‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 120 sur 134 · RENTRÉE DES TROUPES · texte numérisé non relu

RENTRÉE DES TROUPES

Une ville de guerre, ville de tentes, ville pittoresque et animée, qui fut péndant une semaine entière un lieu de pèlerinage pour les habitants de Paris, avait été improvisée à Saint-Maur, aux portes de la capitale. C'est là qu’étaient campées les troupes de la garde impériale et celles qui devaient représenter les premier, second, troisième et quatrième corps de l'armée d'Italie, dans la journée du 1% août, choisie pour la rentrée solennelle des vainqueurs de Magenta et de Solferino.

Dès la veille de cette journée de triomphe, Paris avait un aspect d'une animation extraordinaire, d’un mouvement indescriptible. Accourues de tous les points du pays, des populations innombrables se pressaient dans les rues et sur les boulevards, qui pouvaient à peine contenir cette foule joyeuse. On eût dit que, tressaillant du même enthousiasme, la France entière avait voulu saluer le retour de ses enfants victorieux.

Le gouvernement, la ville de Paris, les particuliers, avaient rivalisé de zèle pour déployer sur le passage de l'armée d'Italie les trophées, les colonnes et les ares de triomphe : à chaque fenêtre flottaient des drapeaux et des bannières ; à chaque pas des inscriptions rappelaient les plus nobles souvenirs.

Mais la véritable décoration de cette fête, celle que tous les yeux attendaient, ce sont les drapeaux déchirés par les balles, ce sont les habits portant la trace de glorieux services, ce sont ces soldats, ces officiers trempés par le feu des batailles, ce sont ces héroïques mutilés qui arrachaient des larmes et des bravos sur leur passage, ce sont ces amis, CES frères, dans lesquels la France se contemplait et s'aimait, parce qu'on retrouvait en éux sa vivante image. |

La diane avait battu au camp de Saint-Maur le matin à trois heures et demie ; les différents corps de l'armée s'étaient mis en mouvement, afin de se masser selon l’ordre prescrit pour leur entrée dans Paris.

Dès la pointe du jour, la foule avait commencé à se répandre à travers les rues et les boulevards, et prenait place sur le passage de l'armée. A sept heures, les trottoirs contenaient déjà une haie serrée ; les fenêtres,

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