‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 44 sur 134 · LE MONTEBELLO DE · texte numérisé non relu

LE MONTEBELLO DE

Ceux qui, partant de Plaisance, se rendent à Alexandrie par la route de Voghera, ont à leur droite une immense plaine sans ondulation de terrain, unie comme Ja surface d’un lac, couverte de champs de blé et de champs de vigne ; on y voit aussi de vastes prairies coupées de canaux et de dérivations, sillonnées de digues élevées, humides et marécageuses. |

Ces mêmes voyageurs ont, à leur gauche, un pays tout raviné, couvert de montagnes escarpées et arrosées par un grand nombre de cours d’eau qui se jettent dans le Pô. Deux de ces affluents, le Versa et le Seuro-Passo, coulant au nord, limitent une hauteur escarpée de quatre mille mètres de largeur, qui sert de base au bourg de Stradella, situé à vingt kilomètres de Plaisance et à quatorze kilomètres de Pavie. À la date du 20 mai 1859, Stradella était occupé par des forces autrichiennes.

Capitale de la province de ce nom, Voghera est une charmante ville de quinze mille habitants, ayant une magnifique rue du nom d’Amelia, et située au centre d’une plame couverte, dans la saison des récoltes, de müûriers, de blés et de vignes. C'est là qu'à cette même date du 20 mars ‘1859 le général Forey se trouvait avec sa division, tout près du quartier général du premier corps de l’armée d'Italie. |

En deçà de Stradella, dans la direction de Voghera, la route quitte la direction est-ouest, et, s’éloignant du Pô, se dirige au sud-est, en continuant à côtoyer les montagnes, jusqu'au point où elle traverse le Coppo.

C'est à ce point que se trouve Casteggio, à trois kilomètres de Stra-

della. Ce bourg se trouve sur la rive droite de la rivière, au pied de l'un des nombreux contre-forts que la chaîne des Apennins jette dans la vallée du P6. Ce contre-fort est cel qui, s’avançant sur Stradella, serre, après l'avoir dépassée, la route contre le fleuve, pour former un défilé de quelques lieues, bordé, à droite, par des terrains marécageux, à \pogià par les crêtes des montagnes.

Casteggio est donc sur le chemin que suit ce défilé; en même temps, il est relié à Pavie par une route qui traverse le Pô sur un pont de bateaux.

Dans les parties basses, cette même route est construite sur une digue élevée, de trois mille mêtres de longueur.

Les dernières maisons de Montebello bordent, à mille mètres de Casteggio, la route de Stradella à Voghera. Bâti sur une colline escarpée, ce bourg a l'air de se balancer fièrement dans l’espace. Construites en grosse maçonnerie, les demeures de ses habitants ressemblent à de petites ciladelles, et forment une rue qui se dirige au sud en longeant la crête des hauteurs. À neuf cents mètres de la route, on trouve, à l'extrémité sud de cette rue, l’église; c’est à l'extrémité nord, contre la route, qu'est placé le cimetière. | | |

Toujours dans la même direction, de Stradella à Voghera, en s’avançant encore plus du côté d'Alexandrie, on traverse le Fosso del Gambero, au hameau de Ginestrello, qu'on rencontre à gauche de la route, dans le bas du coteau, à dix-huit cents mètres de Montebello.

Entre Montebello et Ginestrello, trois chemins de terre relient la ar au village : l'un, qui part du hameau, le borne par son extrémité sud; le second aboutit à l'église ; le troisième conduit au centre du bourg.

En quittant Ginestrello, la route se.redresse à l’ouest, traverse, à huit cent mètres de ce hameau, le Fossagazzo, où elle cesse d’être bordée par lés montagnes et où devait commencer le combat du 20 mai 1859. Enfin une route empierrée et une voie ferrée relient Stradella à Voghera; la voie ferrée longe à droite la route empierrée; mais, à Montebello, la première se trouve éloignée de la seconde d'environ mille mètres.

Si on a bien saisi la topographie de ce coin du Piémont, qui touche à la Lombardie et au Parmesan, au pied même de la chaine des Apennins, on doit comprendre la force de la position qu ‘occupaient, sous les ordres du général comte de Stadion, les six brigades autrichiennes qui ont sopne sur le champ de bataille de Montebello, dans la journée du 20 mai.

De ces six brigades, trois appartenaient au corps même du comte ne Stadion. Les trois autres appartenaient, l’une au corps de Lichtenstein, l'autre au corps de Benedeck, la dernière au corps de Wimpfen. Ces brigades formaient un ensemble de vingt-quatre mille combattants. La division Forey, seule engagée dans l'affaire de Montebello , comptait à peine six mille hommes, renforcés d'un petit corps de cavalerie piémontaise.

Les Autrichiens avaient donc tous les avantages, celui de la stialion et celui du nombre; celui de la situation est non moins incontestable que celui du nombre, car les plus grandes autorités ont depuis longtemps signalé la position de Montebello comme une admirable position d'attaque

et de défense pour fermer la route de la Lombardie à une armée renfermée dans le Piémont.

En effet, si l’on veut embrasser d'une façon plus générale et plus étendue la (topographie de cette contrée, il convient d'y examiner le mouvement de la chaîne des Apennins ; alors on voit que, par suite du contour qu'elle forme pour embrasser le golfe de Gênes, elle remonte au nord et projette, comme je viens déjà de l'indiquer, dans la vallée du Pô, des contre-forts qui serrent le fleuve de près, depuis la position de Stradella jusqu'aux environs de Plaisance. | |

Dans toute cette partie du Piémont et du Parmesan, le pied des hauteurs se rapproche du fleuve, au point de ne laisser à la grande route de Plaisance qu’une place très-étroite. Aussi, une armée placée en arrière de Stradella, à l'entrée du défilé, long de plusieurs toises, que j'ai déjà signalé, la gauche sur les hauteurs, le centre sur la route, la droite le long du PÔ et des terrains marécageux qui le bordent, se trouve admirablement placée pour la défense, d'autant plus que les villages qui bordent cette ligne sont tous bâtis, comme celui de Montebello, en grosse maçonnerie, et peuvent résister aux atteintes de l'artillerie.

Telle est l'opinion de M. Thiers sur les avantages de cette position, qu'occupait l'armée française le 9 juin 1800, lorsqu’elle remporta sur les Autrichiens la célèbre bataille de Montebello, qui valut plus tard au maréchal Lannes l’honneur de porter ce nom, une première fois illustré par nos armes, avec le titre de duc, créé à son profit, en souvenir de cette glorieuse journée. Cette apinion est aussi celle de tous les écrivains militaires versés dans la science de la stratégie; enfin c'était celle de Napoléon [”, qui, n'étant alors que le consul Bonaparte, avait résolu d'attendre les Autrichiens sur ce terrain de combat, sûr de les y vaincre.

Ceux-ci, enfermés dans le Piémont, voulaient en sortir ; Napoléon I" supposait donc qu'ils essayeraient de se frayer un passage à travers l'armée française. Retenu à Milan, il avait donné au brave Lannes des instructions basées sur cette conviction, en lui recommandant de se concentrer d'abord à Stradella, puis de se porter à la rencontre des ennemis le jour où ceux-ci, venant de Gênes, se disposeraient à forcer les lignes de l'armée française. En effet, trois corps autrichiens se présentèrent, le 9, pour forcer la Stradella ; Lannes les attendait en avant des défilés de Casteggio et de Montebello, et, après un combat qui dura de onze heures du matin jusqu'à huit heures du soir, il les mit en pleine déroute. Napoléon arriva sur le champ de bataille au moment où la victoire était décidée.

Cette fois, ce sont les Autrichiens qui occupaient la formidable position

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