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L'ITALIE CONFÉDÈRÉE 87
ment les traités qu'elle ne respecta jamais. Ainsi subsiste tout entier le droit de la nation, et je puis en pleine conscience me libérer du serment fait sur la tombe de mon magnanime père. Saisissant les armes pour la défense de mon trône, la liberté de mes peuples, l'honneur du nom italien, je combats pour le droit de la nation entière. Ayons confiance en Dieu et en notre concorde ; ayons foi dans la bravoure des soldats italiens. dans l'alliance de la noble nation française, en la justice de l'opinion pu blique. Je n'ai pas d'autre ambition que celle d’être le premier soldat de l'indépendance italienne.
« Vive l'Italie!
« Vicror-Emmanue. »
Un décret d'amnistie, qui s’étendait à tous les crimes et à tous les délits politiques, sans exception, accompagnait cette proclamation. La clémence est sœur de la bravoure. |
Victor-Emmanuel IL allait prendre le commandement en chef de son armée. Pendant son absence, qui pouvait être longue, il fallait que le gouvernement du royaume fût confié à des mains sûres et fermes : il avail désigné, par un décret en date du 26-avril 1859, pour le.suppléer dans l'administration du pays, avec le titre de lieutenant général du royaume,
son cousin le prince de Carignan. Voici le texte de ce décret :
« Sur le rapport du président du conseil des ministres, et le conseil entendu, avons ordonné ce qui suit :
« Notre bien-aimé cousin prince Eugène de Savoie-Carignan est nommé notre lieutenant général durant notre absence de la capitale. Il pourvoira en notre nom, sur le rapport des ministres responsables, aux affaires courantes el aux choses d'urgence, signant les décrets royaux qui seront contresignés et certifiés en la forme ordinaire, 1] veillera à ce que les affaires d'une grave importance soient examinées.
€ Ordonnons que le présent décret, revêtu du sceau de l'Etat, sera inséré au recueil des actes du gouvernement.
« Donné à Turin, le 26 avril 1859,
« Vicron-Emmanuez. »
C'est en vertu des pouvoirs extraordinaires qui lui étaient confiés par ce décret que le prince de Carignan suspendit aussitôt, dans tout le Piémont, la liberté de la presse, prescrivit le cours forcé des billets de la banque nationale de Turin, et prit successivement toutes les mesures de sûreté que commändait la gravité de la situation. -
dites —————
ss L'ITALIE CONFÉDÉRÉE
Le 27 avril 1859, Victor-Emmanuel 1[ se rendait solennellement à la cathédrale de Turin, entouré de tous les membres de la famille royale, de tous les sénateurs, de tous les grands dignitaires et des hauts fonctionnaires de l'État. L'ambassadeur de France s’y trouvait aussi mêlé à la foule des fidèles qui remplissait la maison de Dieu. Là, avec toute la pompe des cérémonies du culte, le clergé appela la bénédiction du ciel sur les armes piémontaises.
On a prétendu que les princes de l’Église, qui sont en même temps sujets du roi de Sardaigne, n'étaient pas animés de ces sentiments de patriotisme que l'épiscopat de France tout entier a manifestés, dès le début de la campagne de 1859, par ses mandements et ses prières.
On a certainement calomnié ces princes de l’Église en leur supposant des pensées d'opposition qui n'étaient ni dans leur cœur ni sur leurs
lèvres. Eux aussi partageaient l'enthousiasme de la nation; eux aussi
admiraient l'héroiïisme du roi : j'en trouve la preuve éclatante dans un mandement de l'archevêque de Gênes dont voici le texte :
« Gênes, 30 avril.
«Très-Révérend, à la veille de la formidable lutte qui se prépare, et avant que le canon des batailles nous annonce le choc des armées qui
vont s'aborder, vous comprendrez aussi bien que nous, nos chers coopé
rateurs, le besoin d'invoquer, sur la personne bien-aimée de notre monarque, sur nos braves soldats, sur ceux de notre puissant allié et sur les illustres chefs qui les commandent, l'assistance et la protection du ciel.
« Le sort des batailles, vous le savez, n’est jamais exclusivement dans les mains des hommes ; il ne dépend pas seulement de l’habileté des chefs n1 du nombre et de la bravoure des combattants; les plus grands capitaines, en tous temps, l'ont volontiersconfessé ; il dépend principalement de Celui qui ne porte pas en vain le titre de Dieu des armées, de Celui qui régit d'une manière suprême les destinées des empires et qui donne la victoire, selon son bon plaisir, à ceux qui en sont dignes. Qui non secundum armorum potentium, sed prout ipsi placet, dat dignis victoriam (Machabées, 11, 15). |
« Remplis de cette foi dans la divine Providence, les princes de Savoie, aussi illustres par leur esprit religieux que par leur valeur, ont toujours tenu à honneur d'invoquer l'assistance du ciel dans de semblables conjonctures, de même qu'ils n'ont jamais manqué de lui rendre grâces de l'heureuse issue de leurs entreprises.
« Fidèle aux nobles traditions de ses ancêtres, le roi Victor-Emma-
nuel IL s’est, comme eux, prosterné au pied des autels, avec tout le grand corps de l'État, avant de sortir l'épée du fourreau pour la défense de la patrie. S'il est jamais advenu que le Roi des batailles ait eu à régler de hauts et graves intérêts, et si les destinées du pays ont dû jamais dépendre des chances des combats, c'est assurément aujourd'hui qu'ils vont être soumis à cette épreuve.
« Adressons done de ferventes prières au trône du Dieu des armées pendant que nos troupes combattront pour la défense et pour la gloire de la patrie. Chers coopérateurs, engagez les fidèles commis à votre sollicitude à élever, à l'exemple de Moïse, leurs mains vers le ciel, afin que Dieu daigne assurer la victoire à nos armes, et, conservant le roi à l'amour de son peuple, nous mène le plus vite, et avec la moindre effusion de sang possible, à une paix aussi honorable que solide. A cette fin, nous vous invitons à faire pendant trois jours, dans chacune de vos églises paroissiales, aussitôt la présente reçue, les prières indiquées dans le Rituel
romain pro tempore belli, et d'y ajouter, à la bénédiction comme pendant
la messe, jusqu'à nouvel avis, si le rite le permet, les oraisons pro tempore belli et pro rege. En vous donnant la bénédiction pastorale, nous nous disons, avec des sentiments de véritable estime, votre tout dévoué frère.
«+ Axoré, archevêque. »
Le roi de Sardaigne avait pourvu au gouvernement du royaume; il avait appelé la protection de Dieu sur ses peuples : c'était le 1% mai 1859. I quitta la capitale de ses États, entouré de son état-major général, accompagné, jusqu'à la gare du chemin de fer, par les vœux et les acclamations d’une population enthousiaste, et il partit pour Alexandrie, d'où il se rendit ensuite à San Salvatore, où était le quartier général de l'armée sarde, dont voici l'organisation et la composition :
Les forces générales du Piémont rendues mobilisables pour la campagne de 1859 étaient d'environ cent mille hommes, qui ont fourni une armée active de cinquante mille hommes, répartis, en vertu d'une ordonnance royale du 22 avril 1859, dans cinq divisions d infanterie el une division de cavalerie.
Le roi Victor-Emmanuel IF était le général en 1eNef de l’armée piémontaise. "
Le lieutenant général della Rocca, aide de camp du roi, occupait le poste de chef d'état-major.
Cette armée comptait une division d'infanterie de réserve, une aile droite, une aile gauche et une division de cavalerie de réserve. -
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Le roi Victor-Emmanuel IT avait aussi emmené avec lui son ministre de la guerre, le lieutenent général Alphonse de la Marmora.
- Le général Alphonse de la Marmora, qui devait occuper une situation active, à la tête d’une partie de l’armée sarde, remplissait également, auprès de son roi, un poste qui équivaut, à peu près, aux fonctions de major-général dans l’armée française.
On a vu que l'infanterie était répartie dans cinq divisions.
Ces cinq divisions d'infanterie se subdivisaient en dix brigades, savoir :
1° La brigade de Sardaigne, autrefois brigade des gardes, pe RAM les 1°".et 2° régiments de grenadiers ;
2° La brigade de Savoie, exclusivement Éeiritès dans la province dont elle porte le nom, et formant les 1° et 2° régiments d'infanterie de ligne :
3° La brigade de Piémont, composée des 5° et 4° régiments d'infanterie de ligne, et recrutée dans toutes les parties du royaume, comme celles qui suivent ;
# La brigade d'Aoste, composée des 5° et 6° régiments d'infanterie de signes
> La brigade de Coni, Per des 7° et 8° régiments d'infanterie de ligne ; ;
6° La brigade de la Reine, composée des 9° et 10° tente d'infanterie de ligne ; :
T La brigade de Casale, composée des 11° et 12° régiments d’infanterie de ligne ;
8" La brigade de Pignerol, composée des 13° et 14° régiments d'infanterie de ligne;
9° La brigade de Savone composée des 15° et 16° régiments d'infanterie de ligne ;
10° La brigade d’ Acqui, composée des 17° et 18° régiments d'infanterie de ligne.
Ces vingts régiments d’ een portent le pantalon gris et la tunique bleu foncé. Ils comptent tous quatre bataillons : trois bataillons de guerre etun bataillon de dépôt, recrutés d'après le système militaire de la France.
A ces vingt régiments, il faut ajouter le corps des bersaglieri qui sont les tirailleurs de Vincennes de la Sardaigne. Le corps des bersaglieri est un des plus anciens dans ce genre de toutes les armées européennes ; 1l a été formé sur le modèle des chasseurs tyroliens de l'Autriche par Alexandre de la Marmora, mort en Crimée avec le grade de général sarde.
C'esten voyant manœuvrer le bataillon que cet officier formait à Turin qu'un des princes d'Orléans eut l’idée d'utiliser cette création pour
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