‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 59 sur 134 · MOT · texte numérisé non relu

MOT

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( Tenue de Guerre. )

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Grenadier de

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 281 laillon du 3° grenadiers, se jeta rapidement à gauche et vint attaquer les deux premières maisons qui couvraient l'approche du pont de Magenta ; après une vive fusillade, il parvint à s’en emparer; mais sa troupe était trop faible pour déboucher du pont qui était vigoureusement sr par des forces très-supérieures.

Alors les zouaves, commandés par le colonel Guignard et dirigés par le général Cler, appuyérent l'attaque du 5° grenadiers, forcèrent le passage du pont, s'élablirent dans la maison de droite et durent lutter quelque temps encore avant d'enlever la maison de gauche, d’où partait une fusillade méurtrière. Enfin, après une demi-heure d’un combat opiniâtre, ce poste fut enlevé de vive force et rien ne s'opposa plus au libre passage du pont.

Peut-être eût-1l été prudent de s'arrêter à ce succès et de se borner à la possession de cette sorte de tête de pont en attendant l’arrivée des corps d'armée du général Niel et du maréchal Canrobert; cette mesure était d'autant plus nécessaire que. le général de Mac-Mahon avait suspendu son attaque ; mais, entraînges.par leur fougue habituelle, nos troupes, à peine fortes de trois bataillons, sortirent du poste qu’elles avaient conquis et se portèrent sur Magenta, centre de la position ennemie. Bientôt elles se trouvèrent en présence de forces supérieures, et des colonnes ennemies couvertes de tirailleurs vinrent menacer leur droite et leur gauche. À ce moment, le général Cassaignolles, à la tête de cent dix chasseurs de la garde, chargea à plusieurs reprises et avec une remarquable énergie sur la gauche, et, malgré la difficulté du terrain planté d'arbres et de vignes, il parvint à sabrer les tirailleurs autrichiens et à arrêter la marche offensive des colonnes ennemies. |

Mais l'ennemi, favorisé par la nature du terrain peü praticable à Ja cavalerie, reprit bientôt sa position offensive, et le faible détachement de chasseurs de la garde se retira entre les deux maisons qui forment la tête de pont de Magenta, où il fut bientôt rejoint par l'artillerie et l'infanterie qui s'étaient portées sur le centre de la position des troupes autrichiennes.

Les deux fermes, à droite et à gauche du pont, furent fortement occupées par le 5° de grenadiers et les zouaves; la cavalerie fut renvoyée au delà du pont.

Ilétait quatre heures du SOIT ; l'e ennemi se croyait victorieux.

Il importait au succès de la journée de conserver le débouché du pont sur le Naviglio, pour permettre aux corps d'armée du général Niel et'du maréchal Canrobert d'aborder l'ennemi aussitôt qu'ils arriveraient.

L'Empereur ordonna de défendre le poste avec la plus grande énergie en altendant l’arrivée.des renforts qui approchaient. Ses ordres furent

Il. 36

oh. À ‘en ct tte eme —

282 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE exécutés : les zouaves et les greñnadiers du 3°, ainsi que ceux du 1" régiment, qui étaient venus les soutenir, résistèrent à toutes les attaques dans les postes qui leur étaient confiés.

Vers cinq heures du soir, la brigade Picard parut à portée‘du pont ; les srenadiers et les zouaves, reprenant alors Poffensive, s’élancent à la baïonnette, repoussent encore une fois l'ennemi vers Magenta, et assurent un libre débouché aux deux corps d'armée qui arrivaient. C’est alors que la division Vinoy, du corps Niel, entra en action. Les opérations du général Niel furent secondées par les feux de l'artillerie de la garde, dirigées avec habileté sur les réserves ennemies abritées derrière les villages de Castello, de Barsi et de Rebecco.

. C’est au moment où elle venait de prendré son bivac à Trecate que la division Vinoy fut appelée par l'Empereur. La distance de Trecate à Ponte Nuovo di Magenta fut presque entièrement parcourue au pas de course, et il fallut calmer plutôt qu’exciter la rapidité de la marche. Il était temps, du reste, que cette division arrivât : la grande supériorité de l’ennemi faisait éprouver des pertes à la garde impériale, qui était vivement pressée dans ses positions. Niel dut envoyer des renforts sur les points les plus menacés. Les troupes de la division Vinoy, combattant par groupes de deux ou trois bataillons, ont été plusieurs fois dans des positions trèscritiques ; en ligne, elles étaient menacées d’être percées, et, quand elles formaient des colonnes d'attaque, elles étaient enveloppées.

L'ennemi a été chassé de toutes les positions que l'Empereur voulait faire occuper ; ces positions sont restées jonchées de ses morts et de ses blessés. La division Vinoy à fait, à elle seule, plus de mille prisonniers.

Pendant ces opérations, le régiment du colonel d’Alton s'était emparé de Buffalora, vigoureusement défendu, et, secondé par le 75° de ligne, du corps d'armée du général de Mac-Mahon, il s'y était maintenu jusqu'à la fin de la journée contre l'attaque de forces supérieures.

Tous les régiments de la division Mellinet, la cavalerie et l'artillerie, ont dignement fait leur devoir. Toutefois, l'enlèvement d'une position que l'art et la nature semblaient rendre mexpugnable, position défendue par des forces très-supérieures en nombre, n’a pu être obtenu qu'au prix de pertes considérables.

On vient de voir apparaître, au secours de la garde impériale, le corps de Mac-Mahon.

Conformément aux ordres de l'Empereur, ce corps et la division des voltigeurs de la garde impériale avaient quitté Turbigo le 4, à dix heures du matin, pour se porter sur Magenta.

La première division du deuxième corps était partie de Turbigo par

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 283 Robecchetto, Malvaglo, Casale et Buffalora, pendant que la seconde division, commandée par le général Bsinaité, se dirigeait sur le même hé par Buscate, Inveruno, Mesero et Marcallo.

La division Camou, des voltigeurs de la garde, marchait dans les traces de la division de la Motterouge. Arrivé à Cuggiono, Mac-Mahon s’aperçut que la tête de cette division avait l'ennemi devant elle, à Casale. Les renseignements que le chef du deuxième corps avait recueillis la veille lui indiquaient qu'il y avait sur ce point déux régiments autrichiens.

IL.était alors près d’une heure; Mac-Mahon fit attaquer sur-le-champ ces forces ennemies par le régiment des tirailleurs algériens ; le village étant enlevé, ce régiment s'établit à deux cents mêtres.en avant. Mac-Mahon le fit arrêter sur ce pont et fit déployer la première division, la droite à la Cascina-Valizio, la gauche vers la Cascina-Malastalla, pendant que l'ennemi, de son côté, réunissait des forces à Buffalora et Cascina-Guzzafame,

Mac-Mahon comprit, par les dispositions que prenait l'ennemi, que son corps allait se trouver en face de forces considérables.

Pendant que la division de la Motterouge formait sa ligne de bataille, Mac-Mahon faisait avancer la division des voltigeurs de la garde en seconde ligne. Cette division était composée de treize bataillons, ceux-ci par ba- . taillons en masse, à intervalles de déploiement.

Sur sa gauche, le chef du deuxième corps faisait dire au général Espinasse de hâter son mouvement sur Mezero et Marcallo. Vers deux heures, cet officier général, ayant informé Mac-Mahon qu'il avait luimême l'ennemi devant lui à Marcallo, reçut aussitôt l’ordre d'enlever ce village, puis de s'y établir, sa gauche appuyée à Marcallo, sa droite dans la direction de Cascina-Guzzafame.

Dès que Mac-Mahon eut la certitude que ces Minnie préparatoires étaient achevées, 1l fit attaquer vigoureusement Buffalora par la division de la Motterouge, soutenue par la division Camou.

La position de Buffalora se trouvait occupée par quinze rite Autrichiens, ayant en arrière d'eux, entre Buffalora et Magenta, un corps de vingt mille hommes. R

L'ennemi avait sur son front, devant le village de Buffalora, une forte batterie d'artillerie et une batterie de fuséens. |

La position fut attaquée vigoureusement par le régiment des tirailleurs algériens et le 45° de ligne, pendant que les grenadiers de la garde, débouchant par San-Martino, attaquaient également Buffalora et obligeaient l'ennemi à battre en retraite vers Magenta.

Le village de Buffalora étant dépassé par les troupes du deuxième Corps, Mac-Mahon fit sur-le-champ un quart de conversion à gauche, pour

284 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE | former une ligne de bataille appuyée, la droite au chemin de Buffalora à Magenta, la gauche à Cascma-Nova, se ralliant de ce côté avec la division Espinasse vers Marcallo.

Dès que la division de la Motterouge eut achevé de brentlré son ordre de bataille et que la division Camou eut débouché sur la gauche de Buffalora, Mac-Mahon fit marcher directement toute la ligne sur Magenta, alors très-fortement occupé par l'ennemi.

À Cascina-Nova, le 45° de ligne s’engagea, avec la plus grande intrépidité, contre les forces qui s'étaient établies dans l’intérieur et autoûr de cette grande ferme. Deux régiments hongrois, qui défendaient cette position, furent obligés de céder à l'élan des Français; quinze cents hommes environ déposèrent les armes. Un drapeau fnt enlevé par le 45° sur le cadavre du colonel d'un de ces régiments.

Le mouvement se prolongeant en avant vers Cascina-Guzzafame, la division de la Motterouge se trouva avoir devant elle des forces considérables, qui manœuvraient dans l'intention évidente de s'opposer à la jonction de deux divisions, et d'isoler complétement la division Espinasse. |

En ce moment, Mac-Mahon ralentit un peu le mouvement de la division de la Motterouge, laissant seulement ses tirailleurs s'engager avec l'ennemi, afin de donner le temps aux bataillons de cette division de se former en bon ordre, et aux treize bataillons de la division Camou de prendre également leur ligne de bataille à deux cents mètres en arrière de la première.

Après que ces dispositions eurent reçu leur exécution, Mac-Mahon ordonna au général de la Motterouge de faire effort sur Magenta et de faire prendre pour point de direction, à tous ses bataillons, le clocher de cette ville, en menaçant par son extrème droite, composée du 45°, la droite'de l'ennemi.

Pendant ce temps, la division Espinasse, marchant de Marcallo par Cascma-Medici, abordait l'ennemi par sa droite. Le mouvement convergent des deux divisions s’opéra avec un ensemble et un élan des plus remarquables. La division de la Motterouge, se sentant appuyée par les voltigeurs de la garde, et ceux-ci ayant en avant üne première ligne formée de régiments dont ils connaissaient toute l’ardeur, les deux troupes rivalisèrent d’entrain pour concourir au même but.

L'acharnement de l'ennemi, dans Magenta, fut extrôme : des deux côtés on sentait que Magenta était réellement la clef de la position. Dans ce mouvement d'attaque générale, le général Auger, commandant l'artillerie du deuxième corps, avait suivi le mouvement de la division de la Mottcrouge,

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 285 établissant successivement les batteries de cette division et celles de la réserve sur la ligne de bataille du deuxième corps, afin de répondre wvigoureusement à l'artillerie ennemie établie au débouché de la ville, sur la route de Buffalora. |

Vers sept heures, le gros des forces ennemies dessina son mouvement de retraite vers Rebecco, Castellaro et Corbetta. Une partie s’'engagea sur le chemin qui conduit de Magenta à Ponte-di-Magenta. En ce moment, notre artillerice, avec quarante pièces en batterie sur le chemin de fer parallèle à la direction de la ligne de retraite de l'ennemi, put prendre en flanc et d'écharpe les colonnes autrichiennes qui défilaient de ce côté dans le plus grand désordre. Ces colonnes éprouvèrent des pertes considérables, reçues qu'elles étaient encore en ce moment, avec la plus grande vigueur, par l’une des divisions du quatrième corps, dont l'un des r'égIments, le 52° de ligne, avait concouru un mstant, comme on l'a vu tout à l'heure, à l'attaque de Magenta.

La ville de Magenta, tombée en notre pouvoir vers sept heures et de- . mie, était encore, en ce moment même, remplie de nombreux détachements ennemis retranchés et barricadés dans toutes les maisons, se défendant avec an es mais auxquels toute retraite était devenue impossible.

A huit heures, le feu cessa des deux côtés, et les détachements ennicmis durent mettre bas les armes. L'attaque’ de la ville par la division Espinasse, faite en même temps que celle de la division de la Molterouge, fait le plus grand honneur aux régiments dé la deuxième division.

Le 9° de zouaves et Le/2° étranger surtout s’y sont fait remarquer par une intrépidité au-dessus de tout éloge.

Le champ de bataille, entièrement couvert des cadavres de l'ennemi, jonché de ses armes et de ses effets de toute espèce, mdiquait à la toi combien nos troupes avaient été vigoureuses et combien les pertes de l'ennemi étaient grandes.

Le deuxième corps avait fait environ six mille prisonniers, qui furent dirigés sur San-Martino. Il y avait plus de dix mille fusils sur le champ de bataille ; nos pertes, quoique sensibles, étaient relativement peu considérables.

La coopération du troisième corps, au succès de la journée du 4 juin, fut tardive, trop tardive même, car, en se faisant trop longtemps attendre, ce corps faillit compromettre le succès des armes françaises. L'Empereur, s'étant porté de sa personne à la tête du pont de Buffalora, n'y fut rejomt que fort tard par le maréchal Canrobert, qui avait reçu l'ordre des'y rendre. I était déjà cinq heures du soir, quand il arriva sur les bords de la rivière.

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Là, le maréchal Canrobert traversa le Tessin, et, ayant pris les ordres de l'Empereur, se porta alors rapidement sur le lieu du combat, où la

brigade Picard, de la division Renault, arrivée à quatre heures du soir,

s'était placée à la droite des grenadiers de la garde, qui avaient enlevé avec tant de vaillance des positions vraiment formidables.

À l'arrivée du maréchal Canrobert, la brigade Picard, aidée de quelques bataillons de la division Vinoy, avait déjà pris et repris plusieurs {fois le village de Ponte-di-Magenta ; mais la disposition du terrain qui s’étend entre ce village et la jetée du chemin de fer présente un contre-fort très-rapproché de cette jetée, la dominant, et dont l'occupation était de ce côté une sorte de clef de position.

Le maréchal Canrobert le fait occuper par plusieurs compagnies que placent M. le général Courtois d'Hurbal et M. le capitaine de Molènes, un de ses officiers d'ordonnance ; puis il prolonge sa marche jusqu’au village même de Ponte-di-Magenta, qui, après avoir été pris et repris trois fois, devait encore être défendu une quatrième contre le retour des Autrichiens. Le général Picard, le colonel Bellecourt, du 85°, et beaucoup d'officiers qui donnent aux troupes l'exemple de l'entrain et de la ténacité dans l’entrain, le font reprendre de nouveau.

L'ennemi, on le sait déjà, sentait l'importance de ce point, qui, s'il füt resté en son pouvoir, le menait sur le flanc même de notre ligne de communication avec le pônt du Tessin. Cette circonstance explique sa ténacité dans les attaques successives et l’irrésistible entrain des nôtres dans les retours offensifs pour reprendre la position.

La brigade Jannin, ayant à sa tête le général Renault, avait enfin pu déboucher et se porter rapidement sur la ligne autrichienne, s'appuyant à Ponte-di-Magenta, dans la portion de ce village placée sur la rive gauche du canal Navigho. Prise et reprise plusieurs fois, cette portion de village, isolée par le pont du Naviglio, que l'ennemi avait fait sauter, reste en possession du général Renault qui s’y établit définitivement.

La division Trochu, qui n’apparaît sur le théâtre de la lutte que vers huit heures du soir avec sa prenière brigade, s'établit dans le village de Ponte-di-Magenta, et consolide le succès de l’armée française par une occupation des plus solides.

Le maréchal Canrobert donne de grands éloges à ses troupes, se plaisant à constater que, malgré leut faiblesse numérique et les fatigues d'uné arche pénible, elles ont constamment suivi l'exemple de leurs chefs à tous les degrés de la hiérarchie, et chargé chaque fois énér giquement l'ennemi à la baïonnette.

Le troisième corps avait pris à l'ennemi plusieurs centaines de prison -

niers qui ont été immédiatement dirigés sûr San-Martimo, comme tous ceux faits par les autres corps. La perte de l'ennemi était au moins triple de la nôtre.

Si on se rend bien compte de ces mouvements partiels des quatre corps de l'armée d'Italie et de la garde impériale, il est facile de se faire une idée exacte de l'ensemble des opérations et des faits de la journée du 4 juin. : |

Ainsi, j'ai d'abord montré, d'après M. Henri Rambal, la garde impériale franchissant le Tessin à San-Martino. Aussitôt deux bataillons de grenadiers, appartenant à ce corps d'élite, se rangent sur la rive gauche, à droite et à gauche de la chaussée, à la tête même du pont sur lequel ils venaient de franchir la rivière.

À partir de ce point, la route suit une ligne parfaitement droite, s’élevant vers Ponte-di-Magenta et passant entre les maisons qui- bordent l'horizon de ce côté. À

Deux pièces autrichiennes en position sur le milieu de la chaussée la balayaient de bout en bout, tandis que les canons placés sur la ligné du chemin de fer la prenaient d'écharpe.

C’est alors que le général Wimpffen, avec deux régiments de grenadiers, recut l'ordre de se porter en avant et d'attaquer.

Un régiment, couvert par de nombreux tirailleurs, marchait en bataille à droite et à gauche de la route ; l’autre attaquait directement la ligne du chemin de fer.

Au centre, sur la chaussée, deux canons de la garde devaient contre- - battre l'artillerie autrichienne.

Tels furent les moyens d'attaque.

Bientôt les deux pièces autrichiennes, d’abord placées à mi-côte, se retirèrent au sommet de la montée, entre les deux premières maisons de Ponte-di-Magenta. |

La brigade Wimpffen avançait toujours.

L'Empereur, . ne sachant quelles étaient les forces que nous avions devant nous, envoya d’abord au général l'ordre de s'arrêter dans son mouvement. Sa Majesté lui commanda ensuite de revenir prendre position à quatre cents mètres en arrière du point où il était au moment du contre-ordre.

L'Empereur vit alors du haut d’üne maison sur laquelle il était monté de fortes colonnes autrichiennes qui sortaient de Buffalora, se déployaient et descendaient sur notre gauche.

La colonne d'attaque de la garde fut tout de suite envoyée de ce côté, afin d'arrêter le mouvement de l'ennemi.

Mais, au même instant, le canon se faisait entendre sur la droite ‘des

Autrichiens où sur la gauche des Français, vers Buffalora, et leurs co-

lonnes refluaient vers le centre.

L'Empereur, immédiatement prévenu de ce mouvement qu'il ne pou-

vait apercevoir, pensa que c'était le corps du général Mac-Mahon qui arri-

vait. Iordonna au général Wimpffen de reprendre’ offensive, de se porter rapidement en avant et de pousser l'attaque pour qu'elle s’étendit en arrière de Buffalora,

Enlevés à la voix de leurs chefs, les grenadiers se précipitèrent à la baïonnette sur les Autrichiens qui occupaient les pentes, et les rejetèrent de l’autre côté du canal.

Quant au régiment qui attaquait la ligne du chemin de fer, il fut obligé de se déployer en arrivant à l'endroit où la voie coupe les hauteurs, et où

l'ennemi avait établi le centre d'une résistance obstinée : traverses, bar- ricades, palissades, rien n'y manquait; aussi les Autrichiens s’y défendirent-ils avec acharnement. Malgré les paquets de mitraille et les fusées qu'ils dirigèrent sur ce point, ils furent abordés avec furie ct durent se relirer dans le plus grand désordre, laissant le terrain jonché de leurs morts,

C'était le 5° de la garde, commandé par le colonel Metimann, qui obte-

nait ce brillant succès.

Nos soldats avaient bien gravi rapidement les talus et refoulé les Autrichiens vers Ponte-di-Magenta ; mais ceux-ci occupaient encore les maisons

et les jardins qui sont au carrefour du pont du canal, et de là dirigeaient

sur nous un feu terrible. Bientôt, entrainés avec vigueur, nos grenadiers se précipitèrent sur les maisons, qui étaient fortement crénelées, et en chassèrent l'ennemi à la baïonnette.

La première maison à gauche de la route fut ensuite attaquée et prise après une fusillade qui dura quelques minutes.

Restaient les maisons en arrière sur la route de Magenta, et qui gênaient beaucoup le passage.

Le général Cler reçut de l'Empereur l'ordre de charger avec les ZOUAVES

de la garde, d'enlever le pont et les trois grandes maisons en deuxième ligne.

Le brave général s’élança à la tête de ce magnifique régiment, formé.

en colonne d'attaque et battant la charge.

Les positions furent enlevées avec la plus brillante valeur et immédiatement occupées; mais bientôt, entraînés par leur ardeur, les zouaves quiltèrent celle position et poussèrent en avant, dans les vignes, sur la gauche de la route de Magenta. Les grenadiers en firent autant sur la droite.

Le’combat paraissait alors favorable pour lancer la cavalerie. Le général Renault, de la garde impériale, qui suivait l'attaque en première ligne, donna l’ordre à deux-escadrons des chasseurs de la garde qu'il avait sous sa main de charger l'ennemi. Le général Cassaignolles, après avoir rappelé à ses cavaliers la charge héroïque des huit cents dragons de Kellermann, à Valmy, les entraina au galop et fournit une brillante charge dans les vergers occupés par les Autrichiens. Mais, le terram étant devenu trop difficile, la cavalerie fut rappelée et mise en arrière.

Cependant de nouvelles colonnes ennemies se présentaient sans cesse sur-la route, à droite et à gauche de Magenta ; elles poussaient fortement nos lignes de tirailleurs.

IL fallut envoyer deux pièces d'artillerie pour soutenir nos tirailleurs et répondre aux canons de l'ennemi établis en avant du village. Quoique servies avec vigueur, elles ne purent empêcher le mouvement en arrière de nos lignés, et comme il était impossible aux artilleurs, à cause de nombreux taillis, de rien apercevoir au delà de vingt à vingt-cinq mètres, ils furent bientôt débordés sur la droite, vigoureusement chargés et obligés de se replier. Un de nos canons tomba au pouvoir de l'ennemi, qui tua tous les servants; l’autre pièce, on le sait, fut emmenée à bras et sauvée.

Cette retraite de l'artillerie ne fit naturellement qu'accélérer celle de l'infanterie, qui fut rejetée de l’autre côté du pont.

Le général en chef de la garde impériale montra dans cette circonstance la plus grande énergie: Entouré de son état-major, il sut, avec ses officiers, rallier les hommes et les établir de nouveau dans les maisons situées à l'entrée du village. |

C'est dans ce beau mouvement en arrière que le brave général Cler fut frappé à mort d’une balle au front. Hommes et chevaux tombaient de toutes parts, et les Autrichiens parvenaient à se retrancher une seconde fois dans les maisons qui étaient de l’autre côté du pont. Mais ils devaient bientôt encore en être délogés. Après un quart d'heure du feu le plus vif, les grenadiers repassèrent le pont sous une grêle de balles, et, se jetant à la baïonnette sur l'ennemi, le repoussèrent définitivement hors du village. Les Autrichiens abandonnèrent entre nos mains un nombre considérable de blessés et de prisonniers. Un de leurs généraux a élé trouvé parmi les morts.

Cette lutte d’un contre dix ne pouvait durer longtemps; mais tout était prévu. La brigade Picard, de la division Renault, arrivait en courant de Trecate. Elle fut tout de suite envoyée sur la droite de la ligne du chemin de fer.

. C'est dans ce mème moment que le colonel d’Alton s'emparait de Bufil, 87

falorä, après une résistance des plus viveset {rois atlaques successiv es. Une

fois établi là, 1l vint soutenir le centre, et il entrait à Magenta au moment

où le Canon du corps de Mac-Mahon se faisait entendre à l'extrême gauche:

On wit alors du côté de l'ennemi de fortes et profondés colonnes se

reporter sur notre droite, et d’autres qui se retiraient en désordre.

L'Empereur choisit ce moment pour donner l'ordre à toutes ses troupes

demarcher en avant. Le général Niel, arrivant bientôt aussi avec la: division Vinoy, se porta en-toute hâte sur la ligne. $ C'était plus qu'il n’en fallait pour décider du succès de cette Journée.

Les ennemis battaient partout en retraite avec précipitation, cherchant.

cependarit encore à tourner notre droite ; mais le maréchal Canrobert, à

Ja-tête-de la division Renaud, les força de sé rétirer rapidement.

‘En ce moment, notre artillerie fit pleuvoir:sur les réserves et les colonnes ennemies une CR de projectiles qui firent 1 un grand carnage

dans leurs rangs,

Toute notre anis s'était portée en av nt

À onze heures du soir, le canon cessait de se faire entendre, et les dernières colonnes autrichiennes se retiraient lentement.

Le lendemain, dans la matinée, un régiment entier fut pris à Magenta, où il avait été cerné la veille par Mac-Mahon. | |

Il y eut aussi, à huit heures du malin, sur la rive droite, un sérieux engagement entre la division Trochuef l'ennemi, qui fut forcé d'abandon-

ner le village de Rebecco en y laissant plusieurs blessés et des prisonniers. L'armée française avait eu à combattre les corps des généraux autrichiens Klam-Gallas, Zobel, Schvarzenberg et Lichtenstein, dirigés par le feldzeugmeister Giulay, qui commandait encore en chef dans celte journée, et dont le quartier général avait été transféré de Garlasco à Rosate.

Ainsi, cinq jours après le départ d'Alexandrie, l’armée alliée avait livré trois combats, gagné une bataille, délivré le Piémont des Autrichiens et ouvert les portes de Milan à l'empereur des Français. Depuis le combat de Montebéllo, l'armée autrichienne avait perdu vingt-cinq mille hommes tués ou blessés, dix mille prisonniers, dont huit mille à Magenta, et dix-

sept canons, dont quatre leur furent enlevés sur ce même champ de ba-

taille, où ils laissèrent entre nos mains, glorieux trophée de notre vietoire, le drapeau du 9° régiment d'infanterie. |

Quoique vaincue, cependant l’armée autrichienne s'était vaillamment battue, et l'Empereur d'Autriche ne fit que lui rendre justice en publiant l'ordre du jour suivant :

« Fidèle à son ancienne. renommée, l’armée a montré à Magenta, en.

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: L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 291 se battant contre un ennemi supérieur en nombre, ce que peuvent l'hé- roisme et le dévouement à ma personne et à la patrie.

« Je remercie l'armée en mon nom et en celui de la patrie, et je veux que ceux qui ont été les plus braves parmi les braves me soient désignés.

« Quartier général de Vérone, le 8 juin 1859.

de SE | it FRançois-Josepn. »

Fidèle au système de mansuétude et d'humanité qu'il avait déjà pratiqué après les journées de Montebello et de Palestro, l'Empereur fit confondre dans les mêmes soins les blessés français et les blessés autrichiens réstés prisonniers entre les mains de l’armée alliée.

Les uns et les autres furent dirigés sur Alexandrie, Novare et Verceil, où les femmes les plus distinguées s’empressèrent de les soigner ellesmêmes, se transformant en sœurs ou plutôt en anges de charité, Elles ne firent que renouveler les prodiges de sollicitude qu’elles avaient accomplis après les combats de Montebello et de Palestro.

Partout où ils passaient, dans les rues et sur les places, aux soldats “victorieux on jetait des fleurs dans le moindre village ; partout où ils arrivaient, aux blessés on donnait l'hospitalité de la famille, les soignant comme on eût soigné des frères.

. Les prisonniers autrichiens valides étaient dirigés sur Alexandrie, puis sur Gênes, puis sur Marseille. Les uns acceptaient gaiement, les autres supportaient tristement leur destinée. Voici l'impression que produisit sur les journalistes parisiens le spectacle d’un convoi de quinze cents d’entre éux, qu'ils rencontrèrent à Trecate, après la bataille de Magenta.

Deux soldats placés en tête, six autres par derrière, suffisaient à la conduite du convoi. On eût dit un troupeau d'hommes, machines inertes, qui marchaient, mais qui ne semblaient plus avoir hi intelligence ni pensée. Ils s'étaient rangés par nationalité ; les Hongrois marchaient en tête, les Croates et les“Tyroliens au milieu, el le convoi était fermé par les Lombards-Autrichiens.

Ceux-ci formaient un contraste frappant avec les yéblions et les Croates; autant ces derniers avaient le regard triste et douloureux, autant le visage des autres était rayonnant. « Nous sommes Lombards! criaient-ils; mort à l'Autriche, et vive l'Italie! » Étrange influence de la discipline! un officier, qui avait vu ces Lombards à l’œuvre pendant l'action, disait | qu'ils s'étaient très-bien battus dans les rangs. Lom du regard de leurs officiers et de leurs caporaux, ils s'abandonnaïent à leurs sentiments patriotiques, ‘ét paraïssaient plus heureux. d’être les prisonniers de la . France que les soldats de l'Autriche. :

ne —

- Cette divergence de sentiments faillit amener une seëne de sang dans un couvent de Novare, où cinq mille des prisonniers de Magenta fureht momentanément énfermés. Un des prisonniers lombards, s'étant vanté tout haut d’avoir déserté, un capitaine croate, pâle de fureur, s'avança aussitôt vers lui, le traitant de misérable. Le Lombard veut répliquer ; le capitaine le frappe à la figure. Des Lombards viennent au secours de lcur camarade, mais les Autrichiens, de leur côté, se mettent en devoir de défendre leur capitaine. Les soldats français préposés à la garde des prisonniers parviénnent cependant, avec beaucoup dé peine, à retablir

l'ordre, mais ils virent le moment où les Autrichiens et les Lombards

allaient se livrer une bataille à coups de poing.

Les Autrichiens se rendaient volontiers quand ils voyaient qu'ils nè pouvaient échapper à la mort par la fuite; on en vit cependant qui préféraient succomber sur le champ de bataille plutôt que de porter le deuil de leur gloire sur le sol étranger.

Ainsi un clairon, s'étant emparé d'un officier autrichien que ses hommes avaient abandonné, lui dit :

— Rendez-vous!

— Non!

— Rends-toi donc!

— Non!

Le soldat lui enfonça sa baïonnette dans le côté en lächant son coup de fusil. L'Autrichien tomba en râlant.

La journée du 4 juin, du resle, avait été rude pour l'armée française elle- même.

— Est-ce que votre régiment n’a pas donné hier à Buffalora ? demandait-on à un clairon du 85° régiment de ligne, rencontré dans la cour d'une auberge de Trecate.

— Oh! oui, réponditl; et il a si bien donné, qu'il n'en est pas mieux portant pour ça. Nous avons beaucoup souffert, nous et le 52°, qui se battait à notre gauche.

. — Et comment vous trouvez-vous 1c1? ;

:— Voilà la chose, dit le clairon dans son langage de bivae-: mon colo-

nel, M. Véron de Bellecourt, a reçu huit blessures pendant que nous élions à nous chamailler avec les Autrichiens ; le lieutenant-colonel, ayant été gravement blessé lui-même, le colonel, qui ne pouvait plus se tenir à cheval, ne savait à qui remettre le commandement du régiment, lorsque le chef du second bataillon, frappé d’un éclat d’obus à la jambe, un bon officier, ma foi! nommé M. Taconnet, s'approche du colonel et lui dit : « Je suis blessé, mais ça ne fait rien, mon colonel; et, si vous voulez, je

suis votre homme. — Ca va, » dit le colonel. Pour lors il m ‘appelle : « Pajol, allons-nous-en! » Je mets le colonel dans une voiture, et je l’amène ici; puis, CC matin, il est parti pour Novare, et moi, je retourne à la samelle. C'est égal, continua-t-il, je suis content tout de même, parce que le colonel n’en mourra pas. Malheureusement, il est toujours perdu pour le régiment ; tout le monde dit qu il va Ôtre fait général : ce sera une perte pour le 85°. Je me suis battu en Afrique et en Crimée, continua le clairon, mais nulle part ça n'a été plus chaud qu'hier. Figurezvous que, pendant que nous nous chicanions avec un régiment de Croates, voilà que je mets la main sur un officier ; je le tenais à deux pas au bout du canon de mon fusil. «Rendez-vous, os que je lui dis. — Non! qu'il pie __ Vous avez tort; rendez-vous! — Non! — Une fois... deux fois. — Non! non! » Pour lors, je lâche la détente, et je l'abats. Eh bio messieurs, ça m'a fait de la peine : c'était un beau garçon de vingtcinq ans, et il avait peut-être une famille. |

— Et parmi vos officiers, lui demanda-t-on, y en a-t-il beaucoup qui aient succombé ?

— Cinq tués, dit-il; puis le colonel blessé, le lieutenant-colonel blessé, et deux chefs de bataillon blessés. Ah! reprit-il, et le drapeau que j'oubliais! lui aussi il a été blessé.

— Le porte-drapeau?

— Non, le porte-drapeau n'a rien’eu, mais le drapeau a été blessé, et crânement, de deux balles : il avait déjà reçu trois blessures.en Crimée; ça lui en fait cinq, mais il est encore solide.

D'après tous les témoignages officiels et privés, après Mac-Mahon, après Regnauld de Saint-Jéan-d'Angély, faits tous deux maréchaux de France sur le champ de bataille de Magenta, le général Renault est peutêtre, de tous les officiers généraux présents sur le champ de bataille, celui qui s’est le plus distingué.

De l'avis unanime de toute l’armée, des chefs et des soldats, sa division a fait des prodiges de valeur dans la journée du #4 juin ; son général s'est prodigué avec un entrain vraiment chevaleresque.

Le général Renault, sachant que le village de Ponte-di-Magenta était la clef de voûte de toute la bataille, voulait l'emporter ou succomber : il l’a emporté, mais après une lutte aussi longue qu'opiniâtre : le village à été pris et repris huit fois. à

On voyait, durant la bataille et au plus fort du feu, le général Renault allant, de l’un à l'autre, vers les soldats de sa division, les encourageant, les soutenant, les animant, leur donnant l'exemple du stoicisme le plus complet. Le général est petit comme taille, mais il était monté sur un

CA

294 L'PFALIE CONFÉDÉRÉE grand cheval arabe qu'il a ramené d'Algérie, et visible comme une cible, Les balles pleuvaient autour dé lui; son cheval en a-recu deux. Luin'a pas été atteint : c'est un miracle. | | … Des deux côtés on y a mis un acharnement impossible à dire. D'ailleurs, le village se prétait à merveille à une résistance opiniâtre. Les Autrichiens avaient fait sauter le pont placé sur les deux rives d’un grand canal dit le Naviglio-Grande di Milano. La division Renault combattait sur les deux rives contre les efforts inouïs des Autrichiens, dont les renforts arrivaient sans cesse. Enfin, repoussé partout, l'ennemi fut lui-même arrèlé par ses propres cadavres, qui jonchaient le sol. C’est au milieu des débris d'armes el d'obstacles de toute nature que le combat continua, jusqu'au moment où l'armée autrichienne tout entière battit en retraite. | Voici, au surplus, en dehors des récits sérieux et officiels, une narralion pittoresque el mouvementée adressée à la Sentinelle du Jura, à la date du 6 juin, narration qui donnera, mieux que tout autre document, une idée exacte de la physionomie des deux armées en présence :

« Magenta, 6 juin 1859.

« Je serais bien coupable de ne vous avoir point écrit plus tôt, si je n'avais pour excuse à ce long silence des marches et contré-marches qui ne nous ont pas laissé une heure de répit. J'ai trouvé à Novare deux lettres de vous et un paquet de journaux qui nous ont fait bien plaisir, à mes camarades, à mes chefs et à moi. Je suis tout surpris que ma lettre de Montebello, dont vous me félicitez si amicalement, ait eu à ce point les. honneurs de la reproduction. Quinze ou seize journaux différents, en France et à l'étranger, ont pris mon pauvre récit, fort étonné d'un tel bruit, auquel 1l ne s'attendait guère. Cette fois encore, monsieur, c'est une vicloire que nous avons, non sans peine cependant: mais elle est à nous, et bien à nous, c'est l'important. Si je n’ai pas dès hier pris la plume à votre intention, c'est parce, que jé ne pouvais pas trouver de papier. J'avais bien une plume et mon petit encrier de corne, mais pas un morceau de carton. Puis ma jambe me faisait beaucoup souffrir, et je ne marchais que difficilement (c'est une blessure de rien du tout, que j'ai attrapée samedi, une balle dans le tibia). J'ai refusé d'aller à l'ambulance, parce que le major m'a dit que je serais dirigé sur Alexandrie, et vous comprenez bien, monsieur, que je ne veux pas abandonner mon bataillon : il nous manque déjà assez d'hommes. |

€ L'affaire d'avant-hier à été terrible ; quand on n'a Jamais assisté un pareil spectacle ‘on n'est qu'un enfant. Moi-même, qui avais reçu le bap-

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 295 tème du feu à Voghera, et qui me croyais bien aguerri, vous Île dirai-je? ch bien, j'ai senti mon cœur sauter dans ma poitrme, comme’ s’il eût voulu en sortir: Ce n’était pas la peur, monsieur, car je ne songeais même plus à saluer les balles au ‘passage ; c'était une émotion extraordinaire que je ne puis définir. Je songeais à mon pays, au drapeau qui flottait audessus de ma tête, à la croix d'honneur que mon commandant m'a pro- : mise à la première action d'éclat; le sang courait dans mes veines plus

rapide que d'habitude. Toutes ces sensations se succédèrent avec la rapidité de l'éclair, et, lorsque nous nous vole en avant, je ne pensais plus qu'à me battre.

« Je vais reprendre les événements à ma férnisé lettre, pour bien vous expliquer ce que nous avons fait. Après le combat de Montebello, qui n’était qu'un jeu d'enfants en comparaison de celui du Tessin, nous avons occupé, par ordre de l'Empereur; les hauteurs de Casteggio ; puis, un soir, on nous a avertis de filer sans bruit, en tournant le dos aux Autrichiens. Ma division, qui n’est pas celle du général Forey, comme vous paraissez le croire, mais bien celle du général... , s’est mise en marche à trois heures du matin, et, après une série d’évolutions, de mouvements en avant, de conversions par le flanc droit, de conversion par le flanc gauche, de déploiement en tirailleurs le long du PÔ, nous avons reçu tout à coup ordre de nous porter sur le chemin de fer, qui nous a menés à Casale. Je ne suis pas stratégiste, mais il me semble que cette manœuvre, destinée à tromper les Autrichiens sur la véritable position du gros de l'armée, est un chef-d'œuvre d'habileté, bien qu'elle n'ait pas réussi complétement, puisque la garde s'est trouvée isolée, ayant à combattre un contre sept des ennemis acharnés: De Casale, on nous à fait faire une marche forcée dans la direction de Verceil, que nous avons tourné en le laissant à notre droite, ainsi que Novare, où nou$s ne sommes pas entrés, à notre grand regret.

« Nous étions épuisés de fatigue; depuis deux jours on n'avait fait qu'une distribution de lard pour aider la digestion du biscuit. Nous faisions la grande halte dans un hameau où les habits blancs n'avaient pas laissé un oignon; les anciens grommelaient. Plus de vin, plus de tabac! Moi, je consolais mes conscrits en leur disant que nous pouvions éompler sur l'Empereur. Tout à coup nous entendons une mousqueterie bien nourrie dans la direction du fleuve; le canon s'en mêle bientôt. Nous hous dressons : plus de faim, plus de fatigue, monsiéur ! il n’y avait là que des hommes demandant à grands cris de courir aux Autrichiens, les mémes qui, vingt minutes auparavant, se plaignaient de la märche.

« Le colonel nous formé en bataille; il envoie l'adjtidatit-major du pre-

mier bataillon prendre les ordres du général de Mac-Vahon et l'avertir de notre présence. Il se passe bien deux grosses heures ; l'impatience faisait ruisseler la sueur sur les fronts. C'était un vendredi, nous ne devions pas avoir de chance! Le général nous envoie un officier d'ordonnance pour nous dire qu'on se passerait de nous ec jour-là. |

«Un tonnerre de jurons éclate sur toute la ligne. Ra

«— Ne grognez pas, vieilles brisques! crie le colonel en passant devant les grenadiers ; il y en aura demain pour tout lé monde!

QIlne se doutait pas, le brave et digne soldat, qu'il y en aurait aussi pour lui, et trop! Ceci se passait le 5 au matin ; nous enrageâmes tout le jour à entendre la musique des canons. Le soir, on nous fit reprendre l'étape. Nous n'eûmes pas loin à aller pour retrouver ce fameux Tessin : les bords étaient couverts de cadavres autrichiens ; le flot les roulait sur la rive droite. Nous passämes rapidement. Au point du jour, le 4, nous avions pris position sur les hauteurs qui dominent Robecchetto, le malheureux village enlevé aux Autrichiens la veille.

« Nous cûmes des vivres frais. À peine avions-nous pris la soupe, que le canon tonna sur toute la ligne. Nous parlimes en bon ordre, le fusil sur l'épaule; on nous cacha derrière un monticule. Le feu devint plus vif; l'ennemi paraissait se rapprocher. Le commandant reçut du colonel un billet au crayon : il nous lança en tirailleurs dans les blés, si hauts, que nous avions à peine besoin de nous baisser. Nous nous éparpillâmes en Uirant plus de cinq coups à la minute : nous faisions l'effet d’une division. L'ennemi parut le croire ; il envoya une batterie dont les boulets sillonnaicnt les épis drus et serrés où nous nous abritions. Cela ne nous fit pas grand mal; la mitraille, lorsqu'il vit notre petit nombre, nous blessa au contraire beaucoup de monde. |

« Nous étions à quatre cents mètres des pièces; le commandant nous forma en pelotons ; nous tournâmes la hauteur au pas de course. Nous espérions surprendre les artilleurs; ils nous aperçurent à mi-chemin. Heureusement notre élan les effraya ; ils tirèrent précipitamment les six coups chargés à mitraille, et voulurent partir au galop. Mais l'une des pièces roula sur les chevaux, en tua un, et resta étendue à terre l'affût en l'air; une autre vint se briser sur Ja première : nous -arrivämes vingt sepl pour nous en emparer. Les quinze artilleurs nous reçurent à coups de carabine ; un demi-escadron de hussards noirs, qui se trouvaient par derrière en soutien, arrivait au galop, le sabre au poing : le temps pressail. Nous nous jetâmes en désespérés sur les artilleurs ; ce ne fut pas long : un seul s’est rendu ; les autres sont morts une baïonnette dans le COrpS.

« Les hussards fondirent sur nous et nous enveloppèrent; un caporal

alsacien nous sauva. Haut de sept pieds, large ! à l'avenant, ce colosse, qui dans les revues dépassait le chef de bataillon à cheval, saisit l’écouvillon du canon renversé, le prit à deux mains, et, frappant de toute sa force herculéenne à droite, à gauche, sur les chevaux et sur les hommes, il jeta un désordre épouvantable parmi eux. Mon capitaine arriva pendant ce temps avec trente voltigeurs; nous poussämes à la fourchette, et ils laissèrent vingt-trois des leurs sur le terrain, sans compter les deux pièces : quant à nous, nous n'élions plus que douze.J'ai eu deux de mes caporaux et un sergent tués près de moi ; la balle d'un:des hussards m'a enlevé mon épaulette gauche : j'en ai été quitte à bon: compte.

« L'ennemi arrivait en colonne serrée; nous nous repliâmes : Je me trouvai, je ne sais comment, avec le second bataillon : j'avais perdu ma ligne de bataille, on me défendit de rejoindre: On nous massa en colonne. Douze bouches à feu vinrent s'établir à notre droite, elles ouvrirent un feu terrible, — une file entière que je touchais coude à coude disparut broyée sous le projectile de fer. Cela ne dura pas : trois petites pièces de 4, nouveau modèle rayé, furent placées au flanc de la colonne et ripostèrent. L'une après l’autre, les pièces autrichiennes se turent. Nous avons su plus {ard que nos pointeurs en avaient mis huit hors d'usage.

« Ce jeu ne nous plaisait guère-pourtant! Nous piétinions sur place ; le

: En avant ! se fit entendre au moment où une décharge de mitraille, venue de je ne sais où, nous aveuglait de poussière et d'éclats de pierres.

« Nous partines comme un forrent. C’est alors, monsieur, que je fus remué jusqu'aux entrailles. Le vent chassait la fumée des détonations,

et, dans les rapides éclaircies, nous apercevions une ligne blanche, impassible sous le feu de nos batteries, serrant ses rangs pour fermer les vides creusés par nos boulets.

« C'était cette masse géante que nous allions entamer à à baïonnette : trois décharges terribles nous accueillirent; morts et blessés roulaient en rugissant sur le sol; nous sautions le cadavre, nous enjambions le corps étendu, et nous courions toujours.

«À notre approche, un long frémissement courut dans cette ligne, 1l y eut comme un roulis . la vague humaine recula, avança pour reculer ensuite : nous arrivämes la crosse haute, déjà le désordre était dans les rangs. Ils se reformèrept pourtant, ils revinrent à la charge, et nous repoussèrent dix pas en arrière. Un mot nous releva : « Eh! soldats, le régiment recule! » En deux bonds, nous les avons refoulés. Ils revinrent encore sur nous en tirant, mais inutile !

« Nous ne ripostions pas. La baïonnette! rien que la baïonnette !

Quelle terreur à ce mot! ils le comprenaient. Ces sabres recourbés au IT. 38

bout de nos carabines leur inspiraient une frayeur indicible, et cependant, monsieur, ce sont de braves soldats et il y a de la gloire à les culbuter. L'artillerie éclatait devant, par côté, derrière nous; les ennemis et les nôtres étaient également atteints ; la mêlée était horrible, la confusion à son comble. Comment faire des prisonniers? On ne demandait pas de grâce, on n’en faisait pas. Dire ce que tout ce combat « duré est impossible; dix minutes ou deux heures, je ne le sais pas.

» [l'y aurait mille incidents à raconter, el une lettre n’y suffirait pas. Un officier autrichien ajuste mon lieutenant avec un revolver : deux coups partent sans le toucher, Le lieutenant s’élance sur lui, ils se joignent, se prennent à bras-le-corps, ils roulent jusqu’à moi. — J'allais enfoncer ma baïonnette dans le dos de l’Autrichien ; un grenadier me prévient, il se baisse, le prend par le cou et le force à lâcher prise, C'était plus humain, nous l'avons fait prisonnier. Il a été plus poli que celui de Montebello, il a remercié mon camarade. ;

« Un commandant autrichien ramenait sur nous un bataillon déjà chassé deux fois par nos baïonnettes : je l'ajuste, il tombe ; cent coups de feu me répondent sans me toucher. Nous nous jetons à corps perdu sur l'ennemi, qui lèche pied une troisième fois, dans une déroute impossible à décrire. Je suis allé relever le commandant, il était mort ; la balle avait brisé la colonne vertébrale. Je lâchai ce cadavre, et j'eus froid. Le lieutenant-colonel m'a promis le médaille militaire pour ce fait; mais je suis encore neuf aux émotions, cela me passera.

« Enfin, que vous: dirais-je, monsieur? Je ne sais rien de plus, sinon que je me suis battu jusqu'au soir ; c'est une des dernières balles qui a frappé mon mollet; je suis tombé sur le coup. Heureusement l'os est sauf, il y aura huit jours de charpie à mettre, et tout sera dit. On à mis à l'ordre du Jour trois ou quatre généraux ; la garde, que nous avons soutenue par un imnouvement de flanc, a été admirable d'héroisme et de fermeté. Le général Cler, qui est, je crois, du département du Doubs ou du vôtre, a été éblouissant:de bravoure; ses soldats le pleurent, monsieur, comme ils pleurent leur mère.

« Je vous serre la main. »

IL y avait un duc de Malakoff. Il y aura aussi un duc de Magenta. Ce sont deux glorieux et éclatants souvenirs d’un règne de paix et de progrès qui ne laissent rien à envier aux légendes guerrières de la magnifique épopée de la République, du Consulat et de l'Empire écrites par Napoléon [”, avec son épée victorieuse, des champs de Marengo, au pied des Pyramides, de Madrid à Berlin, de Vienne à Moscou.

L'ITALIE CONFÉDÉREÉE 299

J'ai dit ce qu'était Mac-Mahon. On sait sa vie. L'Empereur lui a rendu l'auguste témoignage que l'armée d'Italie lui devait la victoire de Magenta, dont le nom est devenu le sien. Qu'ajouter à cette parole souveraine ? Mac-Mahon a été le héros de la journée du 4 juin : ce mot dit tout.

J'ai également raconté l'existence militaire de Regnauld de Saint-Jean-

d'Angély, dont le nom est venu s'ajouter avec éclat à l'illustre liste des maréchaux de France. Cette dignité qu'il a si noblement méritée à Magenta, en même temps que Mac-Mahon, élevé à la mème heure et par le même décret, à celte grande position militaire, dit assez par quels prodiges de bravoure et de résolution le commandant en chef de la garde impériale s'est signalé dans la journée du 4 juin.

Digne émule de Mac-Mahon et de Regnauld de Saint-Jean-d'Angély, le général Renault est âgé de cinquante et un ans; il a fait toute sa carrière en Afrique, dans les zouaves:et la légion étrangère, jusqu'au grade de général de brigade. Le maréchal Bugeaud, qui se connaissait en hommes, voulant caractériser la confiance qu'il avait dans la fermeté et le grand cœur de M. Renault, ne l'appelait que Renault de l'arrière-garde. On sait qu’en Afrique la conduite d'une arrière-garde est l'opération qui exige le plus d'énergie et de talents militaires. Le général Renault s est toujours fait remarquer par des qualités sérieuses. Excellent manœuvrier, bon administrateur, il a été gouverneur général par intérim de l'Algérie. Bien que l’un des plus anciens généraux de l'armée, il en est aussi l’un des plus jeunes. +

Deux généraux avaient succombé sur le champ de bataille de Magenta : les généraux Espinasse et Cler: Deux autres généraux y furent blessés : les généraux Wimpffen et Martimprey.

Le' général Espinasse (Esprit-Charles-Marie) étail né dans un petit village du département de l'Aude, à Saissac, le 12 avril 1815. Agé de quarante-quatre ans à peine, il était donc un des plus jeunes généraux divisionnaires de l’armée. Élève de l'École militaire, il avait conquis tous ses grades à la pointe de l'épée, en Algérie d'abord, où il avait servi pendant de longues années, puis à Rome, oùil entra le premier, et en Crimée, où il fut nommé général de division. En 1845, il commandait en Afrique un bataillon de zouaves, à la tête duquel il fit des prodiges de valeur, et reçut dans une seule journée, au combat d’Aurés, quatre blessures graves.

Lieutenant-colonel au 29° léger, c'est ‘avec ce régiment qu'Espinasse assista au siège de Rome, où sa brillante conduite fixa sur lui l'attention de ses chefs. Le maréchal Saint-Arnaud, qui l'avait connu en Afrique, le fit venir à Paris en 1851, et lui donna le commandement du 42° régiment

de ligne. L'Empereur le nomma général de brigade après le 2 décembre, et le choisit pour être un de ses aides de camp. Mais Espmasse était, avant tout, un officier d'action ; aussi la guerre éclatait à peine entre la Russie et la France, qu'il solhicitait ét recevait le commandement de l'une des brigades de l'armée d'Orient. Le choléra, dont il fut frappé pendant la déplorable expédition ‘dans les marais pestilentiels de la Dobrutscha, l'arracha pendant quelque temps aux opérations militaires de cette armée ; mais il reparut, dès que sa santé fut rétablie, à la bataille de la Tchernaïa et à l'assaut de Malakoff, où il sut se placer au rang des plus hauts et des plus illustres.

La confiance de l'Empereur appela, en 1838, le général Espinasse au ministère de l'intérieur. C'était après l'attentat du 14 janvier. En quittant ces fonctions, il entra au Sénat. L'amour de la gloire qui l'avait conduil en Orient lui fit réclamer un commandement dans l'armée d'Italie. L'Empereur lui avait confié celui de la deuxième division du deuxième corps, placé sous les ordres du vaillant Mac-Mahon; c'est à la tête de cette belle division africaine qu'il combattit et qu'il succomba sur le champ de bataille de Magenta.

Le corps du général Espinasse fat ramené presque immédiatement en France, et ses obsèques furent célébrées en grande pompe à Bordeaux.

Le deuil était conduit par M. Festugière, beau-père du défunt. C'est à Saint-André qu'eut lieu le service funèbre. Monseigneur le cardmalDonnet cofficiait. L'église était comble. On remarquait près du catafalque un zouave, homme de confiance du général, décoré de la médaille de Crimée. 8

Le cortège partit de l’église Saint-André, vers onze heures et demie, et se rendit au cimetière de la. Chartreuse. À ce moment, la place de la mairie, toute les rues aboutissant à cette place, notamment les rues Bouffard et des Remparts, étaient encombrées de monde; il en était de même de la place Dauphine : il semblait que toute la population bordelaise eût voulu, par sa présence, témoigner de ses vives sympathies pour la famille d’un général tombé sur le champ de bataille de Magenta, en combattant pour l'indépendance et la liberté de l'Itahe,

Les cordons du poële étaient tenus par M. le préfet de la Gironde, M. le cénéral de Tartas, M. l'intendant militaire, M. Amand, député, M. le premier président de la cour impériale, M. le procureur général, M. Je maire de Bordeaux et M. le commissaire général de la marine.

Un détachement du 38°, le bataillon des sapeurs-pompiers, la compaonie des soldats de la douane et un détachement de soldats de marine

formaient la haie.

L'ITALIE CONFÉDERÉE oû1

Arrivé au champ du repos, le cortége a fait halte à quelques pas du tombeau de la famille Festugière, où le corps du général Le reg reçut les dermers honneurs.

M. le général de Tartas raconta en quelques mots d’une concision toute militaire l'âme de soldat du général Espinasse, et lui fit au nom de l’armée de suprèmes adieux. Le préfet, M. de Mentque, retraça à son tour, au bord de la tombe qui allait se refermer sur ses restes pour l'éternité, l'hislorique de sa vie.

Le général de brigade Cler (Jean-Joseph-Gustave) a laissé d’unanimes et profonds regrets, qu'expliquent l'estime et la sympathie qu'inspiraient son caractère et sa personne. Né, le 2 décembre 1814, à Salins, entré à l'École de Saint-Cyr en 1832, sous-lieutenant en 1855, lieutenant en 1838, capitaine en 1841, Cler fit en cette qualité les campagnes d'Afrique de 1842 à 1846. Il rentra en France à cette époque avec le grade de major au 6° léger.

Au commencement de 1852, Cler fut nommé lieutenant- buis du 21° de ligne, et passa, quelques jours après, au 2° de zouaves, dont il fut nommé colonel en août 1853. Il conduisit ce régiment en Crimée, et ce fut à la tête de ces braves que le général Cler conquit une réputation de bravoure et de sang-froid qui ne s'éteindra pas dans l'armée.

Les exploits du 2° de zouaves en Crimée sont connus de tout le monde. Entraîné sur les pas de son colonel, il enfonça le centre de l’armée russe à la bataille de l'Alma, et enleva cette tour du Télégraphe dont la prise décida notre victoire.

Le colonel Cler planta de ses mains le drapeau de son régiment sur le télégraphe. Dans la nuit du 23 au 24 février 1855, il exécuta, à la tête de deux desses bataillons, un coup de main hardi sur les ouvrages russes. Enveloppé de tous côtés, il parvint à s'ouvrir une route sanglante, après deux heures de lutte corps à corps au milieu des ténèbres. Le 5 mars suivant, il obtint les éloiles de général. A la bataille de la Tchernaïa, il déploya une valeur si éclatante, que le général en chef, dans l'ordre du jour: du 47 août, déclara qu'il avait bien mérité de l'armée.

Entré dans la garde impériale, Cler ramena à Paris, lé 50 décembre 1855, la brigade de grenadiers. Sa belle et noble figure, sa haute taille, sa superbe prestance, lui avaient conquis ce jour-là l'admiration des Parisiens. Son caractère ferme et bienveillant tout à la fois, ses éminentes qualités guerrières, en avaient fait l'idole de ses soldats. « Avec lui nous irons partout! » disaient-ils. Ea mort qu'il a trouvée sur le champ de bataille le sépare d'eux, mais, comme le disait le maréchal Pélissier, «ç1la droit à la reconnaissance de l'armée, » et aussi à celle de la France.

Le général Cler était un de ces officiers d'élite qui réunissent à la fois ces deux qualités si rares: la science et le courage. Versé dans l'art stratégique, il savait organiser, il savait agir. Nul n'avait plus que lui cette connaissance profonde de ‘l'art militaire, que possèdent cependant à un degré si éminent tous les officiers de notre jeune armée.

Mais ce qui faisait du général Cler une nature privilégiée au milieu de tant de personnalités si brillamment douées, c'était son ardente affection pour le soldat. I avait l'habitude de dire : « Le régiment est une famille dont le colonel est le père. » Et cette phrase n'était pas pour lui un vain mot : lorsqu'il était colonel, äl l'appliquait à la lettre, se faisant le père de tous, n'exposant jamais inutilement la vie d'un homme, ét ayant de la PME nE pour ses soldats, alors même qu'emporté par sa bouillante ardeur, 1! n'en avait plus pour lui même. « Le sang des soldats est le sang de la France, disait-il encore , il faut le ménager. »

Getle brillante maxime devrait être celle de tous les hommes de guerre.

Le général Cler était commandeur de la Légion d'honneur. Il commandait, à l'armée d'Italie, la première brigade de la première division d'infanterie de la garde impériale, placée sous les ordres du général de division Mellinet, et sa brigade se composait du régiment de zouaves et du 1" régiment de grenadiers.

Honoré de l'amitié du prince Napoléon pendant sa vie, le général Cler a reçu après sa mort de nouveaux témoignages de cette illustre amitié. C'est par les soins et aux frais du prince Napoléon que son corps, ramené en France, a été mhumé sur le sol de la France. Ses restes reposent dans le cimetière de Salins, sa ville natale.

D'autres officiers supérieurs payérent de leur vie l bone d’avoir come battu à Magenta. Voici leurs noms et leurs titres :

Charlier, qui a servi au 22° léger comme capitaine. Nommé chef de balallon-au 50° en avril 1845, il fit avec ce régiment le siége de Rome et fut, en récompense de sa belle conduite pendant cette campagne, promu lieutenant-colonel du 2° léger le 20 juin 1849. M. Charlier commandait le 90° depuis 1859; il a fait, à la tête de ce régiment, les deux expédilions de Kabylie de 1856 et de 1857, et y avait gagné la croix de coff1mandeur de la Légion d'honneur,

Le colonel de Granet Lacroix de Chabriére, qui, en 1848, était chef de bataillon au % régiment de la légion étrangère et officier de la Légion d'honneur. L'avenir s'ouvrait brillant pour lui; mais, sacrifiant son état à ses convictions, il donna sa démission. Pendant la güerre d'Orient; lorsqu'on forma une légion suisse, il ÿ entra comine colonel, permuta pour aller en Crimée, et fut, à la réorganisation des troupes Ctrangères,

L ITALIE CONFÉDÉRÉE 605 appelé à commander le 2° régiment étranger. C'était un officier auquel l’âge n'avait enlevé aucune des. qualités militaires qu'il avait montrées jadis en Afrique.

Le colonel Drouhot, qui, après avoir été capitaine au 5° léger (1837) et major au 6° de ligne (1846), arriva au 65° en 1852, comme lieutenantcolonel; il partit avec ce régiment pour l'Afrique, et sa valeur lui en fit obtenir le commandement à la fin de 1855.

Le colonel Denis de Senneville, qui sortit de Saint-Cyr, en 1833, pour entrer à l'École d'état-major. Nommé capitaine le 18 janvier 1840, ilalla : demander son avancement aux rudes travaux de l'Algérie, et, lorsqu'on aura dit qu'il fut aide de camp du général Lamoricière, sa réputation de courage sera suffisamment établie. Chef d’escadron en 1848, lieutenantcolonel en 1853, il n’a pas quitté le maréchal Canrobert depuis le commencement de la campagne de Crimée, remplissant auprès de lui tantôt les fonctions de chef d'état-major, tantôt celles d'aide de camp, toujours à même de lui prouver un dévouement profond ; le maréchal v répondait par une ardente amitié, et ses cruels regrets seront partagés par toute l'armée. M. de Senneville était colonel depuis 1855.et commandeur de la Légion d'honneur.

Le commandant Desmé de Lisle, ancien élève de l'École militaire en 4835, d'où il sortit, en 1837, sous-lieutenant au 58° de ligne. Lieutenant en 1841, cäpitaine en 1847, il fit avec ce régiment les campagnes d'Afrique de 1846 à 1851. Officier d'ordonnance du maréchal Saint- . Arnaud, M. Desmé de Lisle fut nommé chef de bataillon au commencement de 1854 et appelé dix mois après dans le 2° grenadiers de la garde.

Le commandant de Maudhuy, autre élève de l'École. Il a fait ses premières armes au 18° de ligne; sous-lieutenant en 1835, capitaine en 1844, compris comme adjudant-major dans le 2° grenadiers de la garde impé- riale, à l’organisation de ce corps, 1l fit dans ses rangs la campagne de Crimée avec la plus grande distinction et y mérita successivement les croix de chevalier et d'officier de la Légion d'honneur, ainsi que le : grade d'officier supérieur.

Le commandant Delord, ancien sous-lieutenant, en 1830, au 19° de ligne, et qui à toujours servi dans ce régiment jusqu'au 27 avril 1855, époque à laquelle il a été nommé chef de bataillon au 85°. 1] s’est distingué pendant la guerre de Crimée,

Le sous - lieutenant. Froidefond, : officier d'ordonnance a sAérat Espinasse, qui est tombé à côté de son général. Il appartenait au régiment des guides de la garde, et était allié à la famille Biigeaud de la Piconnerie.

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Le chiffre total des morts et des blessés, dans la journée de Magenta, s'éleva, dans l'armée française, à quatre mille quatre cent quarantcequatre, dont cinquante-deux officiers tués et cent quatre-vingt-qualorze blessés; cinq cent. douze soldats tués et deux mille neuf cent cinquante et un blessés, plus sept cent trente-cinq hommes disparus.

Voici, du reste, le tableau officiel et complet des pertes de l'armée 135 caise, à la date du 6 juin, dans les combats de Montebello, de Palestro, de Turbigo et de Magenta :

GARDE IMPÉRIALE

État-major : 4 officier tué, 5 blessés.

1" grenadiers : 6 officiers blessés ; 20 soldats tués, 88 blessés, 3 disparus.

2° grenadiers : 2 officiers tués, 4 blessés ; 26 soldats tués, 113 blessés, 15 disparus.

3° grenadiers : 5 officiers tués, 11 blessés; 20 soldats tués, 259 blessés, 135 disparus.

1" voltigeurs : 4 soldats tués , 18 blessés.

9° voltigeurs : 5officiers Lise: 4 soldats tués, 15 blessés.

Bataillon de chasseurs à pied:: 5 soldats tués, 20 blessés.

Louaves : 4 officier tué, 8 blessés : 51 soldats tués, 194 blessés, 8 disparus. | Chasseurs à cheval : 4 officier blessé ; 14 soldats bléssés, 2 disparus.

. Guides : 1 soldat tué.

Arlillerie à pied : 1 soldat tué, 4 blessés, 1 disparu. Artillerie à cheval : 5 soldats tués, 4 blessés, 5 disparus. Génie : 2 soldats blessés.

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