RAPPORT A S. M. L EMPEREUR
Spandau, 25 octobre 1806.
Il est midi.
L'artillerie se place telle qu'elle est indiquée au plan cijoint. Sous demi -heure la place sera sommée et l'artillerie en jeu.
L'infanterie légère est disposée dans les maisons pour faire feu sur le rempart.
Les 2 régiments de ligne sont sur la hauteur en vue de la place, hors de portée.
Les dragons sont en vue de la place.
L'infanterie occupe les bords de l'eau sur le front d'attaque et les 3 côtés adjacents.
Les 25 dragons ont passé la Sprée dans des bateaux audessus du bras qui se jette dans les fossés ou flaques qui environnent la place et bloquent la place du quatrième côté, la route qui longe le fort et conduit à Charlottenburg.
Des bateaux sont disposés au-dessous de l'enceinte de la ville que nous occupons, pour communiquer aux batteries si le feu de l'ennemi interrompait la communication des ponts.
Si la place ne se rend pas au bruit de l'artillerie, la place est de nature à exiger un siège. Outre les flaques la place a des fossés pleins d'eau qu'on voit distinctement du haut des maisons.
Le général Bertrand.
LE MARÉCHAL LANNES A L'EMPEREUR
25 octobre 1806.
J'ai l'honneur de faire parvenir à V. M, I. la capitulation de la citadelle de Spandau1. J'espère que les vœux de V. M. seront remplis. Je m'occupe de faire un état de ce qui se trouve dans la place. J'enverrai à V. M. un état très-exact. Je ne veux pas perdre un moment pour que V. M. puisse donner ses ordres aux troupes pour poursuivre cette colonne qui paraît se retirer sur Stettin. J'ai beaucoup questionné les officiers, mais ils ne veulent rien dire. Je me suis pourtant aperçu par leurs réponses que cette colonne a filé cette nuit.
V. M. sera étonnée quand elle verra la citadelle ; elle est au milieu d'un lac et susceptible d'une grande défense. Elle a 1,200 hommes de garnison.
Le Gouverneur ne voulait pas entendre parler de capitulation*. J'ai été obligé de me rendre moi-même dans la citadelle, et il a fini par faire tout ce que j'ai voulu.
1. Nous, général divisionnaire au service de S. M. I. et R., grand-cordon de la Légion d'honneur, chef de l'étal-major général du 5e corps de la Grande Armée, fondé de pouvoirs de M. le maréchal d'empire Lannes, commandant en chef ledit corps d'armée ;
Et M. le major de Benekendorff, major au service de S. M. le roi de Prusse, commandant de la forteresse de Spandau, sommes convenus de ce qui suit :
Art. 1er. — MM. les officiers de la garnison de Spandau se retireront où ils voudront avec leurs armes, hardes et autres effets à eux appartenant.
Art. 2. — M. le maréchal Lannes s'engage à demander à S. M. I. et R. que les invalides et leurs femmes conservent aussi leurs effets et qu'ils puissent rester dans la citadelle.
Art. 3. — Les sous-officiers et soldats formant la garnison de la forteresse de Spandau sont prisonniers de guerre.
Art. 4 . — La forteresse sera sur-le-champ remise à l'armée française avec l'artillerie, armes, munitions, en- général tous ses approvisionnements.
Art. 5. — MM. les officiers seront libres de se retirer où il leur plaira. Il leur sera délivré un passeport par le chef de l'état-major du 5* corps de la Grande Armée.
Art. 6. — Tout ce qui n'est pas militaire sortira de la place sans aucune condition et emportera ses hardes et autres effets.
Spandau, le 25 octobre 1806.
Victor. djb BBKKKBMDORrp.