LES CHASSEURS DES ALPES
C'était dans la soirée du 20 mai. On vit arriver à Gattenara les chasseurs des Alpes, trempés par la pluie, harassés de fatigue, mais surtout affamés, et cependant merveilleux de courage et d'entrain, chantant des chansons patriotiques et manifestant leur joie de marcher à des combats téméraires avec une verve entrainante.
A l'arrivée de ce corps dans Gattenara, ce fut dans le bourg tout entier une explosion d'enthousiasme : on eût dit une fête nationale. On tendit des tapisseries, on alluma des lampions ; on courut surtout au-devant du général Garibaldi, qui fit son entrée dans cette patriotique cité escorté par toute la population, qui, tête nue, criait Vive l'Italie!
Le général Garibaldi repartit le 22 pour Borgomanero, le 25 pour Castelletto. Cette bourgade est située sur le lac Majeur. Là, il appelle la ruse à son aide. Il lui fallait franchir le Tessin et envahir la Lombardie en trompant la vigilance de l'ennemi. Voici par quel stratagème il réalisa son audacieux projet. Il fit propager le bruit que son corps allait séjourner à Arona: il écrivit lui-même des ordres pour faire préparer des logements, des approvisionnements, et faire disposer les églises pour le campement des chevaux. Des émissaires furent chargés de porter ces ordres à Arona. Mais l'occupation de cette ville, dont les maisons blanches se baignent dans les eaux bleues du lac Majeur, n’était qu'une ruse. Dès que les émissaires furent en route, il fit sonner le départ, et, à une heure, sa troupe partait, les soldats chargés de deux fusils chacun. À Castelletto, elle passa le Tessin sur un bac qui la déposa à Sesto-Calende ; le Tessin franchi, le général Garibaldi courut, avec ses chasseurs des Alpes, à marche forcée, dans la direction de Varèse.
“Aussitôt qu’ils apprirent la façon dont on venait de les jouer, les Autrichiens voulurent faire payer au chef des volontaires son audace. Ils se massèrent à Calarate et-coupèrent la ligne du Tessin à, Varèse, croyant empêcher par là toute retraite aux chasseurs des Alpes et les surprendre à leur tour. Garibaldi les brava : il avait déjà gagné les villes à sa cause, el
258 __ L'ITALIE CONFÉDÉRÉE les habitants lisaient avidement cette proclamation, que distribuaient ses émissaires : |
« Lombards!
« Vous êtes appelés à une nouvelle vie, et vous devez répondre à l'appel, comme le firent vos pères à Ponsida et à Legnano. L’ennemi est encore le . même : atroce, assassin, impitoyable et pillard. Vos frères de toutes les provinces ont juré de vaincre ou de mourir avec vous. C'est à nous de venger les imsultes, les outrages, la servitude de vingt générations passées; c'est à nous de laisser à nos fils un patrimoine pur de la souillure de la domination du soldat étranger. Victor-Emmanuel, que la volonté nationale à choisi pour notre chef suprème, m'envoie au milieu de vous pour vous organiser dans les batailles patriotiques. Je suis touché de la sainte mission qui m'est confiée et fier de vous commander.
« Aux armes donc! le servage doit cesser. Qui peut saisir une arme et ne la saisit pas est un traître ! /
« L'Italie, avec ses enfants unis et affranchis de la domination étrangère, saura reconquérir le rang que la Providence lui a assigné parmi les nations. » | |
Les chasseurs des Alpes furent accueillis à Varèse comme des libérateurs. La municipalité était prévenue de leur approche, et elle avait fait afficher l'avis suivant :
« Ce soir, vers minuit, doit arriver parmi nous une colonne de l’armée italienne, sous les ordres de Giuseppe Garibaldi, général du magnanime roi Victor-Emmanuel. La municipalité, en donnant cette nouvélle à ses concitoyens, s'en réjouit, partageant avec eux l'émotion et la joie de la patrie reconnaissante. Les emblèmes de l'oppression étrangère étant tombés, au milieu de nous reparaitra le saint drapeau tricolore, drapeau d'ordre, de concorde, de liberté et d'avenir. Bénis soient les braves qui nous le rendent! Accueillons-les avec bonheur ; suivons les inspirations de notre cœur, et que notre parole de bienvenue soit Vive l'Italie!
« À l'hôtel de ville, le 23 mai 1859, six heures du soir.
« Le maire : Cancano; les adjoints : Piceuu, Moranni, DEL Bosco, Pazeur; le secrétaire : Zanz. »
Dans la journée du 24, le maire de Varèse, nommé commissaire provisoire de Victor-Emmanuel IT, fit paraitre ces deux arrêtés. :
« Le commissaire provisoire de Sa Majesté le roi de Sardaigne à Varèse.
« En vertu des pouvoirs à lui conférés par arrêté d'aujourd'hui du général Giuseppe Garibaldi, commandant les chasseurs des Alpes, le soussi : gné fait savoir ce qui suit :
« 1° Le gouvernement autrichien est déclaré déchu ; ilest remplacé par celui du magnanime roi Victor-Emmanuel de Sardaigne, au nom duquel les autorités gouverneront désormais, conformément aux instructions qui leur seront données ; |
« 2 Les mesures d'ordre publie et pour la défense du pays sont concentrées dans le. soussigné et confiées, pour l'exécution, au patriotisme de la population et à la garde nationale qui va être organisée.
« Que les habitants aient pleine confiance, et qu'ils comptent sur le soussigné, qui tâchera de répondre dignement aux bonnes intentions du magnanime roi qu'il représente et de son général, qui lui a conféré ces pouvoirs extraordinaires pour le bien du pays et de l'Italie, dans les graves circonstances actuelles.
« Varèse, le 24 mai 1859.
« Le maire, commissaire royal sarde extraordinaire,