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|| 15 Chasseurs à Cheval.
| | | ( Garde Impériale.)
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE DR à
Avant de clore ce dernier chapitre des brillants épisodes de la journée de Magenta, je dois un souvenir à la cavalerie française, qui a montré dans cette circonstance une supériorité marquée sur la cavalerie autrichienne, ainsi que le maréchal Mac-Mahon le constate dans son rapport à l'Empereur. |
Ce fait, dit le Moniteur de l’armée, a une importance capitale; en présence de l'opinion accréditée par quelques journaux étrangers de la bonne organisation et de la solidité de la cavalerie autr ichienne, on attendait, avec une sorte d’impatience, en France, le résultat de la première rencontre qui aurait lieu entre nos corps de troupes à cheval et ceux de l'ennemi.
Aujourd'hui le doute n’est plus possible pour personne, et les brillants | faits d'armes de la cavalerie française, au début même de la campagne de 1859, ont dû complétement le détruire.
Dès les guerres de l'Empire, la cavalerie française avait mérité d’être la première de l'Europe, et les soins donnés depuis ces mémorables campagnes à son organisation, à sa remonte et à son instruction, ne permetlaient pas de penser qu'elle eût pu dégénérer. |
Napoléon, à Iéna, en voyant sa cavalerie légère faire des prodiges, s’écriait, plein d’admiration : « Oh ! qui pourrait résister à de tels hommes?»
Cet éloge était mérité. Sans remonter à ces charges brillantes et rapides, qui, comme à Marengo, changeaient les destinées de la bataille, sans citer celles non moins puissantes qui, comme à Eylau, écrasaient des corps d'armée tout entiers, nous pouvons dire qu’à aucune époque, chez aucune nation, on ne vit jamais une cavalerie plus aguerrie, plus brave, mieux disciplinée, mieux commandée, accomplir autant de faits d'armes éclatants. Ce qui en donne une preuve complète, c'est la haute renommée acquise par les généraux habiles qui guidèrent tant de fois nos bouillants escadrons à la victoire : les Murat, les Kellermann, les Ney, les Lassalle, les Richepanse, les d'Hautpoul, les Montbrun.
En remontant dans les souvenirs de notre vieille histoire, en relisant nos annales militaires, nous voyons qu'à presque toutes les époques la cavalerie a joué un grand rôle, et, si elle ne fut pas si brillante, si disciplinée, si savante et surtout si habilement commandée que sous l'Empire, du moins se montra-t-elle toujours, même dans nos désastres, intrépide, dévouée, digne de la France. A Pavie, à Malplaquet, la cavalerie française mourut à cheval ; à Rocroy, elle brisa la redoutable infanterie espagnole, la terreur de l'Europe ; à Fontenoy, elle saisit la victoire par un élan rapide et prodigieux. Enfin ils furent célèbres aussi, ces cavaliers d'autrefois,
les dragons de Condé, les carabiniers du comte de Florence, les houzards de Berchini.
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« La.cavalerie, dit Napoléon, doit être plus instruite que l'infanterie ; ce n’est pas seulement la vélocité qui assure son succès, c'est l'ordre, l’ensemble, le bon emploi de ses réserves. » |
Les Francs n'avaient point de cavalerie ; toutes leurs forces militaires
consistaient dans l'infanterie, omne robur in pedite. Mais, après la conquête
des Gaules, les successeurs de Clovis commencèrent à s'occuper de cette arme puissante. À la bataille de Poitiers, en 792, l’armée française complait déjà douze mille cavaliers avec soixante-douze mille fantassins. Sous Charlemagne, la cavalerie est égale en nombre à l'infanterie. Bientôt la cavalerie devient prépondérante. C'est l’époque de la chevalerie. On voit paraître alors successivement les gens d'armes à cheval, les archers à
cheval, les bannerets, les compagnies d'ordonnance, les lances fournies.
La lance était l'arme principale de la cavalerie.
Sous Charles VII et ses successeurs, la cavalerie française vit introduire dans ses rangs un élément nouveau : les cavaliers étrangers qui, sous le nom d'argoulets, d’estradiots, d'albanais, de reîtres, de carabins et de dragons, commencèrent à apprendre aux généraux français l'emploi de la cavalerie légère. On s’en servit d'abord pour battre l’estrade, pour escorter les convois, pour achever la déroute de la gendarmerie ennemie, pour poursuivre et harceler l'infanterie. Sa véritable destination, sa destination foudroyante, ne devait être comprise que plusieurs siècles après à l'école
de Gustave-Adolphe, de Charles XII, de Seydlitz, de Frédéric II et de
Napoléon. | | ;
Sous Henri IV, on comptait trois sortes de cavalerie : les gendarmes, les chevau-légers, les arquebusiers, appelés carabins ou dragons. Les gendarmes étaient armés de l’escopette, du pistolet d'arçon, de l’estoc ou longue épée roïide et sans tranchant. Les chevau-légers avaient, comme les gendarmes, l'armure complète de fer; ils portaient le pistolet à l'arçon de la selle. La lance avait été abandonnée et reléguée dans les rangs de l'infanterie. |
Cédant à l'exemple de la cavalerie allemande, la cavalerie française s’organisa en escadrons ou cornettes, dont la force variait de cent à cinq cents, et la profondeur depuis trois rangs jusqu’à huit. La cavalerie, qui jusque-là avait combattu par le choc, combattit exclusivement par les armes à feu, et perdit ainsi sa véritable destination. Pendant tout le dixseptième siècle, elle fut organisée à peu près de la même manière, à l'exception de la cuirasse, qui disparut complétement. Au commencement du dix-huitième siècle, Louis XIV fit reprendre la demi-euirasse à la grosse cavalerie. Les armes étaient alors l’épée, le pistolet, le mousqueton. Le nombre des régiments de cavalerie s’éleva à plus de soixante sous le rêgne
| L'ITABIE CONFÉDÉRÉE 97 de ce monarque. Is étaient forts de six cents hommes. La cavalerie conlinua à exécuter des feux. |
Pendant la guerre de Sept-Ans, Frédéric Il changea la tactique de la cavalerie, en l’employant commearme de choc. Jusqu'à ce moment, la cavalerie n'avait chargé qu’au trot, en faisant feu du fusil ou du pistolet.
rédéric la fit charger au galop, le sabre à la main. Ilen a tracé les principes dans son Art dela guerre, en vers trop faibles pour mériter d’être cités, mais qui contiennent pourtant d'utiles leçons.
Pendant les premières guerres de la Révolution, les cavaliers français suivirent l'exemple des Prussiens et bientôt les surpassèrent. Nos houzards de la Liberté, nos chasseurs de la République mesurèrent souvent leurs sabres avec succès contre ceux des terribles houzards prussiens. Lors de l'invasion de la Champagne, et plus tard, en 1806, les derniers ne purent tenir contre nos escadrons. | à
Au commencement de la Révolution, la cavalerie française était divisée en grosse cavalerie et en cavalerie légère. La cavalerie légère ne comprenait que des hussards et des chasseurs ; les dragons formaient une arme mixte. | |
Napoléon avait peu de cavalerie dans ses premières campagnes d’Halie ; mais avec quelle habileté il sut l'employer ! En Egypte, où il eut à combattre les meilleurs cavaliers du monde, 1l en tira également un grand parti. |
Voici ce qu'il dit à ce sujet dans ses Mémoires :
«Cent cavaliers français ne craignaient pas cent mameluks ; trois cents étaient vainqueurs d’un pareil nombre, mille en combattaient quinze cents, tant est grande l'influence de la tactique, de l'ordre et des évolutions ! Les généraux de cavalerie Murat, Leclerc, Lasalle, se présentaient aux mameluks sur plusieurs lignes; lorsque ceux-ci étaient sur le point de dérober la première, la seconde se portait à son secours par la droite et par la gauche ; les mameluks s’arrêtaient alors et convergeaient pour tourner les ailes de cette nouvelle ligne. C'était le moment . On Saisis-
sait pour les charger, ils étaient toujours rompus. »
‘Napoléon usa des méthodes d'Alexandre, d’ fer int de César ; 1l faisait manœuvrer sa cavalerie, avait peu de points vulnérables et se créait des places de dépôt, non des villages, mais des forts. Sous l'Empire, la cavalérie française prit une extension prodigieuse et servit de modèle à l'Europe. « L'infanterie d'une armée, disait-il, étant représentée par un, la cavalerie sera un quart, l'artillerie un huitième; mais 1l suffit que la cavalerie soit le cinquième de l'infanterie. »
Au commencement de 1807, l'Empereur forrua à Varsovie un régiment
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de lanciers qui fut placé dans les rangs de la garde. Les campagnes du Nord lui avaient fait comprendre la nécessité d’opposer des lances françaises aux lances cosaques. Le nombre des régiments de lanciers fut successivement porté à douze sous l'Empire.
La campagne de 4842 ruina la cavalerie française : presque tous nos chevaux périrent en Russie.
Cette perte de notre cavalerie eut une influence désastreuse sur les destinées de l'Empire. On sait qu’à Lutzen et à Bautzen Napoléon ne put ürer parti de la victoire à défaut de cavalerie. Aujourd'hui la cavalerie est
divisée en trois armes : la cavalerie de réserve, qui comprend les carabi- | niers ef les cuirassiers ; la cavalerie de ligne, qui comprend les dragons el les lanciers; et la cavalerie légère formée des chasseurs et des hussards. |
Tous ceux qui ont vu maneuvrer nos magnifiques escadrons ont pu se convaincre que de nos jours la cavalerie française est aussi savante, aussi bien montée, aussi bien commandée qu’à aucune autre époque de notre histoire, et qu'elle n'attendait qu'un plus grand théâtre pour montrer qu'elle est digne, sous tous les rapports, de la cavalerie du premier Empire.