‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 68 sur 134 · POPULARITÉ DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE LA GUERRE

Pendant que la science panse les blessés, que la charité soigne les malades, pendant qu'on relève les morts de la glorieuse bataille de Magenta, je vais ramener les lecteurs de ce livre, pour quelques heures, au beau pays de France,

Là régnait sous la douce et pourtant ferme autorité de l'Impératrice régente une profonde sécurité. Rien ne venait troubler l'ordre admirable que plusieurs années d’un gouvernement fort et éclairé et d’un règne

“illustre et prospère avaient fondé. On a dit que, prévoyant des circon-

stances impossibles où la tranquillité intérieure de la capitale pourrait être troublée par l'esprit de désordre et de révolte, les membres du Conseil privé, réunis aux ministres, avaient examiné quelles mesures devraient être prises pour défendre la dynastie attaquée et la société menacée.

Au milieu des délibérations qui auraient eu lieu sur ce terrain brûlant, l'Impératrice régente aurait dit : «Messieurs, si le trône de mon fils était en danger, je monterais à cheval et je marcherais en tête de l’armée. » Je répète ces paroles, parce qu’elles sont un symptôme éclatant de l'énergie que la mère du Prince Impérial sauraït déployer au besoin, si jamais elle se trouvait placée, par le cours des événements, dans une situation difficile.

Mais, pendant l'absence de l'Empereur, il n’y eut pas même l'ombre d'un danger, pas même l'ombre d’un trouble. Le peuple, au contraire, suivait de loin, par le cœur et par la pensée, avec une admiration sincère, avec un profond amour, le sauveur de l'Italie, marchant, de victoire en victoire, à la délivrance de la Lombardie, et ne murmurait son nom que pour le mêler à ses prières. | J'ai déjà dit combien la guerre d'Italie était populaire. On sait déjà avec quel empressement la classe ouvrière valide se portait vers les bureaux d'enrôlement où se pressaient la foule des engagés. Le nombre de ces engagés a été d'environ vingt-cinq mille, seulement dans Paris, d'au moins cmquante mille dans toute la France. Je doute que l'immense empire d'Autriche en eût pu fournir autant, malgré le chiffre élevé de sa population.

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L'ardeur avec laquelle la masse des souscripteurs à l'emprunt national de cinq cents millions voté par le Corps législatif pour les frais de la guerre d'Italie assiégeaient les nombreux bureaux ouverts à cette occasion a eu quélque chose de phénoménal. On ne croirait pas à tant d'enthousiasme, si des chiffres ne constataient d'ühe façon authentique ce prodigieux élan. |

C’est seulement à la fin du mois de mai que l'administration du Trésor reçut les derniers renseignements relatifs à’ cette opération. À ce moment-là elle fit passer sous les yeux de l'Empereur un tableau qui indiquait, par département, le nombre exact des souscripteurs et le montant du capital souscrit.

D'après ce tableau, qui est un éloquent témoignage des sentiments de confiance et de dévouement qui ont poussé la foule vers les bureaux de souscription, le nombre des personnes qui ont pris part à l'emprunt en versant dans les caisses de l'Etat le dixième de garantie s'élevait à six cent quatre-vingt dix mille cent quatre-vingt-dix.

A lui seul, ce chiffre dépasse de plus de cent mille parties prenantes le nombre de tous les souscripteurs réunis des trois emprunts de la campagne de Crimée. Il se divisait ainsi :

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La somme souscrite allait à deux milliards cinq cent neuf millions, cinq cent quatre-vingt- -dix-neuf mille sept cent soixante-seize francs; elle est égale à plus de cinq fois la somme demandée.

Paris a fournis! "00 PONT RUN LION) SAT SAT 687036 Les départements ont donné. . . . . . . 961,922,140 Les coupures de 10 fr. se sont élevées à. , : 107,043,166

Les souscriptions supérieures à 10 fr. ont été de 2,402,516,609

Le dixième de garantie déposé en neuf jours, à Paris et dans les départements, est de deux cent cinquante millions neuf cent cinquante-cinq mille neuf cent soixante-dix-sept franes, plus de la moitié de la totalité de l'emprunt, qui s'élevait à cinq cent vingt millions avec le supplément de vingt millions destiné à faciliter la liquidation et à couvrir les frais de l'escompte.

La nation ne pouvait faire à lngéreur une réponse qui témoignât davantage de sa confiance dans sa politique et de sa sympathie pour l'Italie.

Le rapport du ministre des finances à l'Empereur, sur l'emprunt de la guerre d'Italie, est du 28 mai. Le lendemain, l’Impératrice régente quittait le palais des Tuileries pour aller habiter le palais de Saint-Cloud, où elle recevait bientôt, à l'occasion de son arrivée dans cette résidence souveraine, les maires, les conseillers municipaux et les curés des communes de Saint-Cloud et de Boulogne, les officiers du 3° bataillon de la . garde nationale de la Seine, etles officiers d'infanterie. et de cavalerie de la garde impériale, en garnison à Saint-Cloud,

Son Altesse Impériale le Prince Impérial assistait à cette US qui fournit aux personnes qui eurent l'honneur d'y être admises une nouvelle occasion de faire éclater toute la vivaëité de leurs sentiments de fidélité et de dévouement pour l'Empereur et sa dynastie.

Avant de quitter le palais des Tuileries, l'Impératrice régente avait daigné faire adresser à Son Excellence M. le comte de Morny, président du Corps législatif, la lettre suivante, datée du 23 mai :

« Monsieur le président,

« Un grand nombre des membres du Corps législatif ayant témoigné le désir d'être admis, avant la clôture de la session, auprès de Son Altesse Impériale le Prince Impérial, Sa Majesté l’Impératrice régente, au moment de son départ pour aller fixer son séjour au palais de Saint-Cloud, m'ordonne de faire savoir à Votre Excellence qu'elle la recevra avec le bureau du Corps législatif et MM. les députés qui voudront accompagner leur président, jeudi, 26 de ce mois, à une heure de l'après-midi, au palais des Tuileries. |

« On sera en frac.

« On entrera par le pavillon de l'Horloge.

« Veuillez agréer, monsieur le président, les assurances de ma haute considération.

« Le grand maître des cérémonies,

« DE CampAcÉRÈS. »

Cette réception eut lieu, en effet, au jour indiqué. Sa Majesté reçut également le Sénat et le conseil d'État. Voici dans quels termes le Moniteur universel du lendemain parlait de cette solennité d’un caractère entièrement dynastique :

L'Impératrice régente, accompagnée de Son Altesse Impériale monseigneur le Prince Impérial, a reçu aujourd'hui à une heure, au palais

des Tuileries, MM. les membres du Sénat, du Corps législatif et du conseil d'État. | | Son Altesse Impériale monseigneur le prince Jérôme Napoléon était présent à celte réception, à laquelle ont assisté Leurs Excellences les ministres, les grands officiers de la Couronne, la grande maitresse de la maison de l’Impératrice et la gouvernante des enfants de France, ainsi

que les officiers et les dames de service auprès de Sa Majesté.

Chacun des grands corps était réuni, dès midi et demi, dans un des salons du Palais.

A une heure, Sa Majesté l'Impératrice régente, donnant le bras à Son Altesse Impériale monseigneur le prince Jérôme, accompagnée de Son Altesse Impériale monseigneur le Prince Impérial, est entrée dans le salon où se trouvait le Sénat. Les ministres, les grands officiers de la Couronne, les officiers et dames de service suivaient Sa Majesté et Leurs Altesses Impériales.

Son Excellence M. Troplong a adressé les paroles suivantes à Sa Majesté :

« Madame,

« Le Sénat remercie Votre Majesté de cette audience affectueuse, qui lui permet de voir cet Enfant bien-aimé, l'espoir de la patrie.

« En l’absence de l'Empereur, chacun de nous éprouve un dévouement plus vif pour les personnes chéries qu'il a confiées au patriotisme des Français. Nons sommes heureux, Madame, de pouvoir vous exprimer, avant de nous séparer, ces sentiments qui se mêlent à nos vœux ardents pour la gloire de l'Empereur et pour le succès de nos armes. »

Sa Majesté l’Impératrice régente a répondu :

« Messieurs les sénateurs,

« Vous avez voulu, avant de vous séparer, donner une nouvelle preuve de dévouement à l'Empereur, en manifestant le désir de voir le Prince Impérial; ce témoignage de la sollicitude dont vous l’environnez ne m'a point surprise; mais je n'en suis pas moins profondément émue; cette démarche est pour moi, comme le sont déjà les conseils de mon bienaimé oncle, un encouragement et une force. »

Les cris de Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial ont accueilli les paroles de Sa Majesté.

Le cortège s’est rendu ensuite dans le salon où était le Corps législatif.

Son Excellence M. le comte de Morny a adressé à Sa Majesté les paroles suivantes :

« Madame,

« Le Corps législatif est heureux, avant de se séparer, d'avoir honneur d'être admis en votre présence et de voir le Prince Impérial.

« Nous retournons tous dans nos départements; nous allons y entretenir le patriotisme que réclament les circonstances actuelles; seulement, nous n’aurons pas de grands efforts à faire sur des populations dans le cœur desquelles vibrent toujours les mots de gloire et d'honneur. L'absence de l'Empereur a pu causer quelques inquiétudes à ceux qui ne connaissent pas la France, mais cette nation généreuse et sensible comprend toutes les délicatesses, et, quand elle voit l'Empereur s'éloigner pour aller partager le péril de nos soldats et défendre l'honneur du drapeau, elle témoigne plus encore, s’il est possible, de respect pour votre autorité, d'affection et de dévouement pour votre personne.

« Comptez done, Madame, sur le concours de tous, et sur les sentiments auxquels vous avez droit comme régente et comme mère. »

e Sa Majesté l’Impératrice régente a répondu :

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« Messieurs,

« Je suis bien touchée du désir que vous m'avez exprimé de voir le Prince Impérial avant de retourner dans vos départements. Je compte . sur votre patriotisme éclairé pour y entretenir la foi que nous devons {ous avoir dans l'énergie de l’armée, et, quand le jour sera a Yen dans la modération de l'Empereur.

« Pour moi, quelque lourde que nié être ma tâche, je trouverai dans mon cœur tout français le courage nécessaire pour l'accomplir.

« Je me repose donc, messieurs, sur votre loyal concours, et sur l’appui de la nation entière, qui, en l'absence du chef qu'elle s'est donné, ne fera jamais défaut à une femme et à un enfant. »

Ces paroles de Sa Majesté ont excité le plus vif enthousiasme, et les crisr épétés de Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vivele Prince Impérial ! ont témoigné des sentiments unanimes du Corps législatif. Sa Majesté l'Impératrice régente, accompagnée de Son Alfesse Impériale monseigneur le Prince Impérial, et de Son Altesse Impériale mon-

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e es.

30 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE seigneur le prince Jérôme Napoléon, a passé ensuite, suivie du même cortège, dans la galerie où se tenait le conseil d’État. |

Son Excellence M. Baroche a adressé à Sa Majesté les paroles suivantes :

« Madame,

« Le conseil d’ État remercie Votre Ma'esté d’avoir bien todo l'admettre, avec le Sénat et le Corps législatif, à vous présenter ses hommages.

« Profondément dévoués à l'Empereur, à Votre Majesté, à la dynastie impériale, nous saluons avec respect et avec amour le jeune héritier du trône des Napoléons, et nous demandons à Dieu de lui accorder, comme la plus belle partie de cet héritage, les talents et les vertus de son père et de sa mère. »

Sa Majesté a répondu :

« Messieurs,

« Je vous remercie de vous être associés à la manifestation du Sénat et du Corps législatif. Votre concours en cette circonstance est un gage précieux des sentiments qui animent le conseil d'État pour la dynastie de l'Empereur, et je ne puis qu’en éprouver une vive satisfaction. »

Les acclamations répétées de Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial ! ont accueilli ces PARIS, et PART EAERE encore après le départ de Sa Majesté.

Les membres du Sénat, du Corps législatif et du conseil d'État se sont alors retirés, ris D une sa ete profonde de es LE osaig réception. sers À |

Le Corps législatif allait se séparer. Mais le Sénat devait rester quel ques jours de plus en session. Il était en séance, le 6 juin, au moment où parvenait à Paris la nouvelle de la victoire de Magenta. M. le baron Dupin allait lire son rapport sur la loi relative à l'extension des limites de Paris, lorsque Son Excellence M. Troplong interrompit cette lecture pour donner connaissance au Sénat d’une dépêche télégraphique qui . venait de lui parvenir, Cette dépêche, qui était datée du quartier général, 6 juin, huit heures et demie, annonçait que la ville de Milan, insurgée, avait secoué le joug de l'Autriche. Des cris énergiques et répétés de Vive l'Empereur ! accueillirent ‘cette communication. C'était du reste la dernière séance de la session de 1859. Avant de se séparer de ses collé: gues, Son Excellence M. Troplong, président du Sénat, voulut consta:

ter les sentiments de ce Corps envers la dynastie impériale, en terminant cette session par l’allocution suivante, qui fut vivement applaudie, et dont les derniers mots furent couverts par les cris de Vive l'Empereur !

« Messieurs les Sénateurs,

«Avant de donner la parole à M. le ministre d'État, permettez-moi d'exprimer un sentiment qui sera notre patriotique adieu, à la fin de cette importante session. |

« L'Empereur vient d'inscrire un nouveau nom dans les fastes de nos victoires. Déjà la grande armée et le grand <apitaine semblent se retrouver sur cette terre d'Italie, où se révéla le génie de Napoléon [”; et la hardie bataille de Magenta est, d'un même coup, la délivrance du Piémont, la prise de possession de l’indépendance lombardo-vénitienne, et la déroute de l'étranger. Applaudissons, comme tout le pays, à un succès qui appartient désormais à l'histoire.

« Quand nous nous retrouverons ici, messieurs les Sénateurs, l'Empire de Napoléon IF, qui a sauvé la France, aura probablement affranchi l'Italie, et l'Europe aura vu la fin d’une question qui l'oppresse depuis des siècles. Nous avons, en effet, au delà des Alpes, un homme, une armée, une noble cause, et notre force invincible est conduite par la modération, la justice et l'humanité. Ayons donc confiance, et donnons-nous rendezvous pour une autre session, aux cris de Vive l'Empereur ! »

La nouvelle de la victoire de Magenta était parvenue à Paris le dimanche, 5 juin, dans la soirée. La foule s’arrachait le supplément du Moniteur universel qui annonçait ce grand triomphe. Ce fut aussitôt dans la population parisienne un indescriptible et spontané mouvement d’enthousiasme et de joie. Elle semblait obéir dans ses manifestations immédiates et publiques à un choc électrique,, comme si un frisson de patriotisme se fût emparé d'elle. L'illumination des boulevards, qui devait se généraliser et se répéter pendant trois jours, fut universelle et instantanée. Je ne sais quelle ivresse d’orgueil national débordait de tous, les cœurs. . L'Impératrice régente, accompagnée de Son Altesse Impériale la princesse Clotilde, ayant eu l’heureuse idée de parcourir, au bruit du canon des Invalides, la ligne des boulevards en calèche découverte, fut saluée partout d’acclamations frénétiques.

Le surlendemain, 7 juin, l'église étions de Paris recevait l'élite de la nation française réunie sous les voûtes de la maison de Dieu pour lui rendre grâce du triomphe des armes françaises. La veille, Son

Excellence M. Rouland, ministre des cultes, avait adressé à cette occasion, à Nos Seigneurs les archevêques et les évêques de France, ainsi qu'aux présidents des consistoires de l'Église réformée et du culte Israélite, la circulaire suivante :

« Monseigneur,

ÇUne grande victoire vient d’être remportée par l'armée d'Italie. Après avoir franchi le Tessin sous le feu d'un ennemi supérieur en nombre, nos soldats, conduits par l'Empereur, ont mis en déroute, à Magenta, l'élite de l’armée autrichienne, et occupé la capitale de la Lombardie. Ces succès si rapides montrent assez la main de Dieu bénissant nos drapeaux. L'Empereur et notre Auguste Régente, heureux de reconnaitre à ces signes non douteux la protection divine, désirent que toute la France

s’unisse à cette occasion dans un même sentiment d'actions de grâces.

Je vous prie, monseigneur, de vouloir bien répondre à cette pieuse pensée en ordonnant qu'un Te Deum soit chanté dimanche prochain, 12 de ce mois, dans toutes les églises de votre diocèse, où vos instructions pourront parvenir en temps utile. M. le préfet se concertera avec Votre Grandeur pour les mesures que cette solennité devra réclamer.

« Agréez, monseigneur, l'assurance de ma haute considération.

€ Le ministre de l'instruction publique et des cultes,

:CRouLAND. »

Paris devait devancer cette date du 42 juin, et ce fut, comme je viens de le diré, le mardi 7 juin qu’eut lieu dans l'église de Notre-Dame cette auguste solennité. |

L'intérieur et la façade de l’église avaient été magnifiquement décorés et pavoisés pour cette solennité. | |

À une heure, Sa Majesté l'Impératrice se rendit à Notre-Dame par la place du Carrousel, la rue de Rivoli, la place de l'Hôtel-de-Villé, la rue d'Arcole et le parvis Notre-Dame. |

L'Impératrice était accompagnée de Son Altesse Impériale le prince Jérôme Napoléon, de Leurs Altesses Impériales la princesse Marie-Clo- : tilde Napoléon et la princesse Mathilde: de Leurs Excellences les grands officiers de la Couronne, le grand maitre et la grande maîtresse de la maison de l'Impératrice; des officiers et dames de service de Leurs Majestés et des maisons de Leurs Altesses Impériales. +

Son Altesse le prince Lucien Murat avait précédé dans l'église l’arrivée

de Sa Majesté.

Sur tout le passage du cortège, les rues et les places étaient pavoisées de drapeaux aux couleurs de la France et de la Sardaigne, et remplies d'une foule immense qui a salué Sa Majesté des cris de Vive l'Empereur ! vwe l'Impératrice ! vive le prince Impérial !

À son entrée dans la basilique, l'Impératrice, ayant à côté d’Elle Son Altesse Impériale le prince Jérôme, fut reçue sous le dais par le clergé de Notre-Dame, et conduite processionnellement au chœur, sur l’estrade préparée pour Sa Majesté.

Leurs Altesses Impériales la princesse Marie-Clotilde Napoléon et la princesse Mathilde prirent place sur l’estrade, à droite et à gauche de l'Impératrice. |

Des deux côtés du chœur étaient rangés les grands officiers de la Couronne, les ministres, les présidents des grands corps de l'État, les maréchaux, le gouverneur des Invalides, le général commandant supérieur des gardes nationales de la Seine et les grands-croix de la Légion d'honneur.

Des estrades avaient été préparées des deux côtés de la nef pour les membres du Sénat, du Corps législatif et du conseil d'Etat. Presque tous s'étaient rendus à cette solennité. On y voyait également les membres de la cour de cassation, de la cour des comptes, de la cour impériale et des tribunaux, du conseil supérieur de l'instruction publique et de l'Instilut; les préfets de la Seine et de police, les membres du conseil municipal et les maires de Paris; les principaux fonctionnaires des ministères les officiers supérieurs de la garde impériale, de l’armée de Paris, de ls marine et de la garde nationale. À son entrée dans l'église, comme à sa sortie, l’Impératrice fut saluée dés plus vives acclamations.

Enrôlements volontaires, souscriptions à l'emprunt, manifestations publiques : le patriotisme du peuple français acceptait avec le même élan toutes les occasions qui se présentaient de témoigner de sa vivacité et de son étendue. Une généreuse pensée de l’Impératrice régente offrit à la nation un nouveau moyen de prouver sa sympathie en faveur de la cause sacrée que l'Empereur soldat était allé servir en Italie. Le 48 juin, Sa Majesté signait un décret ainsi conçu :

« ILest institué, sous la présidence de l'Impératrice régente, un comité chargé de centraliser le produit des sommes offertes dans le but de venir en. aide aux blessés et aux familles des militaires et marins tués ou blessés à l'armée d'Italie et de diriger l'emploi de ces dons. »

RE Ce décret avait été précédé d'une note officielle, en date du 6 mai, Il, ji)

disant que, sur le désir exprimé par Sa Majesté l'Impératrice régente, - les dames de la maison de Sa Majesté s’occupaient de préparer des bandes à pansement et de la charpie pour les soldats de l’armée d'Italie. Cette note ajoutait que l'administration de l'assistance publique s'était empressée de s'associer à celte généreuse pensée, en faisant aussi confectionner dans ses hôpitaux ces objets de première nécessité pour les armées en campagne, mais que le vieux linge lui manquait et que les faibles quantités dont elle disposait seraient bientôt épuisées. L'Impératrice régente faisait donc avec confiance un appel au patriotisme des habitants de la capitale. D'après cette note, suivie le lendemain d'un avis supplémentaire, les dons en linge pouvaient être versés à l’administration générale de l'assistance publique, dans tous les hôpitaux et hospices de Paris, dans les douze mairies et dans les diverses maisons de secours relevant des bureaux de bienfaisance. |

Le même décret du 18 juin, complété par un décret ol à la bataille de Solferino, composait le comité qu’il instituait des personnes suivantes :

L'Impératrice régente; La

Son Altesse Impériale la princesse Marie-Clotilde Napoléon;

Son Altesse Impériale la princesse Mathilde;

Madame la maréchale comtesse Vaillant:

Madame la maréchale duchesse de Malakoff;

Madame la maréchale comtesse Randon;

Madame la maréchale duchesse de Magenta;

Madame la maréchale comtesse Regnauld de Saint-Jean d'Angély;

Madame la maréchale Niel; TR

Madame l’amirale Parceval-Deschènes; | .

Madame l’armirale Hamelin;

Son Éminence monseigneur le cardinal archevèque de Paris,

. M. le comte de Germiny, gouverneur de la Banque de France:

M. le baron Barbier, intendant de la 4"° division militaire:

M. Davenne, directeur de l'assistance publique.

Réuni, le 24 juim, sous la présidence de l'Impératrice régente, le comité adoptait la résolution dont voici le texte :

« 1° Une souscription pour venir en aide aux blessés et aux familles des militaires ou marms tués ou blessés à l'armée d'Italie estoûverte, et -sera close le 1° septembre prochain. # « 2° Les dons seront reçus en argent ou en nature.

« Les dons en argent seront versés dans les caisses des receveurs généraux et particuliers et des percepteurs.

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE ae

«Les dons en nature seront envoyés à Paris, au ministère de la guerre. Dans les départements, MM. les préfets feront connaître par un avis où ils devront être remis.

« 3° Les demandes des blessés ou des familles devront être adressées à un des membres du comité. »

Depuis, la clôture de cette même souscription fut prorogée au 1° jan: vier 4860. Dès le début, on recueillit, de tous les simples particuliers, de tous les corps constitués des offrandes eonsidérables en argent ainsi que des dons en nature d'une grande importance.

En tête de la première liste figuraient les souscriptions personnelles des membres du comité, savoir :

Sa Majesté l’Impératrice régente, présidente, et

le prince Impérial pour. . . . 00,000 fr.

Son Altesse Impériale le prince ne Non

Ut See 10,000 fr.

Son Altesse A le princesse | Marie-Clotilde. |

Napoléon pour. . . . ee EAP 9,000 fr.

Chacun des membres du PR a souserit pour. . 500 fr. Chacun des ministres et des présidents des grands

corps de l'État a souserit pour. . . . . . . 1,000 fr.

Le total de cette première liste s'élevait, à la date A ronlét 18094 ee de ue a 240,11017,:25 0.

A cette somme il faut joindre celle votée par le conseil municipal de Paris, sur la proposition du sénateur préfet de la Seine, et qui est de 400,000 fr. |

Aujourd'hui, la totalité des sommes souscrites attemt presque le chiffre de cinq millions, qui sera certainement dépassé au moment où la souscription sera close. :

Les manifestations de la sympathie nationale en faveur des blessés de l’armée d'Italie ne se bornaient pas à des envois d’offrandes en argent ou de dons en nature. Le comité présidé par l'Impératrice régente recevait des propositions qui témoignaient hautement de la vive et universelle admiration qu'inspirait la valeur de nos soldats. Ainsi M. Lairolle, propriétaire à Quissac, arrondissement du Vigan, mettait à la disposition du préfet du Gard, pour les blessés ou convalescents de l'armée d'Italie, le château de Boissières, situé à quelques kilomètres de Nimes, dans une position très-salubre. M. Gout de Bize, propriétaire de l’abbaye de Lacrasse, située dans un pays très-sain qui offre toutes les ressources nécessaires à la vie, et qui appartient à l'arrondissement de Carcassonne,

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