‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 62 sur 134 · ES · texte numérisé non relu

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308 LHTAME CONFÉDÉRÉE

sept heures du matin, ledieutenant feld-maréchal eomte Clam me fitsavoir

qu'avec environ 7,000 hommes de son corps et le deuxième corps il occupait la position de Magenta, et que de fortes masses ennémies s’avançaient vers cette tête de pont, que le même lieutenant feld-maréchal avait abandonnée peu de jours RApOrRNREEE comme ne pouvant pas être défendue. s'Esra

«A'heure où je reçus. cet avis (8 heures un quart 46 matin), il y avait du septième corps la division Reischach à Corbetto, le lieutenant feldmaréchal Eillia à Castelleto, le troisième corps à Abbiategrasso, le éinquième également en marche pour se rendre à Abbiategrasso, le huitième corps en marche de Binasco à Bestazzo, le neuvième corps au bord du Pô, audessous de Paie. Je transmis aux corps l'ordre de se porter tout de suite encore plusen avant, et je dirigeai le troisième et cinquième corps d'armée sur le flanc droit de l'ennemi, en cas que l'ennemi dût réellement tenter une attaque en partant de San-Martino, Il était déjà venu à ma connaissance, le jour précédent, que l'ennemi avait passé le Tessin à Turbigo.

: était de ce côté que ] 'attendais son aftaque principale. Auparavant dé, la division Cordon, du premier corps, avait été envoyée à Turbigo : cependant elle avait dû s’en retirer en partie, et plus tard, lorsque Buffalora fut perdu, elle dut également se retirer de là, parce.que l'ennemi l'attaquait de cette dernière position.

« J'ordonnai au lieutenant feld-maréchal comte Clam de défendre Magenta, et je fis hâter à tous les corps leur marche en avant.

CA midi, l'ennemi commença l'attaque. Disposant de forces supérieures, il parvint à prendre la digue de Naviglio et Ponte-di-Magenta. 1 lit à celle occasion des pertes énormes ; cependant les digues et le terrain coupé lui permirent de s'établir dans cette position vers deux heures. A cette heure-là, je m'étais rendu à Magenta avec mon né et je prenais mes dispositions.

. CAu moment où la première ligne commençait à céder, la division du lieutenant feld-maréchal baron Reischach recut l'ordre de reprendre à l'ennemi Ponte-di-Magenta. Je me rendis à cheval * Robecco pour Indiquer au {roisième corps d'armée la direction du flanc droit de l'ennemi. Peu de temps après mon arrivée en cet endroit, on m ‘annonçait la reprise héroïque de Ponte-di-Magenta et la prise d'un canon rayé.

«Süres de la victoire, les colonnes du troisième corps se portèrent alors en avant, le général-major Ramming sur la rive orientale du Naviglo, la brigade Hartung entre le canal et nee la brigade Dürfeld derrière les deux comme réserve.

«Lorsque ces brigades s'avancèrent pour l'attaque, la division du lieu-

tenant feld-maréchal Reischach était aussi rejetée en arrière, bien que cette division, notamment la brigade du général-major Lebzelter, qui précédait héroïquement le régiment d'infanterie Empereur dans une at- {aque contre Buffalora, ait repoussé vaillamment plusieurs assauts.

« L'ennemi faisait constamment avancer en ligne des troupes fraiches: l'apparition du treizième corps sur le flanc de l'armée alliée fit au commencement un très-bon effet. La brigade du général-major Hartung, appuyée par le général-major Dürfeld, s’élança plusieurs fois contre Ponte Vecchio di Magenta; ce point fut pris, perdu, puis repris, et enfin il resta au pouvoir de l'ennemi. Des monceaux de cadavres témoignent de l’opiniâtreté dont on a fait preuve, de part et d'autre, dans cette lutte.

«La brigade du général-major Ramming, après plusieurs attaques du brave régiment Roi-des-Belges contre Robecco, dut aussi se retirer et s’arrêta devant cette localité. Vers le soir, le cinquième corps arriva sur le champ de bataille; Ta brigade prince de Hesse essaya en vain, bien’ que combattant avec une rare bravoure, de repousser l'ennemi qui s’avançait vers Magenta. Magenta, qui élait encore tenu par les troupes épuisées du lieutenant feld-maréchal comte Clam et du lieutenant feld-maréchal prince Lichtenstein, dut enfin être évacué devant les attaques d'un ennemi supérieur en nombre qui arrivait aussi du côté nord. La division du lieutenant feld-maréchal Lillia reçut alors l'ordre de ‘se porter sur Corbetto et d'occuper comme réserve ce point, par où devait s'effectuer la retraite. |

« Le soir étant venu, je fis aussi occuper fortement Robecco et tout préparer pour attaquer de nouveau le matin du 5. Les énormes pertes de l'ennemi permettaient aussi d'espérer qu'on le trouverait ébranlé, et la bravoure que nos troupes avaient montrée dans toutes les attaques per-

meltait d'attendre que leur choc aurait culbuté l'ennemi.

«Nous avions fait des prisonniers de presque tous les régiments de l'armée française: il semblait, en conséquence, qu'elle eût engagé ses dernières réserves, tandis que, de notre côté, nous avions encore le cinquième et le huitième corps d’armée, ct une division du troisième, qui n'avaient pas combattu. Ces troupes pouvaient, arrivant toutes fraiches, peser d’un grand poids dans la balance. J'avais bien calculé tout cela, et je n’attendais plus, tout en achevant de prendre mes dispositions pour l'attaque, que d’avoir reçu l'avis que les troupes occupaient leurs positions, et le chiffre des pertes qu'elles avaient faites.

« C’est à ce moment seulement que j'appris que les (roupes du premier et du deuxième corps d'armée, qui avaient le plus souffert du pre-

310 L'IPALIE- CONFÉDÉRÉE | mier choc de l'ennemi, s'étaient déjà portées en arrière, et qu'elles ne pourraient arriver sur le champ de bataille qu'en faisant une marche de nuit très-fatigante. Ces troupes s'étaient déjà remises en route dès trois heures du matin, de sorte qu'à l'heure où il m'eût été possible de les envoyer de nouveau en avant elles opéraient déjà leur marche en arrière. Dans de telles circonstances, je dus chercher à maintenir intacts, pour couvrir les autres, les corps qui se trouvaient encore prêts à combattre ; il me fallut ordonner la retraite. |

« Le 7, de bonne heure, le brave régiment d'infanterie Grand-Duc-dé- Hesse attaqua encore une fois Ponte-di-Magenta, pour faciliter le mouvement de retraite. Ce fut, dit le lieutenant feld-maréchal prince Schwarzenberg dans son rapport, le dernier effort d'un brave régiment qui, le jour précédent, avait eu vingt-cinq officiers blessés, avait perdu un officier d'état-major et neuf capitaines, sans jamais une seule fois hésiter à à l'attaque ni plier dans la retraite.

«Æ'ennemi fut jeté à Magenta, puis la roitaite fut ordonnée. Je crois pouvoir dire, en toute assurance, que l'ennemi, malgré ses forces supérieures, a payé cher la possession de Magenta, et qu'il rendra à l’armée de Votre Majesté cette justice que ce n’est pas sans avoir soutenu une lutte héroïque qu'elle a cédé à. une armée vaillante et supérieure en nombre. |

« Je ne suis pas en mesure de donner de plus grands détails sur le combat, attendu que, dans les conditions actuelles, je ne pourrais exiger de recevoir en temps utile les rapports des troupes. Je crois n'être pas loin de la vérité en fixant à quatre ou cinq mille le chiffre de nos morts et de nos blessés, et l'ennemi en a certainement perdu moitié plus. Parmi les blessés se trouvent le lieutenant feld-maréchal Reischach, blessé d’un coup de feu à la hanche, et les généraux Lebzeltern et Dürfeld, blessés tous deux au bras. Je ne manquerai pas, dès que j'aurai reçu les rapports des chefs de corps, d'envoyer à Votre Majesté une relation plus détaillée, et de lui donner les noms de ceux qui se sont particulièrement distingués.

« Quartier général de Belgiojoso, 6 juin 1859.

« Feldxeugmeister Grurav. »

L'Autriche reconnaissait notre victoire ; la France en était fière : l'Europe en était émue, car Magenta ouvrait les portes de la Lombardie aux alliés et préparait Solferino, qui devait arracher cette province au joug de l'Autriche.

= Magenta, c'était un autre Marengo : le second empire était digne de son aîné. Le monde commençait à devenir attentif à ce bruit de bataille qui retentissait aux portes de Milan, et se demandait avec anxiété si l'ambition de Napoléon IT égalerait sa puissance et sa gloire. On verra bientôt qu'il devait se montrer plus grand encore par sa modération dans le triomphe que par son génie dans la lutte.

Mais je ne dois pas anticiper sur l'avenir ni parler de la paix, qui viendra surprendre, à la fois, le peuple et l’armée, la France et l'Europe, avant d’avoir dit les derniers faits de la guerre,

Je ferme ce volume sur l’un des plus brillants souvenirs de la journée de Magenta, sur l'épisode du drapeau que le 2° régiment de zouaves avait pris à l'ennemi dans cette mémorable journée. On sait que ce drapeau, envoyé par l'Empereur à l'Impératrice, fut apporté plus tard à. Saint- Cloud par le lieutenant-colonel Schmidt. On sait également que le Moniteur universel du 14 juin annonçait que, voulant rétablir d'anciennes et glorieuses traditions, l'Empereur avait décidé que le régiment: qui prendrait un drapeau à l'ennemi porterait la croix de la Légion d'honneur attachée au-dessous de son aigle. Ce fut à Brescia, le lendemain de l'arrivée des troupes, le 19 juin, que cette récompense fut décernée pour la première fois au 2° régiment de zouaves.

À midi, le régiment était en grande tenue, sous les armes; les officiers généraux s’y trouvaient; le maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta, vint avec son escorte, le fit former le carré, face en dedans, fit avancer le drapeau au milieu, et dit : |

« Soldats du 2° régiment de zouaves, l'Empereur, voulant conserver les habitudes de l’ancien empire, a décrété que les drapeaux des régiments qui feraient une action d’éclat seraient décorés de l'ordre de la Légion d'honneur, Zouaves, vous méritez {ous une récompense, car tous vous vous êtes montrés dignes du nom de Français; vous vous êtes avancés sur l'ennemi sans hésiter; vos pères, qui vous contemplent, sont fiers de vous. L'honneur de la bataille de Magenta vous revient.

« Le drapeau du 2° de zouaves est le premier de l’armée d'Italie qui sera décoré. Je suis heureux que ce soit dans le deuxième corps d'armée que je commande qu'un tel honneur soit rendu, et je suis fier que ce soit vous, soldats du 2° de zouaves, dont la réputation ne s’est démentie ni en Crimée, ni en Afrique, ni à Magenta, qui ayez mérité cet honneur. Mais ce n’est point encore assez, zouaves, il faut que votre drapeau porte la croix d’officier de la Légion d'honneur. »

Alors, s’avançant vers le drapeau, il dit: « Aigle du 2° régiment de zouaves, sois fière de tes soldats; au nom de l'Empereur, et d'après les

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