‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 75 sur 134 · AFFRANCHISSEMENT DE LA LOMBARDIE · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DE LA LOMBARDIE

L'histoire de Milan renferme l’histoire du Milanais, où les Insubres vinrent s'établir sous la conduite de Bellovèse, six siècles avant l’ère moderne. L'an 222, les Romains conquirent Milan, dont l’empereur Maximien fit la capitale de ses États. Ce fut en 568 que les Lombards, qui . devaient laisser leur nom à toute la contrée, vinrent s’y établir en maîtres. Sous Charlemagne, Milan fut incorporé à l'empire d'Occident ; cette ville resta sous la domination des Carlovingiens jusqu'en 960. A cette époque, elle devint la vassale d’'Othon le Grand, empereur d'Allemagne. - |

Milan souffrit alors de la lutte sanglante, mais émancipatrice, des papes et des empereurs. En 1150, cette cité s’érigeait en république et donnait naissance à la ligue lombarde, dont l'esprit de révolte, qui animait les villes de l'Italie comme autrefois les villes de la Grèce, tua la puissance défensive.

En 1111, le peuple de Milan rase les murailles de Lodi et mbés un joug de fer à la population de cette malheureuse cité. En 1162, Frédéric Barberousse venge Lodi; il appelle à son aide les habitants de cette ville, avec ceux de Côme, de Crémone ei de Pavie, et il détruit Milan, dont la population affamée ne pouvait plus se défendre. Mais, en 1176, ce terrible ennemi de la ligue lombarde ressuscitée perdait à son tour contre les Milanais la bataille de Legnano. )

Déchirée par les factions qui se disputaient le gouvernement de la république, Milan subit tour à tour le joug des Torriani, des Sforza et des Visconti . La famille des Visconti fournit une longue liste de maîtres à la ville de Milan, qui ne connaissait guère leur pouvoir que par ses misères et ses souffrances. Les empoisonnements succédaient aux assassinats, les assassinats aux cruautés, les cruautés aux trahisons dans cette race de despotes, dont un membre, Jean-Galéas Visconti, avait acheté, en 1385, de Wenceslas, empereur d'Allemagne, le titre de duc, au prix de cent mille tlorins.

L'ITALIE. CONFÉDERÉE 49

En 1450, ce fut le tour des Sforza. François Sforza s'empara de Milan par la force, et s’y fit proclamer duc souverain. La puissance de sa famille disparut en 1555 par l'usucpation de Louis le More.

C’est alors que les rois de France apparaissent sur la scène lombarde. Charles VIN, Louis XII, François F”, vont successivement engloutir dans cette riche contrée le plus pur de l'or et du sang de leur royaume. Milan devient enfin la proie de Charles-Quint, qui déclare son territoire fief de l'empire. Cette ville Lestee sous le sceptre de l'Espagne jusqu'en 1700, époque de sa soumission à la maison d'Autriche, qui s’en empare pendant la guerre de succession. On sait les vicissitudes de sa moderne existence : conquise par les Français en 1796, chef-lieu de la république Cisalpine en 1797, incorporée au royaume d'Italie, dont elle fut la capitale, en 4805, resttuéc en 1815 à l'empire d'Autriche, elle attendait depuis 1848, avec une fiévreuse impatience, l'heure de la liberté, lorsque les triomphes de l’armée française sont venus l'arracher pour toujours au joug de la maison de Hapsbourg. |

Située dans une vaste plaine, sur la rive gauche de l'Olona, Milan a des souvenirs de gloire et des souvenirs de piété. C'est dans son enceinte que Constantin rendit, en 513, le célèbre édit qui délivra les chrétiens de la persécution et consacra le triomphe de leur culte.

En 1796 comme en 1859, la ville de Milan accueillait déja les Français comme des frères, arborant les couleurs nationales dès qu'elle put entendre le bruit de leurs tambours et de leurs canons. Le 5 mai, Masséna y précédait Bonaparte, et sa division y entrait aux acclamations du peuple.

L'entrée de Napoléon K‘, qui n était alors que le général Bonaparte, dans la capitale du Milanais, fut un triomphe. On envoya à sa rencontre le comte de Melzi, accompagné d’un grand nombre de notabilités. On improvisa une garde d'honneur, on dressa des arcs de triomphe, on lui offrit les clefs de la ville des branches d’olivier à la main. A peine installé, il adressa à ses soldats cette magnifique harangue :

: Soldats!

« Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apennin ; vous avez Culbuté, dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche.

« Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s’est Les à sCs senüments naturels de paix et d'amitié pour la France.

« Milân est à vous, et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie.. Les ducs de Parme et de Modène ne doivent leur existence poli: lique qu'à votre générosité.

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