LES FRANÇAIS A FLORENCE
J'abandonne exceptionnellement dans ce chapitre le terrain plus spécialement militaire pour me placer sur un terrain plus particulièrement politique. En effet, la marche du cinquièine corps à travers l'Italie centrale se lie trop étroitement aux révolutions successives des duchés de Toscane, de Parme et de Modène, pour qu'en suivant ce corps dans ses évolutions diverses on ne se heurte pas à chaque pas à des questions d’un ordre purement diplomatique qui naquirent au début de la guerre et qui ont survécu à la conclusion de la paix, puisqu'elles forment le nœud des difficultés actuelles. A l'heure où j'écris ces lignes, le traité de Lurich, qui a régularisé la convention de Villafranca, dont ; je vais parler dans le chapitre suivant, est signé. Mais ce traité a posé, sans le résoudre, sun triple problème né des événements qui ont surgi dans les trois duchés que je viens de citer, dans les Légations et les Romagnes, pendant la campagne de Piémont et de Lomb:rdie. Ce triple problème, le voici :
Les anciennes dynasties qui régnaient à Florence, à Parme et à Mo-
dène, au moment où a éclaté la guerre d'Italie, seront-elles restaurées sur leur trône? ou bien les possessions de ces familles ducales seront-elles annexées, avec ou sans le territoire des Légations et des Romagnes, au royaume-de Piémont déjà augmenté de la province de la Lombardie? ou bien enfin formeront-elles un royaume indépendant et séparé, qui serait celui de l'Italie centrale, placé entre le royaume de l'Italie du nord, appartenant à la maison de. Savoie, et le royaume de l'Italie du midi, appartenant à la famille de Bourbon? Telle est la question.
Cette question, je l'aborderai sommairement, comme j’aborde toute grande question politique, avec une complète méénetie d'esprit et de caractère et une franchise absolue d'expression et d'idée, disant ce que je pense, sans me demander ce qu'ailleurs on peut penser sur les mêmes choses et sur lès mêmes personnes. Mais, avant tout, historien impartial et véridique, je dois raconter les faits tels qu'ils se sont produits,
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 957 tels qu'ils se sont passés, tels enfin que les constatent les documents officiels et authentiques.
D'une extrémité à l’autre extrémité de la Péninsule italique, dès le mois d'avril, les populations pressentaient les événements qui allaient se produire dans le nord de l'Italie. On.a vu déjà quelles étaient les disposi- -tions d’esprit du peuple et de la noblesse de Florence, quels sentiments les animaient, lorsque j'ai dépeint l'enthousiasme et le patriotisme des volontaires italiens abandonnant leurs familles et leurs foyers pour servir
la patrie commune, et s’enrôlant volontairémént, accompagnés par les vœux et les espérances de leurs concitoyens.
Florence avait suivi le mouvement universel qui associait toute l'Italie centrale à la cause de l'indépendance pour laquelle le Piémont allait combattre. La Toscane tout entière était impatiente de servir cette cause sacrée avec efficacité. La noblesse, le peuple et l’armée s’unissaient dans une'même pensée de haine contre l'influence autrichienne que la dynastie de Lorraine représentait et subissait à la fois depuis plus d’un siècle: On n'agissait pas encore; on osait à peiné parler. Mais déjà les sourds frémissements de la foule présageaient une explosion qui n'attendait ES éclater qu’une occasion favorable, qu’une heure propice. |
Le bruit s'était répandu que l'Autriche avait adressé au Piémont une sommation insolente et que le délai fixé dans cette sommation expirait le 26 avril, dans la soirée. Le lendemain, 27, dans la matinée, raconte le Monileur toscan du 28 avril, une foule de personnes de toutes les classes se rassemblèrent sur la vaste place de Barbano avec des drapeaux tricolores, en criant : Vive la guerre! vive Victor-Emmanuel ! vive l'indépendance! Les deux forteresses de Saint-Georges et: de Saint-Jean arborèrent aussi le drapeau tricolore, qui fut salué avec tout l'appareil militaire.
Le grand-duc régnant fit alors appeler don Neri Corsini, marquis de Lajatico, qui lui représenta respectueusement les besoins de la situation, exigeant d'abord l’abdication de Son Altesse Impériale. Le grand-duc convoqua alors le corps diplomatique, auquel il déclara qu'il ne pouvait condescendre à ce qu'on lui demandait, et termina en exprimant le désir que tous les ambassadeurs voulussent pourvoir à sa sûreté et à celle de sa famille, afin qu'il pût avec elle quitter le sol de la Toscane. Tous les ambassadeurs, et surtout le ministre de Sardaigne, en donnèrent là promesse, bien que la situation de la ville ne présentât aucun danger.
. Quand on eut connaissance de l'inutilité des démarches qui avaient été faites, la multitude, accompagnée de militaires de toutes armes et des élèves des écoles militaires, parcourut paisiblement la ville avec des drapeaux tricolores. Cependant la plus grande partie de la milice resta dans
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358 ÉTPA UE CON PÉDÉREE léS édsérmée] BE Aux Vois de la discipline! West à remarquer qu'aucunr dfapéhu' né fat” porté pat a fouté Hans le voisthage dur palais do nésidenco a pe il s'en rduvatt Ut granid nviibré/Sous” les fonéties dir palais du’ dt de France, 6ù l'én’ poussait és éris de Vivé la France ? vive Napoléon 111! Ce ministre remercia les Toscans des sympathies qu'ils manifestaient pour Sa Majesté l'Empereur des Français et pour la France, et les exhorta à maintenir l'ordre et là tranquillité qui sont si conformes au caractère doux et poli des Toscans. Et en effet la multitude passa devant le palais de la légalion autrichienne, voisin de celui de France, sans prononcer aucune parole ou commettre un =ete indigne d’un peuple civilisé. De H, la foule se rendit au palais de l'ambassadeur de Sardaigne, qui lui adressa des paroles de modération; puis elle se dissipa.
Vers six heures du soir, le grand-duc ét sa famille, accompagnés jusqu'à la frontière par le corps diplomatique, traversèrent la foule silencieuse et prirent la route de Bologne.
Le pays élant resté sans gouvernement, le cobsei prier de Florence s’est fait, comme dans d'autres circonstances semblables, le fidèle interprète des vœux universels, et, reconnaissant la gravité de la situation, il a nommé un gouvernement provisoire, ainsi qu'ilrésulte des actes suivants :
« Concitoyens,
« Le conseil municipal de Florence, apprenant que le grand-duc à quitté le territoire toscan sans avoir fait connaître aucune disposition relative à son absence, et comprenant en un moment aussi grave toute la nécessité de prendre une résolution de prévoyance qui $oit de nature à prévenir les maux qui pourraient résulter de l'absence même momentanée de l'action gouvernementale, a nommé par délibération de ce jour
un gouvernement provisoire, composé du chevalier Ubaldino Peruzzi, de
l'avocat Vincenzo Malenchini et du major Alessandro Danzini. « Palais municipal de Florence, le 27 ayril 1859, sept heures et demie du soir, |
* « Pour le gonfalonier : | H étroite « Déso Nu, pre emier prieur. »
ne SPEsE pas ga as er a ce ee provisoire publiaient la proclamaion suivante :
« fobous. | | | nes | «Le grand-duc et son gouvernement, au lieu de satisfaire aux justes
B'ATAUIE CONEÉDÉR ÉE 4 désirs manifestésde:tant dermanières et depuis si longtemps parle pays; asalindonnéàluirméme, Dans celte situation, Ficheuse, le gonseil munir cipal-de-Florente; seul vestige sybsistant de L'antorilé, s'est réuni cxtr Qu dinairement en vue-de pourvoir à Ja nécessité impérieuse qu'il y a den pas laisser la Toscane sans gouvernement, el a nommé les personnes cidessous désignées pour l’administrer provisoirement.
« Toscans ! nous n'avons accepté ce grave fardeau qu'en attendant que
Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel puisse pourvoir au gouvernement de
la Toscane et le mettre en mesure de concourir efficacement à la déli-
vrance du pays. |
«Nous nous confions à l'amour de la patrie italienne qui anime notre
pays-et par lequel l'ordre et la tranquillité seront conservés. Ce n'est
qu'avec l'ordre et la discipline qu’on parvient à régénérer les nalions et à être vainqueur dans les batailles.
« Florence, 27 avril 1859.
« Chevalier Upazmino Peruzzt, VincEnr MaAcexcmnr, major ALEXANDRE DaNzINI.»
Ce même gouvernement prit les dispositions générales dont voici les principales :
« Les lois et règlements en vigueur sont conservés; les décrets et les actes du gouvernement seront signés par les trois personnes qui le composent : MM. Ubaldino Peruzzi, Vincenzo Malenchini, Alessandro Danini. | … « Tous les fonctionnaires publics seront maintenus à leur poste.
«M. Celestino Bianchi est nommé secrétaire RD du gouvernement provisoire.
« Les sentences el arrêts des tribunaux de l'État, les actes des notaires porteront en tête l'indication de « gouvernement provisoire, » au lieu de = « Léopold I, etc. » |
« L'avocat Corsi est nommé préfet de Florence.
« Le marquis Bartolommi est nommé gonfalonier de la ville de Florence.
« Le général Ulloa est nommé général en chef de l’armée toscane.
« L'engagement volontaire est ouvert en Toscane. »
Le grand-duc régnant, qui s’exilait de sa propre volonté, refusant de conduire les Toscans contre l'Autriche, refusant avec la même opimiâtreté d'abdiquer, s'appelait Léopold 11, prince impérial, archiduc d'Autriche,
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née 17970 aVhrt lsuccEdE À Son perd Ferdinand Ml}, devenu grand-duc de TéSéane! du clef de son pere LébpotdI" doit iPétait/le fils puiné Lébpold L* étant devéiu} par là mort déson/frérés Joseph décidé sans héfiticrslempéretrd Aitriéhé, avait dulaiésér le g'ind-duéhé de Toscane à son second fils, en vertu de l'acte de 1763. Cet acte avait décidé que le grand duché de Toscane appartiendrait au second fils de François-Étienne, qui de duc de Lorraine était devenu grand-duc de Toscane, et qui de grand-duc de Toscane devint empereur d'Allemagne, du chef de sa femme Marie-Thérèse. À dater de ce jour, le grand-duché de Toscane resta dans la maison d'Autriche, à la condition de ne jamais être réuni à l'empire.
Léopold II était donc le quatrième grand-duc de Toscane, issu de la ige actuelle de la maison d'Autriche, tige qui par les hommes appartient à la dynastie de Lorraine, et qui ne descend de la race des Hapsbourg que par les femmes. | LAURE
Après la fuite et la défection de Léopold IT on pouvait craindre des désordres, mais la sagesse de la population sut préserver cette pacifique révolution de tout excès qui püût la souiller, et, secondé par le patriotisme de leurs concitoyens, les membres du gouvernement provisoire surent pourvoir immédiatement à la sûreté intérieure et extérieure de la Toscane. | | | |
On vient de voir que le gouvernement avait confié le commandement de l’armée au général Ulloa, qui, parti de Paris en toute hâte, à la première nouvelle de la révolution de Florence, arrivait le jour même de sa nomination dans cette-ville et recevait, deux jours après, le titre de lieutenant général. ù
Girolamo Ulloa est né à Naples en 4810 ; sa famille le destinait à la carrière des armes; il fut reçu le premier à la Nunziatella, l'école polytechnique de Naples, et il en sortit le premier en 1831. Arrêté en 1855, pour n’avoir point révélé un complot dont il avait eu connaissance, il ne put reprendre du service que plus tard, et on le retrouve lieutenant en 1837, capitaine en 1845. Depuis cetle époque jusqu’en 1848, il se distingue par ses ravaux stratégiques, et montre dans l'étude théorique de l’art militaire cette ardeur qu'il devait plus tard déployer pour le service de la cause de l'Italie.
Lorsque les événements de 1849 éclatent, il demande un congé de Six mois, dont il veut profiter pour rejoindre, à la tête d'un corps de volontaires, ses frères de la haute Italie, qui se sont soulevés contre leurs op presseurs. Mais le roi Ferdinand projette, lui aussi, une expédition contre l'Autriche, et Ulloa est nommé lieutenant du général en chef; c'est lui ‘en réalité qui dirige les troupes en l'absence du général alors malade. Comme
L'ITALIE RON FÉDÉRÉE | 26k on le:saitscelte expéditionn:eut.pointde suites 5.00 fat alors;que Ginolamo se jeta dans, Venise; ofil conquit,suceessixement {pus les grades, jusqu'à celui degénéral;ià da, pointeide:son, épée, omaiiete à FORROHL une-réputation méritée. de, vaillance ce fut surtont la défense. héroïque, que, le 27 avril 1849, dans le fort Malghera il soutint, un mois entier, à la tête de deux mille cinq cents hommes contre dix-huit mille.
‘Quand enfin il fallut céder, quand les maladies et la famine obligèrent les malheureux Vénitiens à se rendre, Ulloa resta l'un des derniers sur la brèche. Depuis 4849 il habitait la France, et occupait les loisirs que lui avait créés l'exil à des travaux, à des publications stratégiques et militaires qui lui ont valu un rang des plus honorables comme écrivain. On lui doit, entre autres ouvrages, une Histoire de la Guerre de l’Indépendance italienne. | | RES
Le premier acte du général Ulloa fut d'adresser à l'armée toscane une proclamation ainsi conçue :
- «Soldats toscans! vous ne pouvez pas demeurer l’arme au bras quand le canon tonne peut-être déjà en Italie contre l'Autriche. Comment les braves de Curtatone pourraient-ils ne pas accourir à l’appel des héros de Pastrengo, de Goïto et de la Tchernaïa : Soldats toscans, accourez grossir l’armée du très-brave et loyal Victor-Emmanuel : elle n’est plus seulement l'armée piémontaise, elle.est l'armée de l'Italie: Mêlez-vous aux Piémontais et aux enfants de la généreuse France sous le drapeau tricolore, sous cette bannière que nous arborons pour soutenir les luttes de la commune indépendance. Réunissons-nous tous, des Alpes aux deux mers ; serrés en phalanges, nous serons forts, nous serons invincibles : discipline, courage et constance, et le Dieu des victoires sera avec nous ! En avant donc ! Vive l'Italie! 3 tr
« Florence, le 98 avril 1839. | Si | ( « Le général en chef,