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ae L'ITALIE CONFÉDÉRÉE
« L'armée qui vous menaçait avec tant d'orgueil ne trouve plus de barrières qui la rassurent contre votre courage. Le P6, le Tessin, l’Adda, n'ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevards vantés de l'Italie ont été insuffisants : vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin.
« Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie. Vos représentants ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la République. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes, se tAjoussent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir | »
Soixante-trois ans plus tard, l'héritier de son sceptre, son émule en gloire et en puissante, Napoléon III, datait de cette même ville, qui le saluait comme le génie de la délivrance et qui l’appelait son libérateur, celte autre harangue digne de son ainée :
« Soldats!
«Il y a un mois, confiant dans les efforts de la diplomatie, j'espérais encore la paix, lorsque tout à coup l'invasion du Piémont par les troupes autrichiennes nous appela aux armes. Nous n'étions pas prêts : les hommes, les chevaux, le matériel, les approvisionnements, manquaient, et nous devions, pour secourir nos alliés, déboucher à la hâte, par petites fractions, au delà des Alpes, devant un ennemi redoutable, préparé de longue main. | |
« Le danger élail grand : l'énergie de la nation et votre courage ont suppléé à tout, La France a retrouvé ses anciennes vertus, et, unie dans un même but comme en un seul sentiment, elle a montré la puissance de ses ressources et la force de son patriotisme. Voici dix jours que les opérations ont commencé, et déjà le territoire piémontais est débarrassé de ses envahisseurs. :
« L'armée alliée a livré quatre combats heureux et remporté une vicloire décisive qui lui ont ouvert les portes de la capitale de la Lombardie ; vous avez mis hors de combat plus de trente-cinq mille Autrichiens, pris dix-sept canons, deux drapeaux, huit mille prisonniers; mais tout n’est pas terminé : nous aurons encore des luttes à soutenir, des obstacles à
vaincre.
« Je compte sur vous. Courage donc, braves soldats de l’armée d'Italie! Du haut du ciel vos pères vous contemplent avec orgueil. |
« Fait au quartier général de Milan, le 8 juin 1859.
« NAPOLEON, e
L'ITALIE CONFÉDÉRÉE ol
Le même jour, l'Empereur adressait à ceux qu’il venait affranchir des
conseils salutaires, donnés dans un noble et beau langage, sous la forme d’une proclamation dont voici également le texte :
. «Italiens!
« La fortune de la guerre me conduisant aujourd’hui dans la capitale de la Lombardie, je viens vous dire pourquoi j y suis.
« Lorsque l'Autriche attaqua injustement le Piémont, je résolus de sou-, tenir mon allié le roi de Sardaigne, l'honneur et les intérêts de la France m'en faisant un devoir. Vos ennemis, qui sont les miens, ont tenté de diminuer la sympathie universelle qu'il y avait en Europe pour votre cause, en faisant croire que je ne faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir le territoire de la France. S'il y a des hommes qui ne comprennent pas leur époque, je ne suis pas du nombre.
« Dans l’état éclairé de l'opinion publique, on est plus grand aujourd'hui par l'influence morale qu’on exerce que par des conquêtes stériles, et cette influence morale, je la recherche avec orgueil, en contribuant à rendre libre une des plus belles parties de l'Europe. Votre accueil m'a déjà prouvé que vous m’avez compris. Je ne viens pas ici avec un système préconçu pour déposséder les souverains ni pour vous imposer ma volonté ; mon armée ne s’occupera que de deux choses : combattre vos ennemis et maintenir l’ordre intérieur, elle ne mettra aucun obstacle à la libre manifestation de vos vœux légitimes. La Providence favorise quelquéfois les peuples comme les individus en leur donnant l'occasion de grandir tout à coup, mais c'est à la condition qu'ils sachent en profiter. Profitez donc de la fortune qui s'offre à vous.
: & Votre désir d'indépendance, si longtemps exprimé, si souvent déçu, se réalisera si vous vous en montrez dignes. Unissez-vous donc dans un seul but, l’affranchissement de votre pays. Organisez-vous militairement; volez sous les drapeaux du roi Victor-Emmanuel, qui vous à déjà si noblement montré la voie de l'honneur. Souvenez-vous que sans discipline il n'y a pas d'armée, et, animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats; demain, vous serez citoyens libres d'un grand
pays.
« Fait au quartier impérial de Milan, 8 juin 1859.
« NAPOLÉON
Du 4, jour de la victoire de Magenta, au 8, date des proclamations
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592 L'ITALIE CONFÉDÉRÉE qu'on vient de lire, un immense événement s'était accompli : la ville de Milan avait recouvré son indépendance, appelant les alliés dans ses murs ct se donnait de cœur au roi de Piémont, bien avant que la nouvelle vietoire de Solferino et la paix rapide de Villafranca eussent réalisé, en fait et en droit, le vœu de sés habitants, en l’annexant aux Etats de Victor- Emmanuel If, qui allait en recueillir les fruits de la glorieuse insurrection de 1848.
Voici comment les fait s'étaient passés :
Après leur défaite de Magenta, les Autrichiens s 'étaiént précipitam-
‘ment repliés, comme on sait, sur Milan, dont la population attendait
avec angoisse le résultat de la bataille qu'elle savait s'être engagée sur les bords du Tessin. On devine quelle fut sa joie, quel fut son enthousiasme, quand elle vit ses oppresseurs arriver en fuyards pour ES à la poursuite des alliés victorieux. :
C’est le 4 juin, vers sept heures et demie du soir, que. le faubourg de Saint-Pierre in Sala livra passage à la tête des colonnes autrichiennes, qui se retiraient dans un désordre inouï. Cavaliers, fantassins, artilleurs, tous, confondus pêle-mêle, exténués, souillés de poussière et de sang, beaucoup ayant jeté les armes, marchaient sans direction, sans commandement, inspirés par le seul instinct de la conservation. On voyait la longue file des voitures de l’ambulance chargées d'officiers de tous grades, sanglants, mutilés; des chevaux d'artillerie avec leurs traits coupés, des canons sans leurs caissons, des équipages de toute sorte, se pressaient et se heurtaient pour passer les premiers. Quelques bataillons et quelques escadrons, encore entiers, essayaient vainement de contenir celte déhandade. Il n'y eut halte que sur le Champ de Mars, devant la citadelle. |
En une seconde, toute la population de Milan fut sur pied, assistant à cette déroute dans l'attitude calme mais satisfaite d’un opprimé qui sent qu'il va recouvrer son indépendance, mais qui ne veut pas insulter à la faiblesse d’un ennemi tombé. |
En face de cette attitude des habitants, avec les alliés vainqueurs aux portes de la ville, les Autrichiens ne pouvaient songer à rester dans Milan; aussi, comme je l'ai déjà dit, reçurent-ils l'ordre d’évacuer même la citadelle et de se retirer sur l'Adda. Cet ordre concernait la garnison permanente aussi bien que l’armée active.
La retraite des Autrichiens commença dans la soirée même du 4 juin. A mesure qu’un corps de troupes ennemies arrivait à Milan, il se reposait quelques instants, prenait des vivres, et repartait presque aussitôt, suivi d'employés du gouvernement déchu, qui suivaient la fortune de leur
maitre, M. Sebregondi, podesdat ou maire de Milan, fut de ce nombre ; quelques jours après, Victor-Emmanuel IE le remplaçait par le comte Luigi Belgiojoso.
Le défilé des Autrichiens en retraite dura toute la nuit. Les derniers bataillons ennemis sortirent de la ville dans la matinée du 5, après avoir encloué les canons de la citadelle et ceux du fort de Pontesa, et chargé sur les voitures du train tout ce qui pouvait s'emporter à la hâte. Les Autrichiens étaient encore dans la citadelle que déjà le peuple y pénétrait, enlevant les armes de l’arsenal, les munitions et les effets militaires sans rencontrer aucune résistance.
Derrière les derniers fuyards autrichiens, dans la matinée du 5, les habitants de Milan, déjà en armes, élevaient des barricades pour s'opposer à toute tentative de retour de l'ennemi, lui faisaient deux mille prisonniers, et se portaient en masse au palais Broletto, siége de la municipalité, où siégeaient les six adjoints du podesdat en fuite, demandant que la Lombardie fût annexée au Piémont, conformément à l'acte rédigé au mois de juin 1848. A cette époque, on se le rappelle, la Lombardie, alors maitresse d'elle-même, fut appelée, selon le désir de Charles-Albert, à décider de son sort par le suffrage universel. Sur cinq cent soixante-deux mille électeurs inscrits, cinq cent soixante et un mille trois cent dix-neuf votèrent pour la fusion immédiate du territoire lombard avec la monarchie sarde, sous la souverameté de la maison de Savoie, et six cent qualrevingt-un pour la remise du vote.
Après ce vole, qui disait avec tant d autorité les vœux réels et les vrais sentiments du peuple, un acte régulier d’annexion de la Lombardie au Piémont fut dressé par les représentants légaux de ce même peuple. C'est le renouvellement de cet acte que les habitants réclamaient de la municipalité, qui s'empressa de satisfaire à ses désirs en rédigeant à l'instant même. un nouvel acte d'’annexion de la Lombardie au Piémont. Le jour même, les adjôints restés à leur poste partirent pour San-Martino de Trecale, où était le quartier général du roi Victor-Emmanuel I, afin de lui remettre, avec ce document, les clefs de Milan. Mais, avant de s'éloigner de la ville, ils avaient fait afficher l'avis suivant :
« Milan, 5 juin 1859.
« Les circonstances actuelles exigent impérieusement que les honnêtes ciloyens accourent sur-le-champ dans leurs paroisses respectives, où ils trouveront des chefs déjà désignés pour le maintien de la sûreté et de la tranquillité publiques.
« L'objet de cet appel ne laisse aucun doute à la mn ne) sur l'empressement avec lequel on y répondra.
« Les assesseurs (conseillers municipaux) :
ALBERTO DE Herra, Massimiano De Leva, Mancaniri Francesco, Usounr pe’ Care, Ace Rovcier, Fario Borerni, Sizva, secrétaire. »
Cet avis était accompagné d’une proclamation dont voici les termes :
« Citoyens,
« L'armée alliée, réunie sous les ordres du magnanime empereur. Napoléon I, qui a pris la défense de l'indépendance italienne, après d'éclatantes victoires, approche des portes de la ville. Les troupes ennemies sont battues et en pleine déroute.
« Le roi Victor-Emmanuel Il, le premier soldat de l'Italie régénérée, arrivera sous peu au milieu de nous ; il demandera ce qu'a fait l héroïque Milan pour la cause nationale. La résistance morale de dix années à l’ Oppression étrangère vous a déjà valu l'estime de toute l'Italie et a confirmé la gloire des cinq journées. Maintenant il faut préparer un accueil digne de vous à l'armée nationale et à l'armée alliée. Proclamons le roi Victor- Emmanuel I qui, depuis dix ans, prépare la guerre de l'indépendance ; renouvelez l'annexion de la Lombardie au généreux Piémont; renouvelez-la par des faits, par des sacrifices.
« Vive le roi! vive l'Italie ! vive le Statut !
« Milan, le 5 juin 1859, ‘ « Les assesseurs,
«@ Aiverro DE Herra, Massimitrano DE LEva, MarGarira Francesco, Usouni pe” Cape, Acmiie Roucier, Fagio Boreru, Sizva, secrétaire. »
Le lendemain, 6 juin, les armes autrichiennes disparaissaient en tête de la Gaxette de Milan dont la rédaction annonçait que l’ordre de choses qui venait de s’inaugurer lui permettait de se mettre au niveau des nouveaux besoins, et qu'inspirée par les plus vifs et les plus sacrés intérêts nationaux, elle continuait ses publications.
Le même jour, les mêmes assesseurs prenaient les mesures de sûreté que commandaient les circonstances. Un nouvel AVIS, ainsi conçu, était placardé sur les murs de Milan :
«Toutes armes et munitions de guerre dont les bob pourraient être détenteurs devront être consignées au quartier général de la gardé nationale, au palais Murino.
«Une commission de défense est nommée; elle se compose de quatre personnes élues par le commandant de la garde nationale Carlo Prinetti. |
« Citoyens, l’armée alliée est die dé nos portes et Sa Majesté l'Empereur Napoléon IT, commandant en chef l’armée alliée, nous a envoyé des messagers pour constituer notre position.
« Vos représentants ont été charmés de pouvoir lui annoncer lélan avec lequel vous avez proclamé le gouvernement de Victor-Emmanuel I, alors que de nombreux bataillons ennemis défilaient encore par nos rues.
« Maintenez le calme et la tranquillité et préparez-vous à fêter digne-
ment l’arrivée de nos libérateurs que vos représentants s'empressent de vous annoncer.
€ Milan, 6 juin 1859. « Les assesseurs,
€ ALBerro DE Henra, MassimiLiano pe Leva, Marcarira Francesco, Uouni pe’ Caret, Fañio Borerni, Ace Roucier, SILVA, secrétaire. »
Bientôt c'est le roi de Piémont qui allait exercer dans Milan l'autorité suprème. Après avoir été accueillis avec un vif empressement au quartier général de San-Martino de Trecate par le roi Victor-Emmanuel If, heureux et fier des sympathies des populations lombardes, les membres de la municipalité, qui lui avaient porté les clefs de la ville et le renouvellement de l'acte d'annexion du mois de juin 1848, étaient revenus rendre témoignage des sentiments patriotiques du fils de Charles-Albert. Ils avaient annoncé la prochaine arrivée de l'Empereur et du Roi, et, pendant que le peuple s'apprêtait à fêter l'entrée des souverains alliés, ils avaient poursuivi leur œuvre et soumis au conseil entier de la commune un projet d'adresse qui fut adopté à l'unanimité. Ce projet, devenu définitif par ce vole unanime, était ainsi conçu :
À SA MAJESTÉ LE ROI VICTOR-EMMANUEL Il, LA VILLE DE MILAN: « Sire,
«Le vœu public est que Votre Majesté, à qui, par un miracle de concorde, ont été confiées les destinées de la patrie commune, prenne le plus
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