‹ Campagne de Piemont et de Lombardie en 1859Chapitre 99 sur 134 · LES FASTES DE LA BRAVOURE · texte numérisé non relu

LES FASTES DE LA BRAVOURE

Chaque triomphe de l'armée alliée était acheté au prix de deuils illustres. Le sang du général Beuret avait coulé sur le champ de bataille de Montebello. J'ai dit sa vie et sa mort. Il avait un frère cultivateur à Larivière, où il était né. Ce frère écrivit à l'Empereur pour lui demander le corps du général Beuret, afin de le faire inhumer dans le cimetière où reposaient déjà ses ancôtres. L'Empereur le fit embaumer et le fit transporter à ses frais en France.

Le corps du général Beuret arriva à Pelfort dans la soirée. Le lendemain le sous-préfet de l'arrondissement, le maire de la ville, le corps municipal, les autorités militaires, le clergé, un bataillon du 95° de ligne el un détachement du 5° de cuirassiers à cheval et en grande tenue, se sont rendus à la gare. Le cortége a traversé la ville aux airs funèbres de la musique et de la fanfare du 95°. La compagnie de sapeurs-pompiers ‘était rangée en bataille devant l'hôtel de ville pendant le passage du convoi, auquel elle a rendu les honneurs militaires.

Les coins du poêle étaient tenus par le sous-préfet de Belfort, par le maire de Larivière, par le lieutenant-colonel commandant la place et par le lieutenant-colonel des euirassiers. Les parents et les amis du défunt, tous les officiers de la place et de la garnison, suivis et escortés par un imposant concours de citoyens, ont accompagné le corps jusqu'à la porte ‘du Vallon. Après une légère halte, la dépouille mortelle du général Beuret a été conduite au cimetière de son lieu natal par un RutCs d'infanterie et par deux pelotons de cavalerie. Re

Déux autres généraux, le général de division Espinasse et le général de brigade Clere avaient perdu la vie sur le champ de bataille de Magenta, entourés d'un cortège d'officiers héroïquement tombés, pour ne plus se relever, sur ce glorieux champ de bataille. Depuis, d'autres officiers supérieurs étaient morts, à leur tour, dans les hôpitaux, à la suite des blessures qu’ils avaient reçues, en face de l'ennemi.

Ainsi, M. Pissonnet de Bellefonds, chef de bataillon aux zouaves de la

garde impériale, nommé lieutenant-colonel après la journée de Magenta, qui a succombé, le 8 juillet, à Novare. Il était frère du colonel Mérie de Bellefonds, qui, ayant été nommé commandeur après le combat de Montebello, mourut également à l'hôpital des suites de la blessure qui lui avait mérité cette éclatante distinction. Un autre officier du même nom et de Ja même famille, M. Philippe de Bellefond;, capitaine au 5° de hussards, a eu la jambe emportée à la bataille de Solferino.

D'après les ordres de l'Empereur, le corps du lieutenant-colonel de Bellefonds a été ramené en France, aux frais de l'État, par M. le baron de Miollis, son beau-père.

Le champ des morts est voisin dés fastes de guerre. Ceux qui vont y occuper une fosse vide ne meurent pas toujours, on le voit, sur le champ de bataille. Le plus grand nombre n'expirent qu'à l'hôpital, entre la sœur de charité qui les veille, le chirurgien qui les soigne et l'homme de Dieu qui les absout.

Je n'ai donc pu citer, dans le récit même des combats livrés sur le sol d'Italie, dans la campagne de 1859, que quelques noms de victimes.

Depuis, beaucoup d'autres ont succombé.

Je n'ai pas tout dit sur ceux-là mêmes dont j'ai déjà constaté la mort héroïque. Ainsi, emporté par la rapidité d’une narration qui devait suivre la marche d'une armée dont chaque pas était un nouveau triomphe, j'ai à peine nommé le vaillant colonel du 91° de ligne, Méric de Bellefonds.

Méric de Bellefonds, né, le 21 octobre 1804, à Septfonds (Tarn-et- Garonne), était élève au prytanée de la Flèche; il s'était engagé volonlairement comme simple soldat au 4° de ligne, le 6 mars 1823, au moment de la guerre d'Espagne. Caporal le 1% mars 1824; caporal-fourrier le 9 avril 1824; sergent-fourrier le G mars 1825; sergent-major le 21 janvier 1826; sous-lieutenant au 54 de ligne le 9 mai 18927; lieutenant le 7 septembre 1831, et ensuite capitaine le 28 octobre 1840, il était passé plus tard aux fonctions d'adjudant-major le 29 novembre 1841, et avait été promu chef de bataillon au 27° de ligne le 22 février 1852.

La guerre de Crimée, qui avait mis en relief les remarquables qualités militaires du commandant Méric de Bellefonds, donna un cours plus rapide à son avancement. Nommé lieutenant-colonel le 21 mars 1855, il fut, six mois plus tard, le 22 septembre, à la suite de la prise de Malakoff, mis à la tête du 91° de ligne. Il avait été fait chevalier de la Légion d'honneur le 29 août 1847, et officier le 6 avril 1856.

Je mé suis borné également à inscrire dans la liste des morts de Mon-

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 145 tebello les noms des commandants Duchet et Lacretelle. Voici leurs états de service :

Né le 26 octobre 1825 à Saint-Savinien, dans la Charente, Lucien-Pierre- Jean Duchet avait fait plusieurs campagnes en Afrique, lorsqu'il fut appelé à faire partie de l’armée de Crimée. Le 25 mai 1854 il a été cité à l'ordre du jour de l’armée, comme s'étant distingué dans la nuit du 13 au 14 mars 1855 au siége de Sébastopol. Ancien élève de l’école de Saint-Cyr, sous-Hieuteuant au 1° de zouaves, lieutenant au 25° léger, où il devint successivement capitaine et adjudant-major, il était chef de bataillon du 98° de ligne à l'armée d'Italie.

Mort à Montebello chef de bataillon du 84° de ligne, Nicolas-Eugène Lacretelle était né le 23 avril 1821 à Pont-à-Mousson, dans la Meurthe. IL comptait quinze campagnes, et avait déjà mérité la croix de la Légion d'honneur. |

Auprès de ces héros des champs de bataille reposent également sur le sel d'Italie, Douville, Girard, Rinieri, capitaines au 84° de ligne ; Laffon, capitaine au 98° de ligne ; Marcaggi, capitaine au 17° bataillon de chasseurs à pied ; Pansiot, capitaine au 74° de ligne ; Bruzon, Labbé, Mobhr, lieutenants au 98° de ligne ; Faivre, lieutenant au 74° de ligne ; Ducros, souslieutenant au 96° de ligne ; Gilbert, sous-lieutenant au 84° de ligne; Poirier, sous-lieutenant au 74° de ligne, tous frappés à Montebello.

On se souvient de la lettre que le colonel du 3° de zouaves, M. de Cha-

bron, écrivit, après le combat de Palestro, à la mère du capitaine Drut, pour lui annoncer la mort de son fils. Barthélemy-Marie Drut était né le 16 mars 1822, à Lyon (Rhône). Il comptait quatorze campagnes et était chevalier de la Légion d'honneur. Il avait été cité pour s'être particulièrement distingué dans le combat du 12 novembre 1845, au Djurjura (Afrique). Engagé volontaire au 33° de ligne, le 23 novembre 1840 ;. caporal le 25 mai 1841, caporal-fourrier le 10 août 1841 ; sergent-fourrier le 15 décembre 1841 ; sergent le 7 août 1842; sergent-fourrier le 26 juillet 1844 ; sergent-major le 14 août 1847; sous- lieutenant au 30° de ligne le 27 mars 1849, et au 3° de zouaves le 25 février 1859, il avait été fait lieutenant le 5 mai 1855 ; capitaine le 24 mars 1855. Il était devenu capitaine adjudant-major le 14 mars 1859.

On sait que l'Empereur avait assisté, sous le feu de l'ennemi, au passage de la Sesia par l’armée française. Cette périlleuse opération avait coûté la vie à Julien Duhamel, chef de bataillon du 43° de ligne. Duhamel était né le 25 août 1811 à Berville en Roumois, département de l'Eure. Il était chevalier de la Légion d'honneur et avait fait quatre campagnes.

Soldat au 3° de ligne le 16 octobre 1832; passé au 4° léger le 9 mars

146 L'ITALIE CONFÉDERÉE

1855 ; caporal le 24 juin 1853 ; fourrier le 25 décembre 1855; sergentfourrier le 24 juin 1854; sergent-major le 6 juin 1856, adjudant sousofficier le 5 mars 1840 ; sous-lieutenant le 2 janvier 4841; lieutenant le 22 jum 1845 ; capitaine le 20 juin 1851; passé au 79° de ligne le 1° janvier 1855, avec ce même grade; capitaine adjudant-major le 9 juin 1855, Duhamel était devenu chef de bataillon au 43° de ligne le 25 septembre 1855.

Ernest-Charles Vanéchout, dont jai signalé la mort à l'affaire de Turbigo, élait capitaine au régiment provisoire de tirailleurs algériens.

J'ai dit déjà les états de service du colonel d'état-major Denis de £enneville, des colonels de régiments Drouhot, de Chabrière et Chartier, morts à Magenta, comme les généraux Espinasse et Clerc, au mitieu de la mêlée ; je viens de citer le nom d'Arthur-Olivier Pissonnet de Bellefonds, mort chevalier de la Légion d'honneur et lieuténant-colonel à quarante-quatre ans. |

D'autres officiers supérieurs sont également restés sur le champ de bataille de Magenta, ou ont expiré sur leur lit de douleur des suites des blessures qu'ils ont reçues sur ce glorieux champ de bataille : ainsi Mennessier, heutenant-colonel du 70° de ligne, et le lieutenant-colonel de la Bonninière de Beaumont, sous- chef d'état-major du second corps d'armée. | . Justin-Charles-Louis Mennessier était né le 8 août 1815 à Metz (Moselle); il comptait sept campagnes et était chevalier de la Légion d'hon- nneur.

Elève à l'Ecole spéciale militaire le 14 novembre 1855, caporal le 15 janvier 1837, Mennessier fut nommé sous-lieutenant au 50° de ligne le 1° octobre 1857, lieutenant le 27 décembre 4840, capitaine le 19 octobre 184%, chef de bataillon au 1° de ligne le 2 janvier 1851, lieutenant colonel au 70° de ligne le 8 novembre 1857. |

Officier plein de bravoure et d’entrain, Mennessier était toujours au premier rang devant l'ennemi, animant ses soldats par l'exemple de sou courage. C'est ainsi qu'il tomba à Magenta en chargeant à la tête de son régiment; déjà son cheval avait été Lué sous lui. I fut transporté à à Novare, où 1l succomba malheureusement, le 6 juin, à la suite d'un accès de tétanos. |

Louis-Stanislas-Xavier de Beaumont était né le 5 septembre 1814 à Notre-Dame-d'Oé (Indre-et-Loire). Chevalier de la Légion d'honneur le 25 mars 1821, 1l avait été fait officier le 29 août 4855 ; il comptait d'ailleurs huit campagnes:

Élève à l'École spéciale militaire le 5 décembre 1650, de AREA cn

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 147 sortit comme sous-heutenant au 50° de ligne, le 1% octobre 1832. Nommé élève à l'École d'application d'état-major le 1° janvier 1855, puis licutenant, il fut désigné pour être employé à la carte de France, le 21 avril 1837; capitaine le 27 janvier 1841, il passa au 2° de cuirassiers le 22 mars 1841: aide de camp du général Courtot le 7 mars 1845, et du géntral Fabvier le 25 janvier 184%, il devint capitaine de première classe le 2 juillet 1847; chef d’escadron le 24 novembre 1854, il fut employé à l'état-major général de l'armée d'Orient, le 4 décembre 1854. Après la guerre de Crimée, il fut mis à la disposition du gouverneur général de l'Algérie, et, au printemps dernier, attaché à l'état-major du second corps de l’armée d'Italie, où il devint sous-chef d'état-major général, le 3 juin, après avoir été fait lieutenant-colonel.

On a vu, dans le récit même de la bataille de Magenta, les états de service des commandants Desmé de Lisle, de Maudhuy et Delord. Quatre autres officiers du même grade, les commandants Bertrand, Boulet, Fondrevaye et Mariot{i, reposent également sur cette terre d'Italie qu'ils ont arrosée de leur sang dans la journée de Magenta.

Honoré Bertrand était né le 15 juillet 1814, à Longuyon, dans la Moselle; il comptait vingt-sept campagnes, avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1840 et promu officier du même ordre en 1855.

Soldat au 26° de ligne le 26 septembre 1831, caporal le 23 octobre 1833, sergent le 6 février 1835, sergent-major le 21 novembre 1837, sous-lieutenant au 2° régiment de la légion étrangère le 5 août 1841, lieutenant le 12 décembre 1844, capitaine le 29 novembre 1849, Bertrand était devenu chef de bataillon au 70° de ligne le 30 octobre 1857.

Cet officier s'était particulièrement distingué à l'expédition de Mihanah (Afrique), et avait élé cité pour ce fait à l'ordre général de l’armée, le 4 juillet 1840, ainsi que par le général Pélissier, pour la belle conduite” qu'il avait tenue dans l'attaque des embuscades de l'ennemi, pendant la nuit du 48 au 19 mars 1855, et par le général Canrobert, pour sa belle conduite pendant la vigoureuse sortie des Russes à l’extrême gauche, dans la nuit du 15 au 16 mars 1855.

Achille-Antoine-Marie-Anne Boulet est né, le 24 octobre 1817, à Lagardelle (Haute-Garonne). Élève à l'École spéciale militaire le 45 novembre 1836, sous-lieutenant au 30° de ligne le 1° octobre 1838, lieutcnant le 30 janvier 1841, capitaine le 3 juin 1847, il était devenu chef de bataillon au 75° de ligne le 15 avril 1856.

Joseph Fondrevaye était né le 21 mai 1812 à Lunéville, dans la Meurthe. Soldat au 58° de ligne le 1° mars 1831, caporal, sergent-fourrier, sergent-major et adjudant, sous-lieutenant le 16 janvier 4840, lieutenant

le 21 juillet 1845, capitaine le 95 ; juin 1849, passé au 16° léger le 29 août 1853, au 91° de ligne le 1° janvier 1855, il avait été fait chef de bataillon au 2° de zouaves le 5 septembre 1855.

Cet officier, qui était décoré de la Légion d'honneur depuis Are ans, et qui avait gagné la seconde étoile en 1857, comptait un grand nombre de campagnes et plusieurs bléssures. |

Jérôme Mariotti était né, le 4 mars 1817, à Luciana, en Corse. Il complait plusieurs campagnes et portait la croix de la Légion d'honneur.

Soldat au 60° de ligne le 15 janvier 1834, caporal le 11 avril 1835, sergent le 1° juim 1837, sergent-major le 26 novembre 1837, adjudant le 19 août 1839, sous-lieutenant le 25 août 1840, lieutenant le 25 octobre 1846, capitaine le 18 mai 1850, passé au 2° bataillon d'infanterie légère d'Afrique le 6 janvier 1859, passé au 9° régiment de la légion étrangère le 14 juillet 1855, capitaine adjudant-major le 5 mars 1856, chef de bataillon au 2° régiment étranger le 12 août 1857, Mariotti était passé, en cette qualité, au 90° de ligne, le 14 mars 1859.

Aux noms de généraux, de colonels, de lieutenants-colonels et de commandants déjà cités, sont venus s'ajouter les noms moins connus d'’ Alavoine et d’Astis, capitaines au 2° étranger; de Baligand, capitaine d'’étatmajor; de Battioni, capitaine au régiment provisoire de tirailleurs algériens ; tétouienatt: Bicheroux et Lapouble, capitaines au 25° de ligne; Bob , Capitaine au 3° grenadiers de la garde; Breucq et Mennessier, capitaines au S° bataillon de chasseurs à pied; Cournet, Wogue, Dumanoir- Lepelley et Granier, capitaines au 65° de ligne; Favier, capitaine au 71° de ligne; Fayout, capitaine au 2° de zouaves: Fournier , Capitaine au 45° de ligne; Merlieux et Gery, capitaines au 70° de ligne ; de Houdetot, capitaine adjudant-major au 3° de grenadiers de la garde; Lega, capitaine au 59° de ligne ; Lente, capitaine au 3° régiment de volligeurs de la garde ; Maigne, Mancip et Meunier, capitaines au 85° de ligne; Pichoud, capitaine aux zouaves de la garde ; André, lieutenant au 2° étranger ; Bonneau et Fraillon, lieutenants au 65° de ligne; Dordet, Lafond et Salenave, lieutenants au 85° de ligne; Grumos, lieutenant au 43° de ligne : Miard et Nesslé, lieutenants au 6° bataillon de chasseurs à pied: Riandey, Stutel, Mourre et Nardin, lieutenants au 3° grenadiers de la garde ; Rimbaud et Robin, deltahhits au 25° de ligne; Sarey, lieutenant au 90° de ligne ; de Vincent, lieutenant aux zouaves de la garde; Auriol, sous-lieutenant au 23° de ligne; Batteux et Roulland, sous-lieutenants au 70° de ligne : Bouvier, sous-lieutenant au 3° de grenadiers de la garde ; Coltelloni, sous-lieutenant au 2° voltigeurs de la garde; Fagny, sous-lieutenant au 65° de ligne; Ferrat et Mohamed-ben-Mohamed Blidi, sous-lieutenants au régiment

provisoire de tirailleurs algériens ; Levis, sous-lieutenant au 2° de zouaves: Riston, sous-ieutenant au 73° de ligne; Tortel, sous-lieutenant au 1°" grenadiers de la garde.

Sur le champ de bataille de Marignan, la France perdit deux colonels. J'ai déjà dit la mort héroïque de M. Paulze d'Ivoy; j'ai dit également que M. Rey, lieutenant-colonel du 33° de ligne, avait été blessé dans cette journée. Cet officier supérieur succomba à ses blessures, le 5 juillet, à Milan, où il avait été transporté.

La journée de Solferino devait être encore plus sanglante; cette journée a coûté la vie à l’un des plus braves généraux du corps de l'artillerie, à un grand nombre d'officiers supérieurs, et à plusieurs milliers de sousofficiers et de soldats.

L'armée tout entière a pleuré le général de brigade Auger, nommé, déjà mourant, général de division dans son arme, sur le champ de bataille même où il allait expirer. Les bienfaits de l'Empereur sont allés trouver la mère en souvenir du fils : madame Auger reçoit, sur la liste civile impériale, une pension annuelle de trois mille francs.

Le général Auger était né en 1809. Sorti de l’École polytechnique en 1851, en 1848, bien qu’il ne fût que simple capitaine, il était nommé directeur du service de l'artillerie au ministère de la guerre. Il a servi avec distinction en Algérie, et, devenu colonel avant la guerre d'Orient, il succéda, en 1855, au général Lebœuf dans le poste de chef d'état-major de l'artillerie à l'armée de siége qui investissait Sébastopol. IL était devenu général de brigade le 14 juillet 1856. I a également commandé, en qualité de général, l'École spéciale de Besançon et l'artillerie de l'armée de Paris.

Au nombre des officiers supérieurs qui ont succombé sur le champ de bataille de Solferino, je retrouve, à côté du général Auger, le vaillant colonel Laure, dont j'ai déjà retracé la carrière, et, près de lui, le colonel Vaubert de Genlis, aide de camp de l'Empereur, mort à l'hôpital de Brescia ; les colonels Broutta, Jourjon, Douay, Capin, Lacroix, de Malleville ; les lieutenants-colonels Campagnon, de Neuchèze, Herment, Ducoin, Laurans des Ondes, Hemard et de Vallet.

M. Broutta (Louis-Charles-Joseph) était fils d'un ancien sous-chef du ministère de la guerre. À la sortie de l’École militaire, il fut envoyé en Afrique et s’y distingua. Capitaine en 1836, major du 24° en 1845, il fut nommé lieutenant-colonel du 44° en 4851 et passa bientôt au 75”, Afrique. Il était colonel du 43° depuis le 5 septembre 1854, et avait dé conduit ce beau régiment en Crimée.

Commandant le quatrième corps du génie, . Jourjon (Charles-Louis) était un des officiers les plus savants et les plus aimés de cette arme.

150 L'ITALIE CONFÉDÉREE

Capitaine en 4845, et professeur d'art militaire à l'École d'application de Metz, chef de bataillon à Longwy en 1850, lieutenant-colonel en 1854, il fut mis à la disposition du maréchal Paraguey-d’Hilliers, lors de son ambassade à Constantinople. IL était colonel depuis le 23 mai 1855. |

Fils d'un officier supérieur d'infanterie, M. Douay (Gustave-Paul) sortit de l'École militaire le 1° octobre 1835 dans le 54°. Lieutenant en 1858, capitaine en 1845, major au 6° léger en 1852, commandant le 47° balaillon de chasseurs à pied en 4854, lieutenant-colonel du 80° en 1853 el colonel du 70° depuis le 47 mars 4858, il fit de la manière la plus brillante la campagne de Crimée. Il avait deux frères généraux à l'armée d'Italie.

M. Capin (André-Jules-François), officier d’une rude énergie, cCoMmenca sa Carrière militaire au 47°, el se distingua à Constantine à côté du colonel Combes et du capitaine adjudant-major Certain Canrobert. Lieutenant en 1858, capitaine en 1841, chef de bataillon au 22° en 1S48, licutenant-colonel du 40° en 1854, il était colonel du 53° depuis le 2 août 1858. Il avait fait la plupart des campagnes d'Afrique et celle de Rome. |

M. Lacroix (Jean-Baptiste-Isidore-Toussaint), adjudant-major au 21° de ligne en 1837, major du 5° en 1247, lieutenant- colonel du 56° en 1853, élait colonel du 30° de ligne depuis le 41 mars 1857.

Colonel du 35° de ligne, M. de Malleville voulut, dans un moment solennel et décisif, enlever son régiment, en lui donnant l'exemple du courage. Il saisit son drapeau et mareha en avant: mais, frappé à l'inslant même de deux coups mortels, il paya de sa vie son dévouement héroïque. En écartant ses vêtements pour examiner ses blessures, on Lrouva sur lui un papier sur lequel le brave colonel, pressentañt peutêtre son sort, avait tracé ses dernières volontés.

CSI je succombe, disait-il, je désire que mon corps soit embaumé et qu'il soit transporté en France. » | |

Fidèle exécuteur de ce désir suprême, l'honorable marquis de Malleville, conseiller à la Cour impériale de Paris, est immédiatement parti pour ltalie, d'où il a pieusement ramené en France le corps de son frère, qui repose aujourd’hui dans les caveaux de l'église Saint-Eugène.

M. Campagnon (fuillaume) fit pendant huit années la guerre en Afrique avec le 5° de ligne. Lieutenant en 1856, capitaine en 1840, son aptitude le fit appeler aux fonctions d’adjudant-major, chef de bataillon au 40°, à Rome, en 1850; il était lieutenant-colonel du 2° de ligne depuis le 41 mars 1857.

M. de Neuchèze (Claude-Michel-Ernest) etai! capilaine en 1858; il con-

L'ITALIE CONFEDEÈREE [BA courut en 1840 à l'organisation du 22° léger et passa, en 1846, au 24° de ligne. Chef de bataillon au 62°, en 1851, il était lieutenant-colonel du 8° de ligne depuis le 17 mars 1858.

M. Herment (François-Roch-Amédée) débuta dans la carrière militaire | comme engagé volontaire au 12° de ligne. Sous-lieutenant en 1840, lieutenant en 1845, capitaine au 74° de ligne en 1848, il fit avec ce régiment la campagne de Crimée. Prisonnier des Russes en octobre 1854, il fut nommé chef de bataillon au 39°, le 18 août 1855, à la sortie des prisons de l'ennemi. Il était, au commencement de 1859, lieutenant-colonel du régiment provisoire des lirailleurs algériens.

M. Ducoin (Abel-Pierre-Émile), sortit de l'École militaire le 1° octobre 1840 comme sous-hHeutenant au 19° léger. Il devint lieutenant en 1845, capilaine au 14° de ligne en 1848, chef de bataillon au 28° de ligne en 1859. Passé au 5° grenadiers en 1838, il venait d'être nommé lieutenantcolonel pour sa conduite à Magenta.

M. Laurans des Ondes (Joseph-Hildevert-Amédée) est entré dans la carrière des armes, comme engagé volontaire à l'école de Saumur; en 1842, il était capitame instructeur au 8° hussards. Il a permuté en 1845 pour passer au 2° chasseurs d'Afrique. Nommé chef d'escadron au 4° lanciers à la fin de 1851, il a organisé le corps des cent-gardes et ne l'a quitté que le 21 février 1856, pour aller en Afrique avec le grade de lieutenant-colonel du 5° hussards.

Le lieutenant-colonel Hemard est mort sur le champ de bataille même de Solferino, atteint de deux balles à la tête.

Le lieutenant-colonel de Vallet, qui était alors au 91° de ligne, n’a succombé que plus tard par suites de la blessure qu'il reçut dans cette journée. Témoin de sa bravoure, l'Empereur l'avait désigné pour entrer avec son grade dans la garde impériale. |

D'autres aussi sont morts, dont les noms sont gravés dans le souvenir de leurs compagnons d'armes. Ainsi le duc d’Abrantès, qui emporte dans sa tombe un nom glorieux éteint dans sa personne. Le duc d'Abrantès, qui avait le grade de lieutenant-colonel, venait d’être nommé chef d'étatmajor de la division de Failly. Ainsi encore le commandant Rolland, atteint d'une balle dans l'épaule, à la prise de Medole; le commandant Noël, mort héroïquement à la tête de son bataillon; les commandants de Pontgibaud, Kleber, de Saint-Paër, Angevin et Guillaume.

Au nombre des blessés de Solferino figurent, indépendamment des cénéraux Ladmirault, dont on connaît déjà les services militaires; Dieu, qui, parti avec l’armée d'Italie colonel d'état-major, était devenu, dès les commencements de la campagne, général de brigade; Forey, souvent

nomnié, et Douay, le colonel du 54 de ligne, Pinard, qui est resté trèslongtemps en danger de mort; les colonels de Taxis, Brincourt et Barry; les lieutenants-colonels Maire, Hémard et Servier; les chefs de bataillon Brun, Meuriche, Lebreton, Laguerre, Léseble, Morquery, Gouzy, Lespinasse el Foy. | |

Enfin l'armée piémontaise a perdu dans cette immortelle journée le général Perrier, commandant la brigade de Savoie; le général Arnaldi, commandant des gardes ; les colonels Berretta, du régiment de Coni, et Pernot, du régiment de Savoie ; le capitaine Pallavicini, des bersaglieri.

La vie de ce monde est un mélange de joies et de deuils, une succession de tristesses ct de bonheurs, un enchainement de splendeurs et de misères. Pendant que sur le sol de l'Italie on relevait les morts, pendant qu'on y soignait les blessés, pendant que les sœurs de charité veillaient au chevet des malades, on s'abandonnait en France à toute l'ivresse de la victoire, à tout l'enthousiasme de l'admiration.

Le 25 jum, le lendemain même de la bataille de Solferino, l'Empereur avait publié à son quartier général de Cavriana une proclamation qui, expédiée à Paris par le lélégraphe, y était lue avec un empressement inexprimable, Voici le texte de cette proclamation :

« Soldats !

« L'ennemi croyait nous surprendre et nous rejeter au delà de la Chiese. C'est lui qui a repassé le Mincio.

« Vous avez dignement soutenu l'honneur @e la France, et la bataille

de Solferino égale et dépasse même les souvenirs de Lonato et de Castiglione.

« Pendant douze heures, vous avez repoussé les efforts désespérés de plus de deux cent mille hommes. Ni la nombreuse artillerie de l'ennemi, ni les positions formidables qu’il occupait sur une profondeur de trois licues, ni la chaleur accablante n’ont arrêté votre élan.

« La patrie reconnaissante vous remercie par ma bouche de tant de persévérance et de courage; mais elle pleure, avec moi, ceux qui sont morts au champ d'honneur. |

«Nous avons pris trois drapeaux, trente canons et six mille prisonniers.

« L'arméc sarde a lutté avec la même bravoure contre des forces supérieures. Elle est bien digne de marcher à vos côtés.

« Soldats! tant de sang versé ne sera pas inutile pour la gloire de la France et pour le bonheur des peuples,

« NAroLÉOY. »

La victoire de Solferino fut fêtée partout avec des transports dallégresse qui tenaient du délire: à Paris, où pendant trois jours de suite il y eut des illuminations vraiment féeriques ; à Milan, où l’on comprenait que l'mdépendance de la Lombardie était à jamais assurée par ce nouveau triomphe des alliés ; à Turin, dont le syndic ou maire publia la proclamation suivante : |

« Concitoyens,

« Le canon vous annonce une nouvelle victoire, celle de Solferino, grande et glorieuse bataille, ailant de pair avec toutes les autres déjà gagnées par l'armée franco-sarde; du plus profond du cœur, rendons en crâce tout d'abord au Dieu des armées. Dans la sainte guerre de l'indépendance de l'Italie, c’est lui qui rend invincibles les armées alliées. Aux augustes et généreux chefs qui les conduisent d’une victoire à l'autre, aux intrépides enfants de cette France qui mérite à juste titre le nom de la nation des braves; aux valeureux fils de cette Italie qui, réduite à n'être grande que dans les malheurs, ne le redeviendra que par leur bravoure, manifestons, autant qu'il nous est possible notre admiration el notre gratitude. Demain {ous les établissements publics seront illuminés, “etle maire a la confiance que ses concitoyens voudront bien s'associer à celte patriotique démonstration de l’allégresse publique.

« Au palais municipal, le 25 juin 1859.

« Signé : le maire, Norra. »

Les illuminations de Paris n'avaient même pas été recommandées, elles avaient été spontanées, et toutes les maisons s'étaient, comme par enchantement, pavoisées à la nouvelle de la grande victoire de Solferino.

Le clergé avait suivi l'élan de la population, et Son Éminence monseigneur le cardinal Morlot, archevêque de Paris, avait adressé aux curés de son diocèse la circulaire suivante : ù

« Paris, le 30 juin 1859.

« Monsieur le curé,

‘« Une nouvelle bataille vient d'ajouter à’ la gloire de notre armée d'Italie, et la journée si mémorable du 24 jum sera inscrite désormais au nombre de celles où nos soldats, sous la conduite de leur auguste chef, qui partage héroïquement tous leurs périls, ont déployé de la manière la plus admirable les nobles qualités qui les distinguent.

« L'Empereur et l’Impératrice régente, dans une religieuse pensée ILE 20

digne de leur cœur, veulent que de solennelles actions de grâces soient rendues partout au Dit des armées pour celte grande victoire, et dimanche prochain, 3 mai, c'est à Notre-Dame que Sa Majesté l'Impératrice se propose de venir acquitter elle-même cette dette de reconnaissance el implorer plus instamment que jamais la puissante protection de la reine du ciel pour l'Empereur et pour elle, pour notre armée et pour la France.

« Étant informé de ces dispositions par Son Excellence le ministre ils l'instruction publique et des cultes, je m' empresse, monsieur le curé, de vous faire savoir qu'un Te Deum sera chanté, dimanche prochain, dans l’église métropolitaine et dans toutes les églises du diocèse. À Notre-Dame, le Te Deum sera chanté à onze heures et demie; dans les autres églises, ce sera à l'heure qu'on jugera plus convenable, après s être concerté avec les autorités civiles et militaires. |

«Nous tous, monsieur le curé, prêtres et fidèles, qui, is le commencement de cette guerre, ne cessons pas de prier afin qu’elle ait une prompte et heureuse issue, offrons à Dieu l'hommage de notre reconnaissance pour les succès obtenus, et demandons-lui, par les plus vives instances, de protéger la suite de la grande entreprise comme il en a protégé le commencement, Qu'il veille sur l'Empereur au milieu de tant de fatigues et de dangers si courageusement affrontés! Qu'il veille sur l'Impératrice régente et sur le Prince Impérial! Qu'il protège nos soldats, qui portent si haut et si loin la renommée du nom français! Qu'il recoive au sein de l'éternel repos et du bonheur les âmes de ceux qui ont succombé dans la lutte ! Qu'il tienne compte à leurs familles de leur sang si noblement répandu, et que la paix la plus glorieuse et la plus durable vienne couronner une guerre conduite avec tant d’héroïsme, de grandeur et d'éclat; une guerre qui n’a pas été engagée dans des vues ambitieuses, ni pour fomenter les troubles, ni surtout pour ébranler les droits et le pouvoir du chef auguste et vénéré de la sainte Église, mais pour fonder l'ordre et la paix de l'Europe sur la satisfaction et l'apaisement des besoins réputés justes et légitimes.

« Recevez, monsieur le curé, la nouvelle assurance de mes sentiments les plus dévoués.

CT EF. N. cardinal archevêque de Paris. »

Le lendemain, Son Excellence, M. Rouland, ministre de l'instruction publique, envoyait à son tour à lous les recteurs d'académie une circulaire dont voici le texte :

L'ITALIE CONFÉDEREE 159

| « Paris, le 4° juillet 1859.

« Monsieur le recteur,

«La France suit avec une émotion profonde tous les grands événements qui s'accomplissent en Italie. Nos pères ont longtemps combattu pour arracher ce magnifique pays à la domination étrangère, el aujourd'hui nos armées, guidées par l'Empereur, luttent et triomphent pour la même cause. Que nos enfants, à leur tour, reçoivent cet héritage d'une politique généreuse et s'associent à toutes les impressions de la patrie ! Je crois donc devoir exprimer le désir que tous les bulletins de l'armée d'Italie, publiés dans le Moniteur, soient lus devant les élèves des lycées et des collèges, et affichés dans l’intérieur de ces établissements. La jeunesse est prompte aux nobles sentiments, son cœur est touché des srandes choses et dévoué aux dynasties qui savent les entreprendre ; elle se réjouira des nouvelles gloires du drapeau impérial : elle apprendra aussi, en écoutant l'histoire quotidienne de cette héroïque campagne d'Italie, combien le travail et l'étude forment les générations intelligentes ét fortes, et combien ils développent les ressources, la puissance et la supériorité de la France.

« Je vous invite à prendre sur-le-champ les mesures nécessaires pour assurer l'exécution de cette cireulaire, dont vous voudrez bien m'accuser réception.

« Le ministre de l'instruction publique,

« RouLAND. »

En sa qualité de ministre des cultes, Son Excellence M. Rouland avait également écril à tous les prélats de France pour les inviter à faire célébrer la victoire de Solferino dans toutes les églises de leurs diocèses respectifs, ainsi qu'à tous les présidents des consistoires du culte évancelique et du culte israëlite.

C'est le 5 juillet que là cathédrale de Paris, placée sous l'invocation de Notre-Dame, reçut l'Impératrice Régente, le Prince Impérial, la princesse Clotilde et la princesse Mathilde, tous les dignitaires de l'Empire, lous les grands officiers de la couronne, tous les hauts fonctionnaires de l'administration civile; des membres des trois grands corps de l'État, la magistrature, la garde nationale et l’armée, venant assister au Te Deum chanté sous les voûtes de la maison de Dieu, en actions de grâces du nouveau triomphe des armes françaises. Retenu au Palais-Royal par une indisposition, seul, le prince Jérôme ne put assister à cette cérémonie.

Ce fut la même affluence, le même empressement qui avait déjà signalé la même solennité après la victoire de Magenta. La population accueillit encore avec plus d'enthousiasme et plus d'amour l’Impératrice Régente etle Prince Impérial, qu’elle saluait sur leur passage des acclamalions les plus sympathiques et les plus vives. Sa Majesté Impériale et Son Altesse Impériale rentrèrent au palais des Tuileries littéralement cachées sous une montagne de fleurs jetées dans leur voiture.

IL serait impossible de rendre les acclamations, les vivat, les cris d'enthousiasme et les témoignages d'affection qui éclataient à la vue de l’Impératrice Régente et du jeune prince allant rendre grâces à Dieu d’avoir donné la victoire à l'Empereur et d’avoir préservé ses jours. La voiture impériale, couverte et remplie de bouquets offerts par la garde nationale ct les troupes, ne s’avançait que sur des fleurs. Visiblement touchée de celte ovation, l'Impératrice Régente saluait avec émotion la foule, à qui le jeune prince envoyait ingénument des baisers.

Sa Majesté Impériale et Son Altesse Impériale ont été reçues sous le portail de Notre-Dame par Son Éminence le cardinal archevêque de Paris, qui a adressé à l'Impératrice Régente une allocution pleine d’onction ct de dévouement. L’Impératrice Régente, après avoir remercié le prélat, s’est avancée sous le dais. Alors les cris de Vive l'Empereur ! vive l'Impérutrice ! vive le Prince Impérial! ont retenti dans la cathédrale et se sont mêlés au chant joyeux de l'Église.

Le même enthousiasme a éclaté quand, après la cérémonie, Sa Majesté Impériale et Son Altesse Impériale ont regagné leur voiture. Le cortége sc mettait en marche que les voûtes de Notre-Dame répétaient encore : Vive l'Empereur !

L'ovation du retour a dépassé, si cela était possible, celle de l’arrivée. C'était la première fois que le fils de l'Empereur se mêlait officiellement à la nation. Dieu lui a donné de le faire sous les auspices de la victoire.

La veille, l'Impératrice Régente avait reçu des mains de M. le commandant d’Andiau, officier d'ordonnance de l'Empereur, les trois drapeaux conquis sur l'ennemi par le 2° régiment de voltigeurs de la garde impériale, le batailion de chasseurs à pied du même corps et le 76° de ligne, . de la division de Failly, du quatrième corps, lesquels ont vu, à leur tour, leur drapeau décoré de la croix de la Légion d'honneur, comme l'avait êté déjà celui du 2° régiment de zouaves.

Le roi de Sardaigne avait conféré, après la bataille de Solferino, aux majors généraux Cucchiari et Mollard, qui commandaient dans cette Jour-née les troisième ct cinquième divisions, le grade de lieutenant général. Mais les distinctions individuelles, les promotions et les croix qui devaient

L'ITALIE CONFÉDERÉE 157 récompenser le courage des soldats de la Sardaigne pendant cette terrible et sanglante bataille ne pouvaient suffire à consacrer le souvenir de cet immense événement, de ce glorieux trromphe : Victor-Emmanuel I] dtcida instantanément qu'un monument serait élevé sur le champ de bataille de Solferino. Voici le texte du décret qui a été rendu à cette occa- SION :

« Nous, Victor-Emmanuel If, roi de Sardaigne,

« Vu la loi du 25 avril dernier, qui à conféré des pouvoirs extraordiaires au gouvernement du roi ; Le conseil des ministres entendu;

« Sur la proposition du président du conseil des ministres, ministre de la guerre, avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Article 4°, 11 sera élevé aux frais de l'État un monument à Solferino, pour rappeler à la postérité la victoire remportée par les légions francosardes et les glorieux faits du 24 jum 1859, et pour perpétuer le témoignage de la reconnaissance des Italiens pour l'armée française, commandée par l'empereur Napoléon I, qui s’est exposé héroïquement, dans cette mémorable bataille, pour l'indépendance de l'Italie. | |

« Art. 2. Les dépenses nécessilées par l'érection de ce monument scront imputées sur le budget extraordinaire des dépenses de la guerre, additionnellement au budget ordinaire de l'exercice de 1859, calégorie 96, article 2.

« Art. 3. Les ministres de la guerre et des travaux publics sont charés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera enregistré au contrôle général et inséré au recueil des actes du gouvernement. »

Sur ce même champ de bataille, l'empereur Napoléon HE avait fait un nouveau maréchal de France, en élevant à cette haute dignité militaire Adolphe Niel, le héros de la journée du 24 juin. Le lendemain, il signail à Cavriana les décrets suivants :

Par décret signé le 25 juin 1859 au quartier général impérial de Cavriana, l'Empereur a nommé ou promu dans l'ordre impérial de la Lésion d'honneur les militaires dont les noms suivent, qui se sont distingués à la bataille de Solferino, savoir :

Au grade de grand officier.

Etat-muj r» général. — MM. de Martimprey (Edmond-Charles), général de division, aide-major général de l’armée d'Italie, commandeur du 30 no-

Là L'ITALIE CONFÉDÉRÉE vembre 1854 : 55 ans de service effectif, 24 campagnes, 1 blessure ; le bœuf (Edmond), général de division, commandant en chef l'artillerie de l'armée d'Italie, commandeur du 41 août 1855 : 33 ans de service effec- Uf, 8 campagnes ; Frossard (Charles-Auguste), général de division, commandant en chef le génie de l’armée d'Italie : commandeur du 22 septembre 1855 : 56 ans de service effectif, 15 campagnes; de Ladmirault (Louis-René-Paul), général de division, commandant la 2° division d’infanterie du 1” corps, commandeur du 8 août 1847 : 53 ans de service effectif, 22 campagnes, 2 blessures : de Négrier (Ernest-Frédéric-Raphaël), géncral de brigade, commandant une brigade de la 1° division d’infanlerie du 1° corps, commandeur du 42 juin 1856 : 39 ans de service ef leclif, 12 campagnes ; de Luzy de Pellissac (Louis-Henri-François), général de division, commandant la 4"° division d'infanterie du 4° COTPS, COMmandeur du 7 äoût 1851 : 45 ans de service effectif, 12 campagnes, 2 blessures ; de Failly (Pierre-Louis-Charles-Achille), général de division, commandant la troisième division d'infanterie du 4° corps, commandeur du 47 octobre 1857 : 35 ans de service effectif, 10 campagnes ; Lannes de Montebello (Gustave-Olivier), général de division, aide de camp de l'Empereur, commandeur du 10 août 1853 : 29 ans de service effectif, $ Campagnes.

Intendance militaire. M. Paris de Bollardière (Foch), intendant général de l'armée d'Italie, commandeur du 192 juillet 1849 : 41 ans de service effectif, 10 campagnes.

Au grade de commandeur.

État-major général. — MM. Garnier de Labareyre (Eugène-Louis-Henri), sénéral de brigade, commandant une brigade de la division de cavalerie du 3° corps, officier du 10 décembre 1851 : 44 ans de service effectif, 9 campagnes ; de Clérambault (Charles-Philippe-Marie), général de brigade, commandant une brigade de la division de cavalerie du troisième corps, officier du 25 décembre 1854 : 37 ans de service effectif, 5 campagnes ; Ladreit de la Charrière (Jules-Marié), général de brigade, commandant une brigade de la 2° division d'infanterie du quatrième corps, officier du 25 décembre 1853 : 34 ans de service effectif, 4 campagnes ; 0 Farrell (Jacques), général de brigade, commandant une brigade de la 9° division d'infanterie du 4° corps, officier du 22 août 1850 : 40 ans de service effectif, 8 campagnes: Lenoble (Pierre-Henri-Adolphe), général de brigade, commandant une brigade de la 4'° division d'infanterie du #° corps, officier du 25 septembre 1854 : #1 ans de service effectif, 10 campagnes ; Dumont (Charles-Léon), général de brigade, commandant

L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 159 une brigade de la 5° division d'infanterie du 1° corps, officier du 7 janvier 1852 : 56 ans de service effectif, 10 campagnes.

Corps d'état-major. — M. Pajol (Charles), colonel, chef d'état-major de la division de cavalerie de la garde impériale, officier du 26 mars 1855 : 29 ans de service effectif, 14 campagnes.

lutendance militaire. — M. Getty (Antoine-Joseph-Edmond), intendant militaire de la garde impériale, officier du 10 décembre 4851 : 54 ans de service effectif, 4 campagnes.

GARDE IMPÉRIALE

2° régiment de voltigeurs. — M. Courson de Villeneuve (Toussaint-Louis- Félix), colonel, officier du 24 octobre 1848 : 36 ans de service effectif, 4 campagnes.

GERDARMERIE,.

M. Damiguet de Vernon (Paul-Édouard), colonel grand prévôt de l'armée d'I lie, officier du 25 mars 1851 : 50 ans de service effectif, 28 campagnes.

INFANTERIE

2° régiment de ligne. — M. Lévy (Abraham), colonel, officier du 28 décembre 1854 : 52 ans de service effectif, 16 campagnes, 1 blessure.

6° régiment de ligne. — M. Dupin de Saint-André (Louis-Madeleine- Édouard), colonel, officier du 16 juillet 1835 : 28 ans de service effectif, 15 campagnes, 1 blessure.

21° régiment de ligne.— M. de Fontanges de Couzan |(Charles-Louis), colonel, officier du 20 mars 1855 : 25 ans de service effectif, 17 campagnes, 2 blessures.

29° régiment de ligne. — M. Auzouy biere Fo NÉE tHtonel, of-

licier du 2 mai 1852 : 52 ans de service effectif, 17 campagnes, 2 blessures.

59° régiment de ligne. — M. de Malleville (Louis-Charles), colonel, officier du 9 août 1854 : 27 ans de service effectif, 16 campagnes, 1 blessure GTAve. *

61° régiment de ligne. -— M. de Taxis (Marie-Adolphe), colonel, officier du 44 septembre 1855 : 54 ans de service effectif, 5 campagnes, 2 blessures. |

12° régiment de ligne. — M. Castex (Salvat), colonel, officier du 44 avril 1855 : 24 ans de service effectif, 22 campagnes, 2 blessures.

15° régiment de lil a — M. O'Malley (Auguste-André), colonel; officier du 10 octobre 4858 : 95 ans de service effectif, 46 campagnes.

160 L'ITABIE CONFÉDÉRÉE ‘AOC régiment d'infanterie de ligne. — M. Mathieu (Napoléon-Prosper- Nicolas), colonel, officier du 14 septembre 1855 : 39 ans de service effectif, 6 campagnes, 1 blessure. |

2° régiment de xouaves. — M. Tixier (Bénigne-Michel-Prosper), colonel, officier du 28 décembre 1854 : 29 ans de service effectif, 7eampagnes, 2 ? blessures,

CAVALERIE

4° régiment de chasseurs. — M. de Montfort (Philogène), colonel, officier du 8 janvier 1852 : 34 ans de service effectif, 6 campagnes.

2° régiment de hussards. — M, L'Huillier (Louis-Pierre-François), Colonel, officier du 30 AECERIDrS 1857 : 40 ans de service effectif, Ê campagnes.

ARTILLERIE

Élat-major. — M. Roguin (Louis-Hippolyte), colonel, officier du 8 oc-

tobre 1857 : 31 ans de service effectif, 4 campagnes.

SERVICE DE SANTÉ

M. Larrey (Félix-Hippolyte), médecin en chef de l’armée d'Italie, officier du 9 décembre 1851 : 30 ans de service effectif, 4 campagnes.

Au grade d'officier.

Corps d'état-major. — MM. Andrieu (Jules-François), chef d escadron, employé : à l'état-major de la première division d' infanterie du pr emier corps, chevalier du 18 août 1849 : 99 ans de service effectif, 7 campagnes; d'Abzac (Marie-Charles), capitaine, chevalier du 23 février 1855 : 19 ans de service effectif, 7 campagnes; Poyer (Napoléon), chef d’ esCa dron, chevalier du 10 août 1851 : 20 ans de service effectif, 6 campagnes ; Armand (Victor-François-Marie), capitaine, aide de camp de Son Excellence le maréchal Canrobert, chevalier du 7 décembre 1851 : 20 ans de service effectif, 2 campagnes, 1 blessure : Lamy (Zénon-Eugène), chef d'escadron, chevalier du 14 septembre 1855 : 19 ans de service effectif, 7 campagnes, 1 blessure; Saget (Henri), capitaine, chevalier du 3 mars 1854 : 18 ans de service effectif, 9 campagnes : Desplas (Antoine- Louis), capitaine, aide de camp de M. le général Camou, chevalier du 10 juin 4856 : 18 ans de service effectif, 12 campagnes; Decrot (Henri- Louis), chef d’escadron, employé à l'état-major général du premier corps, chevalier du 5 sepiorobé 1854 : 21 ans de service effectif, 1 campagne : de Belgaric (Alexandre-François), chef d’escadron, employé à l' état:major du troisième corps, chevalier du 14 mars 1853 : 28 ans de service: cf-

; L'ITALIE CONFÉDÉRÉE 161 fectif, 5 campagnes, blessé ; Crépy (Gabriel-Louis), chef d’escadron, cheva lier du 414 décembre 1851 : 27 ans de service effectif, 8 campagnes.

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