‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 45 sur 134 · UE L | M UN NE UE D · texte numérisé non relu

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de ces mêmes défilés, et c'est de cette position, dont ils n'avaient pas su nous débusquer le 9 juin 4809, que nous les avons délogés le 20 mai 1859; ce sont eux qui voulaient nous fermer le chemin de la Stradella et marcher sur Alexandrie, et c'est nous qui manœuvrions comme si nous avions voulu nous rendre de cette ville dans le Parmesan. La victoire de 1859 a donc été remportée dans la situation inverse de celle où avait été gagnée la bataille de 1800, et, dans l’une comme dans l’autre, nous avons su prouver que rien ne résiste à l’élan des soldats français.

Ces deux combats de Montebello ont d’étranges rapprochements. Ainsi, par une singulière similitude de circonstances analogues, pendant que le général Forey battait les Autrichiens à Montebello, Napoléon HT achevait son inspection des environs d'Alexandrie. C’est au retour de sa visite au champ de bataille de Marengo qu'il apprenait le triomphe du général Forev, comme autrefois, à son arrivée de Milan, Napoléon [° apprit le triomphe du maréchal Lannes.

Déjà, dans la soirée du 18, à onze heures, un ou deux escadrons autrichiens avaient cherché à surprendre Casteggio, qui défendait ses barricades. Un escadron de cavalerie piémontaise, qui se trouvait à Montebello, accourut promptement au secours de Casteggio; on sonna le tocsin, et les Autrichiens furent obligés de battre en retraite. |

Le lendemain, dans la matinée, l'ennemi revint vainement à la charge; il fut encore forcé de se retirer.

Dans cette dernière rencontre, les Piémontais tuèrent un officier autrichien et blessèrent quelques soldats ennemis.

Enfin le 20, à onze heures du matin, on entendit à Montebello un grand coup de canon : c’étaient encore les Autrichiens, qui, revenant sur

leurs pas, donnent l'assaut aux barricades de Casteggio et réussissent enfin à les renverser.

Cette fois, l'ennemi était en grande force, parcourant Casteggio et s'avançant vers Montebello, en s'emparant des positions qui avaient été abandonnées par l’escadron de cavalerie piémontaise, établi dans ce poste et occupant cette ligne jusqu'à Ginestrello.

C'était le prélude de la seconde bataille de Montebello. Voici comment s'est engagée cette seconde bataille.

. C'était le 20 mai, dans la matinée ; des officiers français, envoyés en exploration du côté de Casteggio, revinrent à Voghera avertir le général Forey qu'un corps d'Autrichiens, dont ils ignoraient la force, s'avancait sur Casleggio.

Bientôt on sut que cette colonne autrichienne, ayant du canon, occupait Casteggio et repoussait de Montebello les grand’ gardes de cavalerie |

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 25 piémontaise. D'après le pittoresque récit d'un officier, voici de quelle manière la première alerte fut donnée dans le camp français. FU. = Ilétait onze heures du matin; celles de nos troupes qui campaient, à

deux portées de fusil, en avant de Voghera, déjeunaient, assises en rond, par escouade, autour d'une large marmite où quelques tranches de lard nageaient dans un bouillon copieux, mais léger. Tout à coup, on entendit des décharges de mousqueterie qui venaient des hauteurs de Casteggio.

On se lève avec rapidité, on écoute, on regarde ; de nouveaux coups de* fusil retentissent dans la même direction. On saute sur les armes et on attend. Cependant les coups de feu semblaient se rapprocher, sans qu'on ” pût rien apprendre de ce qui se passait.

Soudain le Qui vive? des sentinelles avancées se fait entendre; il est répété par les grand'gardes ; puis un cavalier lancé au galop, tête nue, couvert de sang et de boue, passe, rapide comme l'éclair, en criant : Aux armes ! les Autrichiens ! C'était un officier de cavalerie piémontais ; couché sur les crms de son cheval, il lui labourait les flancs à coups d’éperons ; son sabre nu pendait au poignet droit. Il disparut au tournant du chemin, courant à bride abattue vers Voghera.

Cinq minutes après, les clairons sonnaïent le rappel au camp, et le général Forey, accompagné de trois aides de camp, partait ventre à terre dans la direction de Ginestrello. Le 17° bataillon de chasseurs parut bientôt, marchant au pas gymnastique.

Averti, en effet, par l'officier de cavalerie piémontais de ce qui se passait à Casteggio, le général Forey s'était immédiatement porté avec rapidité aux avant-postes, sur la route de Montebello, avec deux bataillons du 74° de ligne, qui étaient destinés à relever deux autres bataillons du 84° de ligne cantonnés ‘sur cette route, à la hauteur de la Madura.

En même temps que le général Forey accomplissait de sa personne ce mouvement en avant, il faisait prendre les armes aux aütres troupes de sa division, qui, après s'être réunie en avant du pont de la Staffora, se mit en marche tout entière, ayant en tête la 6° batterie du 8° régiment d'artillerie.

Cependant le général Forey était arrivé à un petit pont construit sur le Fossagazzo. C'est là que se trouvait l'extrême limite des avant-postes de l'armée française. IL fit mettre en batterie une section d'artillerie, appuyée à droite et à gauche par deux bataillons du 84° de ligne, bordant le ruisseau avec leurs tirailleurs.

Le corps d'armée autrichien, placé sous le commandement du comte de Stadion, fort de vingt-quatre mille hommes, était échelonné sur toutes les hauteurs qui dominent la route, dans une position formidable. Ce corps

avait établi sur des monticules ses batteries, qui prenaient nos (troupes en écharpe, pendant que d'autres canons, pointés en face de Gmestrello, balayaient, dans toute sa largeur, la route par où arrivaient les soldats français, qui restaient là entassés, ayant devant eux et au-dessus d'eux une masse d'infanterie et d'artillerie presque retranchée, comme dans une forteresse, dans une situation pouvant passer pour mexpugnable.

Cependant le général Forey apprit qu'ayant poussé de Montebello sur Ginestrello, les Autrichiens descendaient le coteau, se dirigeant sur lui en deux colonnes, l’une par la chaussée de la grande route, l'autre par la chaussée de la voie ferrée. C'est alors qu'il donna l’ordre au bataillon de sauche de couvrir la chaussée de la voie ferrée, et au bataillon de droite dû même régiment de se porter à droite de la chaussée de la grande route, en arrière du 84° de ligne. A la minute même où ce mouvement venait d'être terminé, une vive fusillade s’engageait sur toute la ligne, entre les tirailleurs français et les tirailleurs autrichiens, ceux-ci soutenus par des têtes de colonne qui débouchaïent de Gmestrello.

Notre artillerie ouvrit avec succès son feu sur ces têtes de colonne: mais celle de l'ennemi ne tarda pas à riposter aux coups de canon tirés de notre côté par de nombreuses et foudroyantes décharges. Le général Forey ordonna à ce moment-là à sa droite de se porter en avant.

Nos troupes franchissent alors un fossé qui les sépare de l'ennemi, marchent droit à lui, et arrivent au bas d'un mamelon situé à une petite portée de fusil, à droite de la chaussée de la grande route. Les tirailleurs du 84° de ligne continuent à s'avancer sur la gauche, pendant que les deux armées, s’arrêtant tout à coup, tirent l’une sur l’autre sans faire de mouvement. |

De hauts blés verts et d’épais feuillages de müriers masquaient de ce côté la vue de l'ennemi, qui, après s'être d’abord retiré devant l'irrésislible élan de nos troupes, s'étant aperçu que le général Forey n'avait à gauche de la route qu'un seul bataillon, dirigea contre ce bataillon une forte colonne, contre laquelle allèrent donner quelques-uns de nos tirailleurs ; nos soldats essuyèrent alors un feu terrible.

À ce moment-là le colonel Cambriels, qui commandait ce bataillon, franchit le fossé, et, se jetant au milieu de ses hommes, les entraine par son audace au-devant de l'ennemi, qui est forcé de reculer. Le général Forey a rendu, dans son rapport sur l'affaire de Montebello, une éclatante justice à la vigueur et à la fermeté de ce bataillon, ainsi qu'à l'intrépidité du colonel Cambriels et à l'habileté du général de Sonnaz, qui, à la tête d'un pelit corps de cavalerie piémontaise, a contribué, par d'admirables charges, à repousser un ennemi qui se présentait en forces

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE, 27 supérieures. Seulement, il s'est oublié lui-même, et il a négligé de dire son calme et sa bravoure à toute épreuve dans cette circonstance. D'abord exposé à une épouvantable grèle de balles et de boulets, qui passaient en sifflant dans les arbres fracassés pour aller tuer nos artilleurs eñ labourant la terre, il est resté sur la route, sans prendre garde au danger qu'il courait, puis il s'est élancé à son tour au-devant de la mitraille, payant de sa personne comme un simple soldat, sans cesser de Lout voir, de parer à tout et de donner tous les ordres nécessaires pour assurer la victoire.

Il y eut là, près de Ginestrello, une minute d’anxiété cruelle ; nos pièces étaient démontées, nos canonniers étaient décimés, nos chevaux tombaient les uns après les autres, râlant sur le sol. C'est alors que le général Forey, merveilleusement secondé par le colonel Cambriels et par le général de Sonnaz, parvint à maintenir la position de façon à donner au général Blanchard le temps de le rejoindre avec le 98° de ligne et un bafaillon du 94° de ligne.

A peine arrivé sur le théâtre du combat, le général Blanchard reçut l’ordre d’aller relever le bataillon du 74° de ligne chargé de défendre la chaussée de la voie ferrée, et de s'établir fortement à Cascina-Nuova. Le général Forey, n'ayant plus de crainte sérieuse de ce côté, poussa de nouveau sa droite en avant, et s'empara enfin, après une longue et vive résistance, de la position de Ginestrello.

Avant d'obtenir ce premier succès, les alliés avaient traversé une situation des plus périlleuses. Ainsi, les cavaliers piémontais avaient eu à vaincre des obstacles sans nombre pour atteindre les Autrichiens, qui s’étaient formés en carré. Condamné à piétiner dans un sol marécageux et détreimpé par la pluie, franchissant des fossés, évitant des bois et des treilles, le corps du général Sonnaz avait été ainsi forcé de revenir trois fois à la charge avant d'entamer ce carré d'infanterie et de le rompre.

Ce fut l'artillerie qui acheva de mettre le désordre dans les rangs ennemis : elle était restée sur le pont ; le général Forey la fit venir et la fit placer en face du carré des Autrichiens ; ses premières décharges firent reculer l'ennemi. Aussitôt les alliés s’élancent : cavalerie, -artillerie, m- : fanterie, tout marche en avant. Les hauteurs de Ginestrello sont escaladées, et nos troupes débusquent et culbutent avec une ardeur furieuse les colonnes autrichiennes. : |

Au milieu du tumulte des armes et dés bruits de la mêlée, une voix crie joyeusement :

« Général, c’est une nouvelle victoire de Montebello. | Let

— Commencée peut-être, mais il s’agit de l’achever. »

Telle fut la réponse du général Forey, qui, jugeant alors qu'en suivant

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avec le gros de l'infanterie la ligne des crêtes, et la route avec son artillerie protégée par la cavalerie piémontaise, il s'emparerait plus facile- | ment. de Montebello, organisa ses colonnes FsAHAIIE sous les ordres du général Beuret.

Le 17° bataillon de chasseurs à pied, soutenu par les 84° et 74e de

. ligne, disposés en échelons, s’élança sur la partie sud de Montebello, où

l'ennemi s'était fortifié, la baïonnette en avant.

Monté sur le belvédère de la maison qu'il occupait, le général comte de Stadion, voyant nos bataillons grimper la colline avec une fougue inconnue des Autrichiens, commença à douter du succès de la bataille ; il fit diriger son artillerie du côté de Stradella, par un chemin de traverse qui passe derrière Montebello.

Les troupes ennemies essayèrent bien encore de défendre les crêtes d'où elles dominaient l'armée française. Mais, en voyant nos soldats sauter de monticule en monticule, se coucher à plat ventre pour éviter les balles, puis se relever et courir au pas de charge, et surtout en les voyant arriver sur elles à la baïonnette, elles ne se sentirent plus la force de résister : elles firent une dernière décharge de mousqueterie, et prirent la fuite. . |

Cependant tout n'était pas dit encore; le village même était occupé par des Autrichiens retranchés dans des rues barricadées; chaque maison était une citadelle qu'il fallait enlever une à une; on se battait Corps à corps, pied à pied. Les ennemis reculaient, cédaient toujours, mais ne

reculaient et ne cédaient qu'après avoir tiré sur nos troupes.

Chassés du village, les Autrichiens allérent se retrancher dans le cimetière, au bord même de la route, dans un pli de terrain, entre Montebello et Casteggio. Là, toutes les troupes de la division Forey se rejoignirent, ayant repoussé l'ennemi devant elles et jonché le sol de cadavres croates ou tyroliens. |

Au moment où s'achevait la prise du village, le général Forey, se disposant à frapper le coup décisif en attaquant le cimetière, se tourna vers le général Beuret en s’écriant :

« Allons, général, enlevons nos hommes ! »

Ces paroles étaient à peine achevées, que le général Beuret tomba,

frappé à mort, près du général Forey, qui, s’avançant ‘seul à quinze pas

en avant de ses soldats, brave la fusillade, pousse à Casteggio, et, de son

géste, de sa voix, de son exemple, excitant l’ardeur de ses troupes, porte

leur.enthousiasme et leur élan à un degré miraculeux : son courage s’élevait à la hauteur de l'héroïsme.

Ces généreux efforts furent couronnés de succès. Fortement tetmatichés

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 949 dans le cimetière, les Autrichiens ne purent longtemps résister aux vigoureuses attaques des Français; cette dernière position leur fut enfin enlevée à la baïonnette et au cri mille fois répété de Vive l'Empereur!

Il était près de sept heures. Le général Forey fit arrèler les troupes devant le mouvement de terrain sur lequel était situé le cimetière, garnissant la crête avec quatre pièces de canon et de nombreux üralleurs, qui refoulèrent vers Casteggio les dernières colonnes autrichiennes. Mais ces colonnes ne firent que traverser ce village; elles s’en éloignèrent bientôt, n'y laissant qu'une arrière-garde et se retirant par la route de Casatisma. |

Les alliés tuërent à Montebello beaucoup d’Autrichiens par derrière, les poursuivant la baïonnette dans les reins. Un chasseur du 47° bataillon a tué, à lui seul, huit Autrichiens ; sur cés huit fuyards, un seul avait fait mine de se défendre. « Celui-là, disait le chasseur, a au moins eu l’honneur de mourir avec un coup dans le ventre. »

Tous ceux qui ont visité le champ de bataille de Montebello depuis la glorieuse journée du 20 maï sont frappés de la grandeur des obstacles que la division Forey dut surmonter et de l'énergie qu’il lui fallut déployer pour résister aux corps ennemis. Les Autrichiens occupaient tous les points élevés, leurs batteries balayaient la plaine, commandaient les routes, et c'est par les routes et par la plaine que nos soldats arrivérent. |

Chaque position exigea pour ainsi dire une attaque particulière: Les soldats du comte Stadion et du général Braun tiraient de haut en bas, et, sans l'irrégularité et l’hésitation de leur tir, tous leurs coups eussent pu porter. Mais nos officiers suppléèrent, par l'élan et la vigueur, à l’infériorité du nombre et de la position. Les troupes abordèrent résoläment les tiraillèurs qui se développaient dans la plaine, à la gauche du village, et les groupes qui, abrités derrière des vignes ou cachés dans les blés, déchargeaient leurs armes presque à bout portant. L’artillerie autrichienne s'était fait sur un petit coteau, à l’entrée de la ville, une magnifique position; elle fut bientôt obligée de s'éloigner, serrée de près par nos bataillons, et, quand la lutte toucha à sa fin, le coteau était jonché de cadavres.

Les Autrichiens n’emmenèrent aucun prisonnier ; les Français en firent deux cents dans le cimetière, où un corps ennemi, se voyant cerné de tous côtés, fut forcé de se rendre en grande partie. Un simple soldat du 84° régiment de ligne a raconté qu’à lui seul il en fit seize sur les deux cents, parmi lesquels on comptait environ vingt officiers.

La brillanté victoire de Montebello inaugurait, avec autant d'éclat que

de bonheur, la campagne de 1859. Cette victoire, que les Autrichiens ont eu un instant l’extravagante prétention de-s’attribuer, et qu'ils ont saluée à la bourse de Vienne d’une hausse de deux francs, à la grande hilarité de l'Europe entière, avait été gagnée par six mille Français contre vingt-cinq mille Autrichiens.

L'ennemi avait seize pièces d'artillerie; nous n’en avions que quatre. Cependant nous lui avons pris plusieurs caissons ; nous lui avons fait deux cents prisonniers ; nous lui avons mis hors de combat au moins deux mille hommes, et nous n’en avons eu qu'environ sept cents. Mais, si nos pertes n’ont pas été nombreuses, quelques-unes ont laissé de grands vides et de profonds regrets dans l’armée d'Italie. | ;

De l'aveu mème des rapports officiels peu véridiques et très-atténuatifs du feldzeugmeister comte François Giulay, les Autrichiens ont perdu plusieurs officiers supérieurs ; le major Buttner, de l'état-major général, el le major Gantes, du 3° bataillon de chasseurs, ont été trouvés sans vie sur le.champ de bataille; le lieutenant-colonel Spielberg et le major Piers, du régiment de l’archidue Charles, faits prisonniers et signalés comme ayant disparu, sont morts également des suites des nombreuses blessures dont ils étaient criblés.

Enfin le major général Braun avait été grièvement blessé par un simple soldat français ; celui-ci, ayant attaqué le général autrichien, en reçut un coup de feu qui le blessa à l'épaule droite, mais il riposta aussitôt avec succès, et, ayant atteint dangereusement son adversaire, il le dépouilla de tous ses insignes. Ce vaillant fantassin reçut, en récompense de sa belle conduite, la croix d'honneur, que le baron Larrey lui remit au nom de l'Empereur, à l'hôpital sé phér où 1l avait été transporté après la bataille.

On cite de simples soldats qui ont amené chacun jusqu’à seize prisonniers au quartier général du premier corps. Voici un autre trait de Sparliate. Un voltigeur se rencontre en face d’un major autrichien, qui, d'un coup de pistolet, lui casse le bras gauche. Le voltigeur prend avec le bras droit son fusil, s’en sert comme d’une lance, et l'enfonce dans la poitrine du major, qui tombe mort sur le sol. Son vainqueur, qui ne devait pas lui survivre, le dépouille de son shako et de son ceinturon, puis s'affaisse sans vie au bord d’un champ de blé, où on le trouve, serrant avec [orce, de sa main droite crispée, ces trophées, qu'on place avec son ca- | davre sur une civière. |

Le village de Montebello, où le général Beuret devait trouver une mort olorieuse, était défendu par des tirailleurs tyroliens et des régiments des frontières. Quand il a été enlevé à la baïonnette par nos invmoibles

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 221 troupes, il s'y trouvait encore cinq mille Autrichiens appuyés par deux batteries.

Les douze cents fantassins qui allaient vaincre ces cinq mille Autrichiens arrivent avec le général Forey devant le village. Le général Forey les arrête, leur disant : «Mes enfänts, attendez vos camarades ; ralliezvous, reposez- vous. » Là, il y eut un repos de dix minutes. Mais tout à coup survient une pluie de balles autrichiennes. De chaque maison, les Tyroliens tiraient sur nos troupes ; les deux batteries du village vomissaient de la mitraille. Le général Forey saute alors de son cheval, met l'épée à la main, et criant : Aux ennemis ! s'élance suivi des soldats qui l'entourent. i

Déjà lintrépide général Beuret, se multipliant, bravant les balles, le sabre au poing, courait à travers les rues de Montebello, donnant ses ordres, actif et calme, lorsqu'il voit au coin d’une maison, cerné par quatorze chasseurs, un capitaine rouler à terre mortellement atteint d’une balle. 1! vole à son aide ; 11 le relève, mais il ne tient qu'un cadavre qui retombe aussitôt sur le sol.

À ce moment, le général Forey, qui s'avançait, ayant derrière lui un officier d'ordonnance et à ses côtés deux trompettes, entend le général Beuret dire, en parlant du capitaine qu'il avait cru pouvoir sauver : 1l est mort. Tous deux s’abordent, se serrent la main en se disant : Tout va bien. Is font un pas ensemble, échangeant quelques paroles, en suivant du regard cmq Tyroliens qui fuyaient devant eux poursuivis par nos troupes victorieuses.

Soudain ces Tyroliens se retournent avec le courage du désespoir, et,

se voyant perdus, veulent du moins venger leur mort qui devient certaine. Ils tirent; le général Beuret lâche les rênes de son cheval, chancelle et tombe ; il avait,cessé de vivre. Les cinq Tyroliens furent mis en pièces. On pouvait venger le général Beuret, mais on ne pouvait. le rendre à l'armée, qui porte encore le deuil de ce brave officier général. . Georges Beuret était né à la Rivière, dans le département du Haut- Rhin, le 15 janvier 1803. Admis, en 1821, à l’école militaire de Saint- Cyr, il en sortit en 1825 pour entrer avec le grade de sous-lieutenant au 27° régiment d'infanterie de ligne. Il suivit ce régiment en Espagne et en Morée. Ces deux campagnes le laissèrent avec son même grade.

Mais la monarchie de 1830 allait le dédommager des partialités du

gouvernement de la Restauration. Le 27 octobre 1850, il devenait lieute-

nant ; en 1854, 1l était capitaine adjudant-major ; en 1844, il devenait chef

de bataillon au 13° régiment d'infanterie de ligne. Ce régiment fit partie de l'expédition de Rome. En 1849, Georges Beuret passait lieutenant-colonel

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22 | L'ITALIE CONFÉDÉRÉE au 60° régiment d'infanterie de ligne. Après la campagne de Kabylie, le 15 avril 1852, il devenait colonel du 39° régiment d'infanterie de ligne.

Déjà remarqué dans cette féconde campagne de la Kabylie, il se signala surtout dans l’expédition de Crimée à laquelle il prit une part glorieuse. Blessé à l'épaule gauche par un éclat de bombe devant Sébastopol, à la fin de 1854, 1l fut promu, au commencement de 1855, au grade de général de brigade. Le 4 mai de la même année, il était de nouveau blessé à l’attaque principale devant Sébastopol. Pendant le combat de nuit du 22 au 25 du même mois, il se signalait avec tant d'éclat que son nom mérita de figurer avec honneur, dans un ordre général de l’armée, au nombre de ceux qui s'étaient distingués dans cette brillante affaire.

Mis en disponibilité en 1856, appelé bientôt au commandement de l'une des brigades de l’armée de Paris, puis désigné pour l’armée d'Italie, le général de brigade Beuret débutait à Montebello comme un héros des anciens jours, et payait de sa personne comme au temps de la chevalerie. Sa rare capacité réunie à son éclatante bravoure lui promettait le plus brillant avenir, lorsque la mort est venue l'enlever à la France et à l'armée.

La cavalerie sarde à eu sa large part de gloire dans la victoire de Montebello. C’est même elle qui a eu l'honneur d'être la première engagée et . d'avertir les Français de l'approche des Autrichiens. Le général de Sonnaz, qui la commandait, avait sous ses ordres les chevau-légers de Novare et d'Aoste, ainsi qu'une partie des chevau-légers de Montferrat.

Ce faible corps de cavalerie couvrait avec ses avant-postes la droite des Français au delà de Voghera Ce corps avait cent cinquante hommes à Montebello, cinquante autres à Casteggio, ancienne colonie romaine détruite par Annibal, dont le souvenir est resté dans la contrée. Surpris par l’arrivée de fortes colonnes autrichiennes, les deux cents hommes ont dû abandonner Montebello et Casteggio. Mais en sé retirant, ils ont retardé par leurs charges valeureuses la marche de l’ennemi, donnant ainsi à quelques-uns d’entre eux le temps de courir à Voghera avertir le général Forey de l’arrivée des Autrichiens et à la division qu’il commandait celui de prendre les armes.

Dans le cours de la journée, le corps tout entier a contribué, par ses charges admirables, au triomphe des alliés. Un ordre du jour du lieute- “nant général chef d'état-major de l’armée sarde signala, par ordre du roi, l’'admirable attitude du corps de cavalerie. Son commandant, Gerbaix de Sonnaz, qui n'était que colonel, fut promu au grade de major général dans l'arme. Le roi lui décerna également la médaille d’or de la Valeur militaire. Louis Pilo Boyl de Putifiguri, lieutenant-colonel des chevau-

Cènes Cavalerie

Piemontaise

Cav al erTIe Novare Cavalerte —

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