L EMPEREUR A M. DE TALLEYRAND
Iéna, 16 octobre 1806.
M. le prince de Bénévent, voici une note que vous pouvez faire imprimer en attendant que je vous envoie le bulletin.
Je vous envoie un manifeste prussien auquel il faut faire une réponse.
La bataille d'Iéna, qui s'est donnée le 14, sera une des plus célèbres de l'histoire. Les Prussiens étaient au nombre de 150,000 hommes; ils ont perdu 200 pièces d'artillerie, 30 drapeaux, 28,000 prisonniers. Le duc de Brunswick, le général Rtichel ont été tués; le prince Henri de Prusse, grièvement blessé ; un grand nombre d'officiers de distinction ont été blessés. Comparativement, la perte de l'armée française a été beaucoup moindre. Cependant aux ambulances d'Iéna noua avons 1,200 blessés et à celles de Naumburg 1,500. Il n'y a pas d'autre général tué que le général de brigade Debilly, excellent militaire. 7 ou 8 colonels sont morts sur le champ de bataille. La cavalerie française s'est couverte d'honneur.
Le maréchal Davout, placé aux débouchés de Kœsen en avant de Naumburg, a empêché l'ennemi de déboucher. Il s'est battu toute la journée et a mis en déroute plus de 60,000 hommes commandés par Mollendorf, Kalkreuth et par le Roi en personne. Ce corps d'armée s'est couvert de gloire. Au reste, tout le monde a rivalisé de zèle et de courage. Les corps des maréchaux Lannes, Soult, Ney et Augereau ont pris part à l'action avec une égale intrépidité.
La reine de Prusse a été poursuivie par un escadron de hussards ; elle a été obligée de rentrer à Weimar et en est repartie trois heures avant que nos postes y entrassent. Elle
CAMP. D* FBUMS.
a suivi une route sur laquelle nous avons beaucoup de troupes; il est possible qu'elle ait été prise.
Les divisions de cuirassiers et de dragons n'ont pu arriver qu'à la fin de la journée. Elles ont enfoncé plusieurs bataillons carrés d'infanterie prussienne, qu'elles ont faits prisonniers. Le grand-duc de Berg se trouvait toujours à leur tête.
Nos troupes sont entrées le soir à Weimar, en poursuivant l'arrière-garde ennemie du côté de la gauche. Du côté de la droite, le maréchal Davout a poursuivi l'ennemi jusqu'à Neustâdt. Il a, ce matin, son quartier général à Eckartsberg.
On croit que l'ennemi cherche à se rallier du côté de Frankenhausen pour tâcher de gagner Magdeburg. L'ennemi doit avoir éprouvé un mal effroyable, que l'on ne connaîtra que plus tard. 6 de leurs généraux sont prisonniers avec un grand nombre de colonela.
6e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.
Weimar, 15 octobre 1806, au soir.
6,000 Saxons et plus de 300 officiers ont été faits prisonniers. L'Empereur a fait réunir les officiers et leur a dit qu'il voyait avec peine que leur armée lui faisait la guerre ; qu'il n'avait pris les armes que pour assurer l'indépendance de la nation saxonne et s'opposer à ce qu'elle fût incorporée à la monarchie prussienne ; que son intention était de les renvoyer tous chez eux, s'ils donnaient leur parole de ne jamais servir contre la France-, que leur souverain, dont il reconnaissait les qualités, avait été d'une extrême faiblesse, en cédant ainsi aux menaces des Prussiens et en les laissant entrer sur son territoire ; mais qu'il fallait que tout cela finît, que les Prussiens restassent en Prusse et qu'ils ne se mêlassent en rien des affaires de l'Allemagne ; que les Saxons devaient se trouver réunis dans la Confédération du Rhin, sous la protection de la France, protection qui n'était pas nouvelle, puisque, depuis deux cents ans, sans la France, ils eussent été envahis par l'Autriche ou par la Prusse ; que l'Empereur
n'avait pris les armes que lorsque la Prusse avait envahi la Saxe ; qu'il fallait mettre un terme à ces violences •, que le continent avait besoin de repos, et que, malgré les intrigues et les basses passions qui agitent plusieurs cours, il fallait que ce repos existât, dût-il en coûter la chute de quelques trônes.
Effectivement, tous les prisonniers saxons ont été renvoyés chez eux avec la proclamation de l'Empereur aux Saxons, et des assurances qu'on n'en voulait pas à leur nation1.
LE GKAND-DUC DE BERG À L'EMPEREUR
Devant Erfurt, 15 octobre 1806, 4 heures et demie du soir.
Je m'empresse d'annoncer à V. M. que j'ai trouvé l'arrièregarde d'un corps en position sur les hauteurs en arrière d'Erfurt composé de cavalerie et d'infanterie. Je l'ai fait charger. La cavalerie ennemie a fui et la proximité de la ville a donné un asile à l'infanterie et à la cavalerie qui s'y est retirée dans le plus grand désordre abandonnant un très grand nombre de pièces d'artillerie. Nous avons pris beaucoup d'équipages et 60 chariots chargés de farine et 700
1. RAPPORT DE L'ADJUDAHT COlfKAHDAHT PASSINOBS RELATIF AU RBVVOI DBS PRISOSXIER8 SÀXOHS.
Iéna, 16 octobre 1806.
Conformément aux derniers ordres de S. A. S. le prince ministre de la guerre, j'ai fait rassembler à Iéna tous les prisonniers saxons et ai commencé par leur adresser une courte exhortation dont la traduction est ci-jointe ; ensuite ils ont été formés en ordre de bataille par arme et par régiment et les passeports leur ont été délivrés sous la forme prescrite.
Tous sont pénétrés de la plus vive reconnaissance envers S. M. l'Empereur et Roi, ce qui m'a décidé à leur faire part des nouvelles reçues du corps d'armée de M. le maréchal Davout ; leur satisfaction m'a paru aussi complote que leur aversion pour la Prusse qu'ils accusent hautement de les avoir sacrifiés.
La pénurie des subsistances les a contraints d'exécuter le môme jour Tordre de départ que je leur transmettais.
Braves Saxons, le roi de Prusse en vous faisant combattre aux premiers rangs de son armée vous dévouait à la mort ou à la captivité. L'Empereur des Français vous rend tous à vos familles ; empressez-vous de jouir du bienlait de l'invincible monarque, et que vos compatriotes éclairés sur leurs véritables intérêts par votre retour apprennent que la magnanimité de Napoléon est sans bornes comme l'élévation de son génio.
à 800 prisonniers. Les campagnes sont inondées d'hommes égarés qui ne savent où se retirer.
Il est 4 heures et demie et le corps de M. le maréchal Ney ne paraît pas encore et je ne puis avec de la cavalerie m'emparer de la ville qui ce trouve occupée par 4 régiments d'infanterie et 3 régiments de cavalerie qui vraisemblablement chercheront à s'évader la nuit. Voyant que l'infanterie n'arrivait pas, j'ai fait sommer la place et j'ai menacé de la faire brûler si elle ne se rendait pas. M. le colonel Préval a été chargé de cette mission. J'adresse à V. M. une première demande du général (de Prueschenez) qui commande, mais enfin M. le lieutenant général de Larisch, qui commande, s'est réduit à ne demander que la rentrée en Prusse sur parole de 40 officiers qui se trouvent dans la place, ce que j'ai cru pouvoir accorder l ; la place a 40 pièces de canon en batterie, 2,000 hommes d'infanterie et une très bonne citadelle.
Erfurt, 16 octobre 1806.
Il est ordonne* à H. Vathiez, capitaine adjoint à l'état-major général de S. A. I. le grand-duc de Berg, de se rendre dans la place auprès de M. le général prussien gouverneur, pour y recevoir les paroles d'honneur par écrit, signées individuellement par MM. les officiers généraux, officiers supérieurs et officiers de troupes composant la garnison d'Erfurt ; il les réunira pour les remettre au chef de l'état-major général.
Bblliard.
LS GÉNÉRAL. ROTT, COmiANDAVT l'aRTILLBBIB DU CORPS DBS BRSBBVBS, AU OBHBBAL SOMGIS.
Varsovie, 23 janvier 1807.
Le peu d'exactitude qu'ont apporté les commandants de l'artillerie des divisions à rendre compte des opérations de leur artillerie, me met dans l'impossibilité de faire sur le service des batteries des réserves dans la campagne dernière, un rapport aussi complet que vous le désirez, et qu'il le sorait si Ton eût suivi les ordres donnés et souvent réitérés à ce sujet.
Les commandants de l'artillerie des ir* et 8* divisions de dragons et de la 1" division de grosse cavalerie sont les seuls qui aient fait parvenir leurs rapports. Les autres n'ont rendu aucun compte.
Ce qui caractérise particulièrement le service de l'artillerie des réserves dans le cours de la campagne dernière, c'est la rapidité de ses mouvements et son activité i suivre partout la cavalerie, malgré les obstacles qu'ont souvent présentés des pays difficiles et la continuité de marches forcées dont la fatigue paraissait extrême, même à la cavalerie. La journée du 26 décembre est ia seulo où quelquos subdivisions d'artillerie aient rencontré des obstacles
J'aurai l'honneur d'adresser à V. M. la capitulation lorsqu'elle aura été rédigée et signée.
Toute la cavalerie était déjà rendue à Erfurt lorsque j'ai reçu l'ordre d'en laisser lamoitiéàWeimar. Je donne Tordre à la division Sahuc de se porter sur Buttelstâdt, où V. M. pourra lui faire adresser des ordres de mouvement pour demain. La lre division de dragons, la lre de grosse cavalerie seront ce soir à Stetternheim poussant des partis sur Weissensee l ; la 2* division de cuirassiers avec la brigade de hussards cerne la ville.
Tous les rapports que je reçois confirment la retraite de l'ennemi sur Merseburg et Halle. D'Erfurt je puis me porter rapidement sur ce point si V. M. l'ordonne. Je désirerais avoir les ordres de V. M. avant le jour afin que demain je puisse faire une grande marche.
Brigade Lasalle, Walschleben.
Brigade Milhaud, devant Erfurt.
3* division de dragons, Kerspleben.
2* division de dragons, Schleiz.
LE GRAND-DUC DE BBBG A L' EMPEREUR
Au bivouac à une demi-lieue d'Erfùrt, à 2 heures et demie du matin, le 16 octobre 1806.
Je prie V. M. de me faire connaître ses instructions. U est bien malheureux que l'infanterie ne soit arrivée que
insurmontables et soient restées en arriére aiusi qu'une grande partie de la cavalerie.
Voici les occasions principales où l'action de l'artillerie ayant eu des résultats heureux et immédiats a dû être particulièrement remarquée.
Le 15 octobre, la in division de dragons poursuivant l'ennemi en retraite sur Erfurt, le capitaine Baillot reçut ordre de faire feu sur une colonne prussienne qui se dirigeait vers la ville ; ce qui fut exécuté avec assez de succès pour précipiter la retraite de cette colonne et la déterminer à abandonner une partio de ses bagages. Quelques heures après, l'obusier do cette division et celui de la s* division de dragons commandé par le capitaine Churlaud so mirent en batterie à bonne portée de la ville, y lancèrent une quantité assez considérable d'obus, et quoique entièrement à découvert, soutinrent jusqu'à la nuit leur feu contre celui des remparts: la ville se rendit le lendemain....
1. La l" division de dragons poursuivit sa marche et arriva le 15 à minuit à Weissensee.
vers 7 heures du soir, car j'aurais fait cerner la place et j'aurais empêché l'ennemi d'en sortir. Car je présume qu'il n'a mis tant de lenteur que pour s'évader cette nuit. Je vais faire occuper les deux portes et jeter de l'autre côté de la rivière de l'infanterie qui aura assez de peine à passer, étant obligée de passer sur un très petit pont.
Cette lettre du grand-duc est écrite en travers de la lettre du colonel Préval.