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L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 271 bardie, et la couper avant qu’elle eût atteint là rive droite du Tessin ; mais une savante combinaison stratégique détourna ce danger.
C'est le 34 mai qu'ayant reçu l'ordre de marcher par la gauche, les troupes françaises avaient franchi le fleuve à Casale, dont le pont était resté au pouvoir des allés. On se rappelle qu'après cette première opé-
ration ces troupes avaient immédiatement pris la route de Verceil, où, pour protéger et couvrir leur brusque et rapide mouvement sur Novare, le passage de la Sesia fut opéré en présence de l'Empereur et sous le feu de l'ennemi. C’est alors que, dirigeant les efforts de l'armée alliée vers la droite, sur Rpbbio, l'Empereur fit supposer aux Autrichiens qu'il avait l'intention de marcher sur Mortara. La brillante attaque des troupes sardes contre Palestro devait contribuer à les maintenir dans celte pensée.
C’est à la faveur de tous ces mouvements qui servirent, en le trompant deux fois à éloigner l'ennemi : une première fois en l’attirant en force sur la rivé droite du Pô, vers Stradella, une seconde fois en le retenant sur la rive gauche du fleuve, vers Mortara, que l'armée française s'était portée sans obstacle vers Novare, où elle avait pris position sur le même emplacement où le roi Charles-Albert avait combattu il ÿ avait dix ans.
Dans cette position, l’armée alliée était en état de faire tête à l'ennemi ; elle n’avait donc plus à redouter d'être attaquée : elle n'avait qu'à marcher en avant devant elle. C’est ce qu’elle allait faire, en se dirigeant vers le Tessin. |
Le hardi mouvement qu’elle venait d'accomplir avait été protégé par cent mille hommes campés sur notre flanc droit à Olengo, en avant de Novare. L'Empereur devait donc confier à la réserve l'exécution du mouvement qui se faisait en arrière de la ligne de bataille. Le 2 juin, il dirigeait donc vers Turbigo une division de la garde impériale, qui, ne trou-
vant aucune résistance sur ce point, y jeta trois ponts de la rive droite à la rive gauche du Tessin.
Cette opération terminée, le second corps d'armée, commandé par ‘Mac-Mahon, traversa le premier, sur ce point, le Tessin, bientôt suivi d’une division de l'armée sarde. Les alliés touchèrent le sol de la Lom- : bardie dans la journée du 5 juim.
La veille les Autrichiens avaient évacué, dans la journée, toute la Lo- -melline, abandonnant avec précipitation Robbio et Mortara, sur la rive droite du Tessin, pour rentrer en Lombardie, après avoir traversé la rivière à Vigevano et à Berengardo. Le même jour, à cinq heures du soir, ils essayèrent de faire sauter les deux arches fortifiées du pont de San- Martino; les deux arches s’affaissèrent simplement sur elles-mêmes, sans
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intercepter le passage : les Autrichiens, qui voulaient les détruire entièrement, ne réussirent donc qu'à moitié.
A la pointe du jour, le général Espinasse, s'étant porté avec une brigade sur la tête de ce même pont, que l'ennemi avait abandonné à son approche, y avait trouvé trois obusiers, deux canons de campagne et plusieurs chariots de munitions.
D'après les ordres de l'Empereur, le die corps avait quitté Novare à huit heures'et demie, dans la matinée du 5 juin, pour se porter sur Turbigo, où, sous la protection de la division des voltigeurs de la garde impériale, portée tout entière sur la rive droite du Tessin, un pont avait été jeté, la nuit précédente, sur cette rivière. C’est sur ce pont que le deuxième corps allait s’élancer du Piémont en Lombardie.
Une brigade de cette même division des voltigeurs de ia garde occupait les abords de Turbigo, assurant la libre possession du pont au deuxième corps, qui allait le traverser, en surveillant la vallée, en aval du village.
Il était une heure et demie lorsque la tête de colonne de la première division du deuxième corps se mit à franchir le pont de Turbigo. A ce moment-là, et pendant que cette tête de colonne débouchait sur la rive gauche du Tessin, Mac-Mahon, s'étant porté en avant du village pour reconnaître le terrain, et ayant visité les hauteurs de Robecchetto pour y établir des troupes, aperçut tout à coup, à cinq cents mètres plus loin, une colonne autrichienne qui paraissait venir de Buffalora. Cette colonne marchait sur Robecchetto avec l'intention manifeste d'occuper ce village.
Robecchetto se trouve sur la rive gauche du Tessin, à l'est et à deux kilomètres de Turbigo. C’est un village considérable, qui peut être aisément défendu et qu'il serait incontestablement très-utile d'occuper fortement pour un corps ennemi qui viendrait de Milan ou de Magenta avec l'intention de barrer le passage du Tessin à Turbigo. Ce village est assis sur un vaste plateau horizontal qui domine de quinze à vingt mètres la vallée du Tessin. On y arrive, lorsqu'on sort de Turbigo, par deux chemins praticables à l'artillerie : l’un qui aboutit à l’une de ses rues par la partie sud du village, l'autre par la partie ouest.
La route qui vient de Magenta et de Buffalora y pénètre par la partie est; c'est celle-ci que suivait la colonne autrichienne.
Mac-Mahon ordonna alors au général de la Motterouge, qui n'avait avec lui que le régiment des tirailleurs algériens, ses autres régiments étant encore sur la rive gauche de la rivière, de porter les trois bataillons de ce régiment sur Robecchetto et de les disposer en trois colonnes d'attaque de la manière suivante : |
Le premier bataillon, formant la droite, en colonne par division, pré-
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 973 cédé de deux compagnies de tirailleurs, destinées à se porter sur le village en l'attaquant par le sud ;
Le troisième bataillon, formant la gauche, disposé de la même façon, destiné à pénétrer dans le village en l'attaquant par l’ouest ;
Le deuxième bataillon, au centre et un peu en arrière des premier et troisième, formant un échelon en réserve, prêt à appuyer les deux autres, était aussi disposé en colonne et précédé de tirailleurs.
Les {rois colonnes, marchant à intervalle de déploiement, devaient, au commandement général, converger sur Robecchetto, et, en y pénétrant par la rue principale, qui le traverse de l'ouest à l’est, chercher à le tourner aussi par la partie est, de manière à menacer la retraite de l’ennemi. |
Pendant que le général de la Motterouge se mettait en mesure d'exéeuter ces mouvements avec le régiment des tirailleurs algériens, Mac-Mahon prenait, de son côté, les dispositions nécessaires pour faire arriver au général de la Motterouge les autres régiments de sa division. Le 45° de ligne, second régiment de la première brigade, recevait l'ordre de marcher dans les traces du régiment des tirailleurs algériens.
La deuxième brigade, composée des 65° et 70° de ligne, recevait, un peu plus lard, l'ordre de se porter sur le village de Robecchetto par la route de Castano, afin de flanquer l'attaque convergente faite par les ürailleurs algériens.
Vers deux heures, le général de la Motterouge marchait avec ses trois bataillons sur Robecchetto, suivi d’une batterie de la réserve générale de l'armée, dirigée par le général Auger en personne.
Ées colonnes de tirailleurs algériens, enlevées avec la plus grande vigueur, à la voix du général de la Motterouge et à celle de leur colonel, marchèrent résolüment sur Robecchetto sans faire usage de leur feu.
Accueillis, à l'entrée du village, par une très-vive fusillade, nos tirailleurs se précipitèrent tête baissée sur les Autrichiens qui en défendaient les abords. Dans l’intérieur du village seulement ils firent usage de leur feu, et puis aussitôt se précipitèrent à la baïonnette sur tous ceux qui essayaient de résister et de leur barrer le passage.
- En dix minutes l'ennemi était délogé du village et en retraite sur la route par laquelle il était venu. À la sortie du village, il voulut user de son artillerie, et nous envoya une douzaine de coups à mitraille qui n'arrêtèrent en rien l'élan de nos soldats.
Notre artillerie riposta par des coups heureux qui ébranlèrent tout à fait les colonnes ennemies et les mirent alors dans une déroute complète. Les tirailleurs les poursuivirent au pas de course jusqu’à deux kilomètres
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en avant de Robecchetto et en tuèrent un grand nombre. Le général Auger, en faisant prendre à la batterie quatre positions successives el très-heureusement choisies, leur fit aussi beaucoup de mal. |
C'est dans une de ces positions que le général Auger, croyant apercevoir dans les blés une pièce autrichienne ayant quelque peine à suivre le mouvement de retraite de l'ennemi, se précipita au galop sur elle et s’en empara. Près de la pièce gisait à terre le commandant de la batterie, coupé en deux par un de nos boulets. |
Les turcos ou tirailleurs algériens de Turbigo venaient de rivaliser avec les zouaves de Palestro. Aucune occasion ne s'était encore présentée pour eux de se signaler. Celle-ci était la première qui s'offrait à leur indomptable intrépidité. Is surent la mettre à profit de façon à se poser du premier coup en dignes émules du 5° de zouaves.
On n’a pas oublié qu’à Gênes les turcos s'étaient volontairement défaits de leurs cartouches, disant qu'ils voulaient ne se servir que de celles qu'ils prendraient à l'ennemi, et ajoutant qu'ils voulaient voir de près les Croates, afin de savoir s'ils ressemblaient à des Kabyles. Is prouvèrent à Turbigo que pour eux un paquet de cartouches n’était en effet qu'une précaution inutile. Er,
A peine lancés sur l'ennemi, les lurcos se précipitèrent sur les canons sans tirer un seul coup de fusil. Jamais on n'avait vu dans une mêlée un spectacle aussi extraordinaire. Au signal du clairon, les turcos s’éparpillèrent dans toutes les directions, se couchant à plat ventre et s’avançant, par bonds gigantesques, à la façon des tigres. Chaque fois qu'ils prenaient un nouvel élan, ils se relevaient pour bondir en avant ; ils poussaient des cris tellement aigus, que ces cris parvenaient à dominer jusqu'au bruit formidable de l'artillerie. En les voyant accourir ainsi à eux, les Autrichiens étaient effrayés rien que de leur seule attitude.
Les turcos avaient à peine accompli la moitié du trajet qu'ils avaient à parcourir pour arriver à l'ennemi, qu'une batterie autrichienne, à la vue de ces démons noirs, comme les appelaient leurs adversaires, qui s'avancaient audacieusement sous la pluie de la mitraille, détala au grand galop des chevaux, après une dernière décharge. à
Cette fuite ne faisait pas le compte des turcos. Une partie de leur proie Jeur échappait. Furieux, ils redoublèrent d'activité et tombèrent comme la foudre sur les canons restés en ligne. Clouer tous les canonniers sur leurs pièces, massacrer tous les hommes à portée de leurs baïonnettes et tevenir au pas de course, trainant après eux sept canons dont ils s'étaient emparés, ce fut, pour ces héros du champ de bataille, l'affaire de quelques minutes.
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE RE | L'Empereur assistait à ce fait d'armes. En effet, le même jour, 5 juin, ‘à onze heures du matin, Sa Majesté Impériale s’était d'abord rendue en voiture à Trecate, gros bourg situé à six kilomètres de Novare, où le quartier général de l’armée française était encore établi. Là, Napoléon HI avait inspecté la garde impériale qui s'y trouvait réunie; puis, étant monté à cheval, il s'était dirigé vers la rive droite du Tessin pour assister au passage des troupes qui traversaient la rivière, et il était arrivé en vue de Turbigo au moment de la charge des turcos contre les Autrichiens. Cependant, à la même heure où le général de la Motterouge repoussait les Autrichiens à Robecchetto, une tête de colonne de cavalerie autrichienne se présentait sur la gauche du même corps, venant de Castano. Mac-Mahon porta un bataillon du 65° de ligne et deux pièces de canon à la rencontre de cette colonne ennemie. Deux boulets lancés contre elle suffirent à la mettre en fuite.
L'ennemi avait beaucoup d'artillerie dans cette affaire et cependant il avait perdu un grand nombre d'hommes. Les rapports officiels constatent qu'il fit, cette fois encore, des pertes considérables. Le champ de bataille était couvert de ses morts et d’une quantité considérable d'effets de loute nature qu'il avait laissés entre les mains des turcos : effets de campement, sacs complets qu'il avait jetés sur le lieu du combat pour fuir avec plus d'agilité. Les turcos ont aussi ramassé des armes, des carabines et des fusils. On fit peu de prisonniers, ce qui s'explique par la nature du terrain sur lequel l'engagement avait eu lieu.
La première division du deuxième corps, engagée dans le combat de Turbigo, perdit un capitaine, M. Vanéchout, qui, en 1848, avait été chargé du service de l'artillerie au ministère de la guerre. Après avoir servi avec distinction en Algérie, il avait été nommé adjoint au commandant d'artillerie de Metz, siége de la cinquième division militaire. |
Un colonel, M. de Laveaucoupet, avait été blessé d'un coup de baïonnette à la tête.
M. Merle de Labrugière de Laveaucoupet appartenait à l'arme de l'étatmajor. Capitaine en 1853, il fut nommé chef d’escadron en 1845, lieutenant-colonel en 1849 et colonel en 1852. IL a rempli successivement les fonctions de chef d'état-major dans plusieurs divisions. H a également exercé celles de chef du cabinet du marquis d'Hautpoul, lorsque ce général fut nommé ministre de la guerre : dans les derniers temps, il était secréfaire du comité de la cavalerie.
Cette même division a eu, dans cette journée, trois autres officiers blessés, quarante-cinq soldats hors de combat: savoir : sepl tués et trente-huit blessés. Le général de la Motterouge, qui la commandait,
avait déjà fait sa renommée militaire en Algérie et en Crimée. Ancien élève de l’École militaire, il a fait ses premières armes en Afrique, où il a conquis successivement les grades de capitaine, de chef de bataillon et. de colonel. Il s'est distingué, à la tête du 19° régiment d'infanterie légère, dans diverses expéditions de la Kabylie. Chargé du commandement d'une brigade pendant la guerre de Crimée, il fut mis plusieurs fois à l'ordre
de l’armée. C’est là qu'il gagna la croix de commandeur de l'ordre de la
Légion d'honneur et obtint sa troisième étoile. Il commandait la 15° division militaire au moment de la guerre d'Italie.
Mac-Mahon signala également à l'Empereur le général de br isadé Auger qui, ayant déjà mérité à Turbigo, d’être cité à l'ordre général de l’armée, devait conquérir à Solferino le grade de général de division, grade qu'il ne devait recevoir qu'au moment d'expirer presque dans les bras de son souverain, et le colonel Laure, à raison de intelligente impulsion avec laquelle il avait conduit les tirailleurs algériens à l'ennemi. Le colonel Laure a presque toujours servi en Afrique dans les zouaves ou les turcos. Les lirailleurs algériens qu'il commande aujourd’hui sont ceux qui bondissaient comme des panthères à l'Alma, à Inkermann, à Tratkir, à Kinburn, et qui s'élancèrent si vaillamment dans la gorge de Malakoff. Sur le champ de bataille de Turbigo, ils ont prouvé qu ils n'avaient pas dégénéré,