ARRET
légers de Novare, fut promu au grade de colonel. La médaille d'argent de
la Valeur militaire fut accordée à la famille du lieutenant-colonel des chevau-légers de Montferrat Tommaso Morelli di Popolo, qui avait trouvé sur le champ de bataille de Montebello une mort glorieuse.
Les faits d'armes ont été nombreux d’ailleurs dans la cavalerie sarde. Ainsi, dans la matinée du 15 mai, sur la route de Ponte-Curone à Voghera, un cavalier du régiment d'Aoste, et du nom de Cavira, s'étant élancé pour couper la retraite à des Autrichiens que poursuivait une patrouille sarde, engagé dans un combat corps à corps avec deux d’entre eux, il les blessa grièvement l'un et l’autre, les fit prisonniers et les amena à la grand’garde. Cet acte de bravoure lui avait valu la médaille d'argent de la Valeur militaire.
Le général Beuret avait eu son escorte d'officiers supérieurs dans le champ des morts comme sur le champ des combats. Nommé commandeur de l’ordre de la Légion d'honneur, le colonel Méric de Bellefonds reçut cette nouvelle sur son lit de mort comme une consolation. Il expira des suites d’une grave blessure qu'il avait reçue sur le champ de bataille de Montebello. Les commandants Dücler et Lacretelle succombèrent également, le premier, le jour même, le second, pius tard, victimes héroïques de cette glorieuse journée. Parmi les blessés, on comptait enfin les colonels Guyon de l’Esparre et Conseil Dumesnil.
Le colonel Cambriels a été l’un des héros survivants de cette journée du 20 mai. Il a été aide de camp de l'Empereur. Ses compagnons d'armes se rappellent qu’en Afrique où il servait comme capitaine adjudant-major au 4° bataillon de chasseurs à pied, et en Crimée, où il commandait en second un régiment de ligne, 1l s'était déjà signalé par une intrépidité et une énergie qui annonçaient tout ce qu'il a déployé de calme et de bravoure au combat.de Montebello, qui lui a valu le cordon de commandeur de l’ordre de la Légion d'honneur.
Mais le héros de la journée, c’est le général Forey. Toute la division à proclamé sa rare intrépidité, son admirable sang-froid, sa froide résolution. 1] y a eu un moment où il s’est trouvé seul avec l’un de ses aides de camp auprès des lignes autrichiennes, pendant que les ordonnances passaient dans toutes les directions pour rassembler sa division. Les balles sifflaient autour de lui sans qu'il y prît garde. Puis il gravit un monticule dont il fit une espèce d’observatoire. C’est de là qu’il donnait ses ordres pour la poursuite des Autrichiens avec un calme admirable. A la descente du monticule, 1l fut acclamé par ses soldats. Voilà de ces triomphes qui laissent dans les souvenirs d’un chef de corps la trace ineffaçable d'une émotion profonde et d’une joie immense.
Deux ordres du jour devaient constater officiellement l'éclat de la journée de Montebello : l'un du maréchal Baraguey-d'Hilliers, adressé aux généraux sous ses ordres, l'autre du maréchal Vaillant, adressé aux chefs des cinq Corps. |
Voici celui du commandant en chef du premier corps :
€ La première division, dans la journée du 20, s’est glorieusement conduite en combattant des forces quadruples des siennes et en dr obligeant à évacuer des positions d’un difficile accès.
«€ La brigade de cavalerie sarde, commandée par le général de Sonnaz, a contribué par ses efforts au succès de cette brillante affaire. |
«L'Empereur, en me chargeant d'annoncer au général Forey qu'il le nommait grand-cordon de la Légion d'honneur, a voulu aussi témoigner sa satisfaction à la division tout entière, et je m’estime heureux d’être en ce Jour l'interprète de ses sentiments.
« Au grand quartier général de Montebello, le 22 mai 1859.
« Le maréchal de France commandant le 1% Corps,
« BaraGuey-D Hizuiens, »
Voici maintenant celui du major général de l’armée d'Italie :
« Monsieur le général en chef,
Un beau fait d'armes vient d'inaugurer brillamment la campagne.
L'Empereur m'ordonne d'en donner les détails à votre connaissance.
€ Une colonne de quinze mille Autrichiens a attaqué, le 20 mai, à midi, les postes avancés du premier corps : elle a été repoussée par la division du général Forey, qui s’est admirablement conduite et qui a enlevé le village de Montebello après un combat acharné de cinq heures.
« La cavalerie piémontaise, commandée par le général de Sonnaz, a chargé avec une rare intrépidité.
« L'ennemi à laissé le champ de bataille couvert de ses morts. Nous avons fait deux cents prisonniers, dont un colonel et plusieurs officiers, et nous avons enlevé quelques caissons d'artillerie.
« De notre côté, nous avons eu cinq ou six cents hommes hors de combat.
« Le général Beuret, le colonel de Bellefonds, le commandant Duchet ont été tués, plusieurs officiers supérieurs ont été blessés. »
Le lendemain, 21, l'Empereur se rendit d'Alexandrie à Voghera par le
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 295 chemin de fer et alla ensuite visiter à cheval le champ de bataille encore jonché de cadavres. Le maréchal Baraguey-d'Hilliers accompagnait Sa Majesté Impériale. Contusionné à la jambe gauche par une balle qui s'était aplatie sur le fourreau de son sabre, le général Forey s’avançait lentement vers l'Empereur, qui, en le voyant boiter, s’est précipité vers lui, et l'embrassant avec cordialité, le félicita dans les termes les plus chaleureux sur son triomphe de la veille. Sa Majesté Impériale embrassa également le colonel Cambriels avant de poursuivre son excursion sur les différents théâtres du combat de Montebello.
Ce fut un spectacle navrant pour le cœur de Napoléon HI. Là gisaient dans toutes les positions, confondus par la mort qui apaise toutes les: haines, pêle-mêle, les Autrichiens, les Français, les Sardes, les traits contractés, les mains crispées, ceux-ci avec la pose de lutteurs, ceux-là dans la posture de suppliants. Un jeune caporal du 17° chasseurs était tombé la face contre terre. Il mordait la poussière. Ses dents serrées avaient entamé le sol. Une de ses mains tenait son fusil; l’autre était cachée dans sa poitrine. On le releva; on lui tira le bras roïdi par la mort; entre les doigts on trouva une médaille de la Vierge.
Rentré dans Alexandrie, l'Empereur se fit amener quelques prisonniers autrichiens d'un rang distingué qui se trouvaient dans la ville. Plusieurs d’entre eux avaient été ses hôtes dans le palais des Tuileries. Les simples soldats avaient des figures hâves et maladives; beaucoup d’entre eux étaient encore des enfants. Ainsi, un sous-officier français raconte qu'il avait été assez heureux pour sauver la ie à un soldat autrichien de dixsept ans qui se battait comme un lionceau. Un caporal allait le tuer ; ce sous-officier releva le fusil du caporal d'un coup de crosse, et, prenant l’Autrichien au collet : Rends-toi donc, moutard! lui dit-il. L'enfant rendit son épée; car:1l était sous-lieutenant et il portait une épée. C'était un cadet de famille grêle et blond. |
L'arrivée des convois de prisonniers autrichiens à Alexandrie jetait toujours la population dans une vive agitation ; on accourait sur leur passage pour satisfaire un vif mouvement de curiosité ; puis, en les voyant si misérablement vêtus, si maigres, si pâles, on les plaignait et on les accueillait avec une sympathique compassion. L'Empereur un jour leur fit remettre à chacun dix francs ; les officiers reçurent même cent francs chacun. Ceux qui étaient blessés restaient à Alexandrie, où ils étaient traités avec autant de sollicitude que les Français et les Sardes installés à l'hôpital de la place; on dirigeait ceux qui étaient valides sur Marseille.
Chaque convoi de prisonniers était escorté de gendarmes à cheval, le pistolet au poing ; ces gendarmes donnaient à ce triste cortége un air fu -
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nèbre qui attendrissait même la population piémontaise, laquelle cependant n'avait que trop de motifs de haine et de vengeance contre l'armée autrichienne. Un de ces.convois, spécialement composé de prisonniers blessés, était à peine installé à l'hôpital, qu’un jeune garçon tyrolien de seize ans fut appelé devant le chirurgien-major, qui lui ordonna de se déshabiller pour qu’on pansât sa blessure. « Ma blessure? répondit le Tyrolien ; je ne suis pas blessé : j'ai vu tomber à ‘côté de moi deux de mes camarades, et je me suis laissé tomber. On m'a mis avec les blessés après l'affaire, et, ne me trouvant pas mal avec eux, j'y suis resté. » Get ingénieux militaire fut immédiatement transféré de l'hôpital à la citadelle.
Je ne puis mieux terminer ce chapitre qu'en rappelant la carrière militaire du vainqueur de Montebello. Enfant de Paris, né en 180%, élève de Saint-Cyr en 1829, le général Forey, que de brillantes études avaient signalé à ses chefs, sortit de l'École pour devenir instructeur au 2° léger. L'expédition d'Alger fut sa première campagne; les Pyrénées furent sa première garnison. En 1855, il devenait capitaine.
Cette année même, le capitaine Forey fit la campagne d'Algérie, où 1l se distingua de nouveau à Médéah, sauva en quelque sorte l'armée fran çaise dans la désastreuse retraite qui suivit le premier siège de Constantine, et se fit remarquer dans l’action des Portes-de-Fer. En 1840, il fut nommé chef d’un bataillon de chasseurs à pied, fit en quatre ans quatre campagnes, et revint en France, pour y recevoir, le 4 novembre 1844, le brevet de colonel. |
Fait général en 1848, Forey se’ lia d'amitié avec le Prince-Président, et, après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, auquel il coopéra d'une façon très-active, reçut la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Le 99 décembre 1859, il fut promu au grade de général de division, et fut chargé en même temps d’inspections générales par le conseil supérieur de l'infanterie, dont il était membre. Dans ces inspections, il s'appliqua à perfectionner les manœuvres de la baïonnette; il compte parmi les officiers supérieurs qui ont le plus fait pour améliorer l'usage de cette de cette arme, la plus terrible de l'infanterie française.
En 1854, le général Forey fut appelé au commandement de la division de réserve de l’armée d'Orient, puis momentanément chargé du commandement des troupes de siége devant Sébastopol. C'est à ce moment qu'il acquit une grande popularité par les traits nombreux de courage et de sang-froid qui signalèrent cette période de sa vie. Aussi, le 21 octobre 185%, était-il élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur.
En 1857, le général Forey fut placé à la tête de la première division de
l'armée de Paris. Appeélé au commandement d’une division du premier corps de l’armée d'Italie, le général Forey ‘était prédestiné à ouvrir la glorieuse campagne de 4859 par une première victoire; cette victoire devait lui mériter la grand’eroix de l’ordre de la Légion d'honneur, et son nom allait figurer en tête des promotions et des nominations destinées aux combattants de Montebello. Voici ces promotions et ces nominations :
Par décret signé le 21 mai 1859, au quartier général impérial d'Alexandrie, l'Empereur a promu ou nommé dans l’ordre impérial de la Légion d'honneur les militaires dont les noms suivent, qui se sont distingués au combat de Montebello.
À la dignité de grand-croix.
M. le général de division Forey, commandant la première division d'infanterie du premier corps de l'armée d'Italie; grand officier du 21 octobre 1854 : 36 ans de service, 14 campagnes, 3 blessures reçues en Afrique. |