A MES FIDÈLES PEUPLES DU TYROL ET DU VORAPLBERG
« Je vous appelle aux armes ! Je vous appelle à prouver de nouveau à vos contemporains el à la postérité votre fidélité et votre virilité, votre sentiment pieux, plein d’inspirations divines. Je vous appelle pour la
cause la plus juste qui ait jamais fait tirer l'épée. Prenez en main l'arme du pays, que vous connaissez si bien, réunissez-vous en corps de tirailleurs et allez au-devant de l'ennemi à la frontière, pour la couvrir de votre fidélité et de votre courage, contre cet ennemi qui a si souvent payé de son sang la tentative de pénétrer dans vos montagnes. Contre cet ennemi, qui se fait l'allié de la rébellion contre l'autorité légitime mstituée par. Dieu, je confie à votre valeur les frontières de mon cher pays de Tyrol. Si nos adversaires devaient les menacer, vous leur feriez sentir qu'elles renferment toujours le même peuple fidèle, qui, de même que ses pères, sait combattre et vaincre pour Dieu et sa patrie.
« Donné dans mon quartier général de Vérone, le 1° juin 1559,
« Francois-Joserrr, »
Mais, de son quartier général de Vérone, l'empereur d'Autriche ne " devait assister qu'à de plus éclatantes défaites. Après Montebello, Pa. lestro ; après Palestro, Turbigo; après Turbigo, Magenta. C'est le nom que devait garder dans l'histoire l'immortelle bataille qui allait assurer à l’armée française la libre et complète possession des deux rives du Tessin. Napoléon IT avait décidé que la journée du 4 juin serait consacrée à nous assurer cette possession qui devait protéger la marche de nos troupes sur Milan.
Cependant, lorsque les Autrichiens eurent appris, dans la nuit du 3 au 4 juin, que l'armée française avait surpris le passage du Tessin à Turbigo, ils avaient fait par leur flanc droit le même mouvement que les alliés par leur flanc gauche ; trois de leurs corps d'armée avaient donc repassé avec rapidité la rivière à Vigevano, brûlant les ponts derrière eux. C’est ainsi que dans la matinée du 4 ils se trouvèrent, au nombre de cent vingt-cinq mille hommes, en face des troupes françaises; c’est ainsi enfin que se produisit la bataille de Magenta. |
Après avoir précipitamment abandonné la tête de pont de Buffalora, ainsi que les ouvrages de maçonnerie qui couvraient le passage du Tessin, les Autrichiens s’élaient done massés à environ deux kilomètres der ce même pont, sur la droite, un peu en arrière, au lieu nommé Ponte-di- Magenta. | R
C’est le nom qu'on donne à un groupe de belles maisons entre lesquelles passe un canal de navigation, traversé par un pont d'une seule arche. Amoitié chemin du pont de Buffalora au pont de Magenta, la route commence à s'élever en pente douce jusqu au canal.
Ce groupe de maisons, qui s'appelle Ponte-di-Magenta, est un pomt central d'où partent, en se dirigeant à droite et à gauche et en convergeant vers la route du pont de Buffalora, deux immenses arcs de cerele formés de mamelons élevés et en forme de talus de fortifications, qui embrassent une partie. de la route dans leurs courbes. C’est un arc tendu dont la route serait la flèche. ce
Tous ces mamelons sont couverts de vignes et de taillis ; avant d'y arriver, on traverse une plaine vingt fois coupée par des torrents et par des rizières innombrables qui rendent la circulation sur ce point des plus difficiles. |
Le côté de l’armée autrichienne qui en était l'aile gauche relativement à l'armée française, continuant de ce côté l'arc que je viens de décrire, d'après M. Henri Rambal, qui a publié dans la Patrie la meilleure relation de la bataille de Magenta, s'appuyait au village de Buffalora. Leur centre était à Ponte-di-Magenta, et leur droite, suivant la ligne de mamelons,
BATAILLE DE MAGENTA, 4 Jum 1899.
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s'appuyait aux talus du chemin de fer, où ils avaient construit un fort ouvrage armé d'artillerie avec barricades et traverses.
En outre, une puissante banquette élevée tout le long de la voie ferrée, puis des travaux avec coupures de distance en distance, permettaient aux Autrichiens d'y maintenir un nombre considérable de tirailleurs, dont les feux d'écharpe devaient faire le plus grand mal aux assaillants. Enfin, à Ponte-di-Magenta, ainsi qu’en arrière de Buffalora, ils avaient de fortes réserves.
Telle était, le 4, dans la matinée, la position des Autrichiens.
Le même jour, l'Empereur, ayant quilté son quartier général de Novare, l’avait transporté à San-Martino, sur la rive droite du Tessin, dans une maison située à la tête de pont abandonnée par les Autricmens, près la yare du chemin de fer. C'est de là qu'il dirigea les premiers mouvements et donna les premiers ordres. Voici d'abord le récit officiel des mouvements de la garde impériale.
D'après les ordres de l'Empereur, la deuxième brigade de grenadiers de la garde, sous le commandement du général Wimpffen, est partie de Trecate le 4 juin, à huit heures du matin, pour aller occuper la tête du pont de San-Martino, qui se trouvait évacuée par les Autrichiens. Ceux-ci, en opérant leur retraite la veille, avaient tenté, ainsi que je l'ai déjà dit dans le récit du combat de Turbigo, de faire sauter le pont du Tessin. Mais, comme on le sait également, les deux arches de ce pont, quoique fortcment endommagées, étaient cependant encore praticables aux fantassins et même à l'artitlerie. Les grenadiers le passèrent donc, et allèrent reconnaître la rive opposée, sur laquelle l'ennemi ne montrait que peu de forces.
A dix heures du matin, la brigade du général Cler, deux escadrons de chasseurs à cheval de la garde, sous les ordres du général Cassaignolles, trois batteries d'artillerie à pied et deux batteries d'artillerie à cheval se mirent en marche de Trecate pour se rendre à la tête du pont de San- Martino, où les troupes arrivèrent à onze heures et demie.
À ce moment, il y eut quelques coups de canon et de fusil échangés entre les Autrichiens et deux bataillons du général Wimpffen, appuyés par une section d'artillerie à pied. Les tirailleurs autrichiens et quelques pièces qu'ils avaient montrées furent rejetés au delà du pont de Naviglio. Vers une heure de l'après-midi, Regnauld de Saint-Jean-d'Angély ordonna de cesser ce combat sans objet, et il n’y eut plus que de rares coups de fusil échangés entre nos grenadiers qui s'étaient rapprochés du pont de San-Martino et les tirailleurs ennemis qui avaient réoccupé leurs anciennes positions en avant du pont de Naviglio,
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A une heure el demie, l'Empereur entendit la canonnade engagée vers la droite de Ta position de l'ennemi, et en conclut que le corps d'armée du général de Mac-Mahon ct la division de voltigeurs de la garde, aux ordres d'1 général Camou, avaient exécuté leur mouvement tournant.
Laisser ce corps d'armée seul aux prises avec toutes les forces ennemies eût pu rendre plus difficile ou même indécis le résultat de l'attaque si bien combinée du général de Mac-Mahon. Afin de diviser l'attention et les forces de l'ennemi, l'Empereur, connaissant la prochaine arrivée des corps du général Nicl'et du maréchal Canrobert, ordonna à la division de grenadiers de la garde, forte de moins de cinq mille hommes, d'attaquer de front la position de l'ennemi.
Cette position forme, on vient de le voir, un vaste demi-cercle de collines appuyant sa droite au village de Buffalora, son centre à Magenta el sa gauche à Rebecco. Toute cette ligne est couverte par un canal large ct profond, le Naviglio-Grande, coulant à mi-côte entre deux digues fort escarpées ct franchissables seulement sur trois ponts vis-à-vis les trois villages. En avant et en arrière du pont de Magenta se trouvent quatre grandes maisons de granit qui sont les bâtiments de la station et de la
douane; ces maisons, occupées par l'ennemi, défendaient l'approche du
canal et empêchaient ensuite de le franchir.
Le terrain à droite et à gauche de la grande route qui mène du pont de San-Martino à celui de Magenta est coupé de fossés remplis d'eau et de
rizières inondées qui rendaient très-difficile la marche de l'infanterie en
dehors de cette roule.
A gauche, une chaussée droite conduit au pont de Buffalora : à droite, la levée du chemin de fer mène à celui de Rebecco.
Afin d'enlever cette formidable position, Regnauld de Saint-Jean-d'Angély fil attaquer à gauche le village de Buffalora par le 2° de grenadiers, sous les ordres du colonel d’Alton, et fit marcher à droite sur la chaussée du chemin de fer le 3° de grenadiers, commandé par le colonel Mettmann.
Le régiment de zouaves fut massé dans un pli de terrain près la grande roule, et mis à l’abri de l'ennemi: la route elle-même, à la hauteur des zouaves, fut occupée par deux pièces d'artillerie qui soutenaient avec avantage le feu de l'artillerie ennemie.
À droite, le 3° de grenadiers, dirigé par le général Wimpffen, enleva à l'ennemi une redoute qui couvrait le pont de Rebecco, le rejeta au delà du canal, et, grâce à la vigueur de ce régiment, tous les efforts faits par les Autrichiens pour reprendre ce poste important furent victorieusement repoussés pendant le reste de la journée.
Une fois ce poste enlevé, le licutenant- colonel de Tryon, avec un ba-
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