi ces canons, il s’en trouve deux fort curieux : le premier, fondu à Vienne en 1680, est d’un calibre très-fort, et porte un aigle aux deux ailes éployées qui se précipite sur un dauphin, dans le corps duquel il enfonce son bec et ses serres, avec cette légende : Eximam aut mergor.
Le second a été coulé à Venise et porte en relief les armes de la sérénissime république et du lion de Saint-Marc; il a pour exergue ces paroles, qui sont tout de circonstance : Fortes fortuna juvat auxiliant Deo.
Ces canons sont allés rejoindre leurs aînés aux Invalides, où se trouvent également les quatre drapeaux pris à l'ennemi, glorieux trophées de nos victoires qui ont figuré dans la solennité du 14 août et que la foule à salués de ses applaudissements en les voyant défiler sur les boulevards, au milieu des triomphateurs de l'Italie.
+ DESCRIPTION DU QUADRILATE m®
On sentait que la guerre avait dit son dernier mot, car, dans un ordre du jour où il rappelait les exploits de la garde impériale pendant la campagne, le maréchal Regnault de Saint-Jean-d’Angély s'exprimait ainsi : |
« Soldats de la garde!
«Vous avez pris une part glorieuse à la bataille de Solferino.
« La division Camou a eu sa première brigade engagée dès neuf heures du matin ; le bataillon de chasseurs à pied, les 1° et 2° régiments de volligeurs, sous les ordres du général Manèque, ont enlevé des positions redoutables vigoureusement défendues. De nombreux prisonniers, treize canons, un drapeau, sont les trophées de leur brillant combat.
« L'artillerie de la garde, soutenue par la division de grenadiers, a rendu les plus grands services ; pleine d’entrain et d’élan, elle s’est mise en batterie sur des crêtes presque inaccessibles, a éteint le feu de l’ennemi, détruit les abris, précipité sa retraite. |
« À Magenta, le 4 juin, la division Mellinet s’est emparée, sous un feu meurtrier, de Ponte-Nuovo, et elle a défendu avec la plus grande énergie une position attaquée par des forces très-supérieures.
« Les grenadiers, les zouaves, ont refoulé à la baïonnette les colonnes ennemies et les ont forcées à la retraite après des pertes énormes.
«Les voltigeurs, les chasseurs de la garde, ont montré qu'ils étaient les dignes frères des grenadiers et des zouaves de Magenta. |
« Le maréchal commandant en chef ne pouvait avoir de récompense plus précieuse que d'être maintenu à la tête de telles troupes, quand l’Empereur l'a élevé à la dignité de maréchal de France. |
« Soldats de la garde!
« L'armée vous apprécie ; elle a vu ce que vous saviez faire sur le
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 245 <hamp de bataille, et elle est fière de la garde impériale, comme la grande armée l'était de la vieille garde.
« Vive l'Empereur! .
« Le maréchal de France commandant en chef la garde impériale,
« RecNnauLr pe SaiNr-JEAN-D'ANGÉLY. »
Ce langage est comme un dernier chant de bataille.
De son côté, le roi de Piémont publiait un ordre du jour analogue, où il semblait se complaire à résumer les travaux de l'armée sarde. Voici cet ordre du jour :
«Soldats,
« En deux mois de guerre, des rives envahies de la Sesia et du P, vous avez couru de victoire en victoire en victoire aux rives de Garde et du Mincio. Dans l'itinéraire glorieux que vous avez parcouru avec notre généreux et puissant allié, vous avez donné partout les plus éclatantes preuves de discipline et d'héroïsme.
«La nation est fière de vous; l'Italie entière, qui compte avec orgueil dans vos rangs ses meilleurs enfants, applaudit à votre bravoure, et de vos exploits elle tire d’heureux présages et la confiance dans ses destinées à venir. GAS
« Aujourd’hui il y à eu une nouvelle grande victoire. Vous avez encore répandu votre sang, triomphant d'un ennemi très-nombreux, protégé par les plus fortes positions. Dans la journée désormais célèbre de Soifermo et de San-Marlino, vous avez repoussé, combattant de l’aube du jour à la nuit close, précédés par vos chefs intrépides, les assauts répétés de l’ennemi, et vous l'avez forcé à repasser le Mincio, laissant entre vos mains et sur le champ de bataille des hommes, des armes et des canons.
« De son côté, l’armée française a obtenu une gloire semblable, donnant de nouvelles preuves de cette bravoure incomparable qui, depuis des siècles, appelle l'admiration du monde entier sur ces héroïques bataillons. La victoire a coûté de graves sacrifices; mais, par ce noble sang largement versé pour la plus sainte des causes, l'Europe apprendra ter l'Italie est digne de figurer parmi les nations.
« Soldats! dansles précédentes batailles, j'ai souvent eu l’occasion de signaler à l’ordre du jour les noms de beaucoup d'entre vous. Aujourd'hui, je porte à l’ordre du jour l'armée tout entière.
« Au quartier général principal, Rivoltella, le 25 juin 1859.
« Vicror-EMMANUEL. »
246 L'ITALIE CONFÉDÊÈRÉE
Cependant tout fut disposé pour que l’armée alliée franchit le Mincio, se portät en avant et se disposât à entrer dans le fameux quadrilatère que l'on considérait comme devant arrêter sa marche.
Le 27, dans la matinée, tous les corps de troupes reçurent l’ordre de passer le Mincio, ce qu'ils firent sans même rencontrer de résistance, car les Autrichiens, découragés, s'étaient hâtés de se retirer à l'abri de leurs forteresses, dans la région stratégique du quadrilatère.
L'enceinte de ce fameux quadrilatère est formée par le lac de Garde, le Mincio, l’Adige et le Pô. Uette enceinte, on le sait, est flanquée de quatre places fortes : Peschiera, à la pointe méridionale du lac; Mantoue, au milieu d’un lac, à à l'extrémité: de la ligne du Mincio; Vérone, sur l'Adige, au débouché des montagnes du Tyrol italien, et enfin Legnago, situé aussi sur l’Adige, à cinquante kilomètres plus bas que Vérone. Cet ensemble constitue une des meilleures positions ac Ki de l'Europe, et la plus forte de toute l'Italie.
Vérone est le centre et le grand point dpi de tout le quadrilatère. En 1796, le général Bonaparte s’était saisi de Vérone, quoique appartenant aux Vénitiens, parce que ceux-ci avaient permis aux Autrichiens d'occuper Peschiera. Plus tard il occupa aussi Legnago, également aux Vénitiens, ce qui le mettait en possession de trois des quatre forteresses mentionnées. Vérone lui fut très-utile, dans tout le cours de cette campagne, comme centre d'opérations, en lui permettant d'agir au besoin sur l'une et l’autre rive de l’Adige. Plus tard, en 1845, il se plaça sur l'Elbe, à Dresde, dans une situation pareille, et sa ténacité sur chacun de ces deux points a démontré les avantages d'une position centrale.
On peut, disait le journal des Débats au moment même où l’armée alliée passait le Mincio, tourner le quadrilatère par le nord ou par le sud. Maïs, pour y pénétrer de front, il avait fallu jusqu’à ce jour forcer le passage du Mincio entre Peschiera et Mantoue. Cette ligne n’a que trentedeux kilomètres de longueur, et la rivière est profonde : double circonstance favorable à la défense. Toutefois les ; passages sont au nombre de six, dont les deux meilleurs pour l’assaillant se trouvent à Monzabano et aux moulins de Volta, devant Pozzolo. Il semblerait, d'après cela, que l’armée qui garde le Mincio peut aisément se mettre en mesure contre les tentatives de l'adversaire. Mais chacun sait que, quand on veut franchir une rivière devant l'ennemi, on a soin de le menacer sur différents points. à la fois pour l’obliger à donne ses forces et diminuer ainsi la résistance sur le‘point qu'on a choisi.
Aussi le passage du Mincio at-il été forcé chaque fois qu'il a été tenté. En 1796, Bonaparte, général en chef, traversa la rivière au centre, sur le
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 247 pont de Borghelto, au-dessous de Valeggio, position escarpée qui domine la rive lombarde. Le pont avait été rompu : les grenadiers se jettent dans le Mincio, ayant de l’eau jusqu'aux épaules et tenant leurs fusils et leurs gibernes sur la tête. Les Autrichiens, voyant se renouveler la scène de Lodi, cèdent le terrain. On rétablit le pont, et le reste de nos troupes passe sur la rive gauche. Le maréchal Beaulieu dut se retirer par la route du Tyrol, qu'on menaçait de lui couper, et c'est alors . Bonaparte prit possession de Peschiera et de Vérone.
Le général Brune, en 1800, eut à forcer le passage du Mincio. Après la victoire de Marengo et la capitulation de Mélas, le Premier Consul était retourné à Paris, laissant à Brune le commandement de l’armée et le soin de reconquérir le reste de l'Italie supérieure. L'armée autrichienne, par suite de la capitulation, avait évacué la Lombardie et s'était retirée sur la ligne du Mincio. Là elle avait été considérablement renforcée et placée sous les ordres du général Bellegarde. Brune mit deux jours à faire passer son armée sur la rive gauche du Mincio, et dut y livrer deux batailles sanolantes, l'une à Pozzolo, près le moulin de Volta, et l'autre à Monzabano. Les opérations de Brune sur le Mincio furent blâmées dans le temps, mais je n’ai pas à les discuter ici.
Charles-Albert, dans les premiers jours d'avril 1848, à la tête de l'ar mée piémontaise, passa la rivière à Goïto et à Monzabano. Goïto est une petite ville située sur la rive droite ou rive lombarde, d’où les Autrichiens furent délogés après une vive résistance. Ils avaient fait sauter le pont en se relirant; mais les tirailleurs piémontais (bersaglieri), troupe excellente, voyant le parapet resté intact, y passèrent en rampant, et se trouvèrent ainsi maîtres de la rive gauche. Radetzki n'avait pas jugé à propos de défendre avec opimiâtreté le passage du Mincio, préférant concentrer sous Vérone son armée, qui se trouvait alors forte de trente-six mille hommes, et, qui allait s’accroître de vingt-cinq mille hommes par la jonction du corps de Nugent, arrivant du Frioul.
Ces exemples puisés dans l'histoire valent mieux que des descriptions topographiques pour montrer au lecteur ce que c'est que la ligne du Mincio et de quelle défense elle est susceptible lorsque l'ennemi veut sérieusement disputer le passage, comme il le fit en 1800. Mais on a vu qu'en 1859 il abandonnait à l’armée allée le Mincio sans combat.
Des quatre forteresses, la première qui se présente est Peschiera, située à l'extrémité méridionale du lac de Garde. C'est une ville de trois mille âmes. Sans la possession de cette ville on ne peut guère opérer librement entre Je Mincio et l’Adige, ayant devant soi Vérone et sur son flanc Mantoue, à moins de masquer ces places. Quant. à Peschiera, dont il s'agit en ce mo-
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ment, c'est une petite place très bien-fortifiée, dont les défenses extérieures ont été beaucoup augmentées dans ces derniers temps par les Autrichiens. Elle a été prise par les Piémontais en 1848 après vingt-six jours de siége. C’est une résistance assez longue ; mais Charles-Albert n'avait à sa disposition que très peu de grosse artillerie. Aujourd’hui on: a des canons bien autrement puissants. |
La place, outre sa garnison et ses ouvrages avancés, entretient ausst pour sa défense une flottille armée en guerre. Les alliés comptaient en mettre une aussi sur le lac. Plusieurs journaux annoncèrent en effet que des chaloupes canonnières démontées avaient passé récemment à Alexandrie sur des trains du chemin de fer, accompagnées de trois cents ouvriers calfats et de huit cents marins.
Legnago, sur l’Adige, en aval de Vérone, est une petite ville de huit mille âmes, à peu près aussi forte que Peschiera. Comme l'Adige la traverse, elle peut aussi être attaquée sur ce fleuve par des chaloupes canonnières armées de pièces de fort calibre. L'importance militaire de Legnago consiste dans la double tête de pont qu'elle fournit à une armée pour opérer au besoin sur chacune des deux rives de l'Adige. Au moyen de cette place, on domine tout le pays qui s'étend sur le cours inférieur de l’Adige et du Pô jusqu'à l'Adriatique.
Vérone est une grande et belle ville de soixante mille habitants, partagée en deux parties inégales par l'Adige, que l’on y passe sur trois ponts. A l’époque du traité de Campo-Formio, en 1797, Vérone se trouva dans une situation tout exceptionnelle. La limite des possessions respectives ayant été fixée à l’Adige, une moitié de la ville appartenait à l'Autriche, et l’autre à la république cisalpine, de sorte qu'aux extrémités de chaque pont il y avait un corps de garde autrichien et un corps de garde fran- Çais.
Vérone est fermée par une vieille et solide muraille flanquée de vingt et un bastions qui date du quatorzième siècle. Cette enceinte constitue le corps de place, et serait fort insuffisante de nos jours. Mais la célèbre campagne de Bonaparte, en 1796, ayant révélé toute l'importance stratcgique de cette ville, les Autrichiens en ont fait leur capitale militaire, et se sont appliqués depuis plusieurs années, à grands frais, à faire de Vérone une des forteresses les plus importantes de l’Europe. La vieille enceinte a été réparée, quelques-unes de ses parties ont été reconstruites à neuf, et on lui a donné ce qu’en fortification l’on appelle des dehors, c’est-à-diredes ouvrages destinés à couvrir les courtines. Un fort a été élevé au nord, dans un rentrant qui restait dégarni de feux. Un vaste camp retranché à été établi du côté de l'ouest, côté qui regarde la Lombardie. Il s'étend sur-